I. Ree. Aulard, XIII,7t
i. Dugnmmier A Buucholte, ii janvier 119* (A. G.}; — Rec, AulMd,
nenieiits de Tarmée et -i plaçait les troupes loin des délices de Perpignan ■'. Il mit deus détachements à droite et à gaucho dans deux, gros bourgs, Thoir et EIne, qui gardaient les communications de Perpignan, l"un avec Ja montagne, l'autre avec la cùte. Mais, comme s'eipriinaîent les commissaires delà Conveotion, les soldats s'effrayaient à la moindre alerte, et Fiers lui-même déclarait qu'il ne poiiviiit répondre do l'honneur des armées de la République. 700 hommes de la ligne — 7° et (il' régiment — denx bataillons de volontaires levés depuis six mois, dos gardes nationales des départements voisins rerpiis en toute hâte par les représentants, 50 dragons qui n'avaient pas de sabre, 300 gendarmes qui semaient l'épouvante et assuraient qu'on les menait à la boucherie, voilà l'armée qu'il couimandatl, et, sans les soins les commissaires, éirivait-ii, il n'y aurait rien'. Son avaiit^garde, c'est-à-dire presque toute son armée, l-ronfîée au général Dagobert et composée de ô.OOO fantass et de 300 gendarmes, munie de 15 canons, fut attaquée par Ricardos le 10 mai. L'Espagnol avait l'avantage du ■e : 12.000 hommes d'iufanterio. 3.001] cavaliers et t pièces. Les gendarmes déguerpirent en criant saui'e gui tettl, et le centre plia totalement. La ilroîle et la gaucJie fttinreut bon tout le jour ; au soir, effrajces par quelques coups e fusil, prises de panique, elles s'eiifuii-ent à Perpignan dans a plus affreuse confusion. Le détachement qui vint d'Elne s les ordres de Dugua se poster sur les hauteurs du Réart, »uvrit cette déroule. Mais l'armée était démoralisée. Le ' bataillon du Gard refusa par trois fois de se rendre au i camp ; les trois quarts finirent par se soumettre ; Fiers dut I désarmer et renvoyer le reste'.
Heureusement Ricardos ignora la débandade des Fran- Kfais qui retrouvèrent, lo lendemain, leurs effets de campo-
DIIGOUMIER
menlet toute l'artillerie, sauf tlotix pièces I II occupa Arge Elue, et passa le mois de juin à prendre, non sans précautions îuuliles, Irois forts qu'il pouvait laisser derrière lui, Prats-ile-Mollo, Fort-les- Bains et Bellegarde. L'armée française put se grossir et s'exercer en s(;curité. Perpignan respira; de lu citadelle, les habitants distinguaient l'ennemi immobile dans les champs d'oliriers, entre Elneet leBoulou, et la nuit, du haut des remparts, ils voyaient les bombes <im ne cessaient de tomber sur Bellegarde',
Mais les trois forteresses succombèrent l'une après l'autre «t c'étaient, comme disaient les représentants, des pertes tr^ sensible»? qui décourageaient les troupes et offraient à ladTersaire de grands avantages.
La petite ville de Prats-de-MoUo, située sur la rîvo ([»m"h©duTech, entête du Vallespir — de Vaspera vallis quift* luérito plus son nom — garde les cols des Eres et dft Pr^tii iliii mettent en communication la vallée française Ai T»cb avec la vallée espagnole du Ter. Elle n'a qu'une TteiUe eucoiiite, et sa seule défense, c'est le fort Lagarde,ai ae(^-«st, sur le penchant de la montagne. Ce fort, mé- ■t^»M^ kouis de nuirailles, tomba le 5 juin.
L'»T»nt-veille, le 3 juin, Fort-les-Bains, qui coupe au-i. i M la trouée de Saint-Laurent le chemin de l* «iliTwIi, avait ouvert ses portes. Ce fort, confit
» IVmJU's, subit un blocus de six semaines et capi-
I W W»)eiuaiu du bombardement. Ses remparts crou-
M mK to 'bu do ses propres canons, et les Espagnols
I 4k artiUeui's évanouis d'iuanition sui- les pièces.
b. ^mX le gouverneur était le brave Dubois-
i 1 outrance : investi durant deux mois et
i mois, ce fort se rendit le 25 juin, faute'
« iToir reçu plus do trente mille projectiles,
*k Miorerie, 4 juin (A. G.).
La soumission de Belleganie fit une gramle sensation. Les représentants marquaient qu'on n'avait pu, avec les faibles troupes dont on disposait, percer les lignes espagnoles pour ravitailler la place; qu'on devait se tenir sur une défensive à la fols humiliante et périlleuse; que. Bellegarde pria, rien n'arrêterait l'envahisseur; qu'il pouvait se porter partout oii bon lui semblait, et le procureur gt^m-ral syndic du di^'parteiiient, un des grands patriotes du Midi, l'hounète et vaillanl Uucia, avouait que les Pyrénées étaient à la merci de l'ennemi. Kicardos occupa les rives dn Tech, sa gauche à Céret, sa droite k Argelës, son centre dans la plaine du iBoulou ' .
Il allait pourtant éprouver des échecs. Il voulut surprendre CoUioure et il échoua par deux fois, le 30 juin et le juillet, contre la hauteur du puig Oriol, héroïquement défendue par le capitaine Serre et les volontaires de l'Ariêge. IJ essaya d'emporter Periûgnan et il fut repoussé,
Fiers avait rallié les siens à une petite lieue en avant de la ville, dans une position qu'il fit retrancher et qu'on nonimale camp de l'Union ou le camp du Mns-Ros, la droite ^appuyée au mouliu d'Orle et la gauche au village de Cabestany. "J'ai pris devant Perpignan, écrivait-il plus tard, im camp dont la situation avantageuse a sauvé le Roussillon pendant trois mois. » Il s'était plaint, dans les derniers jours de mai et durant tout le mois dejuin, des troupes de récjuisition qu'il avait : elles ne savaient rien ; elles refusaient d'entrer dans les anciens corps et de travailler aux retranchements ; elles prétendaient resler il l'armée quinze jours ou un mois au plus, le temps de faire un coup de main ; elles désertaient pour aller à la moisson. Une telle armée, demandait-il, poun-ait-elle marcher sur l'ennemi? Et il Bollicitait du ministre et du Comité de bonnes troupes capables d'ins-
). Mon., 9 juillet; -
Aulard, IV, *:3, 56(, 613; V, 207.
tniin; le» autres et <1»; leur donner «le l'assurance: tous SOS soMats, disait-il, souhaitaient hautement iravoir avec eux d*'S bataillons qui eussent fait la guerre. On lui envoya des canons, de la cavalerie, sept bataillons, dont deux anciens rît instruits, le 79* et le 3* du Tarn, et il eut ainsi 12.rHMj fantassins, 400 cavaliers et 50 bouches à feu*.
I>î 17 juillet, se livrait la bataille qu'on appelle la bataille do Perpignan. Kicardos, sortant enfin de l'inaction, voulait nMJuire au silence Tartillerie des ennemis, ou, comme il s'exprimait, des assiégés ; puis, lorsqu'il aurait jeté le désordre dans leur ramp, fondre sur eux en cinq colonnes. Ses dispositions furent maladroites. Il assaillit les républicains sur leur point le plus fort ot il affaiblit la vigueur de son attaque en détachant des troupes qui devaient exécuter un mouvement tournant et couper la retraite aux vaincus. Les vaincus, ce furiMit les Espagnols. Leur grande batterie, placée à seize cents mètres, no fit ([uo consommer inutilement sa poudre, (»t les canons français prirent rascendant sur elle. Ricardos i-(*cnla, et cvtiio journée, (lui fut le Vahny des P\Ténées- ()ri(Mitalos, ranima les courages '".
Vu revers éclatant la suivit: la reddition de Villefranche- «le-ConlliMit. Cette place barrait la gorge profonde de la Tet, il cinq lieues au-dessous de Montlouis, et Ricardos qui désirait p;iss(»r la riviiuT \)(n\v prendre i\ dos Perpignan, craignait de laisser ce défilé sur sa gauche. Le 4 août, après douze heures <rune canonnade (jui, sidon le témoignage «leTingénieur Grandvoiiiot, ne (ua personne et ne ruina pas la moindre partie des parapets, Villefranche était livrée aux Espagnols.
Los repn'^sentants s'irritèrent contre le général de Fiers, depuis plusieurs semaines, et ni>n sans injustice, ils l'accusaient d'apathie, d'ignorance, de nullité. Fiers, siiivant eux, n'avait rien su organiser: il n'avait pas acquis la confiance:
1. riors à Hourhotte, :i6 mai, 2, 3 el r. juin. Il sept. A. G. . J. Kcnvl. I. S3-î>0.
il n'avait ni ce maintien ni ce Ion qui gagnent le cœur des soldats ; pas de plan arrêté ; une versatilité continuelle dans ses projets ; oui et non dans la même minute, selon Timpulsion qu'il recevait. Le 7 août, lorsqu'ils surent la prise de Villefranche, ils suspendirent Fiers et le remplacèrent par Puget- Barbantane K
Barbantane affichait le républicanisme ; il avait quelque expérience du métier militaire, et Fiers assurait qu'il s'était donné la plu^ grande peine pour débrouiller et dresser Tinfanterie de Tannée . Mais Barbantane, qui venait dire secrètement aux commissaires de la Convention qu'il croyait Fiers tout à fait incapable, était plus incapable que Fiers. Il ne savait mener et manier une armée, et il avait raison d'écrire à Paris qu'il ne pourrait suffire au fardeau, que les représentants l'avaient choisi parce que les borgnes sont rois dans le royaume des aveugles. Aujourd'hui encore, on dit à Perpignan d'un écervelé et d'un sot que c'est un Barbantane-.
Il tint bientôt le même langage que Fiers : il déclara que l'armée manquait do tous les moyens d'action, qu'elle n'avait aucune instruction, qu'elle présentait des corps incomplets où il y avait autant d'officiers que de volontaires, qu'il voyait dans les bataillons une quantité d'enfants, que le nombre des malades augmentait. Il comprenait que Hicardos allait passer la Tet pour se porter sur les derrières de Perpignan et il tenta, dans la nuit du 25 au26août, de s'opposer à ce dessein. Mais les Espagnols, chasses du village de Cerbère, se réfugièrent dans le château, et leur fusillade jeta le désordre parmi les républicains ; les deux colonnes françaises tirèrent l'une sur l'autre ; la confusion fut telle qu'elles battirent en retraite^.