‹ Dugommier, 1738-1794Chapitre 46 sur 102 · Rec. Aitlard. IV · texte numérisé non relu

Rec. Aitlard. IV

- Vidnl. 1

I5(i, Ï57 : — Fervel, I

reconniiilre les passages qui Jél}oiiclieiit par Ribas, Camprodoii et Ripoll. Mais il s[itr|tieles Espagnols il'OIetLe profitaient de son absence pour presser Montlouis, Sans retan], il rebroussa chemin, et le 4 seplemlire, au point du jour, dans le broiiilîard. semblable, écrit le rrfprésontant Cassanyes,àrépervier, il fondait sur lo c^mp d'Olette. Après deux heures d'un feu de niousqueterie très vif, les Espagnols so sauvèrent en laissant leurs munitions, \eurs pièces d'artillerie et trois cents prisonniers dont trente officiers. <( Leur perte, rapporte un contemporain, fut considérable, et cet échec devint dans la suite il'nne const?qnence majeure'. »

Ces succès valurent à Dagobort le cominandoment en chef de l'armée. Mais il fut moins heureux dans le Roussillon que dans la Cerdagne, et par sa faute autant que par celle de ses lieutenants et des représentants.

Lorsqu'il arriva le 19 septembre à Perpignan, deux jours après la victoire de PejTestortes, parmi les acclamations de joie et d'enthousiasme, il ne cacha pas le dépit <l»e lui inspirait un avantage remporté sans lui et la répugnance qu'il avait pour cette ovation populaire. Les représentants, qui souhaitaientdeprofiterdu moment, avaient tout disposé pour une nouvelle attaque : durant la nuit, d'Aoust tournerait le camp de Ponteîlla par la droite et Goguet par la gaucho, les ordres étaient donnés, les troupes s'ébranlaient. Dagobert déclara sur-le-champ que l'affaire n'aïu'ait pas lieu. Il désirait attendre la division qu'il amenait de Montlouis et qui se trouvait encore à vingt kilomètres de lii, attendre les secours et les réquisitions qui ne tarderaient pas k venir ; il ajoutait que Ricardos avait rappelé et concentré ses forces, que la ligue espagnole pouvait être regardée comme une suite de sept camps qu'il faudrait enlever au prix do sept combats. « Je ne compromettrai pas,

Li reprt'senlBDls, 29 août

ilisait-il, le salut de la chose piiblique et je ni: livrerai pas i It'lito de l'armée au sabre de la cavalerie espagnole. » Fabre | se fâcha contre les « tacticiens » et les» envieux >i, s'écria 1 que le général faisait manquer un succès complet, et quel « frapijer tout de suite », ce serait exterminer les enoemis. Cassanyes, avec plus de douceur, fit desobse'iTations. Dagobort s'obstina, s'entêta; il répliqua qu'il savait son métier et 1 qu'il était responsable des événements; en réalité, il ne vou- | lait exécuter d'autres plans que les siens propres.

Le jour suivant, 20 septembre, les représentants Fabre J et Cassanyes écrivirent à Dagobert que tout démontrait ta I retraite des Espagnols, qu'il fallait la leur couper, que l'instant d'une action générale était peut-être passé, niais qu'il! serait utile de se porter sur les hauteurs du Réart et de là 1 à BanyuIs-dels-Aspres. Le général vint leur dire qu'il ne l pouvait encore faire ce mouvement.

Le 21, pendant qu'ils dînaient, Dagubert entra pour leur I annoncer qu'il allait manœuvrer sur le front des Espagnols i et assaillir vigoureusement leursdemïires, enlever Saint-Fer- I réol, faire sauter le pont de Céret. Les représentants lui I objectèrent que les chemins étaient impraticables, que tes! chèvres seules pouvaient y passer, que l'armée y mourrait I de faim. « C'est absurde », s'exclamait Fabre, et CassanyesJ s'indignait que Dagobert efit l'idée de détruire le pont dô I Céret, ce clief-d'œuvre de l'art. Dagobert s'éloigna sansi dire mot. Au sortir de leur repas et après avoir délibéré, convaincus que l'enti'eprise proposée par Dagobert était fort 1 dangereuse, les conventionnels lui dépêchèrent le citoyen 1 Morris, agent du Conseil exécutif, pour l'inviter à se rendre I dans leur chambre. Il répondit qu'il était très fatigué. Mais, I à minuit, il leur envoyait un nouveau plan.

11 consentait il une agression contre le camp de Ponteîlla 1 et do Trouillas. La droite, commandée par Goguft, vien-l drail de Peyreslortes et, masquant !e poste de Thuir, lom- [

DAOOBERT 223

berait sur Trouillas par Llupia et Terrais. Le centre, que Dagobert dirigerait en personne, attaquerait le front de la ligne espagnole, en avant de Ponteilla, sitôt que Goguet aurait opéré son mouvement tournant. La gauch.% conduite par d'Aoust et composée, en majeure partie, des troupes de réquisition qui ne seraient là que pour faire nombre, gagnerait les hauteurs du Réart.

Les représentants adoptèrent ce plan. Mais, le 22 septembre, lorsqu'il livra bataille, Dagobert ne fut pas soutenu par ses deux ailes. A gauche, d'Aoust, qui n'avançait que très lentement, laissa l'adversaire le devancer sur les hauteurs du Réart et, à cette vue, recula dans le plus grand désordre. A droite, Goguet engagea contre Thuir une longue canonnade ôt, lorsque les Espagnols marchèrent sur ce point, il se retira à une lieue en arrière sur les émincnccs de Sainte-Colombe, où toute sa cavalerie était blottie dans un bois d'oliviers. Dagobert restait seul au centre. Avec le courage du désespoir, il ftmdit sur le centre des ennemis : il enleva leurs premiers retranchements; mais il ne put emporter la grande batterie du camp dont le feu était épouvantable, et il faillit être cerné par Ricardos, qui ramenait sur lui ses deux ailes et sa réserve. Pour échapper au désastre, il eut Taudace d'aller, par une marche de flanc, se joindre à Goguet. Le régiment de Vermandois fut enveloppé; sommé de se rendre, il demanda vingt minutes de trêve afin de consulter Dagobert. Le général, furieux, le couvrit de mitraille !

Après sa retraite, qu'il fit sur Perpignan en se jetant dans les Aspres, Dagobert incrimina d'Aoust et Goguet, surtout Goguet. Ils prétendirent qu'il n'avait donné aucun ordre et ils le défièrent de prouver le contraire, l'accusèrent d'avoir commis les sottises qu'il leur imputait. 11 avait pourtant formulé, contre son habitude, un ordre écrit ; mais peut-être cet ordre ne fut-il pas envoyé à temps. Quoi qu'il en soit,

S24 nUOOMMlFR

d'Aoust ii"av;iit iigî ([ii'avec une lenteur iiiuiiïe et Oogtieifl s'excusait élnmgeinent en allogiiant qu'il ne conuaisaait j la région et que ses guides l'avai'înt abamloiint'. Sans du] doute, d'Aoust et Ooguet avaient secondé très mollemen^ Dagoberl, qui méprisait leur plan et les qualifiait, l'un de jeimw aide de camp et l'autre, de médecin-gènc-ral. Ils avaient;! comme s'exprime Cassantes, sacrifié la chose publique i leur vengeance et placé leur caprice au-dessus de l'intéré do la patne.

Il était très fâcheux, selon le mot d'un témoin, de so faire I battre le 22 septembre, après s'être opposé, le 19, à laha-fl taille. Mais Dagobert ne se rebuta pas. Dès le lendemain, i ordonnait k Goguet de simuler une attaque â Cèret sur loi derrières de l'ennemi. Gognct n'exécuta cet ordre 'que Ifil surlendemain en prétextant l'extrûrae fatigue de ses troupes,.* et il TL-xécuta si mal qu'il perdit deux canons. ToutefoiiL cette démonstration insignifiante produisit son effet, et lèM victorieux Kicardos se replia sur le Boulou. Daguhert enjOM gnit à Goguet d'assaillir son arriore-garde à Thair ; Goguëf s'attarda, et cette aixière-garde, qui pouvait être écrasée^ échappa.

Dagobert conçut alors un j^rand et audacieux dessein :i occuper BanyuIs-dcls-.Aspres et, de là, intercepter la rout«l du Boulou, en jelant 3.000 hommes dans les Albèroa. « CôJ n'est pas toujours en livrant des combats, disait-il, c'est| souvent en prenant dos positions qu'on obtient les plus bri lants succès. » Le 29 septembre, il commençait l'opérationa Les représentants l'arrêtèrent. Il les pria sur-le-champ dw" l'autoriser à regagner la Cerdagne, et les conventionncl8,i1 heureux de se débarrasser de lui, le renvoyèrent à Montlouis. Le 30, il s'éloignait, traitant d'Aonst de jouvenceaaî qui no savait pas son métier, répétant que Goguet s'était kl l'affaire de Trouillas caché dans un bois d'oliviers, assu-^-l rant que Fabre pmjetail de donner le commandement ji

Gogiiet, son conipatriole et ami, maiitlissant les commissaires qui lui liaient les mains et lui tléfeudaieiit de porter dans les montagnes une division qui aurait " plongi^ la route d'Espagne et oblifj:é les ennemis à une retraite précipitée" 1 Il se plaignit au Comité que Fabre, Gaston, Cassanyes l'eussent empêché de frapper un coup décisif: «Est-il dans l'ordre des choses qu'un homme qui n'est pas militaire, qui n'entend rien au militaire, vienne paralyser les opérations les mieux combinées? » Mais, de leur côté, les représentants ne lo ménageaient pas; ils l'accusaient d'avoir autant d'incapacité que de bravoure, et il lut dans le Monilenr du 13 octobre une lettre oli lîonnet et Gaston déclaraient que les détails d'une armée dépassaient ses forces et que, s'il était utile à la tète de 5.000 hommes, il ne pouvait « conduire un plan vaste et organiser une gramle machine' <i.

Le « démon des Espagnols avait h^le do se signaler. Il voulut faire une pointe dan'f la h lute ( atalogne, sur les borda du Ter, et enlever la richo manufacture d'armes de RipoU. Afin do mieux réussir il dnisa sa petite armée en- deux colonnes : Tune qu'il commandait lui même et qui marcherait sur RipoU par Camprodon ; l'autre que le génénJ de hrigade Poinsot conduirait vers RipoU par Ribas, Pour aller à iCamprodon. au confluent du Ter et du Rîutort, et remonter de là le Ter jusqu'à RipoU, Dagobert partirait de Prats-clo- Balaguer et par le col do Naufonds, très rude et bordé de |U*écîpîces, descendrait aux Sept-Cases et au village de Uollo, qu'il nommait la clef de la Haul«-Cerdagne. Pour litller jt Ribas, au confluent du Ripart et du Fraser, Poinsot, partant dePuycerda, prendrait le col de Tosas qui forme la mite de partage des eaux entre le bassin du Ter et celui

t. Cf. sur tous ces éTfncmenIs. outre Fersel et Vidal. \ti lellres de* tprCsentanLs nii Comilé, JO septembre, Pt à Boucliotte, 22 octobre : — de lilhlas à Uoiirtivlli', -23 siept. ; — de Dagulicit au Coniitr et un ministre, 30 lepl,, I" L-( -2:1 oui,, eic. (A. G.),

2Sfl PUCOMMIER

de la Sêgre, le plus comincnlo dos cols qui mènent ù Ridas, et le seul qu'on fr6(niente en hiver parce qu'il est le plu», épargné par les neiges.

Le 4 octobre, à la pointe du jour, Dagobert quitta les environs lie Montlouis, A quatre heiu'es du soir il était devant Camp— rodoii. Ce bourg, jadis fortifié, mais rasé sous Louis XIV', n'avait pour défense qu'un mur d'enceinte. Dagobert essaya d'abord contre ce mur ses quatre piocea de canon, Deux crevèrent à la première décharge. Il fit alors sommer l'alcado. Ce magistrat, homme de cœur, qui se nommait Gutlierez, demanda vingt-quatre heures pour consulter le capitaînngénéral. Dagobert répondit qu'il n'accordait que deux heure» pour recevoir des otages. Sur quoi, l'alcade répliqua crânement qu'il enverrait des balles en guise d'otages et qu'il harricaderait les portes du bourg avec des cadavres français, Aumatin du 5 octobre, Dagobert lança quatre colonnes. Aprêaune vive fusillade, les habitants s'enfuirent, et Dagobert eut, écrit-il, la douleur de ne trouver personne et par suite dune pouvoir lever une contribution ni saisir d'otages. Le bourgfui mis au pillage. On prit le pain, le vin et, comme dit li^ général, de quoi faire des culottes ot s'équiper de tout point- Il n'osa marcher vers Ripoll. II attendait la colonne qiils'acheminait sur Hibas. Or Poinsot, qui la commandait, était . tombé malade ; Marbot, qui suppléait Poinsot, avait dû serendre k Toulouse pour se mettre à la tôte dos renforts, envoyés devant Toulon, et le gouverneur de Montlouis,. Voulland',quiremplaçaitMarbot, n'était jtarti que le Soctobre. 11 avait sous ses ordres un détachement do 800 hommes qui fit sa jonction. le lendemain matin, à Don-ia avec 300 hommt que l'adjudant-général Pellenc ot le représentant Cassanyï

I. Vnulknil, chef du a* bataillon (les prenadîprs du Ganl, étail oncle du ^ conventionnel; co nui lui *alut te grade de pendrai. Il i délncliement esmj-a renl mille coups de fusil, iiu'îl n'eul que lri>is luéi at À six bleisèt, qu'il Qt vingl-deuï prisonniers,., -t i^u'il lirûla cinq à lages par ordre de Caasanvcs. Cf. Vidal, 11, 29-4L

DAGOBKUT 227

amenaient de Puycerda, et ces 1.20<J hommes s'emparèrent de Ribas. Mais ce retard obligea Dagobert à revenir sur ses pas, et ses soldats désiraient rentrer à Montlouis pour déposer le butin dont ils étaient chargés ! « Les généraux sont malades ou absents, écrivait-il, les canons me font faux bond ; mais ça ira ; je passe au Mont-Libre pour y rassembler le monde dont j'ai basoin pour l'expédition dont je n'abandonne pas l'exécution. »

Sa nouvelle expédition fut dirigée, non contre Kipoll, mais contre La Seu d'Urgel. Pour s'ouvrir le long et étroit défilé qui s'étend de Bellver à cette place, il fallait j)rendre un gros bourg fermé, Montella, dont les maisons s etagent au flanc d'une haute colline, sur la rive gauche de la Sègre, à une lieue et demie en aval de Bellver. Le 17 octobre, après une violente fusillade, Dagobert occupait Montella. Le bourg était désert. Il fut pillé de même que les villages d'alentour et les soldats mirent le feu aux maisons. Le représentant Cassanyes avait accompagné Dagobert ; il protesta contre de pareils excès et réunit un conseil de guerre (jui dôcida (jue les troupes ne pouvaient pousser sur la Seu d'Urgel, qu'il fallait les ramener « pour réta))lir la discipline ». Dagobi»rt ne cacha pas son dépit; il se plaignit de Cassanyes, (jui avait eu la M fantaisie » de l'arrêter en pleine marche. <« J'aurais réussi, disait-il plus tard, l\ m'emparor d'Urgel où le succès que je venais d'obtenir avait porté lépou vante, si une autorité supérieure ne m'avait forcé de rétrogradera »

Ces pointes de Dagobert, ces courses momentanées, comme Doppet les nommait, étaient plus nuisibles qu'utiles. Par faiblesse pour ses soldats, le général les laissait ravager, saccager, incendier les villages. Aussi, peu importait que le représentant Cassanyes fût allé avec le général d'Arbonneau remercier Dieu des succès des armes fraii(;aises dans Téglise

1. Dagobert à Boucholte, 23 oct. 1193; — cf. son plan de campagne, février 1794 (A. G.j.

lie PiiyciTii:!. Poil iinporlait <|u'il eilt recnnimanilé, pour ne lias lu/tiona/iser la guorro, de respecter les personnes et les l>ropri(!^tés ; qu'il élit v pérori'^ " les troupes; qn'il cftt été " beaucoup murtifié » lorsqu'il sut qu'elles avaient à leur entrée dans la Cerdagnefait quelques dégùts dans tes bourgs. Liii-niC'Tue n' avait-il pas à Rilias, de son propre aveu, essayé d'arrêter les ennemie dont les balles pleuraient dans les rues, en plaçant ;iu premier rang de ses bataillons les femmes espagnoles enrapuchonnées de blanc? Ne dit-il pas qu'une de ces femmes fut blessée '} N'avait-il pas mis le feu à Ribus et Dagobert ne l'accusaît-il pas d'avoir donné le signal des désordres? La population se soulevait de tous côtés. Les liabitants de cette région tenaient de leurs aïeux que Vauban TLonnnait « gens un peu pendards, aimant l'esdipetterie et se faisant un grand plaisir de chasser aux hommes ». Us sonnaient 11! tocsin k l'approi-lie des Français, et conduits par leurs curais, gagnaient la cime des rochers avoisinanls. Les contrebandiers ou parrots se joignaient aux paysans. Déjà im vicaire de Camprodon, Martin Cuffi, qui dirigeait aux 4 et 5 octobre la nssistance de ses paroissiens, avait le renom d'uD chef de bandes '.

ApKts les affaires de Camprodon et de Montella, Dagobert fut rappelé à Perpignan. Il agissait à sa guise depuis son retour en Cordagne sans correspondre avec l'état-major et sa»» rendre compte do ses mouvements. Le nouveau généralUsiine Turreau déclara que Dagobert ne devait plus rion ontn^prcudre sans le consulter. Mais, au sortir d'une confé-

l. Uiippcl, MM.. 2*3; — Fcrvel, II. HMSl; — Vidsl, III. 29-41; —Cts- «Ut;*i h *rs collfigues, Ï9 aoiII; — DnfiobcrI nu Comjlé, Il oct. (A. G.). — a. «!• Kmulgnngo da VciuUnnd, l<1 oct. : i. Je Ds sortir \n femmes et Im mil k U t'ie. de innnitro mfime à Mre expoiOes; rien ne put t^oumellre VM brigarula •■ et le pnsisee <le« Mim. de Castnayei. cité par Vîdsl ;1I1. 36). M4IS Doppel {Jtém.. 317] ne dît-il pni que Dagobert, lui aussi, nu sortir il« C»iii|>r«iilaR, Diil des Temmes el Ans enrnnti dnns in rnlonnc pour emprrhvr 1(1 homme! de tirer sur lui dans en retrnite et (ju'il les renvuyt lUu Uur* fo)->'rs dés que s« troupe fui dcgafi^e ■•

DAO'iQERT 229

rence qui eiil. lieu entre les deux liomnies a. Moiitloiais,Turreau fit l'éloge lie Dagobert, de ses grands talents militaires, de sa longue expérience, de sa profonde connaissance du pays; il jugeait Dagoljort franc, brave, très actif, digne de la confiance du soldat et le seul ii qui le commandement de l'armée put convenir '.

Ramené par Tnrroau h Perpignan, Uagobert fut chargé d'une diversion sur Céret pendant que Dolattre opérait contre Roses. Il échoua, et peut-être se soiiciait-il peu de réussir. N'avouait-il pas que c'était pénible pour lui d'être aux ordres de d'Aoust — qui comiuandait alors par intérim — et de jouer un rùle subalterne? II tourna les positions de l'ennemi et arriva par les .\spres de vallée en vallée jusqu'aux hauteurs qui dominent Céret: il pouvait occuper la ville et enlever le pont; il exécuta simplement ses instructions qui lui prescrivaient de s'emparer des hauteurs.

Quelques jours plus tard, le 12 novembre, les représentants tinrent conseil de guerre. Us convoquèrent dix-ueuf généraux, non sans répugnance. Mais Turreau, averti que Fabre et Gaston projetaient de recommencer l'expédition de Roses et avaient à Collioure des conciliabules, exigea la réunion d'une sorte de comité militaire. Tous les membres de la conférence, à l'eiception de Turreau, <ie Dagobert et de Poinsot, approuvèrent les représentants, et la reprise de l'expédition fut résolue ^

Mais Dagobert avait été vif. Il railla Fabre et sa foi robuste. Il lui reprocha de favoriser la division de Collioure qui se regardait comme une aimée à part et de contîer lélite des troapes Ji ce blanc-bec de Delattre ; il dit que Delattre ne pouvait conquérir que quelques mauvais villages, qu'on n'allait

1. Notes île Turrenu el lettfes à Bouchotte, 15, 21 et 23 oct. 1193 (A. G.J.

a. Cf. Fervel, 1, 181-201 ; ~ Vidal, III, 3i-C5 ; — les documenli de lu gaerre. Unseul mut de Dugua (Dupiiaà Poignet, 31 ocl.J explique peul-étre '«H mieiu l'alTalre de Cérel : • Sol-llenucliiir esl à Saint -Kerréol pour «tlale pont de Céret, tandis que Dagobert atlaque Céret par le deisua. ■

S30 TlliGOMMlEll

pas k Roses quand on ne savait défemli-e Perpignan, ']ud Ricardu3 ne souhaitait qu'une pareille expédition, que si o générai entendait son mi^-tier, pas un seul Français n'échap^ perait, et, lorsque Fabre déclara qu'il accorderait u amnistie aux Espagnols, s'ils rendaient nellegardo, n à vol place, répondit Dagohert, je leur demanderais Harcelone '

Les représentants, piqués, le qualifii^reiit de royaliste, àti{ ci-devant et de traitro, l'accusèrent de vouloir avec Turreaffl meltre l'armée en cantonnements d'hiver, de corrompre In club de Perpignan qui n'était plus composé que do iiirreau^ listes et de tlat/o/ier listes, et par un arrêté du 17 novembr* ils le suspendirent, lui enjoignirent de s'éloigner à vingl lieues des frontières. Dagoliert avait plusieurs jours aupara-^ vant prié Boncholte de le sauver des griffes de ses enneniisi et de l'envoyer en nn endroit oti il n'y eCit ni Fahre ui Gaa-T ton. Il accueillit froidement sa suspension et partit pourV Paris.

Fabre et Gaston désiraient qu'il ftit « traduit au tribunal redoutable ». Mais il n'était pas de ceux qui se laissent égor" ger sans crier ni regimber. II écrivit au ministre, au Co^ mité, h la Convention. Il imprima sa Bi'ponse aux représen»r tants en assurant qu'il ne pouvait se taire, que son honneiu'l lui commandait de détruire les soupçons qui 'planaient su] lui. Hautement, fièrement, il rappela ses actes ; il avait ron--j quis la Cerdagne, remporté deux victoires brillantes qiûl « faisaient dire de lui qu'il avait sauvé les départemental méridionaux », repris Villefranclio-de-Conflent et par sovl manœuvres délogé les Espagnols de leur camp de Prades.X N'avait-il pas assez de titres pour être réintégré ? La Conveo- j tion ne devait-elle pas décréter qu'il avait bien mérité dela'i patrie? Ne faisait-il pas dans son armée le métier de capo-J rai plutAtqne le métierde général? Et pourquoi les roprésen-;

. Uoppel, Mém., Sbî;

- Cf. plu» \\nul. pp. ISl-UI.

tants lui déclnraieiit-ils une guerre implacable? Parce qu'il n'était pas leur mannequin; parce qu'il avait ou le malheur de sourire en lisant dans lo bulletin de la Convention Fahre se conduit en héros. Signé Fabre^ ; jiarco qu'il avait exprimi^ son opinion snr leurs favoris, sur leurs enfants chéris, sur d'Aoust, jeune homme qui n'avait pas de talents, sur Delattre, autre jeune homme sans servii-es et sans expérience qui n'était que le prète-nomde Fabre. Fallait-il doncapplau- <iir aux plans de Fabre et de Gaston? Ces plans étaietit-ils comme l'arclie du Seigneur qu'on ne peut toucher du doigt sans être frappé de mort? Eh bien, sa suspension â lui, Dagobert. c'était sa mort; car autant élre mort que de ne pouvoir seri'irla patrie, et ilpriaitla Convention de le rappeler ■du séjour des morts-.

A ses protestations se joignaient celles des mititairos et des clubs. 11 a, mandait Duvignau à Carnot, » au moyen du dngré de confiance dont il enivre les troupes, deux fois en moins de huit jours (à la Perche et à Olette), Ijattu les Espagnols à plate couture, et tout l'espoir des citoyens de cette partie repose sur ce bravissime Dagobert ■>. Turreau âMrmait qu'il avait l'estime générale et réunissait les suffrages du peuple et de l'armée, qu'à sa voix les bataillons acceptaient toutes les fatigues. Revest écrivait qu'il faisait son métier avec exactitude et qu'un tas d'intrigants cherchait à l'éloigner. Hardy témoignait qu'il élait aimé, non des généraux, mais des soldats; que les soldats le suivraient d'un pûle à l'autre, qu'ils h regrettaient, qu'ils soupiraient après lui, qu'ils disaient unanimement que son retour ramènerait

!. Voir le Mnn. ilu 1,'; ocl., leltfp du ti. Son lieulenant Poinsol cmpîoynU !«« mCmes e n pression m ; il déclare qu'il a'n pas consenti, ainsi <iue Turreau «l Dagobert, h l'expédilion de Roses, el que - le héron Fabre, qui veut éUe ^inèrnl en chef el rcpii'senlrnt, a besoin de inanneiiuiDS pour généraux et aofl de TTÛs soldait; >.

3. Rec. Aulartl, VIII. Si^; — Dagobert à Douchutle, 6 el ïl nor,. i la 'Conrention <t au Comité. 10 et 19 déc. (A. G.).

232 nur.oMMiKR ^M

la forlune. Lo cIuIj de Por|(i^iiaii, ajiiireiiaiit sa suspon-J sion, lui envoyait aiissilM quatre députés pour l'engager m rester, tandis que quatre autres délégués allaient demamleH les motifs de sa suspension aux représentants qui les accueilli laient par des menaces et leur refusaient toute esptcal d'éclaircissement. La société populaire de Lavelanet dansai l'Ariége marquait â la Convention qu'il avait été caloniuié, | et, lorsqu'il revint aux: Pyrénées, le district de Lagrusaal dans l'Aude remerciait chaleureusement l'asseinbléo '. I

11 eut gain de cause. Bouchotte avait un faiUe pour lui. 1 Il le ménageait, et quand Dagobert s'emportait contre Fabre, ] le priait doucement de vivre en bonne intelligence avec lesJ conventionnels, lui remontrait sur un ton amical et indul<fl gent que rien ne serait plus fâcheux que la dissension cntru les représentants cl les chefs de l'armée-. I

Mais des deux <-ommissaires de la Convention que Dago^ liert regardait comme ses adversaires acharnés, l'un, Fabra^ était mort, l'autre, Gaston, fut rappelé. Deux. générauX|l d'Aoust et Goguet, le combattaient encore ; mais d'AoïisU allait être traduit devant le tribunal révolutionnaire, anqudfl Fabre et Gaston avaient proposé de livrer Dagobert. Quaoffl à Goguet, il était mandé à Paris, et vainement il vantait sd sincérité montagnarde, invoquait en sa faveur le lùnioignagM des re présent an ta, cesargiif du Comité et de la Convention si « Je me suis, disait-il, attire la haine de Dagobert en lun marquant ma surprise de ce qu'il n'a pas, lo 19 septembre,* poursuivi l'avantage du 17. Dagobert est jaloux et ne m'a I jamais pardonné mes débuts de Peyrestortes, l'amilié dag» représentants et surtout la franchise avec laquelle je lui àlM toujours dit mes sentiments. >< Un agent de Houcliotte éciiJ| vait qu'on se plaignait de Goguet, que ■< la confiance était

1. DuTigDau â Carnol, 13 «ept.; -~ Turreau au Comité, 3t oct, e\ ooles; — Bnrdy et Hevest au minislre, i*. Ifl, SI nov. el 21 Jcc. (A. C.i; — Mon.', « iùc. lîsa; — SOance du -11^ mars tlui.

3. Note de Duucliulle i. une lollre <le Dagobert, du ïl oct. (A. G.).

Page 1