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PE SERBIE TRIOMPHANTE as
et nous avons obéi ; mais rien ne nous est plus pénible.
Le maréchal Poutnik ordonne alors au général Michitch de se porter en avant, et le 3 décembre, aux clairs rayons du soleil qui a aissipé la brume, les Serbes se précipitent sur les Autrichiens qui descendent des hauteurs de Souvobor, Sur la pente du Roudnik. L’'infanterie serbe prend le pas de charge, l'artillerie, ouvre le feu. Les Autrichiens fuient, ils fuient de tous côtés. Le 15° et le 162 corps, une partie du 13° sont emportés dans la débâcle ; les vaincus jettent leurs sacs, leur équipement, abandonnent les canons. Le 15 décembre, le roi Pierre rentre dans sa capitale : les Autrichiens ont perdu 50.000 hommes, 200 canons ou mitrailleuses.
C’est le joyeux don de Noël que les Serbes envoient à nos soldats. Dans la grande œuvre de la rédemption de l’Europe, ils ‘ont accompli leur tâche, comme les Anglais aux Falkland, les Russes à Przemysi, les Français sur la Marne, sur l’Yser ou en Champagne, — sans compter les victoires futures. |
Messieurs, hier, dans son admirable conférence où il nous appottait la protestation de la conscience suisse et de la conscience humaine contre les turpitudes autrichiennes, M. le professeur Reïss nous disait qu’il lui eût été impossible de supporter l’horrible spectacle des crimes, des atrocités, des destructions scélérates qu’il avait constatées, s’il n'avait été soutenu par le merveilleux spectacle de la confiance, je dirais presque de la sérénité des Serbes. — L'Université de Belgrade est en ruines ; on la relèvera. Les villes de Chabats et de Valiévo ne sont plus que des tas de décombres ; on les rebâtira. Le soldat cherche dans les ténébres de la douleur et de la mort les cadavres de ses parents, de
ses frères, de ses enfants, égorgés par l’ordre du général
autrichien, immolés’ par la férocité stupide des Magyars : il
ne désespère pas. Les morts seront vengés et la semence des héros n’est pas épuisée. D’autres vainqueurs naîtront qui féconderont cette terre bien-aimée, rendue plus précisuse encore et plus belle par le sang de ses martyrs. Les Allemands sont de rudes soldats et ils savent eux aussi faire magnifiquement le sacrifice de leur vie. Une
chose du moins leur manque, c’est la joie dans l’héroïsme,, c’est le rayonnement dans le sacrifice. Pourquoi ? c’est
qu’ils ont le sentiment que la victoire ne leur est pas réservée
et que, même si, par impossible, ils venaient à arracher le
triomphe, ce ne serait jamais qu’une de ces victoires stériles, de ces victoires sans trophées que remportait déjà l’ se Charles. :
Pour qu’une victoire soit joyeuse, il faut qu’elle apporte au monde plus d’émancipation, plus de lumière ; qu’elle soit un élargissement et un embellissement de la vie. Les
victoires joyeuses dans l’histoire de l’humanité, celles que
chante le rhapsode, c’est Salamine, qui brise l'invasion persane et sauve l’Europe de la domination de l’Asie ; c’est Poitiers, où notre Charles Martel arrête la poussée musul-
mane ; c’est Bouvines, qui libère la France du‘Saint-Empire ;
c’est Valmy, qui apporte à l’Europe dans les plis du drapeau tricolore la Déclaration des droits de l’homme : c’est Na-
varin, qui ressuscite la Grèce, et Magenta qui dit à l'Italie :
«Sors de latombe, lève-toi et marche» ; cesont les batailles de la Drina et du Roudnik qui crient à l’ A «Tu n’iras pas plus loin, ton règne est fini. »
Messieurs, depuis 1870, le monde vivait sous l’étouffe-
ment d’un cauchemar : un ciel de plomb pesait sur l'Europe haletante et oppressée. Les canons français, les « Frantsouzi», pointés par les Serbes, ont déchiré la nuée, et le soleil reluit.
Vous vivez, mes enfants, dans des jours d’épopée et ils laisseront dans vos âmes ‘un ineffaçable souvenir. Vous
aurez le bonheur, que nous n’avons pas connu, de naître à la vie, de naître à l’action dans une patrie affranchie, rétablie dans son intégrité, entourée de l’affection de tous les peuples, de tous ceux qui ont le culte de la pensée, de l'humanité et de la justice. Vous ne dilapiderez pas notre Héritage, que nous avons si chèrement défendu.
En 1890, à l'Exposition de Prague, je m’approchai, pour avoir quelques explications, d’un ouvrier qui travaillait dans une petite boutique. À mon accent, il comprit vite que j'étais étranger et il me répondit avec une certaine mauvaise humeur. Puis, brusquement, il me demanda : « Vous êtes
Allemand ? » — « Non, je suis Français ». À ce mot, sa figure rayonna et il me dit : « Ah ! vous êtes du pays de la justice !»
Ce sourire sur la figure de “cet ouvrier, cet hommage qui montait vers mon pays, je ne crois pas que j'aie jamais éprouvé un sentiment d’orgueil, de joie, plus absolu. Ces sympathies si précieuses qui poussent vers nous les opprimés, c’est notre plus glorieux trésor ; les rois de France l’avaient compris quand ils s'étaient Le une clientèle des États secondaires qu'ils protégeaient contre la domination et l’avidité de leurs puissants voisins ; la République continuera leur œuvre. Quand l’heure sonnera enfin de régler après la victoire finale la situation de l’Europe nouvelle, nous n’oublierons pas que la Serbie a pris sa large part dans la souffrance, qu’elle a supporté sans fléchir les plus terribles attaques, qu’elle a porté à nos adversaires communs les plus terribles coups. L’Autriche, dans cette crise dernière, a joué le rôle le plus hideux. C’est elle qui, depuis 1908, tenait l’Europe sous le coup de l’épouvantable catastrophe actuelle. C’est elle qui a préparé de longue main l'attaque contre Belgrade. C’est elle qui a hypocritement essayé de rejeter sur son ennemi détesté les responsabilités
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de la rupture. « L’Autriche, disait Gladstone, n’a jamais fait que du mal sur la terre. » — L’Autriche doit disparaître, afin que de ses décombres renaisse une vie meilleure, et que la Serbie, triomphante, agrandie, affranchie, puisse enfin développer librement, après tant de siècles d'épreuves, son génie national, épuré par la souffrance, ennobli par l’héroïsme et auréolé par le martyre.
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LA YOUGOSLAVIE ()