‹ Dugommier, 1738-1794Chapitre 52 sur 102 · LE BOULOU · texte numérisé non relu

LE BOULOU

il craignait qu'elle ne fût vaincue en 179i. Sans doute la cavalerie, instruite, bien équipée, pourvue de chevaux excellents, était supérieure h la cavalerie fran(,-aise ; les représentants la jugeaient formidable et Dugommier reconnaît qu'elle était nombreuse et le meilleur atout des Espagnols. Sans doute Tartillerie avait une réputation que lui valaient sa science, ses exercices répétés, son abondant matériel; elle était, disait le général Turreau, très belle et très bien servie ; si elle employait en campagne du canon de 24 et des mortiers de tout calibre, si elle n'adopta qu'en 1795 l'artillerie volante des républicains, elle disposait d'obusiers de la plus avantageuse qualité, et sa poudre avait plus de force et de portée que la poudre française. Mais l'armée espagnole du Roussillon ne pouvait mettre en ligne que 1.500 chevaux parce qu'elle avait dû, faute de fourrages, renvoyer le reste en Catalogne. Mais son artillerie était pesante et peu mobile. Mais son infanterie — et sur le sol difficile et montueux où la guerre allait s'engager, l'infanterie serait l'arme décisive — était notablement inférieure à l'infanterie française. L'enthousiasme des troupes avait disparu. Touchées, pénétrées par les idées nouvelles, elles n'éprouvaient plus la môme haine pour la Révolution ; elles désiraient la paix. Dès la fin de 1793, Ricardos remarquait qu'elles ne se battaient plus avec ardeur et que les désertions, les débandades étaient fréquentes. Au mois de septembre il se plaignait déjà de la désobéissance, du désordre, de la lâcheté qui régnaient dans une grande partie de son armée; il dénonçait l'impéritie et la négligence des officiers ; il défJorait les vices du système d'administration et il jurait qu'il ne ferait pas la seconde campagne, qu'il prévoyait des déroutes, la retraite des Espagnols et l'invasion des Française

AussiLaUnion refusa par trois fois le commandement. « 11

1. Cf. le P. Delbrel, loc. ci7., août, 644; —les notes du représentant

DUOOMUIER

faudrait à rariii(!^p, disait-il, dans l'état lamentable où elle est, I un ange et non un homme. " Devant la volonté du monarque il ■ s'inclina. La gnorre était à ses j'eux une " guerre d'idées», fl une sorte de guerre sainte, une guerre « h laquelle la reli- I gion était extrômemont intéressée ■■. Profondément clirétien, J implacable ennemi de la Rj:'volution, il croyait en combattant B la France être le champion et du roi et de Dieu. Il enga-fl geail les Catalans, dans une longue proclamation, à lutt&rl contre des ennemis qui profanaient les sanctuaires et vou-^ laient « détrôner Dieu ", à défendre le culte qui ganmlit !©■ bon gouvernement des peuples et la félicité éternelle tout J ensemble, à faire ce que les martyrs faisaient jadis, et lors-B qu'il chargeait les corrégidors d'organiser les milices teiri-B tonales, il dunnait aux agents qui, dans chaque canton, J activaient le recrutement, le nom de i- promoteurs de la-ï défense de la religion et de la patrie ». I

Brave jusqu'à la témérité, il s'exposait au danger comme I un simple grenadier; le ministre dut lui écrire que le roifl trouvait des soldats plus facilement que des généraux, eim l'amiral Gravina. son intime ami, le priait de se sonvenin qu'il était le chef de toute l'armée et qu'il devait se consei>iM ver pour elle. Mais ses mérites n'égalaient pas sa vailtance.fl S'il commandait parfaitement une division, s'il s'entendait4 aux petites combinaisons de la guoiTe, il n'avait pas assezS d'expérience, assez de sang-froid et de fermeté pour maJ nier des niasses et entreprendre de vastes opérations. 11^1 était jeune encore, et il avait les défauts de la jeunesse : dal la hauteur, de la présomption et une extrême confiance eal lui-même. Augereau, qui s'entretîntde lui avec des officiervl espagnols, le représente comme un homme orgueilleux otfl vain, qui croyait avoir tous les talents d'un général parce '

Delbrel dans k Aeice de la Bévolulion, ISKS, Jansier, p. 21 ; — Hardy à Boucbotte, H iléc. ; — Dugonimîer au Comilâ, S,^ aoûl (A. G.}; — Fervel, I, 33, et 11, n.

LE Bonr.oD S55

qu'il en avait le titre, qui refusait irécouter les gens de bon conseil etquiilaiis rembarras ne recueillail les avis dea plus habiles que pour les rejeter'.

Il avait eu, l'année précédente, dans la journée du 20 avril oti il tourna la gauche des Français et mit leur ligne en déroute, un grand avantage à Céret. Il jirit Céret on affection, U regarda Céret comme la clef des positions espagnoles, c'est à Céret qu'il transféra son quartier-général. Il oubliait qu'il était suria défensive, qu'il devait avant tout ménager sa retraite sur Hellegarde ; il ne songeait pas que Céret ne lui était utile que s'il prenait une offensive décidée et s'il avait de bons chemins, que le point le plus important pour lui, c'était la droite du Boulouet non Wret.

Le général français profita des ilhisions do La Union. Dès le 30 mars,i] avait écrit au Comité qu'il savait par ses espions que les Espagnols envoyaient leurs meilleures troupes à Céret dans la crainte d'y être attaqués et qu'il tâcherait de tirer parti de leur erreur. Il menaça très ostensiblement Céret. et l'Espagnol tomba dans le piège ; préoccupé de sa gauche, La Union dégarnit son centre qui fut enfoncé.

Augereau, dont la division allait être, selon le mot d'un officier do cette armée, la cherille ouvrière des succès, fut chargé de donner lechnnge h l'adversaire. " Je fais à la droite, mandait Dugommier, diverses attaques simulées, et l'ordre est donné pom- y enlever un poste qui nous devient indispensable. '■ Ce poste, c'était le poste d'Oms, le poste le plus important des Aspres, parce qu'il couvre le torrent du Réart et offre la meilleure base d'opérations contre Céret. Il est situé au pied d'un massif d'oii se détache de l'ouest àl'est, le long de la rive gauche du Tech, une branche de montagnes jalonnée par trois pitons principaux, l'En Françou ou Butte-

l. p. Delbrel, lof. cit.. rioût, B52; — lloiirgning, Tabltna de l'Espagne moderne. II, 102, et 111,284; — Augereau, mcnioire du 13 sepl. (A. G.); — Mon., 2S avril {% un honime extrême ment jeuau »).

Verte au sud d'Oms, le Mouscaillou à la hauteur de SainI Ferréol et la Calcine au-dessus du village de Llauro ',

Après avoir mis sou rentre h 0ms, sa droite à Taillet « sa gauclie à Llauro, Augei'eiiu fît semblant de s'installer s4« rieusement dans sa position. De tous cAU'S aos soldatt) remuaient la terre. Des élianches de redoutes se dessinaieni au sommet et sur les flancs du Mouscaillou. Cinq cents pay^ sans requis par Augoreau traçaient au pied de cette mon-^ tagne un chemin destiné à l'artillerie. A cette nouvelle qo) lui fut transmise parles travailleurs mômes, La Union s'émutj Évidemment les Français voulaient le tourner gauche! Il se liila d'étendre cette aile qu'il cro.vait mena*] fée. Une redoute était déjii construite au sud-ouest de Saint^ Ferréol, sur la hauteur de Palméra. Trois cents hommet ■d'élite élevèrent inie autre redoute sur une hauteur bcau-9 <^oup plus considérable, le mont Riorol, qui saillit, ainsi quw la Palméra, de la lîutte-Verte aux sources du Riucerda.

Augereau avait son avant-garde sur la Butte-Verte, «assaillit les Espaguol.s. Le 27 avril, h la pointe du jourj <i eux colonnes s'engageaient sur les deux rives du Riucerda y celle de gauche aborda la Palméra; celle de droite fit uaa «lémoustration sur le Riorol. La redoute de Palméra am Rucuombé si deux bataillons de gardes wallonnes n'étaienfl arrivés à son secours avec six canons. Augereau se retira.!

Le lendemain 28, il revint à la charge. La Union avût.a fait évacuer le Riorol et renforcer la Palméra de deuxj bataillons. Le combat, dit Dugommier, fut très vif. Les républicains emporteront la Palméra et refoulèrent les Espagnols jusqu'aux bords du Tech. Ils étaient 1.200; pas i chasseur, pas un des AUobroges de Dessaix qui n'eût brblij au moins soixante cartouches.

La Union jugea que le moment litait iiropice pour tomber sur cette droile française qui se risquait imprudemment contre lui. " Ce général, témoigne Augereau, croyait que mon projet élait de le cerner dans Cérot, que je faisais pratiquer un grand cLetnin dans les montagnes pour passer l'artillerie et que toute ma division se portait sur ce pointlà pour la protéger ; il voulut me cerner à mon lour dans le village d'Oma. n La Union réunit donc sous le commandement de Mendinueta tous les Espagnols qu'il avait k Céret, et les Portugais répandus plus loin sur la rive gauclie du Tech entre Palalda et Arles. Il tira de son centre, du camp des Tromi»cttes, 2.0UU hommes que le prince de Moutforte lui amena. Le 29, à l'aube, une colonne de 3.000 Espagnols, partie du pont de Céret, attaquait brusquement Augereau. Les Français reculèrent sur 0ms, puis en arrière d'Onis. Deux bataillons de chasseurs, a écrit Augereau, se replièrent de butte en butte et de position en position pour amuser l'ennomi pendant toute la journée. La Union exultait do joie. Mais 8.<XW des siens s'étaient enfournés dans les Aspres. i- Il a, marquait Dugommier, fait une éijuipéc et donné dans le panueau jusqu'au cou; il a cru que le chemin que j'avais fait tracer à la droite de l'armée était celui dont je voulais me servir pour aller à lui; il s'est empressé d'en interrompre la commuiiication. et il a eu la sottise de perdn.? son temps dajis la montagne'. "

Aussi, le 3U avril, .augereau se contenta de reprendre 0ms et de tenir l'adversaire en haleine. Il avait atteint son but; il avait opéré, fommodit le général en chef, l'heureuse diversion dojit l'armée avait besoin,

Isolé de sa droite qui gardait Fort-Vendrcs et Collioure,

1. Duggmiiiivr à Pérignon et a Aiif^eroau, 38 et 39 nvril; — ordre du jour ilii 39 avril ; — mém. de Ponipl ; — Augereau, mém. du 18 sept. (A. U.J.

La l'iiioii n'avait u, coiiijiliT tiaiirt une afTaire gi^-nérale quM sur soii ccutro et sa gauche. Mais sa gauche, fornu^o à divisidii Coiirteii cl de la division portugaise Forbos, ajns{ que des 2,000 hommes que le prince de Montforte avait amfr nés du ramp des Tnmipettes, s'était empètréi» dans Aspres, et son contre, qui tenait le camp du lioulou, nt composait que de 8.300 hninines; 5.500 dans les retranchements de la rive gauche du Tech et 2.800, dont 800 drafîui snr lu rive droite, Ji Montesquieu et au camp des Trompettes^ J

C'était sur ces 2.800 Espagnols que Dugommior allait scË jeter. Tandis qu'Augereau, avec 6.400 fantassins et 80cava-<J liers, entraînait dans les Aspi-es la gauche de t'enneraïj taudis que Sauret, avec 7.30(;' fantassins et 100 hussards, i préparait à repousser la droite ou, comme «'exprime 1 gommier, les secours que CoUioure aurait pu fournir, P< gnon avec -16.800 hommes — 8.500 fantassins et 1.300 cava-J liei"s secondés par une réserve de 7.000 honimeii — mar-^ chait contre le centre et il était sftr du succès.

Une nouvelle faute de La Union facilita la manoeuvre dai| Pérignon. Pour tourner le camp du Boulou ot prendre i revers la ligne d'opération des Espagnols, Dugommier n'av&i qu'il franchir les Alhères, Or, un point essentiel de cetW chaîne, c'était le pic de Saint-Christophe qui la termine c qui commando les pentes voisines. Saiut-Clirîstophe. Dugommier, " nous donne les montagnes, nous <lonne tout* les Albèrcs i>. Les Espagnols ne l'occupaient pas! Maîtres^ des deux rives du Tech depuis qu'ils possédaient les pla< de la c^te, ils jugeaient ce pic inutile et cro)'aient avoir assez fait en garnissant, sur le versant du Saint-CliristophOi à 850 mètres au-des.sous de la chapelle qui couronne I cime, le village de Montesquieu'.

Le 29 avril avant minuit commençait le mouvement. Peo-J

et, t Dugua, 30 a^ril |A, U.,:.

LK BOtLOU 259

daiit que Saiiret (k'ployail sa division entre le Tech et les montagnes vis-à-vis d'Argelès, pendant que derrière Sauret, en seconde ligne et en réserve, la brigade Victor, «'étendant dans la plaine, appuyait sa gauche à la rivière et faisait face à Saint-Genis puur arrêter les secours qui viendraient d'Argelès après avoir échappé à Sauret, les troupes de Pérignon passaient le Tech au gué de lîrouilla, en trois colonnes.

La première colonne on brigade Martin était chargée do se saisir du Saint^Christophe. Cinquante chasseurs, hommes déterminés et ingambes, comme disait Dugommior, la précédaient. Ëux-mèuies étaient conduits par autant de miquelels qui connaissaient tous les sentiers, et les douze premiers qui entreraient à la chapelle de Saint-Christophe, devaient avoir chacun cent écus. Ainsi guidée, la colonne laissa Saint- Geuis à droite, traversa Lai-oque, et de là, par un chemin étroit oii elle dut défiler homme par homme, atteignit le faite dc3 Albères à la pointe du jour. Martin, lui dixième, aiTÎve au sommet du Saint-Christophe; il établit sa brigade autour de la chapelle ; il place avantageusement six pièces de 12 et douze républicaines montées à dos de mulets ; puis il desciend il La Ci-oix-des-Signaux par le pla de l'Arc et intercepte au pont Maillots, près de l'Ecluse-Haute, la route du Boulou à Bellegarde.

La deuxième colonne ou brigade Chabert vint se poster derrière la butte qui formait l'ancien camp de Villelongue, sans avoir rencontré, comme la brigade Martin, ime seule patrouille espagnole.

La troisième culunne ou brigade Point se porta àladroite et à la hauteur de la brigade Chabert en faisant face aux Trompettes.

La cavalerie du général La Uarre, composée de 800 chevaux et accompagnée de 14 pièces d'infanterie volante, prit une position en potence sur la droite de la troisième colonne vis-à-vis la montagne.

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Dui-aut ce temps la rèsorve ilomeiirait à Bainivls-dell*B Aspros où Dugonimier avait mis sou quartier-général (M dressé une batterie de trois pièces do 24, qui pouvaient crh Donner les Trotnpettes-Basses. Cette réserve comptait 14 ba^fl taillons et 55U chevaux. Elle devait être, selon le mot ds^ Dugoramier, imposante et, au besoin, décisive. Derrière elle, J sur les hauteurs de Tresserro, se déployaient 8.000 homnieJ de la réquisition, destinés, suivant une autre expression dw Dugommior, à ajouter à l'ensemble des dispositions le pros4 tige de la supériorité du nombre'. ■

Le 30 avril, à i^is heures du matin, les Eifpagnols s'aperce^ valent avec une surprise mêlée de frayeur que les Albèren étaient aux mains de l'ennemi; ils voyaient leur droite touin née : deirière eux, au-dessus d'eux, devant eux, sur tefl pointes des rochers et dans la plaine apparaissaient leM Français; tout était hérissé de baïonnettes. ■

A huit heures, sur l'ordre de Pérignon, pendant quedeuCfl pièces établies à Villelongne ouvraient leur feu, Montes^ qmeu était assailli de tous les cOtés à la fois, par MartinA par Chabert et par l'adjudant-général Frère, qui comman-^ dait l'avant-garde de la brigade Point formée de trois comparfl gnies de grenadiers de la li7* demi-brigade. La positioifl était bonne : au nord, un escarpement bordé do solides parapets; M'est et k l'ouest deux ravins profonds et encombrés d'abatis ; au midi, une butte couronnée par une redoute ; un vieux château qui servait de réduit; ringt obusicrs et, trois canons de gros calibre, deux de 12 et un de 16 ; un régi- 1 ment d'infanterie commandé par un homme de cœur, le c rel don Francisco Venegas. Ce fut un des combats les plui acharnés de cette guerre et, écrit Dugommier, il y a pe( d'exemples d'une pareille opiniâtreté, .\près une heure ( raiionnade et de fusillade, Milhaud pria Pérignon de livn

ictions de Dugommier a Pir'igaoa :

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