‹ Dugommier, 1738-1794Chapitre 10 sur 102 · Cf. Rec. Aulard, VII · texte numérisé non relu

Cf. Rec. Aulard, VII

MtnOHMIER

Bonaparte, Les repi-ôseiitaiits, disait-il. no lui mai'fitiaiont pas d'égards; ils iui suscitaient mille tracasseries et jalousies; ils protiJgeaient La Povpe, te ci-devant, ce " général dp toilette '), qui visait à l'ind^^pendance et dont les exploits n'avaient d'autres résultats que des enferre [nents, cet orgueilleux qui disait après ses échecs sur un ton de persiflage qu'il voudrait avoir une pareille affaire tous les jours. Quant à Bonaparte, Cartoaux le surnommait le Capitaine Canon et, sans oser le punir, l'accusait d'indiscipline et lie rébellion ; " L'artillerie ne m'est pas soumise, et son chef Bonaparte fait tout en sens coulratre; mais l'attaquer, c'est attaquer les représentants eux-mi^moa» " . D'autres conventionnels. Barras et Frt^i'on, représentants dans les déparlements méridionaux, Ricord et Augustin Robespierre, représentants à l'armée d'Italie, joignirent leurs récriminations a celles des représentants près l'armée révolutionnaire. Ricord et Augustin Robespierre affirmaient que l'éloignementde Carteaux serait une victoire, qu'il existait dans l'armée de ce '• fameux général » le plus grand désordi-e, que personne ne connaissait l'effectif de ses troupes et l'état de ses subsistances et munitions. Barras et Fréron déi-laraienl que Cartoaux ne possédait aucune notion militaire, qu'il avait tiéjà perdu deux mois, qu'il échouerait I certainement. Ils proposaient de donner le commandement à La Poype. et Fréron. son beau-frère, assurait qu'il était un vrai jacobin, qu'il n'avait dans son étal^major que des Mar- 1 seillais du 10 août, qu'il aurait k l'affaire du Faron et à J celle du cap Brun conservé les positions si Cartoaux l'avait i secouru, bref qu'il ferait de la bonne besogne. Mais la ( femme et la fille de La Poype étaient détenues dans Tou- | Ion à l'hApilal du Saint-Esprit, et une partie de l'armée J croyait qu'il ne pouvait agir avec ardeur et francldse. « U I a sous les yeux, disait l'amiral Truguet, une ville qui renferme ce qu'il a de plus cher; saurait-il se défendre d'un

mouvemeol <le sonsibililé? •> NomWo iIl> jacoUns s'oppo-

^eal donc à la nonniiation de La Poype. Le joiirualiste

Bébert rappelait qu'il ne fallait plus tic nobles tlans les

BTiuées, et il blâmait Fréron île devenir aristocrate et musca-

in, de ti-aîlenlureiuent les patriotes, de metti-e en évidence

on marquis ilo beaii-fréro et de lui attribuer tous les succès.

îmîlion Robespierre Jugeait que ces restes de noblesse,

.qu'on reprocliaità La Povpe, étaient effacés par des services,

par dos alliances arec ta sans-culotlerie; mais, ajoutait^il,

l'opinion est si contraire au gt^néral cpiele Comité n'ose pas

le nommer ■.

Le 23 octiibre, le Comité de salut public arr^-tait que Carteanx prendrait le commandement do l'année d'Italie, et Doppet.lecommaudement de l'armée devant Toulon. Carteanx partit le 7 novembre en disant qu'il cédait sa place à de plus heureux., non à de plus habiles, qui protiteratent de ses labeurs. Mais, comme s'exprimait un ami de Honaparte et de Saliceti, il n'emportait les regrets de personne, et il aaraitfiuipardésorganiserrarmée. L'aiiûral Hood n'écrivaitil pa^ qu'il garderait Toulon .< contre mille Carteanx'^ ■>?

Doppet arriva le 12 novembre au quartier général d'Oltioules. Cet ancien médecin et homme de lettres n'avait ni t:itents ni expérience. 11 écrivait et parlait beaucmip; il avait, ans Jacobins, déclamé contre les généraux aristocrates et projKtsé que chaque année eût un comité de propagande qui préserverait les soblats de l'inlluence des feuillants. Savoyard et chef de brigade de la légion des Allobroges, il avait été nommé général durant la campagne de Cartcaux dans le Midi et, pour avoir montré à la tète dt^ l'avant-garile quelque célérité, chargé de commander l'armée

I- Rei". Aulnrd. Vil. 313, 106; — A. ChuqucI, In Jeu-ictst df S.t}wlfon, ill. p. 299;— Mon.. 11 el ÎH nov.

i. Lettre il'Aur*lu Vareae, » quv, (Arclûrea ries Aff. élrniigèrcs, 1538^ ; - Elliol, II. 16*: — ColUn, 311.

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<)es AI|)P9 et (le l)rus(|iior la pi'ise ik- Lyon. Il s'entendait <]onc aussi peu que Carteausatiniétîerdela guerre. Toutefois il avait plus d'esprit et moins de présomption. Il déciîii-a U'omblée qu'il ne posriédait pas les connaissances nécessaires à la conduite d'ilii siège de grande importance, connne le siège de Toulon. " Voilà, s'écriait Saliceti, le commamlement dans un état précaire et de nouveau la stagnation! Quand anrons-nims un homme qui pousse les choses vigoureusement'? "

Mais Ricord avait gagné Paris et, après plusieurs conférences avec le Comité de salut public, il avait obtenu que lulmftme et Augustin Robespierre, Saliceti et Gasparin, Barras et Fréron se réuniraient pour se concerter sur les moyens de rendre promptemcnt Toulon à la République -, que l'armée révolutionnaire recevrait l'artillerie dont elle avait besoin, qu'elle serait renforcée par les troupes qui venaieot d'entrer dans Lyon et par quelques bataillons de l'armée des Alpes, qu'elle aurait pour chef Dugommier qui commanderait en même temps l'armée d'Italie.

Ce fui. avec im sentiment do véritable soulagement que; Doppet apprit qu'il était remplacé. Et pourtant il faillit, sans le ;ouloir, s'emparer du fort Mulgrave. Le 15 i vembre, dans l'aprés-midi, une patrouille ennemie se pré-' senta devant La Seyn» où commandait Nicolas Brûlé, chef du 2' bataillon delà Cftte-d'Or. Les postes avancés allèrent' k sa rencontre. Un combat s'engagea. Des patrouilles, de» compagnies accoururent de part et il'autre. Au bout d'un^ heure, dit Brûlé, c'étaient deux, armées. Brûlé mitses troupe» en bataille, et fit battre la charge, Les Français, et parmi eux les volontaires du 2' bataillon du Mont-Blanc, fondirent

1. nec. Aulur.1, VII. iÛ6; VIII, *I2; — Cf. AulEird, ta Sociélé de$ Joet bi«i, V, 25,

2. L» ConvunliuD avnil détr^U k II uclobrc f|ii'il y iiurnit qunli rpprésentanis pris itt Iroupes dïtiRées contre Toulon : Gaipnrin, Snlicet llobespierre jeune et Ilicord. Le iS, cllu lejr ndjoignit Barrut et Prêrun.

Hv les alliés avec une telle impétuosité iiii'il? te« refoulèrent

bi»qu*aux alwrils do la reiloule. Ils (-hantaient le Ça ira,

fcl quelques-uns tanilicrent au pieil des chevaux de frîse

hu^ls s'efforçaient d'arracher. Mais l'artillerie anglaise fai-

Esait uii Teu violent sur les assaillants; une frégate et des

t eh*loupc8 ranounières la secoudaient ; le gimvemeiirdeTou-

hoa, O'Hara, qui, du pont de la Virlori/, assistait â l'action,

Krtot »Ie sa [«rsonne au furt Mulgrave animer la garnison ;

Bvn tl«'tachenient du 1" régiment nival d'inTanterie, conduit

R»r le capitaine Dimcan Campbell, exécuta coup sur coup

■^enx vigoureuses sorties. Rrùlé Jugea qu'il serait imprudent

Pde toater nu assaut: quand il aurait protîlô de l'élan de ses

[ bataillons pour emporter la reilotite. :inrait~il pu la conser-

I ver? H Le poste. (lis;dl-il, n'étail d'aucune utilité pour le

K Bioiuent. •• Il recula sur I^ Semé en très lion ordre. L'af-

I faire avait duré cinq heures. Napoléon a prétendu plus tard

■ qu'il l'avait dirigée et que Doppet, consterné par la moK

d'au «le ses aides de camp, avait ordonné la retraite; sur

quoi le jeune Corse, frémissant île rage, la âgure ensanglan-

iée par «ne légère blessm-e qu'il avait reçue an front, aurait

(;alopé vers Doppet en l'apostrophant ainsi : •• Quel est le

jean-foutre qui a commandé la retraite? Toulon est encore

inaiMjué ! " Mieuï vaut croire Doppet qui. le jour même, écrit

au Comité qu'il y a eu une affaire générale, qu'on s'est

haltu dans l'après-midi aux Sablettes, à Malbousquet. à

i^ainl- Antoine, qu'il n'avait dressé aucun plan d'attaque,

que ses forces étaient trop divisées iiour qu'il pût espérer

des avantages réels et durables, que chaque chef de colonne

«Tait par suite regagné ses positions. Mais le soldai crut

1111 instant à la victoire; il en voulut à Doppet, et le

mot que Napoléon rapporte fut sans doute prononcé :

" Aurons-nous toujours pour généraux des peintres et des

médecin* î >>

Doppet avait donc liàle de quitter le commandement. Un

de SOS iifdciers alla [jricr Diigmiiinier de faire ■liligeiice et le l'eiicontra au-ilelà Je l'iiatôi'el. De Frêjiiw, Diigoiiiniier répondit à Doppet qu'il no perdait pas un instant et, le 16 novemlre au soir, il arrivait au quartier-général d'Olliouies. La Société populaire de Mai-seille venait dVcriri! aux Jacobins de Paris et dans son adresse, que le représentant Ricord lut au club le 23 noveuibre, elle demandait que Doppet, l'indispousable Doppet, eût toujours la direction du siège et que Dugomniier ffit envoyé à l'année des Pyrénées- Orientales. Mais Saliccti iirotesla vivement et déclara que le club de Mai-seille comptait, à côté d'wxcellenls citoyens, des faux frères, des hommes qui n'avaient pas l'anioui" du bien public. Doppet, non sans effroi, désapprouva les Marseillais. Quelques-uns s'étaient rendus à Ollioules pour lui communiquer leur pétition. 11 les re^-utavec froideur et leur dit nettement qu'il était affligé de leur démarche imprudente. Le peindre comme un Hre nécessaire, répétait-il, c'était le compromettre et c'était compromettre la liépublique; il n'avait pas le « rassemblement de talents militaires et de combinaisons >• qu'exigeait une tâche si ardue; il refusait d'accepter cette » responsabilité effrayante », et, si ou le forçait <i rester, il servirait sous Dugommier. Dijs le 17 au matin, il avertissait le chef d'élal-major de no plus donnw d'ordre en son nom. et. lorsqu'il partit, il eut soin de puaswl à Marseille pendant la nuit pour nu pas être vu de cea fâcheux Jacobins qui voulaient, malgré " sun peu de moyens u malgré la Convention et le Comité, l'obliger à prcndi»-'! Toulon'.

t. Dopppt, mm.. '2u7 2iri: — et lettres & Dcimliolte et à l'eyrnn, (A. (i,;. ; - Mkh . âa nnv. ; — Hce. Aiilunl, VIII. 316 ; - Cotlin. SCI ; - Ctiuijuel, Î98 : — tf, «ur nilTuire Ju 15 novembre, le ra[ii)ort Je DrùW Si la letlK Je Doi-pel iin Cumilé. 13 no». (A, G.i.

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