ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Nous étudierons les lésions du zona, d’une part dans le système nerveux, d'autre part dans l’éruption cutanée. Pfeifïer, en 1889, se fondant sur l'analyse de 117 cas, s’est attaché à démontrer que les lésions nerveuses ne sont pas constantes dans l’herpès zoster, et il a exprimé l'opinion que l’éruption peut suivre le trajet des artères aussi bien que celui des nerfs.
Le docteur Wasilewski a bien essayé de reprendre cette hypothèse et s’est efforcé de la défendre ; mais il n’est pas parvenu à la faire accepter, et, s’il est permis d'avancer que l'anatomie pathologique n’a pas dit son dernier mot à ce sujet, il n’en est pas moins vrai qu'aujourd'hui, pour la très grande majorité des médecins, l’apparition du zona est subordonnée à une lésion nerveuse.
La connaissance de cette lésion nerveuse est de date récente. Rayer, faisant l’autopsie -d'une femme qui avait eu, quelques jours avant de mourir, un zona gangréneux du cou, ne trouva aucune lésion du plexus cervical.
Bärensprung rapporte que Däanielsen trouva, chez un homme mort de pneumonie deux mois après l'apparition d’un zoster pectoral, le sixième nerf intercostal gauche injecté et tuméfié, avec infiltration du névrilème. Esmarch (de Kiel) fit une semblable constatation. Bärensprung, dans son mémoire
de 1861, reprit ces trois observations, démoutra ce qu’elles avaient d'incomplet et insista sur la nécessité de nouvelles recherches. Dans son mémoire de 1863, il publia l’autopsie d'un enfant âgé de vingt mois, mort de tuberculose pulmonaire, six semaines après le début d’un zoster intercostal hémorragique du côté droit ; il existait de ce côté d’étroites adhérences pleuro-pulmonaires; les sixième, septième et huitième nerfs intercostaux étaient injectés et tuméfiés ; les racines élaient intactes, mais les ganglions spinaux correspondants avaient des lésions identiques à celles des nerfs. Il constata, au microscope, l'existence d'un processus Imflammatoire très net; les éléments nerveux des ganglions n'étaient pas détruits, mais les rameaux nerveux présentaient des fibres variqueuses, granuleuses, interrompues dans leur continuité.
Bärensprung terminait, cette observation en insistant sur l'extension du processus inflammatoire, non vers la moelle, mais vers la périphérie.
Charcot et Cotard publièrent, en 1865, le cas d’un zona cervical droit chez une femme atieinte d’un cancer vertébral. Les nerfs et les ganglions spinaux étaient très injectés et fortement tuméfiés ; les cellules des ganglions étaient intactes, mais le réseau vasculaire était injecté et il y avait prolifération conjonctive ; Charcot et Cotard conclurent à l'existence d’une névrite.
Weiïdner constata chez une femme atteinte de zona cervico-thoracique que la racine postérieure du premier nerf intercostal présentait un épaississement du névrilème avec infiltration abondante de noyaux.
Wagner rapporta le cas d’un zona intercostal avec augmentation du volume des ganglions dorsaux, dégénérescence graisseuse des cellules de ces ganglions, avec prolifération de la névroglie.
O. Wyss cita un cas de zoster ophtalmique, avec altérations de névrite aiguë, lésions des cellules nerveuses dans le ganglion de Gasser et prolifération de la névroglie,
Sattler, Kaposi (1875), Chandelux (1889), rapportèrent des observations analogues et constatèrent l'existence de lésions dans les nerfs périphériques et les ganglions spinaux ; mais tous restèrent incomplets dans leur description, et il a fallu lemploï d’une technique perfectionnée pour permettre aux observateurs contemporains d’être plus précis.
Lesser trouve, dans un cas de zona cervical, le quatrième ganglion droit présentant un foyer de dégénérescence graisseuse, mélangé de pigment ; des groupes de cellules nerveuses altérées par les foyers hémorragiques étaient, soit transformés en blocs pigmentés, soit graisseux ; la myéline des fibres correspondantes était segmentée et le cylindraxe trouble, Le même auteur publie en 1883 une autopsie d'une femme de soixante-treize ans, morte trois mois après le début d’un zona thoracique : il constata une prolifération conjoncüve dans le cinquième ganglion spinal, avec destruction des cellules et tubes nerveux, et formation de tissu scléreux à larges travées ; dans le quatrième ganglion, les lésions étaient analogues et les tubes nerveux du cinquième nerf étaient dégénérés.
Vaillard indique que, chez une femme morte d’asystolie consécutive à une bronchite chronique et ayant présenté deux mois avant un zona sur le trajet du onzième nerf intercostal gauche, il à trouvé dans le ganglion dorsal rachidien correspondant une augmentation manifeste du stroma conjonctif : des travées parcouraient le ganglion dans tous les sens, entourant et isolant des groupes de cellules nerveuses et des faisceaux de tubes ; chacun de ces îlots était à son tour divisé par des trainées moins volumineuses qui dissociaient leurs éléments et les montraient plus séparés qu’à l’état normal. Le
A es douzième ganglion présentait des lésions analogues, mais moins accusées.
Pitres et Vaillard donnent deux observations où les altérations nerveuses étaient graves : aucune fibre du nerf atteint n’était saine, et les lésions variaient depuis la simple segmentation de la myéline jusqu’à la destruction du cylindraxe ; dans les ganglions correspondants les cellules étaient intactes, mais il y avait atrophie de beaucoup de tubes et dégénérescence de la racine postérieure.
En 1884, A. Dubler rapporte, après un historique complet de la question, deux observations personnelles de zona, avec autopsies. La première observation est celle d’une femme de soixante-dix-sept ans, tuberculeuse, et atteinte, un an et demi avant sa mort, d’un zona intercostal: à l’autopsie, on trouva une périostite avec trois amas caséeux qui intéressaient les 6e, 7, 8, 9° nerfs intercostaux droits; à l’œil nu, les nerfs étaient épaissis, rouges. Les lésions microscopiques de la névrite s’étendaient dans les deux sens, centripète et centrifuge. Le tissu interstitiel et les tubes nerveux étaient à la fois altérés : ces altérations se retrouvaient jusque dans le tissu adipeux d’une part, de l'autre elles s’arrêtaient avant d'atteindre les ganglions spinaux et la moelle. Il se trouvait que, précisément à gauche (côté opposé à celui du zoster), le ganglion spinal du 9, nerf intercostal était malade.
La deuxième observation de Dubler est celle d’une femme de soixante et onze ans qui, trois mois avant de mourir d’une pneumonie gauche dans le cours d’une néphrite chronique, présenta un zona du côté droit: à l’autopsie, névrite des 9° et 10° nerfs intercostaux droits. Ici la névrite ascendante avait atteint la racine postérieure et le ganglion du 9° nerf intercostal; le ganglion du 10° nerf intercostal était sain.
Dans les deux cas, l’éruption cutanée était exactement superposée aux branches malades. Dubler recherche donc si le