CHAPITRE XI
COLLIOITBE ET BSLLEGARDB
Fautes de Dugommier. — Les places de la côte, fort Saint-Elme, Port- Vendres, Collioure. — Occupation du puig de Las-Daynas. — Bombardement de Saint-Elme. — Sortie du 17 mai. — Impuissance de Castagnier. — Attaque du 22 mai et tentative d'escalade. — Saint-Elnic évacué dans la nuit du 25 mai, ainsi que Port-Vendres. — Capitulation de Collioure (26 mai). — Départ de sa garnison (27 mai). — Ses armes déposées à Banyuls sur-Mer. — Décret du 3 juin. — Violation de la capitulation. — Correspondance de Dugommier et de La Union. — Fureur des représentants. — Le décret de guerre à mort (11 août). — Proposition d'arbitrage. — Investissement de Bellegarde. — Capitulation du fort (17 septembre). — Lettres de Dugommier et du représentant Delbrel au Comité.
Si brillante que fût la victoire du Boulou, elle était incomplète. Dugommier avait commis des fautes. Pourquoi n'appelait-il pas à lui tous les bataillons dont il disposait? 12.000 hommes environ tenaient la côte, depuis losBouchcHdu-Rhône jusqu'à la Tet : le tiers do ces troupes n'aurait-il pas suffi pour renforcer la brigade Lemoine, qui n'avait pu, parce qu'elle était harassée de fatigue, intercepter à temps le col de Portell?
Que faisait, pendant ces mémorables journées, la division de Cerdagne? Un jacobin de Perpignan nY»(Tivait-il pas k Paris qu'elle aUait couper la retraite aux vainru» do (lôrci et du Boulou? Deux députés des Pyrénécs-Orientalr?», I)r;lcasso, le curé de Montlouis, et Montégut, ne dinai^înt-iN pas, au mois de mars, que si les Espagnols étaient battus un Boulou et refoulés sur Figuiéres, elle pourrait leur barrer bî chemin et leur disputer le passage du Ter, puisqu'elle «émit
sur l'autre rive? Ce plan éUil celui de Dagobert, el Du-f goruniier ne r4gnorait pas; lorsqu'il sut la mort de '. bert, il demanda au Comité s'il devait le suivre ; ime diver-J sion bien o;iérée, remarquail-il, ne pouvait manquer d'ëtra^ utile. Au moins aurait-il dû envoyer en toulc hâte à la.fl division de Cerdagne l'ordre do se [jorter dans le Vallespirfl pour former la gorge du Ter aux Portugais. Cette divîsioaj ne détacha que 2.000 hommes, commandés par l'adjudant-fl général Porte, et ces 2.iXK) hommes se contentèrent dft' pousser lentement dans la vallée de la Sègre l'ennemi qiù reculait devant eux; ils entrèrent dans Montella. ils incendièrent Alqueu et Caves dont les habitants avaient tiré sur eux; ils épargnèrent Villanova qui n'avait pas résisté,, et après ces beaux faits, non sans avoir r&flé du pain, du j grain et du bétail, ils regagnèrent leurs quartiers. N'eAtpas mieux valu que ces 2.000 hommes fussent employé conti'e les Portugais qui s'échappaient du Vallospir'?
Le général commit une faute plus grave encore. Il deraiU suivre son avantage, franchir le col de Portell, rejeter danu Figuières et dans Girone les Espagnols iléroncertés, pen-J dant que la division de Cerdague les prenait en flanc ou kM dos. C'était finir la guerre, et les places de Collioure et de.l Bellegarde, abandonnées à elles-mêmes, auraient bientâtT capitulé comme capitulèrent dans le nord Le Quesnoj, Lan'j drecies, Valencionues et Condé. En 1675, lorsque le col d Portell était aux mains des Espagnols, le maréchal d* Schomberg, di-bouchant par le col de Banruls, n'allait-U p chercher sous les murs de Girone les clefs de Bellegarde?^
Dugommier faisait la même faute que Ricardos, mai 179^, après le combat du Mas-Deu. Maître de la ce pagne, le général espagnol aurait dfi marcher sur Pei
COLUOURE ET BELLEOARDE 271
gnan, et il avait perdu tout le fruit de ses succès en attaquant Prats-de-Mollo, Fort-les-Bains et Bellegarde, trois places qu'il avait dépassées et qu'il aurait masquées sans difficulté ni péril.
Un homme d'expérience et d'esprit perspicace, le général Dugua, jugeait mieux la situation. Il disait que Dugom> mier « profitait bien mal de sa victoire » ; qu'assiéger les places de la côte, c'était donner aux Espagnols le temps de se remettre de leur frayeur et de se rassembler; qu'ils ne seraient pas aussi lents qu'on le croyait à réparer leurs pertes. Quoi, s'écriait Dugua, au lieu de réunir leurs forces et de poursuivre l'ennemi sans relâche, les vainqueurs du Boulou s'arrêtaient à deux kilomètres de la frontière ! « Est-ce, ajoutait Dugua, l'égoïsme ou est-ce l'ignorance? Est-ce un motif plus criminel? Le général en chef a été s'enterrer derrière Saint-Elme, a six ou dix mortelles lieues des autres divisions, dans une batterie d'oîi il canonne ce nid de pie, qui ne devrait être que l'objet d'un coup de main^! »
On a prétendu que Dugommier craignait la colère du Comité. Mais le Comité ne lui avait rien prescrit. Naguère le général ne prenait-il pas sur lui d'intervertir l'ordre des opérations et de commencer par l'attaque du Boulou? C'était par dessus tout un homme prudent et méthodique. « Pas de pointe en Espagne, dit-il nettement à ceux qui l'entourent; avant de rien tenter à l'extérieur, il faut chasser l'Espagnol de CoUioure et de Port-Vcndres. » Le sage et froid Lamer l'approuvait. « Ceux, écrit-il, qui n'ont jamais vu d'armée, pensent que Ton peut courir la poste. » Milhaud et Soubrany étaient du môme avis ; malgré leur ardeur et leur fougue, les deux représentants pensaient, ainsi que Dugommier et Lamer, qu'il fallait d'abord « purger le territoire », et après avoir déclaré, le 3 mai, que
(l \. Dugua à un représentant, 25 mai (A. G.).
DUaOMMIKR
tout [larticulier qiii cacherait dans sa maison dea fiiyarils ilel l'arniée espagnole ou des émigrés ou des effets appartenant M aux uns el aux autres, serait fusillé cotunie traître à la 1 patrie au milieu de l'armée, ils s'acheminaient, avec. lel général en chef, vers les places de lacJ'jte'. I
Dugommier laissa donc La Union reculer par le col de I Portell sous le canon de Figuiéres et envoyer à Bellegarde, I par La Jonquëre, deux bataillons de renfort et des appro-J visionnements. La division du centre, commandée parPéri-i gnon, aurait pu, de Maureillas, troubler les communications^l du général espagnol avec Bellegarde, qui reçut le S mai ua I dernier convoi; elle se tint immoiiile durant quatre jours.! Ce ne fut que le 6 mai que Pérignon gagna le col de Portell 1 et descendit en terre espagnole à La Jonquëre où il mit son I quartier-général. De là, avec les brigailos Martin, Point et I Lemoine, il observa Itellegarde. J
De même que les Espagnols, les Portugais avaient ro-J passé la frontière sans être inquiétés. Lorsqut^ la division de^ droite conduite par Augereau s'ébranla au soir du 2 mai, t|j était trop tard : Augereau remonta la vallée du Tech; ÎH prit possession des deux petites places évacuées par les Poisl tugais, Fort-les-Bains et Prats-de-MoUo; il occupa Saint-V Laurent^de-Cerdans ; mais la di\-ision du général Forbes avait! sur lui vingt-quatre heures d'avance, et il ne [jut l'atteindre. J
Pendant ce temps la division de gauche, menée par Sau*^ ret, mettait le siège devant Coliioure. A peine la bataille du Boulon était-elle terminée que Dugommier ordonnait h La Barro de se diriger sur Argelès avec tout ce qu'il pouvait réunir de troupes à clieval, k Sauret de suivre La Barrej à Chabert, dont la brigade était détachée du centre, i fermer le col de Banyids avec 2.000 hommes qui pasM raient par les Albères et emporteraient deux jours de TivreiJ