‹ Du Vardar à la Sotcha 1923Chapitre 38 sur 42 · CIVILISATION SERBE · texte numérisé non relu

CIVILISATION SERBE

conclure à ce qui se passe ailleurs et pour affirmer que le développement des institutions ou des événements a été le même en Pologne, en Bohême ou en Russie que dans la Péninsule des Balkans. En fait ceperdant, les rapprochements que suggère Yirétchek sont nembreux et suggestifs. L’analogie ne suffit à rien, et elle restera toujours une méthode dangereuke ; en la rejetant sans appel, on se priverait néanmoins d’une ressource précieuse ; il suffit de ne jamais oublier qu’elle demande à être maniée d’une main experte, délicate et prudente.

Pour la Péninsule des Balkans, — en donnant à ce mot le sens le plus large — les études de Yirétchek sont particulièrement importantes. Pénétration byzantine, lutte des influences grecques et occidentales, rapports des Églises, survivance des traditions et des populations latines, développement de l’industrie, disparition de l’esclavage, etc., sur toutes ces questions, l’auteur nous apporte, ron pas des affirmations et des thèses, mais des faits et des textes. Les événements les plus contemporains s’en trouvent éclairés, et les polémistes qui contestent à la Serbie la possession de la Dalmatie, s’il y en a parmi eux de sincères, liront avec profit ce qu’il nous apprend de Doubrovnik (Raguse) et de Kotor (Cattaro).

Non pas certes que Yirétchek ait le moins du monde songé aux conclusions politiques qui se dégagent naturellement de son œuvre. Âu moment où il écrivait, personne ne prévoyait la dissolution de l’Autriche, et que sa succession deviendrait un sujet de procès entre Rome et Belgrzde. La politique d’ailleurs ne le préoccupait guère, et il vivait trop absorbé dans le passé pour prendre parti dans les conflits contemporains. Il nous a semblé utile de répandre dans le public lettré le nom d’un homme qui fut un savant de premier ordre, un érudit d’une autorité indiscutée et qui,

“incomparable recueil de documents. Joseph Yirétchek

ve indifférent à la renommée et dédaigneux du succès, ne connut jamais d’autre ambition que de compulser des archives, d’autre joie que d’ expliquer des textes, et d’autre vanité que de tirer d’un document toute la moelle qu'il renfermait. |

Quand je rencontrai Constantin Yirétchek, en 1874, il avait vingt ans. Nous nous liâmes d’une amitié assez étroite : il me montrait quelque sympathie, parce qu’il était naturellement aimable, d’une extrême simplicité, sans fatuité n1 pédantisme. Pour ma part, à l'affection sincère que j’éprouvais pour lui, se mélait une sorte d’étonnement et comme d'effroi. J'étais stupéfait et presque épouvanté de sa science. | Sa mémoire était prodigieuse. Il parlait facilement à peu près toutes les langues de l’Europe et expliquait en se jouant les textes les plus obscurs. Il citait par cœur de longs passages des chroniques.

Ï1 avait de qui tenir. Son père, Joseph Yirétchek, était un philologue et un historien de premier ordre. Son Manuel pour l'histoire de la littérature tchèque jusqu’à la fin du XVII siècle (1875), biographie et bibliographie, reste encore un livre indispensable pour quiconque s'occupe de la Bohême. L’oncle de Constantin, Herménégild Yirétchek, s’était consacré à l’histoire du droït et son Codex juris bohemici, qui comprend une douzaine de volumes, est un

avait épousé la fille de Chafarik. Constantin Yirétchek était donc le petit-fils de l’illustre auteur des Antiquités slaves. Par ses origines, il était voué à la science, et plus particulièrement, à l’histoiredes Slaves du Sud. | Grand voyageur, ayant exploré l’Europe presque entière, l'œil aigu et malicieux, prompt à dépister les faiblesses et

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