‹ Du Vrai de beau et du bierChapitre 71 sur 74 · A LA LEÇON DIXIÈME SUR L*ART FRANÇAIS AU XYH'' SIÈCLE · texte numérisé non relu

A LA LEÇON DIXIÈME SUR L*ART FRANÇAIS AU XYH'' SIÈCLE

Page 22J : « Quelle destinée que celle d^Eustache Lesueur ! »

On le voit : nous avons suivi sur la mort de Lesueur la tradition ou plutôt le préjugé répandu en ces derniers temps et qui a entraîné avant nous les meilleurs juges. Mais il vient de paraître dans un recueil nouveau et intéressant, les Archives de V art franc ais, l. 111, des documents jusqu'alors inédits et entièrement irrécusables sur la vie et les ouvrages du peintre de saint Bruno, qui nous forcent de retirer quelques assertions empruntées à Topinion commune et contraires à la vérité. L'acte de décès de Lesut'ur, tiré pour la première fois du Registre des morts de C église paroissiale de Saint- Louis en fisle Notre- Dawe^ conservé aux archives de l'hôtel de ville de Paris, établit péremptoirement que Lesueur n'a pas été mourir aux Chartreux, mais qu'il est mort en l'île Notre-Dame, où il demeurait, sur la paroisse Saint- Louis, et qu'il a été enterré dans cette église de Saint -Etienne -du -Mont où reposent Pascal et Racine. Il paraît bien aussi que Lesueur est mort avant sa femme, Geneviève Gousse, puisque le Registre des naissances de la paroisse Saint- Louis contient, à la date du 18 février 1655, l'acte de baptême d'un quatrième enfant de Lesueur, et que Geneviève Gousse aurait dû mourir bien peu de temps après

ses couches, si elle était morte avant son mari, décédé le !•'■ mai suivant. Dans ce cas, on trouverait Tacte de décès de la femme au Registre des woris-de Tannée i655, comme on y a trouvé l'acte, de décès du mari. Or cette pièce, qui seule pourrait donner un démenti à la vraisemblance et maintenir l'opinion accréditée, cette pièce n'est point aux archives de l'hôtel de ville , ou du moins l'auteur des Nouvelles Recherches ne l'y a point rencontrée.

D'ailleurs tout le reste de l'histoire de Lesueur, telle que nous l'avons si rapidement rappelée, subsiste. 11 n'a jamais été en Italie, et, dit la notice si longtemps restée manuscrite, de Guillet de Saint-Georges *, il n'a pas voulu y aller. Il était pauvre , sage , pieux ; il aimait tendrement sa femme; il vivait dans la plus étroite union avec ses trois frères et son beau-frère, qui tous lui étaient des élèves et des collaborateurs. Nous regardons même comme un grand luxe de critique de nier les relations si naturelles que l'opinion reçue met entre Lesueur et Poussin» Si nul document ne les atteste, nul aussi ne les contredit, et elles demeurent au moins vraisemblables.

Tout le monde admet que Lesueur admirait et étudia le Poussin. Il serait étrange qu'il n'eût pas cherché à le connaître , et il le pouvait aisément quand Poussin vint à Paris et y séjourna de 1640 à 1642. Il était même difficile qu'ils ne se rencontrassent pas. Après la mort de Vouet, en 1641, Lesueur se fit de plus en plus une manière particulière; et, en 1042, âgé de vingt-cinq ans, libre de toute entrave, déjà plein de goût pour l'antique et pour Raphaël, il devait aller fréquemment au Louvre où Poussin

i. Cette notice, avec beaucoup d'autres également importantes, fait maintenant partie d'une publication plus étendue : Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l'Académie royale de peinture et de sculpture, publiés d'après les manuscrits conservés à l'École des beaux-arts, 2 vol., 1854.

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