‹ Du Vrai de beau et du bierChapitre 33 sur 74 · Voyez le Jupiter Olympien de M. Quatremère de Quincy · texte numérisé non relu

Voyez le Jupiter Olympien de M. Quatremère de Quincy

2. Allusion à la Madeleine de Canova, qui se voyait alors dans la galerie de M. de Sommariva, à Paris.

vement des flots qui tantôt s'élèvent comme une montagne, tantôt s'abaissent et semblent se précipiter dans des abîmes sans fond? Si l'auditeur n'est pas averti du sujet, il ne le soupçonnera jamais, et je défie qu'il distingue une tempête d'une bataille. En dépit de la science et du génie, des sons ne peuvent peindre des formes. La musique bien conseillée se gardera de lutter contre rimpossible ; elle n'entreprendra pas d'exprimer le soulèvement et la chute des vagues, et d'autres phénomènes semblables ; elle fera mieux : avec des sons elle fera passer dans notre âme les sentiments qui se succèdent en nous pendant les scènes diverses de la tempête. C'est ainsi qu'Haydn deviendra * le rival, le vainqueur même du peintre, parce qu'il a été donné à la musique de remuer et d'ébranler l'âme plus profondément encore que la peinture.

Depuis le Laocoon de Lessing, il n'est plus permis de répéter, sans de grandes rércrvos, l'axiome fameux : Utpictura poesis, ou du moins il est bien certain que la peinture ne peut pas tout ce que peut la poésie. Tout le monde admire le portrait de la Renommée tracé par Tirgile; mais qu'un peintre s'avise de réaliser cette figure symbolique; qu'il nous représente un monstre énorme avec cent yeux, cent bouches et cent oreilles,, qui des pieds touche la terre et cache sa tête dans les cieux , une pareille figure pourra bien être ridicule.

Ainsi les arts ont un but commun et des movens entièrement différents. De là les règles générales com-

1. Voyez la Tempête d'Haydn, parmi les œuvres de fiano de ce maître.

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inuues à tous, et les règles particulières à chacuji d'eux. Je «l'ai ni le temps m le droit d'eatrer à çel égard dans aucun détail. Je me borne à rappeler que la grande loi qui domine toutes les autres est celte de Fexpression. Toute œuviîe d*art qui n'exprioie pas une idée ne signifie rien; U faut qu'en ^'adressant à tel ou tel sens, elle pénètre jusqu'à l'esprit, jusqu'à Tâme, et y porte une pensée, un sentiment capable de la toucher ou de rélever. De cette règle fondamentale dérivent toutes l.e§ autres, par exemple celle que Ton recommande sans cesse et avec tant de raison, la composition. C'est \hk que s'applique particulièrem^t le précepte de l'unité et de la variété. Mais, en disant cela, ou n'a rien, dit tant qu'on n'a pas déterminé la nature de l'unité doat on veut parler. La vraie unité, c'est l'unité d'expression^ et la variété n'est faite que pour répandre sur l'œuvre entière l'idée ou le sentiment unique qu'elle doit exprimer. Il est inutile de faire remarquer qu'entre la composition ainsi entendue, et ce qu'on nomme souvent ainsi, comme la symétrie et l'arrangeinent des parties selon des règles artificielles, il y a un abîme. La vraie composition n'est autre chose que le moyen le plus puissant d'expression.

L'expression ne fournit pas seulement les règles générales des arts, elle donne encore le pnncipe qui pernaet de les classer.

En effet, toute classification suppose un principe qui serve de mesure commune.

On a cherché un tel principe dans le plaisir, et le premier des arts a paru celui qui donne les jouissances les

plus vives. Mais nous avons prouvé que Vobjet de l'art n*esi pas le plaisir : le plus ou moins de plaisir qu*un art pFocure rie peut donc être la vraie mesure de sa valeur. *

Cette mesure n'est autre que l'expression. L'expression étant le but suprême, l'art qui s'en rapproche le plus est le premier de tous les arts.

Tous les arts vrais sont expressifs, mais ils le sont diversement. Prenez la musique; c'est l'art sans contredit le plus pénétrant, le plus profond, le plus intime. Il y a physiquement et moralemcnjt entre un son et l'ân^ un rap|)ort merveilleux. Il semble que l'àme est un écho où le son prend une puissance nouvelle. On raconte de la musique ancienne des choses extraordinaires. Et il ne faut pas croire que la grandeur des effets suppose ici des moyens très-compliqués. Non, moins la musique fait de bruit, et plus elle touche. Donne? quelques notes à Pergolèse , donnez-lui au^si quelques voix pures et suaves, et il vous ravit jusqu'au ciel , il vous emporte dans les espaces de l'infini, il vous plonge dans d'ineffables rêveries. Le pouvoir propre de la musique est d'ouvrir à l'imagination une carrière sans limites, de se prêter avec une souplesse étonnante à toutes les dispositions de chacun, d'irriter on de bercer, aux sons de la plus simple mélodie , nos sentiments accoutumés, nos affections favorites. Sous ce rapport, la musique est un art sans rival : elle n'est pourtant pas le premier des arts.

La musique paye la rançon du pouvoir immense qui lui a été donné; elle éveille plus que tout autre art le

sentiment de l'infini, parce qu'elle est vague, obscure, indéterminée dans ses effets. Elle est juste Tart opposé à la sculpture, qui porte moins vers Tinfini, parce que tout en elle est arrêté avec la dernière précision. Telle est la force et en même temps la faiblesse de la musique : elle exprime tout et elle n'exprime rien en particulier. La sculpture, au contraire, ne fait guère rêver, car elle représente nettement telle chose et non pas telle autre. La musique ne peint pas, elle touche ; elle met en mouvement l'imagination, non celle qui reproduit des images mais celle qui fait battre le cœur, car il est absurde de borner l'imagination à l'empire des images*. Le cœur une fois ému ébranle tout le reste ; c'est ainsi que la musique peut indirectement et jusqu'à un certain point susciter des images et des idées ^ mais sa puissance directe et naturelle n'est ni sur l'imagination représentative ni sur l'intelligence; elle est sur le cœur: c'est un assez bel avantage.

Le domaine de la musique est le sentiment, mais là même son pouvoir est plus profond qu'étendu, et si elle exprime certains sentiments avec une force incomparable, elle n'en exprime qu'un fort petit nombre. Par voie d'association, elle peut les réveiller tous, mais directement elle en produit très-peu ; et encore les plus simples et les plus élémentaires, la tristesse et la joie avec leurs mille nuances. Demandez à la musique d'exprimer la magnanimité, la résolution vertueuse, et d'autres sentiments de ce genre, elle en est aussi inca-

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