‹ Du vrai, du beau et du bien. --Chapitre 43 sur 76 · Voyez l'AppEN^iCE · texte numérisé non relu

Voyez l'AppEN^iCE

Sept Sacrements, par exemple, cette profonde représentation des rites chrétiens, ouvrage des plus hautes facultés de l'intelligence et de l'âme, et où l'intelligence et l'âme trouveront à jamais un sujet inépuisable d'étude et de méditation! Grâce à Dieu, le burin de Tesne les a sauvés de notre ingratitude et de notre barbarie. Tandis que les originaux décorent la galerie d'un grand seigneur anglais', l'amitié et le talent d'un Pesne, d'une Stella, nous en ont conservé des copies fidèles dans ces gravures expressives qu'on ne se lasse pas de contempler, et qui chaque fois qu'on les examine nous révèlent quelque nouveau côté du génie de notre grand compatriote. Regardez surtout l'Extrôme-Onction ! Quelle scène sublime et en même temps presque gracieuse ! On dirait un bas-rehef antique, tant les groupes en sont bien distribués, avec des attitudes naturelles et variées ! Les draperies sont admirables comme celles du fragment des Panathénées qui est au Louvre. Les figures ont toutes de la beauté. C'est de la sculpture, va-t-on dire : oui, mais c'est aussi de la peinture, si vous-même vous avez l'œil du peintre, si vous savez être frappé par l'expression de ces poses, de ces tètes, de ces gestes, et presque de ces regards ; car tout vit, tout respire, même dans ces gravures, et si c'était le lieu, nous tâcherions de faire pénétrer avec nous le lecteur dans ces secrets

1. Les Sept Saa'ements du Poussin sont aujourd'hui en Angleterre la première suite, faite pour le chevalier Del Pozzo, chez le duc de Rutland, la seconde, faite pour M. de Chanteloup, chez lord Ellesmere. Voyez I'Appendice.

du sentiment chrétien qui sont aussi les secrets de l'art.

Tâchons de nous consoler d'avoir perdu les Sept Sacrements et de n'avoir pas su disputer à l'Angleterre et à l'Allemagne tant d'autres productions du Poussin, englouties aujourd'hui dans les collections étrangères ' , en allant voir au Louvre ce qui nous reste du grand artiste français, une trentaine de tableaux des différentes époques de sa vie, et qui la plupart soutiennent dignement sa renommée, le portrait de Poussin, une des Bacchanales faites pour Richeheu, Mars et Vénus, la Mort d'Adonis, l'Enlèvement des Sabines *, Ehézer et Rebecca, Moïse sauvé des eaux, l'Enfant Jésus sur les genoux de la Vierge et saint Joseph debout ^, surtout la Manne au désert, le Jugement de Salomon, les Aveugles de Jéricho, la Femme adultère, le Ravissement de saint Paul, le Diogène, le Déluge, l'Arcadie. Le temps a terni leur couleur, qui n'a jamais été bien éclatante ; mais il n'a rien pu sur ce qui les fera vivre à jamais, le dessin, la composition, l'expression. Le Déluge est resté et sera toujours de l'effet le plus saisissant. Aprèa tant de maîtres qui ont traité le même sujet, le Poussin a trouvé le secret d'être original, et

Page 1