CHAPITRE X LB BOÏÏLOU
position de l'arm^B espagnole. — Mart'he des Krançsis en avunl roierengiffetnent (30-31 ma»]. — E^cormouchcs réitérées. — < Gl n espiègleries u. — Combsl de Palau [18 avril). — Lettres de I Torres. — Premier plan de Dugoininier. — La nnltille de Castagnier Le comte de La Union, général en l'tier des EspngnnU. — Son arm ie. ■ Son caractère. — Augcreau devant Céret. — lllusians de l^ L'ni ManffiuTre de Pérignon. — Enlèvement de Monleiquieu (30 — Retraite du Boulou (1" mai). — Déroute de» EspngDoU. — Les çaii à Cérol. — Rtsullots de la victoire.
Les Espagnols gardaient toujours leur [losUion du Boula c'est-à-diro cette suite d'éminences et de plateaux qui tagent les bassins du Tech et du Réart — non pas entièreraent — ils n'avaiont pas assezde monde pour tenir une ligne aussi longue. Mais ils s'étaient établis sur les points esgt tieis ' .
Le gros de leur armée campait sur la rive gauche duTi
1. Voir suris campagnede Dugommïer, ea 179t. la correspondance et registres de l'armée aux Archives du ministère de la guerre: les relotiol de l'interprète Pontet, de l'adjudant général Baudard, du général Desdorides et du cher d'escadron Poînçot (mais elles ne contiennent guère que des documents) : — Marciltac (Hi3t. de la gutiTc entre la France et l'Espagne) n'a connu que des piècei espagnoles, mais ne mérite pas te mépris de Pervel, qui l'a souvent consulté ; — Mémoire» du duc de Bellune (t. I"). Mais, si le fils de Victor a dépouillé consciencieusement les carions de la guerre, il a le tort de romancer les faits ou de leur donner un tour trop pittoresque ; — l'excellent, le classique Pervel, Campagnei de la Réi-etulion fransaàe dana le» Pyrénéei-Orienlale», tome II (Pervel entre dans un grand détail, il est du métier, il sait l'espagnol, il a presque tout consulté, et il a vu de ses yeux le théâtre des opérations ; mais il a do l'enipbase, il vise & l'cITet et parfois il enjolive les choses : le duc de Bellune, dont l'ouvrage parut en ISil, a, d<ileint sur lui); — Pineau, le Gém
[ dans la petite plaine oii est situé le TÎllagc du Bouloo, au \ pied de la rampe qui mène à Bellegarde, non loin de l'en- I droit où le Tech reçoit le ruisseau rie MaureiUas. Le Puig- I Singli, le pla del Rcy, ou, comme on le nommait alors, le [ pla de laRépuldique, etTermitage de Saint-Luc couvraient k' I camp du Bimiou, Le Puig-Singli était presque inaccessible I de front; une redoute s'élevait sur le pla del Rey, et une lautrc redoute courounait l'ermitage de Saint-Luc.
A l'ouest ou à leur gauche, les Espagnols défendaient Itoutes les avenues du beau pontde Céret et barraient ladestcente des Aspres ; une chaîne d'avant-postes détachés sur les ECrète» reliait le Puig-Singli à l'ermitage de Saint-Ferréol ; P'Cette hauteur importante qui fait face à Céret et commande Iles principaux chemins de la contrée, était armée de trois (redoutes, et un ouvrage h como prott^geait la tète du pont B Céret'.
A l'est, la di'oite espagnole s'étendait en avant des Albères ' sur la rive droite du Tech, Elle occupait dans le saillant de la rivière deux hauteurs, unies l'une à l'autre par un retranchement continu, les Trompettes-Baases et les Trompettes- Liantes, qui devaient leur nom à deux métairies voisines et Iqui formaient le camp dit des Trompettes; de ih, par une Série de redoutes, elle se prolongeait jusqu'au village de iMontesqnieu ou de Montesquiou, juché sur un palier des Ubêres, à 90 mètres au-dessus de la plaine.
Ces lignes, munies de nombreux canons, étaient bordées ^ar 27.300 combattants : une division do 2,000 Portugais ^ans le Vallespir; 3.200 Espagnols à Céret (brigade Menjiinueta); 6.40'1 en avant du Boulon (brigade La Cuesta);
higommim', la rie. sa contipondanct (& siirlout le mérite da rEprotluïrs Mucoup de pièces}; — Vidal, Hiil. de la Uéroluliaa française dans les yrinén^ritnlaUt. l. 111 : — Arlsche, Btinado de Carlos IV, ISSÏ (d«ns i llUleria gratvale dg Espaiia); — la Gatelleile Madrid :~\a recueil
. Lettre de Lnuitr, du 2'J juin (A. G.].
nUCIOMMIER
5.700 sur la rivo opposée da Tecli, entre les Trompettes ( la montagne (hrigado Vivps) ; "i.OOO d'Argelès à PorI VenJres (brigade Navarro),et 5.ti00 rav;ilicrs, les uns f deçà, les autres au-delà dos nionls. En l'absence de Ricî dos, que son roi Charles IV a\-ait appelé à Madrid, le phj ancien des lieutenants-généraux, le marquis de Las Araaril las, exerçait le commandement'.
L'armée française que Dugommicr venait, selon le mot] des représentants, conduire à la victoire, comprenait uiM résen'e de 3.CHX) hommes, menée par Victor, une cavalerie] de 900 hommes qui avait à sa tète le général La Harre, e trois divisions : celle de droite ou avant-garde, qu'Atigi reau commandait et qui comptait 6.500 hommes; celle c centre, forte de 12.500 hommes avec Pêrignon pour chef celle de gauche qui se composait de 5.000 hommes sous lesl ordres de Sauret. 11 v avait 27.(X)0 fantassins. 9.000 étaienn de nouvelles levées et Dugommier les avait placés en ai>>9 rière sur une bonne défensive; ils ne devaient paraltr que pour présenter à l'ennemi l'aspect de leur masse. 18.000 autres, qui tous avaient le même fusil, le fusil di^ calibre 18, étaient destinés k agir offensivement et en pM raière ligne-.
Tout ce monde cantonnait encore aux environs de Por*l pignan, le centre au camp de l'Union, la gauche à Tonlouges^j la droite prés de l'étang de Saint-Nazaire. Ce fut la divisiwï'l Sauret qui s'ébranla d'abord. EIlo occupa la petite villfl d'Elne et les villages de Saint-C^'prien et de Montescot^ Puis, le 27 mars, l'armée entière, sortant de ses quartien d'hiver, s'avança. Le service des subsistances était assuré lii les administrateurs promettaient de fournir 20.000 tentes* d'hospitaliser dès qu'on le voudrait 1.350 malades ou blessai
X liiviïriniis ir;iiiibiilanciers se tenaient prêtes à marcher. 3 l>ayeiir ^îénoral et le directeur de la poste avaient un it-sunnel suffîsanL Les moyens de transport ne manquaient 18 : 1 .000 mulets, 65*) charrettes, 70 caissons d'ambulance, 8 litières, 12 voilures suspendues, 80 charrettes de réquî- 'lion, 100 fourgons pour les vivres. Les représentants raient lancé leurs derniers arrêtés. Tous les offidera eu ermission (levaient rejoindre leur corps, quel que ffit le motif B leur ahseiice; sinon ils seraient destitués et détenus jusak lii paix comme suspects. Tout soldat ou officier arrêté u-delâ de Salces serait ramené au cump et, comme déserjur, fusilla lo lendemain. Celui qui, sis heures après l'action, B serait pas sous ses drapeaux pourrcpondre à l'appel, serait nfenné jusqu'à la paix et, s'il était pris à une demi-lieue en ière des lignes, immédiatement fusillé. Nul ne pourrait ^sormais entrer à Per]iignan sans une autorisation imprimée (t signée par le chef de IVHat-major'.
La division de droite commandée par Augereau s'établit iu Mas-Den. la droite k Fourques au pied des Aspres; son pont était couvert par une ligne d'avan Impostes qui s'apuvait aux deux villages de Passa et de Villemolaque, gardés ihacun par un bataillon de chasseurs. La division du centre ou division Pérignon se porta de mtme en avant de Bages, non btiii des mines du cliiiteau de Réart, sur lo plateau de Ilrouilla, en face de Hanvuls-dols-.Vspros. La division de gauche ou division Sauret vint s'adosser aux hauteurs d'Ortaffa. Son camp était défendu par deux batteries : l'une dominait la plaine d'Elue; l'autre, sise en avant d'Ortaffa, correspondait avec la première batterie du camp de Bages. La cavalerie était à Ponteilla; le quartier-général, à PoUestres, puisa Nils. Les bataillons dits d'inertie, confiés, ainsi que le quartier généra), à Despinoy, s'exerçaient
t el 12 avril (Arcli.
Il, 239);
-cf.
des trois iHvisions dont '
dans trois camps faisaient partie.
La position prise par Diigommîer offrait un double av tage : les Français, resserrant leur ligne, recevaient pli facilement leurs subsistances et, comme disait le général, ils so rapprochaient de l'adversaire à l'instant oîi ils s'apprêtaient à le frapper'.
Un léger engagement qui se produisit dans la nuit du 30 au 31 mars, entre deux patrouilles, fournit matière vibrant ordre du jour. Un chasseur du 79* r^'giment blessé à la cuisse, et pendant que ses camarades taient ii l'hôpital, i. mes amis, dil^il, j'enrage que, pour unô foutaise comme cela, il me faille aller à l'hôpital; mais j'espère que je vous rejoindrai bientôt; recommandez bien à mon caporal qu'il ne me fasse pas remplacer, >. En revanche, dans la même aJTaire, un caporal s'était enfui et, sur la demande de son bataillon, il avait été dégradé. Dugomniierj on retraçant l'événement, rappela que la loi frappait mort les Iflches et loua le chasseur blessé : « Ce chassi a ouvert la campagne par un acte de courage. Soldats, même intérêt nous guide, le même esprit nous anime toi nous serons tous dignes de notre bravo camarade-!
Dos lors les escarmouches succèdent aux escai-mouches, Lo4 avril, Las Amarillas opérait sur Tresserre une grande reconnaissance, avec plusieurs compagnies de grenadiers, lie l'artillerie et de la cavalerie, et, dépassant ce village, iSchangeait des coup» de canon avec la brigade Ouieu, cantonnée Ji Villemolaquc et à Passa. Les Espagnols, en repliant, mii'enl le feu à Tresserre, parce que la populati tirait chaque matin sur les palrouilles.
Le 7, les Français reprenaient possession de Banjuls-del Aspres. Le général en chef mena l'espédition en personni
t. Du^mmiiT au Cooiité, 30 mars (A. 0,).
1 un
poriH
- la
LE Bourx)U 247
Il se hâta de faire hisser le drapeau tricolore, qui fut salué par des acclamations de joie. Deux bataillons gardèrent le village et l'entourèrent de quelques ouvrages de campagne.
Au lieu de s'opposer aux progrès des républicains, au lieu de leur reprendre Banyuls-dels-Aspres, Las Amarillas restait sur la défensive. Dugommier profita de son inaction. D fit harceler les avant-postes de Las Amarillas par des tirailleurs et de petits détachements : il voulait tromper les Espagnols sur ses intentions, leur cacher le moment de sa véritable attaque, et aussi les mettre sur les dents, les épuiser, les user. « L'ennemi fatigué, assurait-il, est à moitié battu ; mettons le nôtre dans cet état et nous aurons barre sur lui. »
Siu* son ordre, Augereau, Pérignon, Sauret, choisirent chacun dans leur division une centaine d'hommes, commandés par des officiers intelligents, qui devaient quotidiennement, entre neuf et dix heures du soir, marcher vers le camp espagnol et tirer sur les patrouilles qu'ils rencontraient sans trop se compromettre ni s'engager. Cette «farce», cette «espièglerie», disait Dugommier, se produirait toutes les nuits jusqu'à la grande et sérieuse attaque. Il ne fallait pas tenir sur pied des bataillons entiers pour troubler le repos de toute l'armée, ni avancer en ordre de bataille, ni perdre du monde. Non : 150 soldats au plus dans chaque division suffiraient ii la tâche ; ils formeraient une ligne assez considérable pour faire croire qu'une grande force s'approchait, et ils aborderaient et entameraient l'adversaire par groupes de douze à quinze hommes. Et, remarque Dugommier dans ses lettres, les Espagnols répondaient parfaitement à ses vues : chaque nuit, la générale battait dans leurs camps; chaque nuit, des signaux répétés de toutes parts prouvaient qu'ils étaient debout, qu'ils donnaient dans le piège, qu'ils s'imaginaient être véritablement assaillis •.
1. Dugommier aux généraux, 11 et 12 avril, au Comité, 13, 16, 17 avril (A. G.).
a*« nUROMMIBR
M Des reconnaissances frt-qiicn(es, a dit Ati^ereau, el dei surprises nocturnes accoutumaient peu à peu iioatroupi ne plus craindre un onnonii devant lequel elles avaient fui naguère et qui leur paraissait méprisable parce qu'il n'osait sortir de ses lignes. » Les plus notables de ces escarmouches, que Dugommier uoiiiraait des "préludes de succès», eurent lieu au Maa deiaPaille, le H avTil, et surla rive du Tech, le 15, le 17, le 18 avril. Elles aguerrirent les hussards commandés parle chef de brigade Bougon-Duclos : c'étaient lei hussarde de lîercheny ou du 1" régiment; ils s'habttuaienj à faire le coup de sabre avec la cavalerie espagnole ; ils ca| turaient des chevaux ; ils ramenaient des prisonniers,
L'action la plus importante fut colle de Palan, le 18 avril. Une batterie espagnole de trois iiièces de gros calibre, soutenue parle poste de Palau, enfilait le gué d'Ortaffa, et il fallait s'en débarrasser. Après avoir passé le Tech et laissé deux bataillons de réserve sur la rive gauche du torrent, Sauret avec 300 hussards et quelques pelotons de grenadiers poussa sur Palau, et presque sans coup féru* refoula les Espagnols vers Saint-André. Un parti de cavalerie, composé de 150 chevaux, accourut de VUlelongue à la voix de son colonel, le marquis de Las Torres, et attaqua la droite de Sauret, Mais le général s'était mis en mesure : trois compagnies de grenadiers, sous les ordres du capitaine Bréda, attendaient cette cavalerie k trente pas et, il'une première décharge, la mirent en fuite. Un détachement d'infanterie, conduit par le brigadier Donadio, vint k l'aide de Las Torres. Ui-éda, accablé par le nombre, recula vers Palau et repassa le Tech; mais Donadio, blessé, dépourvu de munitions, craignant pour ses derrières que meuaçait notre réserve, regagna Villelongue. L'inquiétude fut telle parmi les Espagnols qu'ils évacuèrent Villelongue k la tombée de la nuit. Toute la rive gauche du Tech, depuis les Trompettes jusqu'à Argelès, était libre ; le chemin des Albères»