CHAPITRE III
Fortifications de Toulon. — Travaux des alliés. — Leurs troupes. — Leurs renforts. — Dissentiments. — L'armée assiégeante. — Bonaparte. — Tentative contre rEguillette (22 septembre). — La redoute anglaise ou le Petit-Gibraltar. — Carteaux. — La Poype. — Petits échecs. — Lenteurs. — Rappel de Carteaux. — Doppet. — Ricord ù Paris. — Affaire du 15 novembre. — Arrivée de Dugommier au quartier général (16 novembre).
Toulon passait, en 1793, pour une des bonnes places <l*Europe*.
Du côté de la mer, le fort La Malgue barrait Taccès de «a Grande Rade, et la Grosse-Tour, ainsi qu'àTopposé de la Grosse-Tour, les forts Balaguier et de TÉguiliette sur le promontoire du Caire, fermaient Tentrée de sa Petite Rade.
Du côté de la terre, la ville était couverte par une en- <-einte de sept bastions et par des ouvrages qui couronnaient de hautes collines. A la vérité, ces ouvrages assez mal faits
1. Voir, sur le siège de Toulon, les documents des archives de la guerre* — le rapport de Marescot {Relations des principaux sièges de Musset- Pathay, 312-323); les Afém. de Doppet et le livre de Pons, A/ew. pour servir à V histoire de Toulon en 1793; — les lettres des représentants dans le recueil Aulard, et de Dugommier dans Vauchelet et Pineau ; — la Corre^/j. de Napoléon, I, et ses Mémoires; — le rapport de Ricord; — les Mém. de Marmont et ceux dits du duc de Bellune ; — Krebs et Moris, Campagnes dans les Alpes 1, 313-387; — G. Duruy, Mémoires de Barras, I, Préface; — Du Teil, Napoléon Bonaparte et les généraux Du Teil: — A. Cliuquet, la Jeunesse de Napoléon, III; — Colin, l'Éducation militaire de Sapoléon, et surtout Cottin, Toulon et hs Anglais en 1793 et la Nouvelle Revue rétrospective, Af^m. de Grasset, de Fi orindorf, dePas(iuier et de Vernes (oct. et nov. i898, janv. et mai-sept. 1899). — Voir aussi les lettres de sir Gilbert Elliot, II; — la Corresp. de lord Auckland, III ;— Thaon deRevel; — Mém. sur les guerres des Alpes; — la Gazette de Madrid, etc.
DUOUMUIER
ne se soutonaioiit pas niutiicllement. Mais, à l'ouost. lo fuel. Malbousquet balayait la ruiito d'Italie; an noiil, sur un contrefort de la rocheuse montagne du Faron — que les contemporains nomment presque tous le Pharaon — le fort Saint-Antoins avec ses deux redoutes, la redoute Rouge el. la redoute Blanche, la rodoiito Saiut-Andrt'', le fort des Pommets, un de ceux dont le tracé était le plus vicieux, dominaient la vallée des Favières; au nord-est, sur un autiv contrefort du Faron, étaient le fort l'Artigue et lo foil. Sainte-Catherine ; à l'est, dans le plat pays qui s'étend du Faron à la mer, le fort La Malgue, hAti avec grand soin, pourvu de quatre bastions, et regardé comme la citadellr lie Toulon, battait la route d'Italie aussi bien que la Grandi- Rade.
Les alliés, que les Toulonnaia, exaspérés contre la Convention, avaient appelés il hil^ti du mois d'août 1703, augmentèrent peu à peu cet ensemble de défenses. Pour pi-otégeila Grande Rade, ils construisirent une redoute sur la hauteur du cap Brun et des fortifications dans l'isthmo très étroit des Sablettes qui sépare la terre forme de ,Ia Croix des Signaux, au Lazaret et à Saînt-Elme. Pour protéger la Petite Rade, ils établirent un camp qu'on nomma le Gran<l Camp ou le camp do Dakguier'.sur le promontoire du Caire, au-dessus des forts Balagitieret de l'Éguillette, qui n'étaient que des batteries de côte, Môiues travaux du côté do la terre. Ils mirent Malbousquet à l'abri d'un coup de main par un chemin couvert entouré de chevaux do frise et d'abatis, et Malbousquet, qui n'était d'abord qu'une redoute, devint un véritable fort. Ils dressèrent des batteries derrière Malbousquet sur les deux hauteurs de Missiessy,
1. Oli encore le granil ctiiip de Caire. U ftudrnit <lire rigoiirc (iroinonltiirB Caire ou <le Caire. Les re)atïon> toulonuaises iloDoent l'oriKinv ie ce noiu : « près la insiion de U. Caire >, « ilana un liiea-roiids apparteuanl à M. Caire. >
Us garantirent Saint-Antoine par un retranchement en murs de pierres sèches. Ils élevèrent une redoute ii la Croix de Faron, sur le point le plus haut do la montagne, et placèrent un détachement à l'issue des gorges (fOllioules, au pas de la Masque, passage extrêmement difficile par la nature du terrain et la raideur de la pente, défilé très scabreux, comme on disait, par où Tennemi ne pouvait arriver sans être vu ou entendu.
Us avaient, pour garderies forts et le port, des troupes et une flotte.
L'escadre anglaise avait à sa tôtelord Hood, qui fut, avec le général O'Hara et sir Gilbert Eiliot, un des trois commissaires du roi d'Angleterre; l'escadre espagnole, don Juan deLangara; fescadre napolitaine, le général Forteguerri.
Lord Mulgrave, puis O'Hara, puis David Dundas commandèrent les troupes anglaises; Tamiral Gravina, secondé par Izquierdo et Raphaël Valdès, les Espagnols; le prince de Pignatelli de Cerchiera, les Napolitains ; M. de Foras, puis le chevaUer de Revel, puis le brigadier de Buller, les Piémontais.
C«s troupes étaient bonnes. Seuls les Napolitains, à l'exception des grenadiers royaux (pii se montrèrent partout avec bravoure, firent preuve de couardise. Ils avaient belle raine et ils portaient de brillants uniformes; on les aurait pris, à leur tenue irréprochable, pour des Allemands ; mais ils n'aimaient pas le danger. On les entendait «lire : « ma belle Naples, nous ne te reverrons plus », et un officier (le l'armée assiégeante les jugeait mauvais et peu entreprenants.
En revanche, les Anglais, les Espagnols, les Piémontais se battirent bien, et les officiers, quoique dénués d'expérience, les soldats, quoique médiocrement aguerris, méritèrent les éloges de leurs généraux : les Anglais, froids, solides, tenaces; les Espagnols, petits, mal vêtus, lents pil-
T.i DL'GOMMIRR
lards et, iliuis leur misère, éveiilrant de nuit k's sacs à terre pour les enlever et les vendre trois sous, mais ardents et parfois téméraires; les Piémontais, alertes, résolus, endurants, parfaitement disciplinés'.
Il y avait dans la place, à la fin du siège, 20,000 hommes de troupes : 2.500 Anglais, 7.000 Espagnols, 2.5011 Piimontais, 6.500 Napolitains et 1.500 ^■migr<^s français. Mais 4.000 étaient malades, la plupart des Napolitains ne valaient rien, et Dundas ainsi 'pi'Elliot ne comptaient que 12.000 hommes capahles de faire leur devoir et de manier le mousquet. 3.000 étaient dans Toulon, soit pour garder la ville, soit pour porter secours oii besoin serait. 9.0<X) étaient il l'extérienr. 600 tenaient le rap Brun et 1.500 campaient entre le cap Brun et le fort La Malgne. 600 autres, postés au Lazaret et k la gorge {les Sahlettes, protégeaient lo mouillage des escadres. 3.000 orcnpaient le promontoire du Caire, i'ÉguUlette et lîalaguier; 800, le fort Malhousciuet ; 800, les deux Saint-Antoine, la redoute Saint-André et le fort des Pommets; 5(i0, la Croix de Faron, le fort Faron et le pas de la Masque ; 700, les forts l'Artigue et Sainte-Catherine; 2.000, le fort La Malgue; 400, la (îrosse-Tour^,
Les coalisés n'étaient donc pas assez nombreux pour défendre Toulon et son immense pourtour, Ils formaient une garnison, non une armée, et ils -durent confier quelques-uns de leurs postes aux équipages Jes vaisseaux; ils durent, parce qu'ils manquaient d'artilleurs, appeler des marins au service des batteries de terre.
On annonçait la venue de 1.200 Anglais de Gibraltar et de
{. Floritidorf. 345 et 318; - EUiol, II, 201; — Bevel, tul ; — Cf. les ilém. de Napoléon.
î. Lettres .le Dunda», 13 d*c. (C. A): — Elliot. II, M3; — Conforti, Napoli dal usa al lieG, lUI. Le Fort Lu M&lgue éUit comnisndé par le capiUiiDe ElpliinMune, depuis vicomte Keith; le fort Malbuusquet par le colonel Uoreno et le cara]i sltensnC par le colonel comte del Puerto, la Grand Saint-Antoine par le lieutenant de vaisseau dnn Mariono Mendl" ■ auata el le Petit Saînl-Aoloine par le capitaine de Trêgate L'rinrte.
r».' >Oi'J Aulriihiens Ju Milanais que l'aiiiii'al Cosbv irait prendre
k Livonrtie. Mais le gouverneur de Gihraltar, sir Robert Boydi
refusa do s'affaiblir, et, bien que le cabinet de Lomlres eût
■ déclaré que les Autrîchienij, les preniiers soldats de l'univers,
HjKutiendraieiit par leur courage exercé le» troupes novices
r de Toulon, la cour do Vieune n'envoya pas les quatre bataillons
qti'elle avait promis lie fournir : elle allégua que Toulon avait
jilus de monde qu'il n'en fallait, qu'elle devait concentrer ses.
forces, pourvoir à la sûreté du Milanais. Lord Huod et EUiul
finirent par s'adresser aux Français émigrés en Piémont, en
Suisse, en Allemagne; niais, la semaine d'après, Toulon
saccoijibait, et le régiment de Royal-Provence dont le
colouel eût été le comte de Grasset, n'exista que sur le
papier.
Aussi les généraux anglais ne cachaient pas leurs craintes, et d'un bout à l'autre du siège ils pronostiquèrent' un désastre. O'Hara, d'ailleurs nerveux et, selon Elliot, aussi peu fait que personne pour la situation, disait hautement que les choses loumeraient mal. qu'il ne répondait de rien s'il ne recevait des renforts. David Itundas, lieux, maladif, accablé par le fardeau soudain du commandement, réclamait k grands cris un successeur et voyait, comme O'Hara, tout en noir. Pas un fifticier supérieur qui ne crfit que la possession de Toulon était pri-caire et qu'il faudrait, pour conserver la ville, 5 ii S.tJOO hommes de plus. Le 12 décembre, Sldney Smith écrivait que le» jmstes, très éloignés les uns des autres, étaient toujours sur pied et qu'on no pourrait secourir à temps celui qui serait forcé par l'ennemi ; « ne vous étonnez pas d'apprenilre, inarqnait-il à lord Auckland, que les Français aient réussi dans une tentative de ce genre ». k Dn reste, les coalisés n'étaient pas d'accord. Les Anglais ^■Affectaient une suprématie qui blessait les autres nations; ïIb s'étaient emparés de tout et ils puisaient librement dans lea magasins; s'ils avaient grande confiance dans les Piéinon-
54 DUnOMMlEK
tais et fratemîsaipnt avec eux. ils (raitaient les Espagnols de gueux, avides et rapaces, les blâmaient de leur négligence et de leurlaisser-aller, les accusaient de n'avoir ni courage ni discipline et de n>tre dangereux que pour leurs amis. Par contre, les Espagnols reprochaient aux Anglais leur orgueil, leur impertinence. leur inaction, l'insuffisance de leurs moyens, et ils insinuaient que In Grande-Bretagne désirait faire de Toulon un second Gibraltar. Les journaux français avaient donc tort de dire que les prétendus alliés se fusillaient dans les mes de Toulon, mais ils avaient raison d'affirmer que la morgue castillane et la rudesse britannique mettaient la discorde enire les assiégés. Quand le Coniilé général des sections demanda que le comte de Provence vint à Toulon pour être proclamé régent du royaume, Langara applaudit à ce dessein; Hond, O'Hara, Elliot le désapprouvèrent : n'était-ce pas dépouiller le roi Georges de sdu autorité ? Chacun tirait à soi. Malgré les pn.itestations do Langara, lord Hood nomma nn Anglais, Ooodall, gouverneur de la place. Le commandement eu chef des troupes de terre avait été donné à l'auiii-al Gravina ; mais les Anglais exigèrent bientôt qu'il fût déféré au major général O'Hara, successeur de Goodall ; O'Hara reçut le brevet do lieuteuant général, et lorsque lo roi d'Espagne promut Gravina au même grade, le cabinet de Londres déclara que la commission d'O'Hara était antérieure à celle de Gravina.
Enfin, Toulon même n'était pas de cosur avec les alliés. Ils y formèrent des troupes dont ils louèrent le courage el la fidélité; deux conjpagnies de chasseurs loulonnais' et le régiment Royal-Louis qui eut à sa tète le major Hustin. Toutefois ils se méfiaient des Français. Ils auraient pu se
1. Le ca|iitaiae d'une 'le ces cKiiip'igniea Tranches élail un cipitainH au S* batuillon Ju Var et aide du ciimp du général Bninct, nommi^ Itnurdim; Use qualifie capitnine de In coiii|>ngnïe Trnncbe liei grenadiers royaux, el il fut * la fin ilu sièjte, le 28 novcnilire. nommé capitaine du futur régi- IDïnt de Royal- Provence.
Irenforcer <ie I5.iX)0 bomities en profitant de la bonne volonté des milices urbaines et des troupes hostiles à la Convention^ iiifanterie de ligne, marine, garde nationale; ils n'osèrent les employer. Us n'ignoraient pas qn'iin parti républicain exist.'ùt dans Toulon et ils craignaient une insurrection des ouvriers de l'arsenal . Au mois de décembre, ils firent désarmer loos les habitants sans distinction et licencièrent ce qui n-stait de la gai'de bourgeoise'.
Pourtant la Convention mit plus de trois mois à prendre Toulon. C'est que, lorsque l'investissement commença, les î et le malt-riel faisaient défaut, Bonaparte, qui reçut, I 16 septembre, le commandement de l'artillerie à la place B Dommartiu blessé, ne trouva d'autres pièces do siège que î calions de vingt-quatre, 2 canons de seize, 2 mortiers, et ee ne fut qu'au bout d'un mois, au 18 octobre, qu'il disposa de 4 mortiers et de 2i bouches à few imparfaitement approjrisioiuiées. Quant à l'armée républicaine ou, comme on la Itomniait aussi, l'armée révolutionnaire, elle comprenait deux ! assez éloignés l'un de l'autre et qui n'avaient entre !box qu'une communicalion difficile : le corps de droite ou dîrisîou de l'ouest — l'ancienne armée du Midi qui s'était ■aguêre emparée rl'Avigiion et de Marseille — commandé r Carteanx et iustallé de Faubri?gas au Baou de Quatre- Beures; le corps de gauche ou division de l'est — c'était a division détachée de l'armée d'Italie — établi sous les ardres de La Poype entre Sain te- Marguerite et Tourris et feli* par Revest à la division de droite. Or ces doux divisions âe «Bilptaient, au milieu d'octobre, que 10.000 combattants, ^es avaient quelques lionnes troupes : le ôy ci-devant Bourgogne, le 2' bataillon de la Côle-d'Or, le 2" bataillon du
1. Bliol, II, las. 191-lMi, i9.>;, ma, au3; — Auikland. ITT, IS": — lémoina^de MaluranafJ. G. de Artechc.Caiioï/r, âl3)-, — Lettres de Dundai L 6.);— Vivenol-Zeisiborg. Oue;/en,IM,2'JS,3GÎ.381-38S;— Pon«, 13s ; «R., Il die. 1193, et 1" févr. mu; — Cotlin, p<w»i"i,- — **"■ «le Vcitim.
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Miint-BIaiir, te 3' liataillon i!i? l'Isère et la lùgion des Allii- Ijroyes. Mais la plupai't des hommes étaient iJe la réiiuisitioii, La moitii;' des Ijataillons n'avaient pas d'armes ou ne jk»»vaient s'en servir utilement. Les volontaires de l'Ardèche savaient même pas cliarger leur fusil. Les grenadiers dei Bouches-du-Rhône quittaient le camp pour se divertir Oltioules. Les officiers allaient h Marseille san^ permissîoi " courir les muscadines >•.
Le moyen le plus rajiide de réduire Toulon, c'était évi-" domment de chasser les navires qui tenaient les rades et appuyaient de leurs canons les canona des forts. Cette idée s'imposait k tous les esprits. Elle avait frappé les représentants du peuple, lorsqu'après s'être saisis des gorges d'OUiouies, ils Tirent au loin la cité rebelle que la Convention les cliai-geail de punir. Le 4, le 9, le 13 septembre, ils écrivent qu'il faut, pour soumettre Toulon, battre le port et la flotte, brûler ta ville et les escadres, obliger Ips vaisseaux à la retraite en leur jetant des boulets rouges. Mais nul n'avait di.'iccrné le point d'où l'artillerie maîtriserait les deux rades et enip(>cherait l'ennemi de mouiller ilevanl Toulon ; ce point, c'était le promontoire du Caire, et le capitaine Bonaparte l'avait discerné. Dès le lendemain de son arrivée, il s'était rendu au promonloire encore inoccupé et il avait snr-le-cbamp, comme il disait, conçu son projet.
Généraux et conventionnels voulaient attaquer, à l'est, le Faron et, ji l'ouest, le fort des Pommets, puis disposer sur Iaé cûte des forges et des grils ; ils pensaient même qu'îlj serait aisé de prendre successivement tous les forts de- Toulon, qui n'avaient chacun qu'une très faible et médiocr© garuison. Bonaparte leur déclara qu'il fallait, pour balayer les rades, se saisir de la pointe de l'Éguillette.
Commandant de l'artillerie parce qu'il était le seul capitaincdans les première» semaines du siège, chef de batailloi au mois d'octobre, dirigeant le génio et l'arlilleric tout en-
einble, Bonaparte était . après f'arteaiis et LaPovpe, le per- Donage le plus important de l'armée, et les représentants îaspahn et Saliceti n'agissaient que sur ses avis. Il avait pri» irles deux commissaires un irrésistible ascendant, et, dit un émoia, tout lui était soumis, rien ne s'exécutait que par influence. Gasparin admirait son incessante activité, lOD impérieuse volonté, sou merveilleux coup d'œil. Saliceti itaît son compagnon et frère d'armes; il avait fait, de conierlavee le jeune officier, la révolution eu C(»rse;il s'était axer lui prononcé contre Paoli ; il avait juré de le pousser, 0' aider autant que possible k sa fortune militaire, et lorsque Bonaparte, allant de Marseille â Nice, était venu voir an 3ausset son ami le représentant, le représentant avait ffilenu Bonaparte, l'avait requis de remplacer Dommartin. jicut même dire que, sans Saliceti, Bonaparte n'eût
s joué dans les opérations un rùle prépondérant. Gaspa-
"in tomba malade, et les autres conventionnels, appejés
tantât à Marseille et sur divers points de la Provence,
tantôt à l'armée de Nice, ne parurent devant Toulon qu'ii
B rares intervalles. Saliceti, et pai' suite Bonaparte, mena
it.
Gasparin et Saliceti approuvèrent donc le plan de Bonaparto, et, comme ii a dit, le protégèrent, le sanctÎAnnèrent le leur aulorité. ILs décidèrent d'occuper les sommités du Caire pour •• fulminer » de lii l'escadre austro-espagnole. lie attaque que Detaborde ' tenta, le 22 septembre. Contre l'Éguillette, fut conduite sans vigueur, et les alliés,, comprenant l'importance du promontoire, y établirent des. redoutes. La principale passa bientôt pour formidable. Les AngUift la nommèrent le fort Mulgrave^. Ou l'appela dans
Kapoléon ne lui tint pas rsnrune. Il le oomiua comte de l'Empire et
gonieraeur du chiVtPsu île CnmpitgQe. Le il mars 1798, il lui donnait re
KrtificAt: * J'si cooDu le générni Uelabonte au slfige <le Toulon, c'est un
^fAcier de In plu< grande dUlinclion. >.
i. Du nom du i^omuianilnnl des Iroupe^ unglnises, Heory Phippi. alors
58 OL'OOMMIER
le camp français In redoute anglaise ou la redoute des Anglais ou le Petit- Gibraltar. C'est ainsi qu'à la même époque d'autres Français baptisaient du nom do Petit-Luxemitourg une redoute construite par les Autrifliiena devant Maubeuge. Elle n'avait pas la puissance que lui prêtent certaines relations, et Diindas avoue que c'était un poste temporaire, qui ne pouvait opposer une dtu'able résistance h des hommes délerniinés. Son profil était faible et son tracé, défectueux ; les ingénieurs, Français pourtant, lui avaient ménagé des flancs, et les républicains, qui l'attaquèrent le 17 décembre, purent se rallier dans son fossé. Mais trois autres redoutes l'appuyaient: la redoute de Grasse ou do^ i Saint-Louis ati-dessiis do l'ÉguiUette ; la redoute Saintr-l Pliilippe, située sur un mamelon en an-ière, à l'est du fort* Mulgrave ; la redoute Saint-Charles, sur la hauteur Sauvaire au-dessus de Balaguier, Longue de lÔU mètres, eUe avait des parapets revêtus au dedans et au dehors de troues de pin placés horizontalement, des embrasure» aux juurs garnis tic planches, 20 canons et 4 mortiers de gros calibre qud formaient plusieurs batteries séparées par de nombreuses ' traverses, un fossé de 3 mètres de profondeur sur 5 mètres de largeur, et, en avant de co fossé une double file de chevaii>? de frise et une rangée d'abatis.
Bonaparte était outré. « Les Anglais, s'écriait-il, cussed dd être égorgés dans leur desconte à rËguillctte: la fatalité ou notre ineptie voulut qu'elle réussit ; l'affaire de Touloi .est nianquée ! " Néanmoins il ne démordit pas de son idée efl jusqu'à la fin, avec une extrême t^-nacité, il poursuivit so«l
bnron Mulgrave, i|ui ilovin). l'iuinfte suivuitf. pair Ou Royaume-Uni était Ciilonel et llooA l'iivail numiuâ provisoirement brigadier-gèDérabl li quitta Toulon pour ne pas servir sous O'Uara.et aunBÎ.dit Elliot |II,1!I3},B parce igu'il voyait que les dlfilEult^t uppruch aient. Quoique d'ua carocttnùï haulainetdtradle, il l'entuudail avec Cruvina. ton intime ami. et il Mf| put, lorsque Gravina fut l)les!ii> à l'alTaire du Fnron le 15 octobre, s' moder avec liquitirilo. liomiiiB dhonneur, lirnve el instruit, m l*lé. pointlUeun el querelleur.
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but, envoyant ordre sur ordre et réquisition sur réquisition, demandant de la poudre et du matériel de tous côtés, établissant un arsenal, une salle d'artifices, un atelier de réparation et une fonderie, formant un parc d'artillerie, dressant sur la hauteur du Brégaillon une batterie qui balayait la moitié de la Petite Rade, armant d'autres batteries qui devaient éteindre le feu de la redoute anglaise et faire brèche dans l'ouvrage, dirigeant contre le fort Mulgrave les deux tiers de ses canons. Par instants, Gasparinet Saliceti, découragés, proposaient d'entamer un siège dans toutes les règles, et ils priaient le ministre de leur dépêcher un bon ingénieur qui conduirait l'opération. Bonaparte leur remontait le moral. Prendre TEguillette, répétait-il, voilà le seul moyen de prendre Toulon : que rartillerie réduise au silence les batteries de l'ÉguilIette ot que l'infanterie enlève la redoute anglaise, qu'on attaque en môme temps le mont Faron, qu'on ruine le fort Malbousquet qui domine l'arsenal et la ville et qu'on lui donne l'assaut, qu'on canonne le fort l'Artigue et le front de l'enceinte, qu'on produise une «commotion générale », et Toulon est à nous !
Le commandant on chef était Carteaux, el cet ancien solilat, pehitre de tableaux, pc^u instruit et dénué do l'osprit de discernement, devenu général par son jacobinisme, très fier do sa prestance et de ses faciles succès sur les fédéralistes du Midi, présomptueux, fanfaron, no voulait en faire ([u'à sa tèie'. Il disait qu'il attaquerait Toulon sur tous les points, quïl emporterait à l'arme blanche et avec une poignée de braves gens ces redoutes défendues par trois nations, et c'était lui qui, par sa nioUosse et parce qu'il craignait sottement de s'étendre sur sa droite, avait, au22septenil)ro, causé l'échec de Delaborde à l'ÉguilIette.
La mésintelligence éclata bientôt entre Carteaux et La
1. En 1795, Aubert-Dubayet lui reproche égulement, outre ses cris (ralarme, ses fanfaronnades.
60 DUGOMUIEU
Povije. Souleim par son l)eaii-frore, le représentant FiOfoii La Poype ne pensait qu'à contrecarrer Carteaux et à U supplanter. Le i" octobre — le jour m^nie oh le drape; blanc ëlait arbore^- solennellement dans Toulon aux acclaina-i tions r^itéi-ées de Vite le roi — La Poype, sans iriformepj Carteaux de son opération, em[K)rtail le pas de la Masque^gardé par une centaine d'Espagnols et, après un combat où se signalait le clief de bataillon Victor, la redoute de la Croix de Faron. Les alliés séniurent. Il fallait réoccuper la montagne ou quitter Toulon. Quelques heures plus tard, lord Mulgrave el Gravina débouchaient, le premier par Saint- Antoine, le second par Valhounliii. tandis que le prince Pignatelli marcbaît sur le Faron, à mesure que les deux autres gagnaient les hauteurs. La Poype essuya, de son propre aveu, une déroute complète ; ses troupes s'enfuirent, au cri de Saure qui petit, sur le revers du Faron. et plus de 200 Français se tuêronl eu tombant des rochers.
Carteaux remplaça son indocile heutenant par La Barre. Mais les commissaires de la Convention mntégrèrent La Poype et, le 15 octobre, La Poype attaquait la hauteur du cap Brun qui domine le fort La Malguo; il l'enleva, et Saliceti, exultant de joie, mamlait qu'il aurait raison des batteries de La Malgue et deviendrait maître d'un des points plus importants de Toulon, De nouveau, comme d semaines auparavant, La Poype fut chassé de ce poste pi doux colonnes qni menacèrent de l'envelopper.
Les alliés triomphaient, et, s'ils avaient eu un chef énei gique qui tint toutes les tiijupes sous son autorité, auraient pu culbuter l'assiégeant, accabler l'une aj) l'autre ses deux divisions encore faillies et qui no comniu quaient derrière le Faron que par des clicmins malaisés el presque impraticables, détruire au moins la division de I qui ne formait que le tiers de rarmêe révolutionnaire et ne compta longtemps que -i.0<;)Oà5,0iXtlionimes. Us ne fironl
^ue des reconnaissances et, comme disaient les Toulonnais, «40e des escarniouchades. Dans la nuit du 8 au 9 octobre, à la faveur du mot d'ordre Rohei^pierre livré par des déserteurs, ils dispersaient aux Sablettes un bataillon de nouvelle levée et enclouaient la batterie. Dans la matinée du 14 octobre, ils surprenaient Tavant-garde républicaine établie sur les plateaux des Arènes, des Gaux et de la Goubran.
Le siège traînait, et, comme s'exprimait Bonaparte, cela allait lentement. Les représentants Saliceti et Gasparin écrivirent à Paris qu'ils ressentaient la plus mortelle inquiétude : qu'ils n'avaient qu'une armée encore incertaine, inexercée et indisciplinée contre de bonnes troupes retranchées derrière de bonnes fortifications ; que Toulon serait bientôt pour la France ce qu'était Gibraltar pour l'Espagne, serait une seconde Vendée d'autant plus dangereuse qu'elle recevait par la Méditerranée des secours de toute sorte. Sur les sollicitations de Bonaparte, ils demandèrent le rapi>el <le Carteaux. Le général était-il w à la hauteur de sa mission >»? Était-il « capable de saisir les opérations d'une armée assiégeante »? Ne s'entourait-il pas de gens ignares et entêtés qui ne connaissaient pas ■< les hommes, les machines militaires et leurs effets »? N*avail-il pas, le 22 septembre, k l'Eguillette, commis une faute " bien cruelle » et fait échouer « le seul plan praticable •» ? Ne manquait-il pas à la fois de moyens personnels et de Ixinne volonté? Et si l'expédition de Toulon, qui devait être menée avec intelligence et rapidité, « devenait une affaire de longueur qui ne réu^hirai: plus que par le temps et par le nombre ", quel /*tait le ' •. ■> pable, sinon Carteaux* ?
Le général n'ignorait pas les critiques dont il était l'y ;r:< et il se plaignait très amèrement des reprénentant* *:; a^