LE DUC, BLONDIN
LB DUC
Eh bien, donc t mou pauvre Blondin, cela va mieux, a co qu'il parait? Eh t tu es encore tout tremblant., allons, prends un fauteuil, et dis-moi...
BLOND)!!
Prendre un fauteuil 1 m'asseoir devant sa seigneurie!
le duc.
Et pourquoi pas?
BLONDIN
Jamais! jamais! sauter ainsi à pieds joints sur le respect, oublier en un instant les traditions héréditaires de tous les Blondin qui ont eu l'bonseur de me précéder au service de votre noble maison! Depuis trois cents ans, pas un Blondin ne •'est assis devant un d'Ercourt !
le duc.
Mais enfin, si je te l'ordonne?
blondin.
Alors, ce sera seulement pour faire mon devoir en vous obéissant.
LE DUC
Eb bien ! je le veux.
BLONDIN
Alors, monseigneur, nous le voulons tous les deux. {Il s'assied sur le bord d'un fauteuil et dans l'attitude la plus respectueuse. A part.) Franchement, je suis mal à mon aise.
LE DUC
Que t’esUil donc arrivé?
BLONDIN
Je suis tombé malade.
LE DUC
Je le sais.
BLONDIN
De chagrin.
LE DUC
Do chagrin ?
BLONDIN
Oui, monseigneur.
LE DUC
Pauvre homme! et pourquoi?
BLONDIN
Pourquoi ? voilà ce qu'il y a de bien embarrassant à dire à votre seigneurie.
LE DUC
Comment ! tu ignores la cause?...
BLONDIN
Oh! non, monseigneur; mais il y a des choses qui se disent bien difficilement.
LE DUC
Comment! des secrets avec moil
BLONBIN.
C’est bien hardi, bien impertinent sans doute, mais hélas!...
LE DUC
Tu soupires, aurais-tu quelque fâcheuse nouvelle à m'apprendre? Cinquante ans d’épreuve t’ont fait connaître ma bienveillante amitié pour toi, tu peux parler.
BLONDIN
Mon Dieu! mon Dieu I comment me tirer de là?
LE DUC
Qui a pu te causer une telle douleur?
BLONDtN.
Qui, monseigneur? ah! cent fois pardon, mais c’est...
LE DUC
Eh bien! c’est...
BLONDIN
C’est... votre seigneurie.
LE DUC
Moi!
blondin , avec explosion.
Vous, mon duc, mon bi«n-aimt maître..» ohl
vous allez toul savoir, car j*ai quitté mon lit pour venir voua parler. J'aurais bien écrit à votre excellence; mais je ne me suis pas senti capable d'une telle hardiesse, et j’ai préféré faire quatre lieues... en voiture, il est vrai... un coureur!
LR noc.
Voyons, voyons, je suis impatient.
BLONDIR
Oh! ne vous fichez pas, si vous voulez que je puisse articuler une syllabe...
LR DOC.
Je ne me fiche pas, mais...
blondir, avec des larmes dans la voix.
Votre Seigneurie va se marier T
LR DOC.
Quel rapport?...
blondir.
Je supplie votre seigneurie do vouloir bien me dire si elle va toujours se marier?
LR DOC.
Probablement.
blondir.
Avec H 11 * Hervaux?
LR doc.
Oui.
blondir, à pari.
Il n’y a donc plus à en douter; la mésallianct est avérée, l’arbre est brisé, les rameaui vont se dessécher.
lb doc, qui na pas entendu cetà parte de Blondin.
Ce n'est pas là sans doute ce qui t'afflige si douloureusement? la femme que je prends n’estclle pas un ange d’innocence et de douceur? sa famille a recherché mon alliance, et ne dois-je pas regarder comme un bonheur que cette charmante enfant ait consenti à devenir ma fille, à embellir le peu de jours qui me restent encore... Voyons, qu'as-tuà dire à cela? vas-tu par hasard m'entretenir des inconvéniens , des dangers d’un semblable byménée?
blondir.
Non, monseigneur ; la jeune personne est bien, elle est jolie, vertueuse, elle a des talens, un caractère divin.. . mais qu’est-ce que tout cela quand on n'a pas de nom à y ajouter? C’est du bien perdu, ce sont des qualités envoyées par le ciel A quelque noble dame et qui se sont égarées en route. «
lr doc, riant.
Oh! pour le coup, mon pauvre Blondin...
BLONDIR
Une mésalliance dans la maison des d’Ercourt, t'est pis pour moi que vingt fluxions de poitrine.
Ait de L'Estocq,
Ali! pardonBc*-raoi, monseigneur,
Mais vous connaisses de mon cour La peine.
Je vous vois près de déroger.
Pour moi ce n'est point un le’ger Danger!
Songes à vos nobles aïeux.
Songes » leur nom glorieux!
Mon Dieu! tout ce que je veux,
Cest que vous rompiet de tels nœuds La chaîne,
Et que votre illustre maison Ne fasse pas de tache h son Blason !
Il fond en larmes.
LR doc, avec uw sourire de bonté.
Allons, allons, j'espère que tu guérirai en me voyant heureux.
BLORD1R.
Jamais! car votre seigneurie aura fait le malheur de tout ce qui l’entoure.
lr doc.
Le malheur de Caroline 1
blondir.
Oui, monseigneur.
LE DOC
C’est impossible; elle a librement consenti A ce mariage.
BLORP1R.
En apparence, monseigneur.
LB DUC
Que dis-tu? je te croirai sur parole; mais parle, je le veux, je le veux, te dis-je.
blondir, tremblant.
Voilà , voilà, monseigneur... Quelqu'un aimo votre prétendue et en est... non... eu était aimé, et il eu mourra, le pauvre garçon!
LR DOC.
Et qui donc ?
BLORDIR.
Ah l de grâce, que votre courroux ne l’accable pas!
le doc.
Je le connais donc?
blondir.
Oui, monseigneur.
LE DOC
Nomme-le-moi.
BLONDIR
Son sort, sa fortune dépendent de vos bontés...
LB DUC
Son nom?
BLONDIR
Il vous doit tout... et vous allez peut-être l'accuser d'ingratitude... mais je suis sûr qu’il vous aime... qu’il vous respette... car vous avez pria soin de son enfance, vous l’avez toujours traité comme un fils...
18 MAGASIN THEATRAL
LP. DUC
C’est donc luit Eugène! Eugène! lui qui m’a* vait conseillé... oh! puis-je le croire?
Il fait un signe à Blondin qui sort sans proférer un mot de plus.
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