ÉCOLE BUISSONNIÈRE
;t\ec un petit acte, à trente-cinq ans. Ce sont les transformations nombreuses et les incroyables mé- -iventures du Timbre d'argent. De oes choses, cli'jà lointaines, en des pages qui sont bien pour enseigner la patience à la jeunesse pressée d'arriver, Le maître parle sans nulle aigreur, avec une bonne humeur indulgente aux directeurs de théâtre, qui prennent leur propre goût pour celui du public. Il est plus sévère pour certains chefs d'orchestre, qui songent moins à l'œuvre exécutée qu'à eux-mêmes, et dont la mimique théâtrale est destinée plutôt aux spectateurs qu'à leurs musiciens.
Aussi l'instrument favori de Saint-Saëns est-il l'orgue, qui est tout un orchestre sans chef d'orchestre, et sur lequel ce fut, pendant quelque vingt ans, pour ce premier prix d'orgue au Conservatoire, une joie toujours nouvelle d'improviser en l'église de la Madeleine. Les pages consacrées à la musique religieuse et celles oij Saint-Saëns discute les projets de réforme musicale du Saint- Père sont parmi les plus intéressantes de ce volume si varié.
Varié, il l'est encore par la galerie des portraits qu'il nous présente, et où nous voyons voisiner Berlioz, ce « génie » de la musique, avec Victor Hugo, qui « n'entendait rien à la musique », et le prince Napoléon, à qui les circonstances n'ont pas permis de « donner sa mesure », avec l'Allemand Offenbach, dont la vogue renaissante choque un peu le grand maître français, auquel toute faute de goût cause une véritable souffrance. Et
voici encore Liszt, au centenaire duquel Saint- Saëns a voulu se faire entendre à IIeidelberg;Gallet, qui lui a fait la plupart de ses livrets, depuis la lointaine Princesse jaune jusqu'à cette Déjanire dont le triomphe est d'hier ; l'admirable Pauline Viardot, qui brisa sa voix par un « amour immodéré pour la musique » ; Rossini, qui se tut à quarante ans parce « qu'il n'avait plus rien à dire » ; et enfin, occupant tout Le panneau central de la galerie, le grand portrait en pied de cet illustre Meyerbeer, si dédaigné par le snobisme contemporain.
Les défauts de Meyerbeer, Saint-Saëns ne fait pas difficulté de les reconnaître : il condamne sans appel l'Étoile du Nord, dont la reprise « n'est à désirer ni pour l'art, ni pour l'auteur », et se montre dur pour l'Africaine, « musique décousue sur une pièce impossible » ; il reconnaît que « la musique de Meyerbeer est comme la peinture des décors : il ne faut pas la regarder de trop près » ; mais il nous déclare aussi que les représentations actuelles des Huguenots, qui ne sont plus joués dans le mouvement, ne nous donnjent aucune idée de ce que fut cette belle œuvre à son éclatante apparition ; il signale tout ce que doit à Meyerbeer, qpi'elle traite avec tant de mépris, la musique moderne, et il prononce : « La méconnaissance du génie de Meyerbeer n'est pas seulement une injustice, c'est une ingratitude. »
Mais la musique française actuelle .>* Qu'en pense l'auteur de Samson et Dalila? Car enfin, habitué qu'il est à s'entendre nommer à l'étranger « le