‹ Du vrai, du beau et du bien. --Chapitre 7 sur 76 · Voy. Histoire de la Philosophie, leç. viu · texte numérisé non relu

Voy. Histoire de la Philosophie, leç. viu

Toutefois, il faut bien l'avouer, la philosophie n'a pas entièrement perdu et elle reprend encore quelquefois, après Descartes et dans Descartes même, ses anciennes habitudes. Il appartient rarement au màmt homme d'ouvrir et de parcourir la carrière, et d'ordi- "^ naire l'inventeur succombe sous le poids de sa propre ^ invention. Ainsi Descartes, après avoir si bien posé le "'• point de départ légitime de toute recherche philoso- ' l \ ohique, l'oublie plus d'une fois et revient, au moins ^ dans la forme, à l'ancienne philosophie ' . La vraie méthode s'efface bien plus encore entre les mains de ses premiers successeurs, sous l'influence toujours croissante de la méthode mathématique.

On peut distinguer deux périodes dans l'ère cartésienne : l'une où la méthode, en sa nouveauté, est souvent méconnue ; l'autre oti l'on s'efforce au moins de rentrer dans la voie salutaire ouverte par Descartes. A la première appartiennent Malebranche, Spinoza^ Leibniz lui-même ; à la seconde , les philosophes du xvni® siècle.

Sans doute Malebranche est, sur quelques points, descendu très-avant dans l'observation intérieure; mais la plupart du temps, il se laisse emporter dans un monde imaginaire, et il perd de vue le monde réel. Il en vient jusqu'à révoguer en doute l'autorité de la^ conscience, et par le renversement le plus étrange de l'ordre naturel, [au lieu do chercher Dieu par l'intermédiaire de la nature et surtout de la pensée, comme

1. Fragments de Philosophie kodehne» !'• partie, Défense de Descartet.

Descartes, il croit l'atteindre directement, et c'est eu Died qu'il voit toutes choses Q Ce n'est pas une méthode qui manque à Spinoza , mais c'est la bonne. Son tort est d'avoir appliqué à la philosophie la méthode géométrique, qui procède par axiomes , définitions, théorèmes, corollaires ; nul n'a moins pratiqué la méthode psychologique : c'est là le principe et aussi la condamnation de son système^. Les Nouveaux Essais sur r entendement humain montrent Leibniz opposant observation à observation, analyse à analyse, conchision à conclusion; mais son génie plane ordinairement sur la science , au heu de s'y avancer pas à pas : voilà pourquoi les résultats auxquels il arrive ne sont souvent que de brillantes hypothèses, par exemple l'harmonie préétabhe, qui n'est guère que le développement d'une autre hypothèse, celle des causes occasionnelles de Malebranche^. Disons-le bien haut : il n'y a de durable que ce qui est fondé sur une saine méthode ; le temps emporte tout le reste ; le temps, qui recueille, féconde, agrandit les moindres germes de vérité déposés dans les plus hum jles analyses, frappe sans pitié les hypothèses, même celles du génie. Il fait un pas, et les systèmes arbitraires sont renversés ; les statues de leurs auteurs restent seules debout sur leurs ruines. La tâche de l'ami de la vérité est de rechercher les débris utiles qui en subsistent.

1. Histoire de la Philosophie, leç. vui; Fragments de Philo- BOPHiE MODERNE, 2" partie, pnssim.

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