‹ Dugommier, 1738-1794Chapitre 20 sur 102 · A RKDOITE A · texte numérisé non relu

A RKDOITE A

révélaient le désespoir et lu dt-aarroi d'une poinilaliuii ijui se sait perdue.

Le 17, à la première heure, les Toulonnais avaient vu la rrèle du Faron couverte dans tonte sa longueur de troupes républicaines qui de loin ressemblaient h des fourmilières, et avec la lunette d'approche ils avaient pu compter dis-aept drapeaux trii-olores qui flottaient Eur ces rîmes réputées inaccessibles. Diu'ant la matinée ils avaient entendu la canonnade «t la mousqueterie nui tonnaient sur le promontoire du Caire, et it midi les chnloupeK des vaisseaux ramenaient les débris delà garnison dn Petit Gibraltiir, les uns blessé», mutilés, les autres fatigués el abattus, tous annonçant que le grand camp de Balapuier était emporté. Bientfit les actes des coalisés indiquèrent un départ prochain. A deux heures de l'après-midi et sans se soucier de leurs alliés, les Napolitains embarquèrent sur leurs vaisseaux de guerre et sur leurs transports les bagages des officiers et les effets de campement, les tentes et les marmites. Vainement Dundas fit renforcer les patrouilles et afficher deux proclamations pour recommander le calme. La consternation était peinte sur tous les visages. On n'entendait plus que ces mots : « Nous sommes perdus, •> Des Toulonnais, des Marseillais obtim-ent k pris d'or passage sur des bâtiments marchands, génois ou livûurniens. D'autres gagnèrent la Hotte des alliés, après avoir été dans des transes mortelles, car les navires étaient loin et il fallait du temps à leurs canots pour faire le trajet.

Le 18, à neuf heures, se produisit une véritable panique. Une bombe venue de Malbousquet mit le feu aux environs de la porte de France. Le bruit se répandit que les républicains étaient entrés dans la ville. On cria voici Cartemtx : beaucoup d'habitants croyaient que Carteaux commandait encore l'armée révolutionnaire, et son nom inspirait l'effroi. L'apparition d'une ]iatrouille de dragons espagnols qui

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galijpait sur le port acheva de troubler les esprits, d'épouvante, hommes, femmes, enfants se priicipitèrent vei le quai, se heurtant, se battant, se hlcssaiit pour arrjp< plus vite. A la vue de ces gens effarés et débouchant < toutes les rues, ceux qui se trouvaient tléjà sur le pori-a s'imagineront que i'enuemi péuélraît dans Toulon et s'élan-^l^ cèrent aussitôt dans les embai'cations en aiiandonnant leurs bagages. Il y eut des scènes affreuses. Les membres d'une famille qui s'embrassaient et se serraient les uns contre les autres furent, par la pous3(>e soudaine de la foule, si! pour toujours. Nombre île personnes se noj-êrent. Des; femmes qui sautaient à bord d'une felouque disparurent dans les (lots avec l'or et les bijoux dont leur tablier était rempli. Les bateaux, surcharg«^'s et penchant sous leur poids, ne s'éloignaient qu'avec lenteur ; pour les atteindre, de» inalhetireux se jetaient dans la mer, l'eau par dessus I4 ceinture, et, non sans peine, les accostaient. Mais ceux qiâ s'étaient sauvi^s et que le danger rendait implacables, le» repoussaient avec une sorte de rage, et à coups de sabre leur frappaient les mains, leur couiiaicnt les poignets, A l'aspect do cette confusion, des soldats de garde — dea Napolitains — pensant, eux aussi, que la ville était au pou* voir de Dngommier, couchèrent en joue les mariniers, qui. durent les recueillir. Enfin, après deux grandes heures itf désolation et de désordre, la panique cessa. Si le mot d» trahison coui'ait de bouche en bouche, si des imprécations s faisaient entendre contre les Anglais, desofticiers de Naple^ et d'Espagiie assuraient l'embarquement de la popnlatioÉ civile qui se poursuivit jusqu'au soir avi'c plus de calme^ Des républicains, montés sur des canots, tiraient de loin suÇ les fugitifs, et les batteries de rËguillelle coulèrent deux chaloupes qui passaient à leur portée. Mais les bateaux furent entourés de matelas. 7.4t)0 Touloimais trouvèrent un asile sur les bâtiments de commerce et sur la llotle combi-

iJl REIXJCTE ANGLAISE 100

née. Chaque navire re^iit autant de inonde que possible, et l'amiral Hood céda généreusement dans son vaisseau la chambre du Conseil à dix ménages, c'est-à-Jire à trente personnes pour le moins ' .

Durant ce temps, les troupes étrangères quittaient Toulon, Le Conseil de guerre avait décidé qu'elles se réuniraient à la porte d'Italie et s'embarqueraient k minuit prés du fort La Malgue à l'abri du canon des républicains. Mais dans l'après-midi du 18, les Français occupèrent les forts l'Artigue et Sainte-Catherine, et leur artilleiie plongeait sur la porte d'Italie. Les coalisés résolurent de sortir à dix heures du Boir par une poterne qui donnait sur les fossés et de gagner sans élre vus le fort La Malgue. Le mouvement eut lieu, et Dugammier avoue qu'il s'accomplît avec autant d'ordre que d'habileté: « L'ennemi, dit-il, eut l'adresse de cou\Tir sa fuite et nous ne pfmies le pom-suivre. i> La Malgue tenait toujours el la ligne des vaisseaux faisait bonne figure. Les portes de la ville étaient fermées et surveillées avec le plu.s grand soin. Pas un avis ne parvint au dehors. A huit heures, les troupes se rassemblaient ; à neuf heures, elles s'ébranlaient, tandis qu'un détachement espagnol masquait l'opération eu tiraillant avec fureur contre le fort Sainte-Catherine; k dix, grâce aux nuages qui voilaient la clarté de la lune el il l'ombre des énormes murs qui, dans l'espace qu'elles parcouraient, interceptaient la lumière des incendies, elles avaient toutes abandonné la ville; à onze, elles montaient dans des chaloupe.s qui les menaient aux vaisseaux. L'embarquement des Anglais, dirigé par le gouverneur du fort La Malgue, le capitaine Hphinstone. et par le major Koehler, fut mètho- 4liqae ; celui des Napolitains, des Sardes et des Espagnols,

« EUiot (ir, aOOJ, il y avait Î.SDO tugUila à bord dei Cr. Ternea; — Puquier; — Flurindorf;— Grnssel;— Brêcy. 3î;

, - Lnuvargne, il4: — Eirol, II, MB; — rapport de BkorJ, - Bec. Aulard, IX, 537 ; — Mém. et lettres de Dugommier, etc.

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foiiTiis, désonltjiuii!'. De ]>aiivres Napolitains, tumhés l'eaii jusqu'au cou et réfugiés sur la [tointe d'un rofher, criaient d'une voix lameiilable Napo/i, Napoli pour attirei les barrjues de leur nation. Nombre d'entre eux périrent, quelques jours jilus tard Dtigonimier assurait qu'une îo\û.^, de cadavres que la mer rendait au rivage attestaient la fuit* précipitée des ennemis. Mais, le 19 décembre, La Malgutt et la Croix-auK-Siguaux, oii les Anglais restèrent jusqu' Ijout, étaient évacués,et la flutte voguait vers les ilesd'Hyëre dans la nuit, les Français l'avaient vue à l'horizon sur 1( fiel noir s'éloigner en bon ordre, ses fanaux allumés. une longue procession '.

Le fou, qui soudain éclata le soir du 18. fut.dit Dugommier, le seul indice du départ des allitl'S. Les Anglais ne voulaient pas quitter Toulon sans détruire les principaux établissen^ents maritimes qui faisaient sa force, i< Ils partiront, écrivait- Gasparin dès le 4 septembre, après avoir brûlé l'arsenal et ceux de nos vaisseaux qu'ils ne pourront pas emmener. A (rois heures de l'après-midi, Sidney Smith se rend à l'arsenal avec son aviso tHirondelle, trois canonnières anglaises et trois canonnières espagnoles. II doit incendier les vaisseaux, les magasins, les chantiers, et ses marins versent partout des tonneaux de goudron. L'opération ne s'exiJcute pas sansobstacle. Mais Smith fait face aux difficultés. Pour conteuti les ouvriers de l'arsenal, qu'il redoute par dessus lout,iI dirige doux pièces do campagne sur la [lorte par laquelle ils peuvent déboucher. Les six cents forçats témoignent par leur attitude hostile ot par un murmure menaçant l'intention de s'opposer il son dessein, et quelques-uns n'ont déjà plus les fers pieds : Smith braque sur eux les canons de l'IliroiuleUe et d'une do ses chaloupes, et lorsqu'il est rejoint par le brûlot le r»/f(((n,qui se place habilement par le travers des vaisseaux,

- Brti, loc. eit.i — Mém. de Dugom-

LA RBDOUTK ANGLAISE 1 1 f

les galériens se taisent: on n'entend plus qiio les coups de marteau qu'ils frappeiii pour briser leurs chaînes, et l'Anglais les laisse faire afin qu'ils aient les moyens de fuir lorsqu'ils seront atteints par la flamme. Une troupe de r^puidicaîns descend la colline, approche îles murs de l'arsenal et du post<> de la boulangerie : Sniilh leur envoie de temps en temps des décharges de mitraille, et une de ses chaloupes s'emiiosse de telle sorte qu'elle enfile le mur eitêrienr, A neuf heures, éclate le signal convenu entre Smith et le gouverneur : une I fusée qui part dn centre de la ville. Aussitôt les lances i baissent sur les traînées de puudre. Les lieutenants de f Smith mettent le feu de divers cftlés : Tupper, an magasin Igénéral et aux magasins de poix, de goudron, de snif et 1 d'huile ; Middieton, au magasin de la grande mâture; Pater, ' là oîi l'embrasement semble s'éteindre. Douze vaisseaux flambent. Surl'und'eux, le r/i*''wn's/oc/^, sont deux cent quatrevingts prisonniei-s français, résolus à se défendre, les patriotes kdu Thémisloc/e, dits <i patriotes opprimés <•, qui devaient le surlendemain désigner les victimes de la Convention et prononcer sur le sort des Toulounais : Smith leur parle, leur promet de les déposer en lieu siu' s'ils quittent le vaisseau sans résistance, les débarque, et le TAernis/oc/tf est consumé. Soudain une explosion épouvantable déchire l'air. Elle est suivie d'une seconde plus effrayante encore. Il y a dans la . rade intérieure deux frégates, VIris et le Montréal, chargées 'chacune de deux mille quintaux de poudre; les Espagnols Iqui doivent les couler bas, les ont iucendiées. La secousse, Ipareille k celle d'un tremblement de ttjrre, ébranle la ville ■ jusque dans ses fondements, et le bruit est si formidable l qu'il parvient à plusieurs lieues de là, au camp des Fourches , Jquî se croit attaqué. Smith et les siens courent un extrême I danger; la mer écume et d'innombrables éclats de bois et Ide fer tombent autour d'eux; par miracle, personne n'est I touché, et Smith, non snns regretter d'épargner quelques

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vaisseaux, content du moins d'avoir brûlé tout ce qui se trouve à sa portée, fier d'avoir tant fait en si peu de temps et avec si peu de moyens, rejoint l'escadre anglaise. Il a épuisé ses matières combustibles et ses hommes succombent à la fatigue. Lui-même, lorsqu'il paraît sur le pont de la Victory, les cheveux hérissés, le costume en désordre, a, dit un témoin, l'air d'un diable d'opéra. « Nous n'aurions pu avoir, s'écriait Elliot, un meilleur incendiaire * ! »

La rade offrait alors un spectacle terrible, aussi sublime que terrible, et Bonaparte Ta plus d une fois rappelé à ses entours : les navires dont la carcasse et les mâts se dessinaient noirs et nets dans cette conflagration, ressemblaient à des feux d'artifice ; l'arsenal, d'oii montait un tourbillon de flamme et de fumée, était un volcan en éruption ; une immense hicur rouge se répandait dans le ciel et se reflétait sur les eaux, on voyait en pleine nuit comme en plein jour, et sur les vaisseaux, à deux lieues du rivage, on lisait aisément un journal.

Cependant les bombes ne cessaient de tomber dans Toulon. Mais le silence de la terreur y avait remplacé les cris et les gémissements. On n'entendait plus que les crépitements du feu ou les chants des républicains qui se disposaient à escalader les remparts, et de loin ces chants avaient quelque chose de sinistre et de poignant qui présageait la vengeance. Plusieurs hommes avaient conservé leur sang-froid. Les uns s'assuraient que les Anglais n'avaient pas mis de mèches pour faire sauter les poudrières. Les autres couraient h Tarsenal oîi les galériens s'efforçaient non de se sauver, mais de sauver les débris de la marine nationale. D'autres, pensant désarmer les vainqueurs par un acte de soumission,

1. ïlelation de Sidney Smith (Mon,, i févr. l"9i^, — Auckland, 111, 164. — Cotlin, 330. — Don Juan Lan^arn ne peut s>inj)«>cher dans son rapport [Gazette de Madrid, n* 2) d'exprimer sa douleur et «le comparer Toulon h la Troie de Virgile : « il aspecto mas lastimoso que puede concebirse... Ver à Tolon fué ver ;i Trova. »

se joignaient ans patriotes du Thimistocle et aux furçats pour ouvrir les portes de la cité.

Les représentants craignaient quelque emlifiohû, l'armée disait que Toulon était miné, et, bien que Dugomniier n'en crût rien, il dut introduire ses troupes dans la ville avec lenteur et précaution, après la visite des magasins à poudre. Le 19, à une heure du malin, par une porte où se voyait im écusson fraîchement peint aux armes de France, l'adjudantgênéral chef de brigade C^rvoni, un des héros du siège — il avait été. le 30 Dovembra, blessé à la cuisse — l'agent uiililaîrc (le Saliceti et de Gasp:irin, l'officier qne Dugommîer chargea de porter à la Convention la nouvelle de l'événement, Cervoni entrait dans Tonlon avec deux cents grenadiers. Les hataillons que Dugomniier deslinaît à la garde de la ville suivirent peu à peu cette avant-garde. Tous marchèi'ent droit au port couvert encore des malles et des paquets (pie les fugitifs avaient abandonnés : il fallait d'abord, avait dit Lie général en chef, préserver des flammes l'arsenal et les iseaux. A miili, Toulon était complètement occupé. Ou ^'apercevait personne dans les rues. Quelques vieilles femmes «salent tl peine se montrer ; elles criaient Vive la tièpiiblique, wt les soldats leur répondaient par de grossières injures.

Selon l'ordre de Dugomniier, le pavillon blanc fut hissé «UT les forts, et durant huit jours des navires alliés, un briffantia espagnol, «ne gabarre, des bâtiments marchands, tromlés par la couleur du drapeau, vinrent se faire capturer avec les munitions de guerre et de bouche par les républicains. Une frégate anglaise, la Junon, échappa; elle mouillait sons 1 Grosse Tour; deux officiers français, montés sur un l^etît bateau, l'accosteront en déclarant qu'ils l'amarinaîent »}mme prise; le capitaine, Samuel Hood, cousin de l'amiral, i retint à son bord, puis, coupant les câbles, s'éloigna K>as les coups de canon. Mais, un soir, Bonaparte vit un ■canot anglais atterrir au quai; l'officier lui demanda oii

Dvoouiiiza

était l*bdtelda goureroeur; il cotnmandait un beau brick et «p[Hvrtail lies J<!p(^clies ; il dut livrer et ses dépêches et son brivk.

L'utuèe r«Tululii>uuaire s'était, dès ses premiers pas dans U viU»>. purlée à de très grands désordres. Pondant unjour «ulier. les vylatilaires abandonnèrent leur poste pour enlever diuis les iiugasins et les maisons ce qui leur pluistiit. Afin d>lre de uioitiiî, des Toulonnais leur indiquaient les halùl«liotis des riebes. En quelques instants tous les logem«>ut« furent pris, et les représentants, qui s'étaient rendus dftiis unA salle de l'IlAtel de Ville pour conférer sur les limveiis d'établir un peu de tranquillité, ne pnreut trouver ui) abri. Deux cents cUevaux espagnols, sellés et bridés, i^lAÎonl l'esté» dans les écuries; ils furent saisis par desi OAvnliers démontés ou vendus h bas prix aux officiers. Près de la porte du rempart, se tenait une sorte de foii-e oii les «oldnta inottaiunt h renchëre des Anes, des chaudrons, da t'aiu, tout ce ([u'ils avaient volé. Les couvenlionnela durent rKiro «(Uelques arrestations et apposer les scellés sur les f^dltk'oa publics. Dugonimier nomma le général Gamier comniMtdant teui])oraire en le chargeant de réprimer les excès. Il «Dvov» de nouveau dans les camps et dans les compagnies un «Xtruit du code péiialmUÎ taire, qui contenait les articles relatifs tilMdtWrlion, k l'insuborilination, an pillage et au vol. Il enjoi- ItUll du mettre dans un dép6t général le butin du soldat et di' lu vendre aous la responsabilité de commissaires choisis diiiio t'.bmpie corps. Mais cette mesure ne fut pas exécutée : pIIv " piilraluaitnécossairement, ditDugonimier, des lenteurs t^t phtiUnir^ autres inconvéuients ». Uolilinl alors des rcprémhUiiI» un nrrôtéqui prescrivait de restituer aux magasins d« riïtut tuiu le.-* ubjetspris et qui allouait à chaque soldat «t voUmtnire une indemnité de cent livres,

Jmn|u'mi beut il remplit son devoir militaire. Il finit par âtahhr \\nn» le port et les magasins une surveillance sévère.

LA RBDUUTB ANQLAISE llg

Il organisa la défense de la ville et. sur ses ordres, Bonaparte, derenu général de brigade et ooininandant réel de WtiUerîe, à la place du vieux et iuHrnie Du Teil, désenilouaît les canons, réparait les balleries. installait des pièces i l'Ë^illette, à Baiaguier, à la Grosse Tour. Il fil di"esser m état exact des pertes de la République, et il constata que M alliés n'avaient pas eu le temps, dans la coiifiisiou et tans la hâte do leiip retraite, d'opérer tout le mal qu'ils vouaient, qu'ils n'avaient pu ni brûler ni emmener quatorze vaiseaax et fri^gateo '.qu'ils n'avaient pas touché au grand hangar, a magasin aux c&bles, it la conicrie ; qu'ils avaient oublié Éur ti-ésor. Chaque jour, il découvrait, écrit-il, de nouveaux rrantages, do nouveaux depuis d'une extrême utilité, du bois kt du chanvre en quantité, quarante mille charges de blé, et :es subsistances, ces munition», cetî mille objets précieux, » trésor de guerre — qui, à vrai dire, ne comptait que IBO.tXX) livres dont les trois quarts en assignats — des for- SficaLions augmentées et si bien pcrfoctionnécs que Toulon fitaît plus que jamais dans le cas de so défendre, rachelaient lU centuple quelques vaisseaux l»rùlés ou enlevés, quelques i^asins incendiés.

II déblayait le camp devant Toulon ot, selon l'arrêté des «présentants, cantotmait les troupes sur tout le littoral de ISareeille à Menton " proportionnellement à la capacité des alités ■». La Sotte des alliés était aux Iles d'Hyëres, et iomme disait Dugommior, après avoir abandonné la I superbe protection >< qu'Us avaient, ils ne méditaient plus l'entreprise contre les côtes de Provence, 11 rendait donc k)U8 les chevaux requis pour le service do l'artillerie, touies les pièces de campagne fournies par les arsenaux des places roisines. Il rendaitles bataillons qu'il avait reçus de divers ^tés et il assurait qu'on pourrait verser avantageusement

Il araieDt brûlé Ireiie bâliments et emmené t trégste*. ileui corvellcs, trois gnbarres et un brick.

dans les armées d'it.ilie et des Pyrénées-Orientales tout ce qui était siiperdu à la garde de Toulon, » Il envoyait de la poudre et des cartouches à Diimerbion, qui en avait grand besoin. Il rédigeait enfin un mémoire sur la prise de Toulon : les conventionnels rapportaient qu'ils avaient découvert dans le parc aux vivres beaucoup do bœufs, de moutons et de cochons, « seules troupes que le pape eût envoyées avec quelques moines », et là-dessus les journaux disaient que les Français n'avaient trouvé dans Toulon que de « vils troupeaux »; Dugommier crut utile de redresser l'opinion publique que de fausses relations pouvaient » induire en erreur' «.

Les représailles depuis longtemps annoncées contre ce Toulon que les patriotes qualifiaient de » repaire du crime •> et que le Cximité nommait la Vendée honteuse du Midi et la dernière espérance des rois, avaient aussitAt commencé. Dès le I» septembre, le manifeste rédigi'; par Barère et adressé par la Convention aux départements méridionauï menaçait d'une inexorable vengeance ces Toulonnais qui n'étaient pas des Français, qui n'étaient même pas des hommes et qui foulaient aux pieds tous les droits, tous les titres de l'humanité, n II faut absolument, disait CouUion, que Toulon soit brûlé et disparaisse du sol de la lilwrlé. » Sauver Marseille et raser Toulon, tel était le but de Barras et de Fréron, et ces cinq mots, ils les avaient insérés dans leur proclamation du 12octobreau département des Bouchesdu-Rhône. « Nous ne serons véritablement heureux, mandaient-ils à Maximilien Robespierre, que quand nous aurons mis Toulon à feu et à sang. " Le 13 novembre, Fréron jurait qu'il n'aurait pas de pitié, qu'il détruirait Toulon et passerait

1. Dugommier k Bouchotte, 19, 3{, 28 <Xtc. ; — au Comité. 2i di Dumerbioti, 27 Jéc. ; — n Mourel, 2B ilèc. (A. G.) ; — Pineau, 334-313, '. 357. 191-798, 801, 88Î ; — Coi-rnp. Je Napoléon, I, 3î; — Rcc. AuIarJ, ! 837, et X,80: — Rapport de nicord, 1*; — Brê», loc. cit.

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DiiiTommier fit «le inOine. }si,u /

pivlemln, des cris d'iiuli^nalirm t-.*. '.' ; - ^ .

en chef, il était nioin))ro do la Çoum-u* .-,- .

1. lier. Anlanl. VU. '»"i, -'-îO ; Vlll. !inr,; - y,,,, , . . Frénm ■ A. Chuqu.-t, Jeunes.se fie Snpoh^on^ III. rt^. /^^^,^ . n'* 241 et 28j: <■ Il f-iut M>"' ï«nih»ii di>pftr;iiH-.».-. un., ^^^ ^ du reste »le la tiM-rr. - Cf. .Mon., in dêc. iToiiUmi. r»-i^^, *^ Ions les écrits du teini»s. In/rune i^si lï-pithrliî ;i#.'.'/-»-» ^. ^ p.-ir tout le monde, par li's roiivuMlioiinels iM li;n i lyj^,^^. listes, par les iMilit.iirvs. M.Mnc «ju.'lijues seiiiuiii^» y^. ^' les oflu'iers, rapporlenl «piiKs (»nl servi et que U:ur» «^ devant V « infauie ■> TduIoii.

lis DL'fiOMMIER

béir à la volonté de la représentation nationale, il ne pouvait s'opposer au châtiment de ce Toulon qu'il nommait l'infâme Toidnn et de cos Toulonnais (|u'il traitait d'hommes vils. Et ne dit-il pas, le 7 décembre, à Bouchotte, qu'il désire " épouvanter par l'exemple de Toulon les rebelles qui voudraient, à l'avenir, troulder la République? » Il n'a donc pas protesté, non plus que Honaparte, contre les mesures des commissaires de l'assemblée'.

Le ^ décembre, il écrivait au président de la Convention qu'il abandonnait le commandement de l'armée d'Italie et qu'il irait s'asseoir à son banc de député. Faut-il croire, avec tous les historiens, qu'il était désespéré de ne pouvoir arrêter les représentants dans leur œuvre de sanglante répression? Non. Les motifs qui le déterminèrent étaient tout différents, et il les expose dans ses lettres, très brièvement, il est vrai, sans tes développer ; mais on les comprend assez en pesant les tenues qu'il emploie. Le commandement en chef d'une armée lui semble, dit-il, « trop scabreux ". n a, écrit-il encore, n vu de prés la tempête et les écueils >j, et il commettrait une imprudence en se jetant de nouveau dans le tourbillon d'oii il s'est heureusement échappé. Sans cesse il a été " dévié »; les circonstances l'ont « maîtrisé », l'ont (' assujetti «.Il n'a pu faire tout le bien qu'il voulait, et on l'a rendu responsable do moindre incident. Or il ne veut répoudre que de sa personne, et il évoque les événements qni se sont passés après l'entrée des troupes dans Toulon, oou les fusillades, mais l'indiscipline des soldats : il avait pris des mesures de police; » elles ont été contrariées, et lenr inexécution a entraîné des désordres inséparables de r«i»rchie*. "

I, Cf. «ur Ccrïoni ie livre rie Michel (en réalité d'Eygiiière»), Bût. d* tsJMte. dtparl. dt* Douehtiiiu-BMne, lUi-iG'i ; — et sur Donapartf^, notre Jmtmmitit* Sapalton, 111, 223; — DugonimiGr à Boucbolle, 7 el 19 déc. X, tM MpréHutante n'êcrirnient'ili pis que • licauroup d« coquina ( liV^aiMl glUsJsclani l'armCe'? (Kec. AuUrd, IX, 617),

LA REDOUTE ANfiLAlSE ||9

Qu'un étuilie aa correspondance avec le ministre, les représentants et le Comité pendant le stpge de Toulon. Que de tribulations! Que de dégoûts I II demande des renforts, et au lieu de lui donner des bataillons exerces qui stationnent inutilement dans les garnisons de l'intérieur, on lui enTuie des bataillons de nouvelle levée qui n'ont pas d'armes et des troupes très mauvaises, comme les sans-culottes de Marseille. Il appelle des détachements éloignés de leur corps: on les retient malgré lui, et il s'écrie amèrement qn'uii général d'aujourd'hui ne sait jamais si ses dispositions s'effectuent. A chaque instant il se plaint sans qu'on ait égard à ses plaintes : les fourrages manquent, et les subsîsiances, et les munitions, et les fusils, et les habits. Vainement il réclame des souliers : " La partie la plus essenlielle, ce Boot les souliers; le climat est assez doux, et l'on supporte aisément les antres privations ; mais les souliers sont indispensables. " Enfin il n'iguore pas que les représentants le surveillent et l'épient, qu'ils l'accusent d'indécision, qu'ils lui reprochent de temporiser, qu'ils désapprouvent ses procédés trop courtois envers les alliés. " Les Anglais, disait Augustin Rohesfiieri'e ii la Convention, sont peut-être trop ménagea par nos soldats. » Dans une circonstance mémorable les commissaires de l'Assemblée ont blAnié formellement Dugommicr*.

O'Hara, prisonnier et blessé, avait été mis sur un brancard et porté par quatre volontaires du 4' bataillon de l'Arjdèclie a. l'ambulance. En chemin, un Allobroge voulut tuer cet « habit ronge » et eu fut empêché par deux volontaires de llsèro et deux soldats du 59". L'Anglais pria Dugommier de distribuer k ceux qui l'avaient sauvé une somme de

I. Lettre de Du^ommÛT. iA déc. [cf 7, 10 et 13 déc.) : — Hlon., 3 Jsnv. IIH (■éoace du 1" jnnv., Aii^-uitin Robespierre A la Conventioti) ; — i:[. le caraet de Maiimiliea Robespierre (Welschingcr, le Roman de Dumourîts, 996); il âcrïl à la srÎEiéine pnge : a Uugomniicr exctie la défiance |iar lu manîire dont il s'est conduit aveu le g«n6ral onglnia. »

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soixante loiiis. Soklats et volontaires déclarèrent qu'ils n'avaient pas besoin d'argent, qu'ils étaient Français et savaient leur devoir. Sur quoi Dugommier écrivit à O'Hara : •< Mes frèreî d'armes ont tous refusé l'argent avec la même générosité qui l'a décidé à le leur offrir ; ils se contentent du plaisir qu'ils unH eu k secourir l'immauité malheureuse. » Les représentants ju-J gèrent que Dugommier avait traité O'Hara avec trop de ' politesse. Dugommier dut se justifier, dut leur répondre qu'il était resté républicain, tout en étant humain, et qu'il avait,, comme l'armée entière, comme les soldats qui sauvaient O'Hara des coups de l'Allobroge, éprouvé « ce sentinieiii sublime qui a toujours distingué le Français victorieux el qni ne peut que s'exalter dans uu «Bur libre ". Mais le Comité se joignit aux représentants. Dugommier avait écrii à Dundas, commandant des alliés. Avant même que le capt-> tame Moncrieff, aide de carap d'O'Hara, vint s'enquérir da sort de son général, Dugommier avait fait remettre a avant-postes anglais une lettre qui donnait des nouvelles d«j prisonnier avec la permissiou de lui envoyer cliirurgien, domestique et effets. Il fut morigéné par le Comité. « J^ lui avais prédit, marquait Saliceti au Comité, que vous n riez jamais approuvé le style de sa lettre, et s'il m'avâU consulté, il se serait épargné le désagrément qu'a dû lui causerie juste reproche que vous lui avez fait. " Et Du« gommier répondit à Saliceti qu'il effacerait son tort pai la prompte eiécuUon du plan d'attaque ' !

1. Voir sur cet épUode d'O'Hara (un dei volniitairei qui le Iran** porttrant était Amand Bloclière de LargBDliire) Vaachalde, /ri Volonlairei de tArdèche, !53; — une lettre d Elliut à Henri Dundas. I" déc. (Cottia, 449) ; — Dugouimier aux représeotaoti, 13 déc. elà <VIIara, 10 Aie. (Pineau, S'il et i%J. O'Hnro. aurait dit à Tside de camp iiui lui apporta 1k. lettre do Dugorouiiar ; ■ Dites à ToEra général qu'avec de pareils soldats il lera blenlât moitre de Toulon, s Cd mot plus aulbeutiquc et qu'on til une lettre d'O'Hara nu ministère anglais, est la suivante : que l'i rr(ui<;aise au compose de gardes indisciplinée!, mais que, « par ses soudains, elle ext l'apable de faire impression sur les armées le« i eommanilées el niSmo vÎLioricmes " (Colttn. ïtO).

lA RKDOfTE ANClIAlSli; lit

Telles (^'taient les raisons qui poussaient Itiigommier à quitter les camps. Mais sa renommée avait grandi. Le représenlaol Levasscur disait au club di's Jacobins qu'il s'était conduit en LC-ros. Le vainqueur de Toulon semblait iudispensablo aux armées et la France avait plus besoin de son bras que do sa parole. Le Comité arrêta, le 27 décembre, qu'il irait commander l'armée des Pyrénées-Orientales pendant la maladie de Doppet. Il accepta le poste que lo gouvernement lui confiait. L'Espagne était, selon le mot du Comité, h l'ordre du jour; ses troupes victorieuses s'avançaient sur notre territoire, et il fallait les chasser, il fallait, comme disait Dugonimierdanslestyledu temps, purger le sol français du souffle impur qui le souillait. Le général écrivit qu'il allait seconder Doppet de toutes ses forces et qu'il viendrait siéger à, la Convention lorsque son frère d'armes serait guéri ' .

Le ô janvier, il partait pour Marseille. Il y resta deux t jours; de là il fit envoyer des fusils k Montpellier à trois batail- I Ions de nouvelle lovée qui devaient appartenir à son armée, I A Arles, le 0, il rencontra des bataillons qui se rendaient de lYoulon aux Pyrén^es-Orientules, Après les avoir passés ea I revue, il écouta leurs doléances : ils n'avaient pas reçu l'inl'demnité de cent livres accordée aux vainqueurs de la » ville I îof&nie ■>. Dugommier prévint sur-le-clianip les représentant» Ida peuple en Provence: <. Pareille réclamation, leur disait-il, ©serafaiteàPerpignan », etit tes priait de prendre un arrêté "iqui l'autoriserait à donner cette indemnité aux hataiilons^ Iqu'U rencontrerait sur sa route. Il arriva le 14 h Montpellier^ |"Le suriendeniaiii au snir, il était à Perpignan".

Dngemniier h DimchoUe et au Comité. 2i déc. et â Dumerbion,. IXT ite. 1793; —lia Convonlioa. 1 j&avicr HSt {A. G.); — JUon., î et |i] ju*. 179* : — Rec. Aulord, X, 31».

1. Lettres de Dugoumier aui rep raient no la, 9 janvier 17!)t, à Jourdeuil.. Vil janvier, ù Doppet et nui repréientonts. 1^ janvier {\. (>.).

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On a souvent discuté la part qui revient à Dugomniîerel à BoDaparte dans la prise de Toulon. Certes, Bonapartu présent, de même que le représentant Saliceti, son patroii et anii, h tout le siège, Bonaparte assistant à presque tous^ les combats, préparant sans nn instant de distraction et de relâche l'outillage de l'artillerie, coordonnant et ajustant les parties dn pins inijmrtant des services, déployant diuis l'accomplissement de sa tftdie un zèle inlassaMe et nno fougue de jeunesse déjà réglée et dirigée néanmoins, ainsi qu'eu 1796, par la prudence, Bonaparte, inspirant les résoUitioni décisives aux commissaires et aux généraux qui le jngeal indispensable et l'écoutent avec une sorte de respect, Boqs> parte a été l'ûmo de l'armée révolutionnaire. A propromenj parler, Je plan d'attaque ne lui appartient pas. L'armée entière comprenait qu'il suffisait d'éloigner la Hotte pour s'empan de Toulon et qu'une fois la Hotte éloignée, la garnison n« pouvait se défendre. Quiconque connaissait les lieux savais qu'il fallait maîtriser la, rade pour maîtriser la place. Maîa Bonaparte a indiqué le point essentiel, le point unique dotq la prise entraînait inévitablement la prise de Toulon. 11 n'j^ cessé de dire que les républicains installés au Petit Gibralta accableraient l'escadre, ipi'ils devaient s'approcher dos v seaux cl qu'im seul endroit permettait cette approche, que la redoute anglaise était la clef du promontoire du Caire et le promontoire du Caire la elof de Toulon. Il a répété ea désignant l'ÉginlIette sur la carte et en la montrant dn doigta Toulon est /«.Tous les militaires instruits virent dans Bon» pai'te le " preneur •• de la ville ; dès 1794. l'Autricliien Giruli déclare que Bonaparte a conçu et exécuté ;i la fois le pla qui réduisit Totdon, et il exprime évidemment le sontimoni du peuple et delarniée. Pourtant 11 no fmt pas rabaissera mérite de Dugommier. Doué d'un esprit net et clairvoyaatj Dupommier adopta le plan de N;ipoléou: il rétablit la cow fiance de l'année révolutionnaire et, grrtce .-i lui, les trouped

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