‹ Du vrai, du beau & du bienChapitre 35 sur 71 · Au musée du Louvre. Voyez encore la gravure de Morin · texte numérisé non relu

Au musée du Louvre. Voyez encore la gravure de Morin

3. Où est aujourd'hui l'original ? Nous avons du moins la gravure de Simonneau dans Perrault. C'est sur un original différent , attribué au neveu de Champagne, qu*a été faite la belle gravure d'Edelinck.

4. L'original est au château de Sablé, chez M. le marquis de Rougé. n porte cette inscription : Anno 1654, Mtatis 62. Obiit 6 Augusti 1661. Cette, admirable peinture est parfaitement conservée, et son authenticité, qui est assez démontrée par la beauté même de l'œuvre, est de plus mise hors de doute par des documents précieux qu'a bien voulu nous communiquer notre savant et obligeant confrère , M. le vicomte Enmi. de Rougé, membre de l'Institut et l'un des conservateurs du musée du Louvre : « La tète , nous dit M. de Rougé , est certainement une des plus telles tètes de Champagne. Le regard vous suit et vous fait éprouver cette illusion que laissent certaines physionomies saisies vivantes par le Titien. » C'est bien là l'effet que produit la belle gravtire de Van Schupen,

la sœur sainte Suzanne. • Elle vient d'être guérie miraculeusement, et toute sa personne abattue porte encore Tempreinte d'un reste de souffrance. En face, la mère Agnès, à genoux, la regarde avec une joie reconnaissante. Le lieu de la scène est une pauvre cellule; une croix de bois suspendue à la muraille, quelques chaises de paille, en sont tous les ornements.. Sur le tableau se lit cette inscription : Chris lo uni medico animarum et corporum, etc. On a là le stoïcisme chrétien de Port- Royal dans son imposante austérité. Ajoutez à tous ces portraits, celui de Champagne; car le peintre peut être mis à côté de ses personnages.

Quand la France n'aurait produit au xvii* siècle que ces quatre grands artistes, il faudrait faire une belle place à récole française; mais elle compte bien d'autres peintres du plus grand mérite. Parmi eux distinguez P. Mignard , si admiré de son temps, si peu connu aujourd'hui et si digne de l'être. Comment avons-nous pu laisser tomber dans l'oubli l'auteur de la fresque immense du Val-de-Grâce, tant célébrée par Molière, et qui est peut-être la plus grande page de pointure qui soit en France^! Ce qui frappe d'abord, dans ce gigan-

1. Au musée. — Nous avons vu dans Téglise de Linas, à quelques lieues de Paris, un autre chef-d'œuvre de Champagne, qui vient aussi de Port-Royal, et qui représente la petite Périer, nièce de Pascal, agenouillée et remerciant Dieu du miracle qui vient d'être opéré en elle par l'attouchement de la sainte Épine.

2. Molière entre dans des détails infinis sur toutes les parties de Part de peindre et -du génie de Mignard. Il pousse Téloge peut-être jusqu'à l'hyperbole; depuis, l'hyperbole a fait place à la plus honteuse indifférence. La fresque de la coupole du Val-de-Gràce se compose de quatre rangs de figures, qui s'élèvent en cercle depuis le bas

tesque ouvrage, est Tordonnance et Tharmonie. Puis viennent mille détails charmants et d'innombrables épisodes qui forment eux-mêmes des compositions considérables. C'est encore au pinceau de Mignard que nous devons ce ravissant plafond du petit appartement du roi à Versailles, chef-d'œuvre aujourd'hui détruit, mais dont il nous reste une traduction magnifique dans la belle estampe de Gérard Audran. Quelle expression profonde dans la Peste d'Éaque *, et dans le Saint Charles

donnant la communion aux pestiférés de Milan! On s'accorde à reconnaître Mignard pour un de nos meilleurs peintres de portraits : la grâce, quelquefois un peu raffinée , se Joint en lui au sentiment. L'école française peut encore présenter avec orgueil Valenlin, mort jeune et qui donnait tant d'espérances; Stella, le digne ami de Poussin, l'oncle de Claudine, d'Antoinette et de Françoise Stella; Lahyre, qui a tant d'esprit et de gpût; Sébastien Bourdon, si animé et si élevé ^; les Lenain;

juseiu'au haut de la voûte. Dans la partie supérieure est la Trinité, audessus de laquelle s'élève un ciel resplendissant. Au-dessous de la Trinité sont les puissances célestes. En descendant d'un degré, on voit la Vierge et les saints personnages du Nouveau et de l'Ancien Testament. Enfin à l'extrémité inférieure est Anne d'Autriche , présentée dans le paradis par sainte Anne et saint Louis, et ces trois figures sont accompagnées d'une foule de personnages appartenant à l'histoire de France, parmi lesquels on distingue Jeanne d'Arc, Gharlemagne, etc. Aujourd'hui, faute de soin et d'un entretien nécessaire, la belle fresque est dégradée et les figures supérieures à peine visibles.

1. Gravée par Gérard Audran sous le nom de la Peste de David, Qu'est devenu Toriginal ?

2. Il faudrait citer toutes ses compositions. Dans sa Sainte Famille, la figure de la Vierge, sans être céleste, exprime à merveille la méditation et le recueillement. Nous avons perdu depuis longtemps le plus

qui ont quelquefois la naïveté de Lesueur et la couleur de Champagne; le Bourguignon , plein de feu et de verve ; Jouvenet qui compose si bien * ; tant d'autres , enfin Lebrun, qu'il est de mode aujourd'hui de traiter cavalièrement, et qui avait reçu de la nature, avec la passion peut-être immodérée de la gloire, celle du beau en tout genre et un talent d'une flexibilité admirable, le véritable peintre du grand roi par la richesse et la dignité de sa manière , et qui , comme Louis XIV, clôt dignement le xvu* siècle *.

Puisque nous avons parlé avec un peu d'étendue de la peinture , ne serait-il pas injuste de passer entièrement sous silence la gravure, sa fille ou sa sœur? Ce n'est certes pas un art de médiocre importance, et nous y avons excellé. Dans des genres différents, on peut fort bien mettre Jacques Callot à côté de Marc -Antoine. Callot, c'est, à nos yeux, le Shakspeare de la gravure. Lui aussi il a représenté la vie humaine dans toute sa variété. Il est tour à tour gai et mélancolique, touchant et burlesque, d'une imagination inépuisable et d'un esprit infini. Ses grotesques ont trop fait oublier ses compositions d'un haut rang, le siège de Bréda, celui de la

considérable ouvrage de S. Bourdon , les Sept CEuvres de miséricorde. Voyez r Appendice.

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