‹ Dugommier, 1738-1794Chapitre 48 sur 102 · DAGOBERT · texte numérisé non relu

DAGOBERT

aux miquelets et les distribuer à ce bataillon ; Chariot avait une artillerie composée de six petites républicaines et d'une pièce longue dite suédoise ; mais cette pièce fut apportée sans son pivot et il la laissa. La colonne, qui devait partir à sept heures du soir, ne s'ébranla donc qu'à minuit et demi. Trois miquelets servaient de guides; soit par maladresse, soit à cause de la pluie et d'un brouillard très épais, ils égarèrent plusieurs fois les troupes et les menèrent par de si grands détours qu'elles n'arrivèrent à la Bastide qu'à cinq heures du matin : elles avaient encore plus de quatre lieues à parcourir pour atteindre le pont de Bar ! A la Bastide, Charlet rallia ses hommes un peu épars et, après avoir mis à l'avant-garde les compagnies de chasseurs de chaque bataillon, marcha sur Vilella et Liés. Il s'empara de ces deux postes ; il prit à Vilella 3 canons et h Liés un millier de bœufs et de vaches, beaucoup de vi\Tes, 50 fusils; mais il ne fut au pont de Bar qu'à six heures du soir.

Le lendemain 10 avril, au matin, les Français se portaient sur la Seu d'Urgel. La ville est dominée de tous côtés. Toutefois les Espagnols avaient établi trois fortins sur les trois ressauts d'une bande étroite de rochers, qui longe au centre de la vallée, à 900 mètres d'Urgel, la rive droite de la Balire, et ils avaient coupé le pont entre la ville et les trois fortins.

Dagobert n'avait ni artillerie de siège ni équipage de pont, et, quelques semaines auparavant, il regardait comme « problématique » le succès d'une expédition sur Urgel : « Depuis le mois d'octobre, écrivait-il, on a y monté sur des affûts et mis en batterie des pièces de gros calibre qui y furent laissées par le maréchal de Noailles. » Pourtant il essaya d'intimider Saint-Hilaire par une sommation conçue en ces termes : « Le général français somme le commandant espagnol de se rendre, sinon lui et ses troupes s'exposent aux suites d'un assaut. » — « Le général espagnol, répliqua

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Suint-Hiiaire, répouJ au général français qu'il no craint ni si ennemi, ni ses nit'nai'es. » Dagoljert fit mine il'all<iqiiai la ville et de couper les coniraunifations entre la citadeUi et les dépflts d'Organ^a. Mais la traupe qu'il avait envové sur le chemin d'Organya ne put, après avoir travers*? la Balir© en face de Calvinya, que surpreniire la queue d"uu convoi et, lorsqu'elle eut gravi les hauteiu-s d'eu Vin ves, elle fut rudement repoiissée. Dagobert pénétra dans Urgella nuit suivante et frappa les habitants d'une imposition de IW.OOO livres qu'ils ne purent payer. Il prît 400 charges de blé, des balles d'étoffes, des bestiaux en grand nombre ; ïl enleva six otages qui s'engagèrent à faire acquitter sous quinzaine la contribution do guerre; il envoya les clefs de la cité auï représentants. Puis, malade de fièvre, d'une fièvre inexprimable, disait-il, qu'il avait gagnée en moulant k Montella, il ordonna la retraite.

Elle s'opéra lenlcmeut. Les mineurs mirent un jour à faire sauter le pont de Har, bien qu'il ne fdt formé que d'une arche de maçonnerie. Les soldats, encore animés du désir des représailles, brûlaient et saccageaient tout sur leur passage. Ce fut .'i la lueur des incendies que Dagobert. porté dans une litière, rentra dans la Cerdagne. Le 13 a\Til, il arrivai! k Bellver, d'où il datait son dernier bulletin qua Barère appela le chant du cygue. Le 18, il expirait i Puycerda'.

" Sa franchise, mandaient les représentants Milhaud et Soubrany, son courage, sa constance, sa fermeté dans les moments critiques et des talents acquis par quarante années lie services le font regretter do toute l'armée. » Us arrfr^ tcrcnt que son sabre serait donné au soldat qui se serait la^l mieux distingué dans la prochaine aS'aire. « C'est la patrie,

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1. Rapport (le Charlel au Comité, ï! août ilH, et Dagohed aux représentants, 13 avril;— Lamer au commandant de PErpignan. ;iO juin(A-G.); — ilon., la el 211 avril ; — tia:clle ile Maiir.d, n9f, n" Ji et 35.

DAOQBERT

idisaîent-ib, c'est le iioiiplc fraiii,'ais ([iii offre cette rt^compense. »

Dans nii ordre du jour, Diigommier annonça les derniersavantages de Dagobert : « On nous a devancés dans les succès, mais lotis les lauriers ne sont pas cueillis ; nous la paierons avec usure, cette lettre de change que Dagobert rient de tirer sur nous; le terme approche; ciiuiarades, ce sera le jour de la vengeance et celui de votre gloire'. »

A la nouvelle delà marche de Dagobert. Madrid s'effraya. Dans le premier émoi, le général Saint-Hilaire avait écrit que Dagobert s'établissait sur les hauteurs qui commandaient Urgel, qu'il voulait sans doute reconimeucer la manœuvre du maréchal de Noailles en 1691, prendre Urgel, puis Camprodon et Ripoll, puis Girone et de là menacer Barcelone. La cour s'alarma, et le roi, qui ne rôvaît que de victoires, ê'écriait indigné : <• Ces Français, qui peuvent remporter des succès sur moi, sont favorisés par le diable! » Le jour même oii il reçut la lettre de Saint-Hilaire — le 2ô avril — il convoquait un conseil d'État, et Godoy ordonnait que

duc de Castel-Franco viendrait d'Aragon au secours d'Ur- ;gel et qu'au risque d'exposer CoUioure et Port-Vendres, l'armée du Roussillon enverrait des forces considérables contre Puycerda pour couper la retraite k Dagobert".

Ce qu'il faut reprocher surtout à Uagohert, c'est d'avoir aliéné à la France les cœurs des Cerdaiiyotis. Pourquoi, disait Doppet,los troupes de Dagobert avaient-elles, enrevenant d'Urgel, brûlé tant de villages, entre auti-es Montella et le Martinet, et obligé de fuir tant d'agriculteurs de la Cerdagne espagnole? Dagobert projetait de publier une adresse en langue catalane pour proclamer ce principe républicain,

1. Ordres du jour iIce 10 et 2i stH) (A. G.). Dugommier ii'rivsit <Ie lâme, le H, h Dagobert : « Nous avons ap|)ris Ion glorieux ilObut, lu nous

Bs pttssâs de vUo:35e, et je vais acquitter In lettre de cbaDge que tu as tirée

sur noui. > 8. BaumgarteD, Slà.

DniflMMlEH

mnrt aux ti/rans, paix aiir peiiplex. II pfit mieux fait d respecter le culte. H On s'est lual conduit ù-i, ajoute Doppi et les habitants fuient par la si'olo raison de leur croyance.^ N'écrivait-on pas d'Urget à la Gabelle de. Madrid q^\& Ie{| Français avaient non seulement incendia' la maison oii logeait y:iint-Hilaire, mais lacéré W tableanx do régflise-cathédrale â l'oups de sabro, foulé sous leurs piods l'image de Dîeil^ profane les saintes huiles ' ? ■

Le grand dessein de Dagohert, ce dessoin qui, selon IM mot d'un émigré, aurait décidé du sort de la Catalogne, resta lettre morte. Dngommier et Lamer, dociles à l'ordre du Comité, avaient promis sincèrement d'aider Dagohert et, comme ils s'exprimaient, d'être exacts à remplir la convcnlion. An début d'avril, Diigommier s'engageait à lui envoyer le 14' régiment de cavalerie, et Lamer lui mandait qu'il " profiterait du premier moment lucide », qu" « après l'affaire ", après la première victoire, if « organiserait le complément >■ des l'^-OCH) hommes que le Comité mettait à la disposition du général en chef de l'armée de Cerdagne. M.iis l'arrêté du 12 mars ne fut pas exéculé. « La perte

1. Ouptiel. Uém.. a^'5--29ll ; — IJice/fp i/c M'i'lri-l. 173 1, n- 3 1 ; — Cf. Ih lettre de d'Auusl » lloMclxiIte sur l'eipÉdiUon d'Eipolla, IS nov. 17^3 (A.G.j : • les h&bilaiiti îles communes voisines, crftignsJit de nouvelles représentations des incendicH et pillages cumiuîs à Camprodon, Monlclla el autres lieux par le corps de troupes aux onirea de Dngobert, courent aux nrmes H rendent ainsi les tnrc.ei de l'ennemi supi:rieure!i auxnAtre»«. C'est ainsi qu'en KISô, lorsqu'apr^s le départ ilu marc'chal de Noaillei lea troupes rrançaiscs s'étaient livrées au pillage et aux proranations, la haine de» Catalans avait éclaté avec fureur; le» peuples, dil l'abbé Millot, étaient « terribles dans le désespoir et la vengeance. • Voici la omposition de la division de Montlouis au 19 avril : fi Mmilloui» : i" et 2* de la Mootngne, 3* Haulv-Gnronne (maïae); 3 compagnies de ?>loDl-Libr«, î compagnies do Tnrasriin, 5' Gard: à l'mjcfrila, B' Arîége, t" disirict de Muret. 16- infanlerie légère, Légion des P.vrénées. »• llt'c d'Anibei. Vengeurs; â<t^;i. î-P)TénéeB-OrieQtales;à Ossega.i- Montagne; à TaUlendre. cl)as««ur« de Monlluuis el chasseurs de la Tet: à Fois, 9* de la Dordognc; <1 Rflli-er. H- Aude et 5- Loi; il VUUfranche. 12' nn^me; rfunt le tal d'Ai-an, bat. des Tburninpyles. I" de la !■ réquisition. 2- de la l"- réquisition, 1" et 2* Gers, S- MoDl Diane.

DAGOHERT :LM

<le Dagobcrt, disait Carnot, est irréparable, et il v;iijt mieux abandonner le projet hardi que nous avion« r^ji certé entre lui, Garrau et moi, que d'en romproin<*ttn* 1«» succès*. »

1. Rec. Aulard. XllI, TiS; — Lamer à Dugommier, 14 avril ; — Uut/um mier à Dagoberl, 5, Il et 15 avril (A. G.); — Marcillac, 23G.

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