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rouages du régime parlementaire sans que leurs incartades et leurs facéties aient jamais révolté la conscience publique ;: ils n’ont jamais atteint la limite du servilisme de leurs sujets. « La vie politique bulgare, écrit très justement M. Ancel, a les étiquettes européennes ; il n’y à pas moins de dix partis. Mais les groupes ne sont que des clans. » Il serait encore plus exact de dire : des bandes de coupe-jarrets que tiennent à leur solde des forbans assoiffés d'argent et prêts à tous les coups de main. « Corruption générale, violences incessantes », c’est ainsi qu’un historien favorable à la Bulgarie résume la situation. — « Posez, si vous voulez, la candidature d’un âne, dit l’auteur de Baï Gagnau, et je le ferais élire. » Les faits prouvent que le satiriste n’exagère pas. Ferdinand de Cobourg, en 1907, appelle au ministère Malinov, dont le parti à la Chambre compte en tout 11 députés ; aux élections suivantes, les candidats ministériels l’emportent dans 140 circonscriptions. « Lorsque Radoslavov prit le gouvernement en 1913, il ne disposait que de 6 voix au Sobranié ; les premières élections lui donnèrent la majorité qu’il conserva jusqu’à sa chute. » De même, quand, par inadvertance, les députés à Berlin montraient quelque velléité d'indépendance, Bismarck et Bülow congédiaient sans façon les députés, et les électeurs, dociles au moindre signe, écartaient sans discussion les représentants qui avaient osé s’'émanciper. Pas plus que le Reichstag, le Sobranié n’a jamais été un Parlement, mais une chambre d’enregistrement. Les ministres de même, à Sofia comme à Berlin, sont les instruments passifs de la volonté du souverain. Triste métier quand le souverain est un tyran byzantin, capricieux et sournois, cruel et fourbe. On ne l’accepte qu’à cause des profits matériels qu’il rapporte et que le maître encourage parce qu'il tient ainsi ses séides à sa discrétion. Pour s’en débarrasser il lui suffit de leur retirer sa protec-
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LA NOUVELLE SOFiA 201
tion et de les abandonner à la justice qui les guette. « Tous les hommes politiques bulgares ont successivement passé devant les tribunaux », constate M. Ancel.
Ce sont les mœurs du pays ét personne ne s’en scandalise, Une condamnation, si fortement motivée qu’on la suppose, ne déshonore personne : au bout de quelques années ou de quelques mois, les cotüpables reviennent au pouvoir et reprennent le cours de leurs malversations. Chaque peuple comprend l’honneur à sa manière. Les Bulgares se font
gloire de ne pas connaître les vains scrupules de la civilisa-
tion occidentale ; comme les Huns qu’ils revendiquent pour aïeux, 1ls se vantent de n’avoir pas été touchés par la sensiblerie contemporaine. Un contrat ne les lie que dans la mesure où il favorise leurs intérêts ou aussi longtemps qu’il leur est imposé par la force. Les Allemands le savaient bien, et ils n'ont pas été surpris quand, dès que la fortune a paru changer de camp, les Bulgares ont mis la crosse en l’air et imploré le pardon de l’Entente.
CNO
L'important pour eux était d'arriver bons premiers à l'heure de la défection, de manière à obtenir des conditions favorables. M. Ancel n’insiste pas sur les ménagements invraisemblables qu’ils ont rencontrés au moment de l’armistice, et c’est à mon avis une des lacunes de son travail. Ils avaient su conserver quelques amis — peu nombreux — mais actifs et bruyants, les mêmes qui, en 1914et en 1915,
nous affirmaient sur l’honneur que l’on n’obtiendrait jamais
des Bulgares qu’ils combattissent contre les Russes et qui nous sommaient, au nom du droit des peuples, de leur restituer la Macédoine, en dépouillant nos alliés, les Serbes. Quels arguments invoquaient-ils en 1918 comme en 1915 ?
292 DU VARDAR A L A SO Ton ne Un seul. Ils affirmaient que les Macédoniens se servent de l’article que les Serbes ne connaissent pas. En admettant … que le fait fût général, ce qui est loin d’être établi, serait-il donc si décisif ? J’ai infiniment de respect pour la grammaire, mais à condition qu’elle reste dans son domaine, et les philologues infatués de leur science sont une gent redoutable et pernicieuse. Comme je n’ai jamais cescé de le répéter, et comme l’ont constaté tous ceux qui ont vu les .