III* partie
réduites en signes avec lesquels il se joue à son aise. On cherche en vain dans ses écrits , surtout dans les derniers , quelque trace de la nature humaine. On se croit en vérité dans le royaume des ombres, per inania régna * . L'Essai sur l'entendement humain produit l'impression contraire. Locke est un disciple de Descartes, que les excès de Malebranche ont jeté dans un excès contraire : il est un des fondateurs de la psychologie : c'est un des plus fins et des plus profonds connaisseurs de la nature humaine , et sa doctrine un peu chancelante , mais toujours modérée, est digne d'avoir une place dans un véritable éclectisme*.
A côté de la philosophie de Locke , il en est une bien autrement grande, et qu'il -importe de préserver de toute exagération pour la maintenir à toute sa hauteur. Fondé dans l'antiquité par Socrate , constitué par Platon, renouvelé par Descartes, l'idéalisme compte dans son sein, même parmi les modernes, les plus belles renommées. Il parle à l'homme au nom de ce qu'il y a de plus noble dans l'homme. Il revendique les droits de la raison ; il rétablit dans la science, dans l'art et dans la morale des principes fixes et invariables, et du sein de cette existence imparfaite il nous élève vers un autre monde, le monde de l'éternel, de l'infini, de l'absolu.
Cette grande philosophie a toutes nos préférences :
1. Sur Condillac, Premiers Essais, Condillac, p. 128, etc., et particulièrement Philosophie sensualistb, leçons ii et m.
2. Nous n'avons j2unais parlé de Locke qu'avec un respect sincère' même en le combattant. Voyez Philosophie sensualistb, leçon 1^% Locke, et surtout Philosophie de Locke , passim.
on ne nous accusera pas de lui avoir fait une trop petite part dans ces leçons. Au xviu* siècle elle est surtout représentée à des degrés diflérents par Reid et par Kant. Nous acceptons Reid tout entier, moins ses vues historiques , qui sont par trop insuffisantes et souvent mêlées de graves erreurs*. Il y a dans Kant deux parties : la partie analytique et la partie dialectique , comme il les appelle*. Nous admettons Tune, nous repoussons l'autre. Dans tout ce cours, combien d'emprunts n'avonsnous pas faits à la Critique de la raison spéculative, à la Critique du jugement, à la Critique de la raison pratique? Ces trois ouvrages sont à nos yeux d'admirables monuments du génie philosophique : ils sont remplis de trésors d'observation et d'-analyse^.
Avec Reid et Kant, nous reconnaissons la raison comme la faculté du vrai , du beau et du bien. C'est à sa vertu propre que nous rapportons directement la connaissance dans sa partie la plus humble et dans sa partie la plus élevée. Toutes les prétentions systématiques du sensualisme se brisent contre la réalité manifeste des vérités universelles et nécessaires qui sont