KS ANTII-LKS
h Maiiinif[Uc;, M. de Garnies. Les planteurs, avortiy, avaient cuacentré 400 hommes sur la route ilu Liimiiiitiii, entre le» deux habitations de la Trompeuse et de l'Arajoii, en un endroit encaissé. boriU^ Je l>ois et embarrassé par des ahatis .iarbres. Cva iO.» hommes i^Haieut sous les ordres de Uiigiié père, officier do milices, trè« ferme et très brave, assisté de trois lieutenants. I)ugui> fils, Counille et Percin. Li.-a quatre chefs convinrent de laisser les adversaires s'engager dans le défilé entre la Trompeuse et l'Acajou ; Diigiiù père et Courviile l'accueilleraient ii l'Acajou, Dugué fils le prendrait pardenière et Percin en flanc. Ce plan s'exécuta.
Dagommier avait 75 hommes en avant-garde et 15 hommes sur chaque aile pour fouiller les faillis. Pendant qu'il avançait très lentement sur le chemin tortueux, des coups de fusil, partant des haies hautes et profondes, retentirent h la gauche, puis à ta queue de sa colonne, puis de tous ci'ités. Ses gens rijiostèrent à l'aventure et continuèreni leur manche. 11 ignorait que Chabrol avait donné ordre h la seconde colonne de revenir h Fort-Royal. Heureusement un généreux citoyen vint l'informer de ce mouvement. Son détachement battit en retraite et rentra dans Fort-Roval à six heures du soir, épuisé de faim, de soif et de fatigue. Dugonimiur se félicitait de s'ôtre " dépêtré de ce défilé » ; mais il avait perdu, sous le feu sûr et incessant de l'ennenii, près de la tuoilié de son monde. Percin, f[UÎ s'était emparé de quatre pièces d'artillcne, porta depuis cette époque le nom de " Percin-Canon » et le titre do « vainqueur de Dugonimier ». Une lettre de Damas aux paroisses de l'île annonça que les planteurs n'avaient eu que quatre blessés ',
Le combat de l'Acajou rendait les aristocrates nialtros de la campagne. Les patriotes restèrentdésornmissurla défensive. Ils divisèrent leurs forces. Chabrol commanda Tort-
I. Cf., ottlM Ici clucumoiits eilOa, lei lïttrp- de Cliabral A Dnnins 1 oct., cl de DuiiBS aux puruiise
, 28 seiil. IWO.
16 DUdOMMIEU
Royal, et le major Mollerat, Saint-Pierre. Diigommier avait suivi Mollerat. Il était à la tête de toutes les troupes dvi(iues. Le courage et le sang-froid dont il avait fait preuve daiis la journée du 25 septembre lui avaient valu le commandement général des << volontaires confédérés des îles du Vent ».
Dès son retour à Saint-Pierre, il tenta do mettre fin à une guerre dont il déplorait le caractère sauvage. Il renoua des négociations avec Damas : il était, disait-il, conciliateur auxiliaire et, après avoir été auxiliaire, il devenait conciliateur. Il déclarait de nouveau que les patriotes combattaient non pas les blancs, mais une classe (riiommes dont Tarmement serait fatal k toutes les colonies ; il répétait qu'il fallait, dans rintérôt de toutes les lies, ramener les gens de couleur à la soumission qu'ils devaient aux blancs : « Notre désir le plus ardent, concluait-il, est de voir renaître une parfaite union parmi nos frères. » Et il développait ses propositions :
1*" Les nmlàtres seraient désarmés vingt-quatre heures après la signature du traité ; 2*" les blancs armés se retireraient paisiblement ; 3" tous les soldats et les bas-officiers qui servaient dans le camp du (Tros-Morne s'embarqueraient pour la France; 4° leurs officiers cesseraient toute fonctit)n jiisipf au jugement de TAssemblée nationale;»")" TAssemblée coloniale serait dissoute selon le décret du 8 mars ; 6° Tadministrationde la colonie serait provisoirement remise au plus ancien commissaire de la marine ; 7** la procédure contre les citoyens de Saint-Pierre emprisonnés après Taffiiire du 3 juin, serait abolie ; 8" la conduite des différents corps qui avaient <( coopéi'é à la révolution présente » serait api)r()uvée ; !)" la garde des forts serait confiée aux citoyens concurremment avec les troupes réglées.
Dugommier était trop exigeant. L'Assemblée coloniale arrêta que ses propositions étaient inadmissibles, et Damas
li onlor.iia île quitter l'ilf . Les t'spnts s'cndamm aigrit ainsi de plus en plus, et la réponse de Damas, écrivait riialirol, .ne produisait que des motions incendiaires ; soldats et volontaires, ajoutait Chabrol, se croient dignes des plus grands ^Jloges, et tous diseut qu'ils font acte de justice, qu'ils n'ont d'autre but que le triomphe de la nouvelle constitution.
IjC Soctolire. une dépulalinn de viagt-qualro l'olons de ■Ja Guaileloupe et do Sainte-Lucie, choisis dans les corps Xàvils et militaires, arrivait ii Saint-Pierre; elle était présidée par le lieutenant-colonel liu régiment de la Guadeloupe, Du Barail, et elle iléclaraît hautement que la Guadeloupe et .Saintfi-Lucie offraient leur médiation, qu'ils venaient terminer 3ea dissentiments et faire la pais. Damas répondit en enjoi- ^naiilà Du Barail et à tous les officiorset soldats du régiment de la Guadeloupe de regagner sans retard l'ile oiï ils tenaient garnison. " Ou espérait, a dit Dugommier, que Damas et ^'Assemblée céderaient à cette démarche respectable; mais «n fait la poix quand on n'est que brouillés ; on continue la ^erre quand on soutient un Bvstème. Notre archipel vit sa onédiation échouer devant l'inllesibilité raisonnée del'aristoiCratie martiniquaise, qui faisait répéter h M. de Damas cet étemel refrain : " Brigands auxiliaires, retirez-vous; sol- ■dats révoltés, rotirez-vous ot fiez-vous à ma clémence ! »
Loin de se retirer, les patriotes appelèrent et reçurent ■des renforts : 100 hommes du régiment de la Guadeloupe, iSO hommes du régiment de la Sarre, qui vinrent de Tabago, «1400 volontaires de toutes les îles.
Dès lovs Dugommier fut à Saint-Pierre l'Ame de la résistance, et un contemporain le montre " chéri, adoré do son jparti, qui ne voyait qu'on lui d'appui et d'espérance >•. Il ^prononça dans les assemblées des discours pleins d'éuergîo ■*l do feu. Il mit la ville en état de ik'fenso. Il établit une 'Ceinture de vingt postes qui correspondaient les uns avec les autres et les garnît de quatre-vingts pièces et mortiers.
18 DUOOMMIKR
II équipa treize bâtiinenls, qui croisèrent au vent de Tilo pour intercepter les secours qui viendraient aux planteurs. Avec un corps de 200 volontaires il fit, le 19 octobre, une sortie sur le Carbet, dans le dessein de chAtier les nègres marrons qui dévastaient quotidiennenient les environs de Saint-Pierre. Il ne pouvait comprendre que ses adversaires eussent armé les nègres. En vain Damas représentait que les nègres ne faisaient qu'aider leurs maîtres et que ces maîtres, sages et humains, plus sages et plus humains que les patriotes, savaient contenir les noirs et les employer sans leur lâcher la main. Damas avouait à Clugny que des attroupements d'esclaves s'étaient formés dans plusieurs quartiers, et Dugommier s'écriait plus tard avec quelque raison : « Nous eussions pu aisément doubler, tripler nos forces et les mettre au niveau de l'armée du Gros-Morne, si nous avions voulu l'imiter et armer les esclaves ; mais jamais notre parti n'en eut seulement la pensée, tandis que nos ennemis embauchaient juscju'aux nôtres et les faisaient combattre leurs propres maîtres. Vous tous qui avez secondé, approuvé l'arnKMuent des esclaves contre les maîtres, des noii*s contre les blancs, je vous dénonce à mon tour comme les lléaux des Antilles. Une foule de gens de couleur et d'esclaves fugitifs sont passés à Saint-Domingue. Prmvez-vous douter qu'ils ne soient à la tète des bataillons ({ui en ruinent les campagnes, (|ui en exterminent les propriétaires? Us ont appris à la Martinique à se servir de la torche et du fer! Ils ont appris {ju'un blanc est aussi facile h tuer qu'un noir, et votre avenglem(Mit, votre rage de dominer vous ont fait préférer de relâcher le lien politique, si nécessaire à vous-mêmes, pour mieux resserrer les chaînes que vous j)répai'iez à vos frères ^ ! » A la tin d'octobre parurent deux bâtiments de guerre, le
1. Propositions de Dugommier à Damas et réponse de l'Assemblée cohmialo; — Chabrol à Damas, 9 cet.; — Du Baraii à Damas, 5 orl. : — Damas à Du Baraii, 8 cl 9 cet.; — Mémoire de Dugommier (Pineau, 15i;.
LES ANTILLKS 19
vaisseau la Fenne, commandé par le marquis de Rivière, et la frégate la Calf/pso, commandée par le capitaine Malevaux. Ils se prononcèrent en faveur de Damas : « L'aristocratie des officiers, disait un ardent patriote de Saint-Pierre, s'accorde parfaitement avec l'hypocrisie dos planteurs. » Les deux bâtiments apportaient des dépêches de France et avec elles le dt^cret du 6 aofit : les délibérations et les associations étaient interdites dans les répiments; toute sédition, tout niouvement concerté au préjudice de la discipline donnait lieu à des informati(ms judiciaires; tout militaire, auteur ou instigateur de désordres, était considéré comme traître à la patrie et condamné aux peines infamantes qu'étlirtaient les ordonnances.
Damas envoya le décret à Fort-Roval et à Saint-Pierre et promit une amnistie aux soldats. Mais inutilement Chabrol et Mollerat lurent le décret devant les troupes : les soldats, (inO hommes du régiment de la Guadeloupe et 25<.) lionunes du régiment de la Martinique, refusèrent de se S'jumettre. A Fort-Roval, les commissaires de Saint-Pierre, entre autres Crassous de Médeuil, leur tirent croire que le décret aVait été fabriciué au Gros-Morne, et ({ue même, s'il venait de Franco, il ne regardait pas les colonies. Chabrol et tous ses officiers donnèrent leur démission en déclarant qu'ils ne servaient plus avec des rebelles : ils furent arrêt<;s et mis en prison.
On agit de même à Saint-Pierre. Dugommier exhorta les soldats du régiment de la Guadeloupe ii résister et à rester. Ils étaient venus à la Martinique, disait-il, pai- un ordre de leur gouverneur pour y rétablir la tranquillité et ils ne devaient partir que lorsqu'elle serait rétablie. Sur quoi ils écrivirent à Damas qu'ils ne pouvaient s'éloigner i)arce que les esclaves étaient en insiUTOction contre les maîtres, qu'ils prêtaient leurs armes à des citoyens français qui les avaient réclamées, qu'ils servaient la cause générale des colonies
T1U0OMMIKH
dont ils litaieiit par élat les premiers défenseurs, qu'ils no quitteraient la Martinique que lorsque la paix serait faite. Damas 6clata de colère et, dans ses lettres à Cliigny, il maudissait ces gens qui n'avaient presque aucune propriété dans l'Ile et qui voulaient y dominer contre toute justice et raison, Dugommier, Crassous de Médeiiil, Vaucliot et autres qui, par leurs insinuations Pt leurs intrigues, par leurs d^-testables manœuvres, par leur méchanceté, détournaient les soldats de leur devoir et uienaiont la colonie à une ruine totale. Il s'irritait surtout contre Dugommier, qu'il qualilinit de chef des hrigands et qu'il accusait de " faire d'horribles dévastations 11 dans le voisinage de SainUPierre'.
L'Assemblée coloniale de la Martinique joignit ses dénonciations à celles de Damas. Elle écrivit àrAssemblée coloniale de la Guadeloupe que Dugonmiier était le lléau des Antilles, qu'il avait coinnds les plus grande désordres, égaré les soldats, et sans nul m.indal, sans nullo mission officielle, attaqué les citoyens de la Martinique et les représentants du roi : «c'est lui qui était à la tête de la colonne qui a marché sur le Lamentin, le S") septembre dérider, qui en a dirigé les mouvements, qui faisait servir l'artillerie^".
La majorité descoUfcgues de Dugommier se tourna contre lui et, alliée au gouverneur Clugny, qui n'était plus prisonnier, elle entreprit de mettre les patriotes à la raison. (' Planteurs, disait un député de la Martinique au milieu de r.iVssemblée de la Guadeloupe, réunissons-nous et faisons rentrer les citoyens des villes dans la boue d'oii nous les avons fait sortir!" Le 28 octobre, l'Assemblée coloniale de la Guadeloupe, siégeant fi la Pointe-à-Pitre, ordonnait à Dugommier de quitter la Martinique avec tous les volontaires et les soldats du régiment de la Guadeloupe.
I. Dftmni à Chibrol et \ Mollernt, 2i ocl.; — ik Clugny, fi nnv. ; — au Gros-Morne, 10 nov.; — le* sohlnla du régiment de la Gu&ileloupe à Oamu, 27 oct.; — Arch. parlem., XKII, 4ijl et *83.
a. Jfon.,lS janvier 1191.
m LViHolioii fut grande liaiis Ifs Antillfs. Los jjatnotos de r la Guadeloupe, de Sainte-Lucie, de Saint-Martin protestèrent. LLes deux paroiasea do la Baase-Torre arrêtèrent, le 2 no- PYembre, qu'elles ne séparaient pas leur cause de celle de t.^ngoininier et de ses compagnons : Dugominier était à la i>tèle de3 vrilontaires parce tjne les volontaires avaient con- H'fiance en lui: il ne mi^ritait aucun blâme ; il n'avait fait que B^s démarches mesurées, rt'gulières, dictées par le plus Wnste patriotisme, approuvées même par l'Assemblée colo- Bnale. Tous les districts de Saint-Pierre envoyèrent k Du- ^■Dmniier rtiouniiage de leur respect et l'expressiun de leur Bodi^iation douloureuse. Dans le deuxième district duMouil- ■lagc, un citoyen lut au milieu des applaudissements l'élage r,de celui qu'il nommait le vertueux, le généreux, le brave ftj>nguinm)cr : Dugommier avait vulé trois fois au secours |>^6s Martinir|uais ; cet >< immortel Guadeloupéen » était le ' ferme soutien de la régénération fran(;aise dans les colonies, le puissant appui de Saint-l'ierrc. li; héros des Antilles, la Lafavette des ilos du Veut 1
Quant à Ihigommier, il refusait d'obéir au décret de rappel, n L'Assemblée coloniale de la Guadeloupe, s'écriait-il, est inr^mpétente, et son décret est le fruit d'une connivence coupable avec ceux qu'elle combattait naguère! » Il entraîna les volontaires confédérés. Eux aussi déclarèrent que l'Assemblée de la Guadeloupe avait porté trop précipitamment son décret : ils no pouvaient, disaient-ils, abandonner les patriotes lie Saint-Pierre à la vengeance de l'Assemblée illégale et oppressive de la Martinique; ils n'étaient pas rebelles k la loi en supposant à ceux qui la méprisaient, et conserver la liberté à dos gens opprimés, ce n'était pas se révolter contre le roi, contre le restaurateur de la liberté. I.«a soldats et les sous-officiers du iV-gimeiit de la Guadeloupe iitdtèrent les vobmtaires. « Vous ne devez, assurait HugoHimier, l'obéissance aveugle que si vous marchez contre
rennemi étranger, elle devient un crime quand elle expose les propriétés, la liberté et la vie de vos concitoyens ! » Seuls, les officiers du régiment regagnèrent leur ile *.
Mais la fortune penchait du côté de Damas et des aristocrates. Les deux vaisseaux venus de France, la Ferme et la Cabjpso^ s'emparèrent peu à peu de tous les bâtiments des patriotes et, le 19 novembre, rilet-k-Ramier, qui défend rentrée de la baie de Fort-Royal, se rendit, faute d'eau potable, au marquis de Rivière : toutecomuuiniration maritime était coupée entre Fort-Royal et Saint-Pierre. Six jours plus tard. Rivière bloqua Saint-Pierre et somma la population de capituler sous vingt-quatre heures. Dugommier et ses compagnons répondirent qu'ils aimaient mieux s'ensevelir sous les ruines de la ville. Des menaces s'échangèrent des deux parts. En vain les capitaines des vaisseaux marchands portèrent à Rivière des paroles de paix. En vain Dugommier, inquiet des nouvelles qu'il recevait deTextérieur, craignant que les Anglais ne missent l'occasion \\ profit [lour se saisir des iles françaises, écrivit à Damas que^ le grand intérêt de la mère-patrie » devait seul guider les colons. En vain il invita le gouverneur à s'abstenir de toute hostilité, à s'entendre avec les citovens « de bonne foi et de concert pour la conservation dt's Antilles ». Damas disait et laissait dire que Dugommier correspondait avec les Anglais et projetait de leur livrer la Martinique, tandis que Dugommier avait prié simplement le général Mathews, gouverneur.de la (irenade, de ne pas secourir les aristocrates, « attroupement monstrueux de blancs, de mulâtres et d'esclaves, capables de cruautés (|ui font frémir l'humanité ».
Cependant des escarmouches avaient lieu tous les joui*s devant Saint-Pierre et Fort-Roval. Sur les instances de l'Assemblée coloniale, Damas resserrait le blocus des deux
i. Mémtàre àii Dut,'oininifr (Pineau. 7.V2-7*'i4}; — Vanchelet (294-296).
■viUef'. iX'jà Fijr(-Royal souffrait de la famine- L'Assemblée
pnnoiiçait l'intention d'eu finir avec Saint-Pierre pour
[Téter, comme elle disait, le zèlo de régénération ïncen-
tSiaîre et destructive des habitants. Elle souhaitait même
[que Saint-Pierre ffit hrfilé — ce qui eût. remarquait-on,
kctiuillé en un jour les trente millions que les pointeurs
[duvnîent au commerce de Saint-Pierre. — Elle animait de
resjioir du pillage les équipages des vaisseaux, les yens de
louleiir, les noirs. Elle avait réparti les esclaves en plusieurs
ru{»agnies nommée» compagnies de Maltais, parce qu'ils
iavjtieut une croix de Malte à leurs bonnets, et placées sous
fommandement d'un d'entre eux, le général Fayence.
» On le para ce Fayence. a dit Dngommier, d'un uniforme,
p'épaulettcs et do l'extcrieiu' qui suffit pour rendre respec-
l)le aux yeux d'une troupe l)rule et grossière: il passait
K>Hr sorcier dans l'esprit des nègres et pour grand scélérat
plans celui des blancs, n Par bonheur, Damas était prudent, et,
mme il s'expi-ime, il évitait de marcher contre Saint-Pierre,
||ne Tarméo des isolons aiu'ait détruite do fond en comhle '.
L'ajTÏvée d'un nouveau gouverneur et des coinrfiissaires EÎvUs termina la gueri'e Nans opérer la conciliation. La Ijaétropole avait fini par s'émouvoir. Le 2il novembre, l'Assemlilée Constituante décrétait d'envoyer à la Martinique le général comte de Iléliaguc et quatre commissaires, Lacoste, Linger. Magnytot et Moutdenois, chiu-gés d'apaiser les troubles et d'organiser définitivement l'administration.
Bèhagtie avait pleins pouvoirs. Mais, a dit Dugommier, cet homme, qui devait tenir la balance entre les partis, s'unit aux aristocrates plus rapidement que l'aimant et lo fer. Il parla sévèrement aux soldats, leur ordonna d'évacuer les forts, les désarma, les embarqua pour la France. « On le croyait, rapporte un officier d'artillerie, le protecteur des
p.itnf'tos et on le reganlaît comiiic l'ange lutôhiire qut~l cimenterait la Révolution; il nous qualilia de sCBlcrata et nous renvoya après nous avoir fait essuyer Ips traitements les plus durs. » Il enjoignit aux volontaires des Iles de quitter' i sur-le-champ la Martinifjue et leur interdit d'y reparaître eaJ armes sous peine d'être considères conime fauteurs de nou-q veaux troubles et traîtres il la patrie.
Ce fut Linger qui vint i\ Saint-Pierre faire counaitre les ordres de Béhague. IlrasseinMalos troupes, le 22 mars 17i)i, à lu Savane des Pères Blancs et leur lut deux prorUniatiODi du gouverneur, l'une qui prescrivait aux confédérés de i retirer dans leurs foyers, l'autre qui défendait d'employé auprès des soldats aucun moyen de séduction. Les volon-i taires se plaignirent; ils disaient qu'on les renvoyait avei dureté, qu'ils n'avaient pas mérité pareille récompense. Linger leur adressa quelques paroles consolantes et leur délivra un certificat honorable. II loua môme la conduite que leur chef avait tenue dans ces circonstances difficiles oii. selon le mot de Dugoinniîer, l'ordredevait si fréquemment souffrir'.
Ilugum'mier s'éloigna, non sans déclarer qu'il sacrifiait s sentiments à l'obéissance que tout bon citoyeu doit aux loiarii Il fit de touchants adieux aux Pierrotins ; il se félicitaitJ d'avoir partagé leurs dangers et d'avoir vécu si tonglcuipu avec eux qu'il s'accoutumait il ne plus séparer sou exîstcnc» de la leur; il les remerciait de l'affection qu'ils lui avait toujours montrée; il désirait ardemment qu'ils lussent heu-! reux à jamais.
Les Pierrotins surent lui prouver leur reconnaissance. J Dans une lettre qu'ils adressaient au Conseil général de la; Basse-Terre, ils nommaient Dugomraier le sauveur de leuiH cité, le défenseur de leur liberté, le père du peuple
I. Les coiRinUssirc* cïviU au miiiialre de U marine, 1" a*ri] procliimaUuni du SU mars : — Mrmoht de Dugominiei- [Pineaii. Ifil); lettre de Ptiardy au Dirv'ctuire. Snivùie aa IV (A. G.].
assuraient qu'il n'avait iiarU- fiiraii nom do la loi, que la loi l'animait et le diiigeait lorsqu'il calmait les eapTit», lorsqu'il * faisait entendre dans les conseils l'éloquence du cœur et du sentiment ", lorsqu'il repoussait les » hordes acharnées k la des-lrtiction de SHJnt-Pierre ■>.
Le 23 mars, les dames do la ville lui offrirent une épée, an hausse-col eu or fin et un ceinturon qu'elles avaient brodé lie leurs mains.
Le lendemain, Dugomnjier partait au milieu des témoignages les phis chaleureux d'estime et d'admiration. Après un Te Deuin qui fut chanté dans l'égUse du Mouillage, la milice el la population l'accotupagiiéreut jusqu'au quai d'embarquement, au bruit du canon et aux cris réitérés de Vive Dugomtnier ! Vive le défenseur de la Cunslihilion française! La municipalité lui remit une médaille d'or qu'elle avait fait frapper en son honneur.
' Les exclamations fraternelles et tendres, a dit depuis Dugommier, le murmure confus de toutes les expressions, les mains de tous levées pour nous embrasser ou pour intéresser le cielen notre faveur, des larmes sur tous les visages, qui pourra rendre les scènes délicieuses de ce tableau ? »
Cette ovation déplut il Déliague, et on raconte, salis graude iTaisemldance, qu'il essaya de se débarrasser de colui qu'il nommait sa « bcte noire ». Le capitaine de la Cati/pKO, rencontrant une des embarcations légères qui jiortaient les volontaires de la Guadeloupe, la héla pour demander si Dugommier était à bord et, sur la réponse négative, « tant pis, dit-il, car je le cherche pour le couler ■>.
Dugommier fut reçu à la Basse-Terre avec entlioUT4iaHUii', Il y trouva, lisons-nous dans son Mémoire, une ville emoro patriote, des amis qui s'empressaient de le féliciter, dcBconcitoyens dont l'accueil tendre et sincère éluit « bien ■apablo de le conaolcrde toutes ses peines ". Lesdéuiu('r«le« allèrent an devant de lui ou jetant dos cris d'allé)ïlti»»e. «C
leur orateur le compara à Fabius : « Nos sentiments sont contenus dans ce peu (le mots: « Untis homo nobis cunctando restituil rem. » Vivez heureux, bravo, estimable et aimable Fabius; vous avez sauvé Saint-Pierre ; vous nous avez préservés lie riiydre affreux du despotisme. »
Il reçut les mêmes hommages des patriotes de Tarchipel. Ceux de la partie française de Saint-Martin exaltaient les vertus patriotiques qu'il avait « si heureusement développées ». Ceux de Marie-Galande louaient sa grandeur d'Ame et le proclamaient le libérateur de toutes les Antilles, Texhortaient à « laisser sifiler les serpents de l'envie, puisque c'est le sort des héros (rètre persécutés ». Ceux de Castries et de la Soufrière, dans l'ile de Sainte-Lucie, le nommaient un modèle de courage et de sagesse et après avoir vanté sa conduite qui leur paraissait au-dessus de tous les éloges et lui avoir promis la couronne civique, ils l'engageaient à garder sa fermeté, à dédaigner les ennemis qui le calomniaient avec acharnement.
Mais le gouverneur de la Guadeloupe, Clugnv, n'oubliait pas que Dugommier lavait menacé et emiu'isonné, que Dugummier disait hautement qu'il fallait écraser « le despotisme des gouverneurs, toujours soutenus i)ar leurs créatures )),el rAsseniblée coloniale, désormais de cœur avec Clugnv, regardait le défenseur de Saint-Pierre comme un perturbateur (lu n^pos public. Nombre d(* gens qui ne voyaient en lui ({u'iin agitateur et le plus enragé des démocrates, firent courir le i)i-uil qu'il usait de son ascendant sur ses trois cents volontaires pour se rendre maitre de Tile et se proclamer dictateur. Le 31 mars, dans l'Assemblée coloniale, il était traité d'(^rateur « incendiaire », de « suborneur des troupes»), et on ajoutait (piil projetait de venir à la Pointeà-Pitre avec beaucoup de monde i)our imposer son vouloir à la i)opulati()n. Vainement les patriotes de la Pointe-à-Pitre protestèrent contre cette inculpation, assurèrent (pie
Dufiomriiier avait knijum-s inênk' la coiiflatico, niio les ilL'[n<ircIi<<s qu'il avait faites en portant secours à la Martjniqiie étaient l^galeH et avoiniea par le corps œloiiial et la municipalité, qu'il avait prudemment employa les forces qu'il commandait, qu'il n'avait pas prononrè de discours incendiaires ni suborné los trmipps ni entrepris rien d'hoatile contre la Poiiite-à-Pitre. Vainement les patriotes de Sainte- Rose l'encourage aie ni à comliattrc sans crainte ses ennemis, les ri-'hes qui, i- sans espoir d'arriver aux honneurs qu'ils obtenaient par la faveurdes rliefs sous l'andan régime, n'avaient pas l'éiiergio jiour s'en rendre dignes par une noble conduite sous le nouveau. >■ Le gouverneur CIngny et plusieurs rnemlnes de l'AssomMée coloniale de la Guadeloupe vinrent trouver à la Martinique les commissaires civils ot leur dénoncer Dufîouiuiïer comme " le moteur le plus dangereux des troubles dos Antilles "'.
Ddgommier s'aperçut biirntiH que le nombre de ses adversaires avait Considérablement grossi : " Mon absence, disait-il, a tout changé contre moi. ■■ On s'efforçait de rbnmilier, do le vexer. Ses volontaires portaient à la boutonnière une médaille qui leur avait été donnée par la ville de Saint-Pierre. L'Assemblée coloniale leur ordonna de quitter cet insigne. Mais la ninnicipaUté de la Dasso-Ti-rro refusa lie promulguer l'arrêté : elle autorisa les volonlaires à garder l'uniforme et leurs armes ; elle reconnut publiquotueiit Diigommier pour leur chef.
Le 3 avril. Dugomniier se promenait dans la vilk- de la Bassc-Terro et se dirigeait vers le fort Saîiit-CliarK-s. IJiiolijues-uns df ses volontaires crièrent : Vive in mition. Vive ihigommier. Les autorités crurent qu'il voulait we saisir du fort dn concert avec les troupes et, par suite, du gouvernement lie l'ile. Peu de jours après, onze sous-offlciors et soldats du régiment de la Guadeloupe étaient appréhen- (. Lacoit« et Mnt'dylul au uiinislri^ île la iiiariuc 20 a<j\-. IT.il.
dés, conduits à la Puinto-Ji-Pitro et onilianjucs pour la France.
Le gouverneur Thigny fit surveiller Llugoniuiier et éjiier toutes ses démartlies. 11 craignait son îiillueiice sur la garnison de la Basse-Terre ; il mandait, au mois do juin, ii Béhague que les canoniiiers de la eompagnie de Marcilly, livrés aux mauvais conseils, donnaient chaîne jour des marques d'insubordination, qu'ils avaient député six d'entre eux à Dngoniinier pour lui offrir les canons de l'arsenal, qu'il fallait renvoyer en France cette compagnie qui ne manquerait pas de s'insurger ; sinon, ajoutait CUigny, la guerre civile ne ferait que changer de IhêAtre, et la Guadeloupe appellerait chez elle les Iroupos et les mauvais sujets delà Martinique '.
La situation n'était plus lenable. Toutes les autorités politiques et judiciaires de l'île avaient pris parti contre Dugommier, et, comme il dit, une ligue atroce lui ravissait par la calomnie l'attachement d'un grand nombre do ses concitoyens, » Illustre Dugoniniîer, lui écrivait un de ses amis do la paroisse des Trois-Rivières,la rage de vos enuemis vomit contre vous les injures et les imprécations. » Son frère même, le procureur général, le poursuivait de sa haine. " Que peut-on, s'écriait tristement Dugommier, contre les menées de l'aristocratie et devant des juges qui veulent tniuver coupable ? ') Enfin il était emharrassé dans ses affaires, et sa fortune avait périclité pendant ses trois séjours A la Martinique. Il avait dfi vendre cette propriiSté du Gommier dont il portivitle nom.
.\ussi eut^il l'idée d'aller en France, de <■ faire une grands tournée dans les places de commerce » pour contracter un emprunt, et, •- forcé de passer les mers ». il accoj.ta la mission de plaider devant la métropole la cause de son parti