‹ Dugommier, 1738-1794Chapitre 44 sur 102 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

L I Oritsgnc. — Dsgoberl. — Sn carrière nDtérieurc. — Cominande la fruDtière (le[>uii DIetle jusqu'aux sources de In Uoronue (7 aoûl 1793.1. — Combat du col de la Perche (3ti août). ~ Enlrâe h Puycerda et h Bellrer (39 aolïl). — Combat d'Oletle (i septembre). — Commande en obef l'armée des Pyrdn^e s- Orienta les, ~ Défaite da Trouillaa (SS aeptembre). — Retour da Uagubert en Cenlagne (30 septembre). — Prise de Camprodnn [^ octobre). — Prise de Montella (17 octobre}. — Exeis et sonléveinents. — Dugoberl rappelÉ par Turreau ft Perpignan. — Diversion sur Cêret. — Conseil de guerre du lî novembre. — Dagoliort suspendu fl7 novembre). — Son voyage h l'arii. — Sa réiolégratioa (31 janvier llflt). — Son plan d'invasion adopté par le Comité de sntut publie (13 niard. — Objections de Dugommier. — Dagobert b Ptiycerda (a» mars). — Reprise de Montella (8 iivril). — Dugoberl devant L'rgel (10 avril}. — Sn niilaUie et sa retraite. — Sn mort {IM avril). — Son grand dessein abandonné.

Ce fut en Cenlagnf? que se rouvi-iront lea hostiliti^s, LaCerdapue fommence a la descente dn col do la Perche et finît an délilê d'Urgel. C'est une plaine qui n'a qne cinq lieues de lungiieur et nnc lieue dans sa plus grande largeur. Mais elle est fertile; elle nourrit de nondtreux troupeaux et abrite entre ses montagnes plus de cent I)ourgs et hameaux. Le» deux parties qu'elle compremi, la Haute Cerdagne ou Cerdagne française; et la Baase Cerdagne ou Cerdagne espagnole', ne sont pas sèp.ii^es l'une de l'autre par nue limite naturelle; des hlocs de granit manquent la frontière; il y a même sur notre territoire une enclave étrangère, la com-

1. La Cerdagne rrHni;aise comprend le canton de Saillngouae et les communes de Monllouis. Bolquére, La Cnbanai^o et Sainl-l'ierre dels Forçats; la Cerilagne e'«pagnule s'étend de Bourg-Madame au d^Qlé

lanbol.

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mune iJe Llivia, reliée à l'Espagne par un cliomin iieiilre et J resseiTée entre trois villages français. La Séffre, dont laJ source est en France, parcourt le pays du nord-est au sud-i ouest, et c'est la portion supérieure de son bassin qui fornidf la C«rdagne. Elle passe d'abord par Saillagouse, Eyne eti Eslavar, par l'enclave de Llivia et par Bourg-Madame oii j elle r'eçoît le Raour et entre sur le sol eaiiagnol; la elle f contourne Puycerda et, grossie k gauche parla Vanera, ^1 droite par l'Aravo ou rivière de Carol, baigne les mura deJ Bellver; puis elle traverse le Mai'tinet, oii elle recueille Ul Llosa, et coule vers le -sud au-dessous de la Seu d'Urgel.

La Cerdagne fraiiçaise a pour capitale Monlluuis. IJ&tifr^ par Vauban, à l.^lX) mètres au-dessus de la nier, surj un rocher escarpé, au pied du col de la Perche, cette place,., la plus élevée et la plus froide de France, cmmuande à lai fois quatre rivières, la Tet, l'Ariège, l'Aude et la Si'gre.J Mais, pour maîtriser la Cerdagne ainsi que pour couvTir I&J trouée de l'Ariège el le comté de Foix, il faut poaeédeff | outre Montlouis, les forteresses espagnoles de PuycerdaJ et de liellver.

Aussi, dès le commencement de la guen*e, en 1793, le*! généraux Servan et la Houlière voulurent s'emparer d»J Puycerda. Les Espagnols les devancèrent et ce fiirentla eux qui vinrent, sous les ordres do La Fefta et de CrespoJ^ après la prise de Villefranclie-de-Conllent,par la rampe qtd remonte la gorge de laTet, par Olette et le facile plateat|,|| des Llaiiçades, obser\'er et ensuite rosseiTcr Montlouis.

Le péril de Montlouis, qu'on appelait alors Mont-Libre e qu'on regardait avec raison comme la clef des montagnes^ émut les représent;mts. Us décidèrent d'envoyer une divi sion de 3.000 hommes dans la Cerdagne menacée. général Dagobert, qui depuis longtemps pi-oposaît d'opérerj une diversion sur le sol e.<!pagnol, offrit do commander i secours. 11 fut accepté.

riAr.nBERT

Dagobert' (iont le nom ci^t Hi' yom- jrniiais a celui de lu Cerdagne, n'ôlait pas aussi Syé qu'on le croit d'ordinaire, et on a torl de dii'e le vieux Dagobert, puisqu'il avait cinquantesept ans en 1793. C'est une des figures les plus originales, sinon les plus sympathiques, de l'arniêe de la Révolution. Alerte encore malfiré ses cheveux blancs, et actif, bien qu'à l'entendre il ffit toujours malade ou fatigué, impatient, brusque, rude, ironique, bravant les commissaires de la Convention et osant leur n'-pondre par d'amères railleries et des sarcasmes, enclin à la jalousie et cédant à des dépits d'amour-propre, marquant son dédain et une morgue d'ancien régime aux jeunes officiei's qui prétendaient l'éclipser, refusant d'exécuter avec une coupable obstination les plans qui n'étaient pas siens ou les exécutant de mauvaise gvhce, à la lettre et non sans le secret désir de les voir échouer, cachant une profonde ambition aous un air d'insouciance, aspirant aux plus hauts grades et les sollicitant, prenant, lorsqu'il était k la t^te des troupes de Cerdagne, le titre de général en chef de l'armée centrale des Pyrénées, souhaitant de commander l'armée entière et acceptant avec joie la succession de Barbantano, intrépide, marchant un bâton à la main en avant de ses bataiQons, héroïque au milieu de la mêlée et trouvant dans le combat parmi les balles et comme si l'odeur de la poudre le surexcitait, une manœuvre hardie, SKgace néanmoins hors du champ de bataille, capable do manier des masses et aussi jjropre à de vastes oi>érations qu'à des camisades, fougueux quelquefois, poussant l'audace jusqu'à la témérité, aimant son iudéjiendance, passionné pour la guerre de montagnes, pomr sa guerre do Cerdagne qu'il menait avec entrain et hbrement sans trop relever des conventionnels, sans tenir nul compte des difflciiUés du terrain, redouté des Espagmîls qui l'appelaient le tfemonio.

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adoré des soldats qui le regardaient roiiime un des leurs ( le nommaient le (/^«(//-«/-.«oWif, leur paBsanttout, les traitanj de son aveu en enfants gfltés el les laissant piller et brfilei les villages, leur plaisant par ses saillies, par ses j séries, et au pont de Céret déboutonnant sa cnlotto pool faire ses besoins et monirant le dos aux canons de Ter tel était Auguste Dagohert de Foutenille.

n avait assisté à la guerre de Sept Ans et à celle dftï Corse, Lieutenant au régiment de Tournaisis, il fit les cam*! pagnes de 1759 et de 1760 aux volontaires de l'année coiïl mandés par le oomte du Vair, qui le nomma major de i troupe, et il reçut quatre blessures : une balle k la joue à L prise de Mintlen, une balle à la main gauche à l'affair d'Oberweimar, une forte contusion h lYpaule à l'assaut i la porte principale de Wetzlar, deux coups de feu dont unë^ balle qui lui resta dans le pied droit à une escarmouche auxf environs de Wesel. Capitaine i-oramandant au Royal-Italiei major du bataillon des ciiasseurs royaux du Dauphiné, iW refusa d'émigrer. Non qu'il eCit pour le nouveau régime t vif attachement. Tous ceux qui l'ont vu de très près s'ao-rl cordent à dire qu'il était royaliste au fond du cœur ; l'agent i Rovest écrit qu'il ne passe pas pour républicain, et Cassanyea J reconnaît qu'il n'aimait pas la Révolution; mais il était, J ajoute Cassanyps, brave, excellent pour un coup de main,! et, faute de mieux, il fallait se sentir de lui. Aussi fut-3:j nommé colonel du 51" régiment au mois de mai 1792 ( maréchal de camp provisoire a» mois d' octobre suivant".

U se signala dans les opérations qui marquèrent Toccupa" tion du comté de Nice et il reçut le commandement i l'Escarène. u J'ai pris, disait-il, Lucéram et Coaraze, j'a| repoussé l'ennemi tontes les fois qu'il s'est présenté.

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