‹ Du Vrai de beau et du bierChapitre 27 sur 74 · Voyez la leçon x et I'Appendick · texte numérisé non relu

Voyez la leçon x et I'Appendick

ne tombe pas sous toutes nos prises comme le premier. La. raison le conçoit, mais les sens ne le perçoivent pas tout entier, et l'imagination ne se le représente pas distinctement. Les sens et l'imagination s'efforcent eh vain d'atteindre ses dernières limites; nos facultés s'agrandissent, elles s'enflent, pour ainsi dire, afin dé Tenïbrasser, mais il leur échappe et les surpasse. Le plaisir que nous ressentons vient de la grandeur même de cet objet, mais en même temps cette grandeur fait naître en nous je ne sais quel sentiment mélancolique, parce qu'elle nous est disproportionnée. A la vue dû cierétoilé, de la vaste mer, de montagnes gigantesques, l'admiration est mêlée de tristesse. C'est que ces objets, finis en réalité comme le monde lui-même, nous semblent infinis dans l'impuissance où nous sommes de comprendre leur immensité, et qu'en imitant ce qui est vraiment sans bornes ils éveillent en nous l'idée de Tinfini, cette idée qui nous relève à la fois et nous humilie. Le sentiment correspondant que l'âme éprouve est un plaisir austère.

Pour rendre plus sensible la différence que nous voulons marquer, on peut multiplier les exemples. Ètesvous affecté de la même manière à la vue d'une prairie, variée en sa juste étendue et dont l'œil parcourt aisément la surface, et à l'aspect d'une montagne inaccessible au pied de laquelle s'agite l'Océan? La douce lumière du jour et une voix mélodieuse produisentelles sur vous le même effet que les ténèbres et le silence? Dans l'ordre intellectuel et moral, êtes- vous ému de la meine manière lorsqu'un homme riche et

bon ouvre sa bourse à Tindigenl, ou lorsqu'un homme magnanime donne Thospitalité à son ennemi et le sauve au péril de sa propre vie? Prenez quelque poésie légère où partout règne la mesure, Tesprit et la grâce; prenez une ode et surtout une épitre d'Horace ou de petits vers de Voltaire, et mettez en regard Tlliade ou ces poèmes immenses des Indiens remplis d'événements merveilleux et où la plus haute métaphysique s'unit à un récit tour à tour gracieux ou pathétique, ces poèmes qui ont plus de deux cent mille vers, et dont les personnages sont des dieux ou des êtres symboliques ; voyez si les impressions que vous éprouverez seront les mêmes. Pour dernier exemple, supposez d'un côté un écrivain qui en deux ou trois coups de crayon trace une analyse de l'intelligence agréable et simple mais sans profondeur, et de l'autre un philosophe qui s'engage dans un long travail pour arriver à la décomposition la plus rigoureuse de la faculté de connaître, et vous déroule une longue chaîne de principes et de conséquences, lisez le Traité des sensations et la Critique de la raison pure, et, même à part le vrai et le faux, au seul point de vue du beau, comparez vos impressions. '

Voilà donc deux sentiments très-différents ; aussi leur a-t-on donné des noms différents; l'un a été appelé plus particulièrement le sentiment du beau , l'autre celui du sublime * .

Pour achever l'étude des diverses facultés qui entrent dans la perception de la beauté, après la raison et le

Page 1