CHAPITRE II
OILETTE ET UTELLE
Arrivée de Dugomniier h Paris (3 déc. 1791). — Discours à rAssemblée législative (7 déc. 1791 et 28 mars 1792). — Misère et découragement. — Eleotions à la Convention. — Dugommier député de la Martinique. — Ses trois fils placés dans l'armée. — Lui-même, grâce îi Marat, maréchal lie camp (10 oct. 1792). — Demandes d'emploi. — Dugommier désigné pour servir en Corse (22 mai 1793). — Départ de Paris (20 août). — Dugommier à l'armée d'Italie. — Combats de (iilette et d'Utelle (18 et 22 oct.). — Martin, Despinoy, Guillot, Parra, Cazabonne, Pelletier, Eberlé, Buget aine, Partouneaux. — Dugonmiier prôné par les représentants Ricord et Augustin Robespierre. — Général de division et général en chef de l'armée d'Italie chargé du siège de Toulon (3 nov.).
Dugommier avait quitté son pays natal au mois de juillet: il no débarqua que le 19 octobre à Marseille, après avoir, dit-il, bien souffert de toutes manières, et il arrivait trop tard pour faire dans les places de commerce la tournée qu*il méditait ; aussi, au bout de six semaines, prit-il le chemin de Paris.
Il arriva, le 3 décembre, dans la capitale et, dès le 7, avec son ami et compagnon de lutte, Crassous de Médeuil, il paraissait à la barre de rAssemblée législative en sa qualité de député extraordinaire des ilos du Vent. Crassous lut un long discours; il raconta les événements dont la Martinique avait été le théâtre. « Nous étions, dit-il, défendus par les volontaires patriotes à la tète desquels était ce généreux citoyen présent devant vous, supérieur aux préjugés qui Tentouraient. » Et en prononçant ces mots, il montra de la main Dugomniier, décoré de la croix de
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Sairit-Lniiis; la sallo i-chita en aj>j>lati(]issotiieiits. JJii^ummier pril la parole après Crassoiis. Il s'éleva contre Le» aristocrates dos Iles dit Vent, ces Immines pervors, <( qui voulaient la liberté — pour eux seulement » et qui détestaient légalité, n déclara que BiJhagno n'était qu'un chef (le parti (|iii n'avait d'autre but que d' » anéantir le patriolisme ■) et que les amis de la Révolution l'avaient chargé, lui, Dugoinmier, ainsi que Crassour*, de porter à l'Assendilée nationale leura doléances et d'assurer la métropole que leurs Mouffrancea " ne sauraient altérer leuramonr pour leur nouvelle religion ». En terminant, il menaça Béhngue et le ministre do la marine qui t/lcliait. selon l'expression do Crassous, de redevenir comme sous l'ancien régime le vëritahie souverain des colonies. « La confiance de la nation est trahie, concluait Dugnnimier. Serait-ce le nùnistre dont les instructions auraient réglé la [uarche de liéhague'.'Mais. quand Béhague sérail seul coupable, le ministre n'en est pas moins responsaide ; il faut les confronter, il faut punir la félonie et donner enfin un exemple de la responsabilité.' ><
Trois mois plus tard, le 28 raai-s 1792, Dugommier se présentait de nouveau h la barre de la Législative. Il exposa la cause des troubles qui désolaient les petites Antilles. L'Assemblée coloniale do la Martinique, alliée au gouvemcur, avait sacrifié les principes au goftl de la domination : elle s'était " continuée par la force » ; elle avait dépêché une armée contre Saint- Pierre pour satisfaire des animosités particulibres et " provoqué par son do^ijotisme la guerre civile » ; elle avait opiniâtrement rejeté toutes les propositions; elle s'était coalisée avec Itéliague pour restaurer l'ancien svstènie e.t préparer la contre-révolution qu'elle attendait de la fuite du roi. Dugommier rappelait qne deux des commissaires en- TovésavecBéhaguepourrélablir l'ordre, Lacoste et Magnylot^
. Anh.parleni., XXXV, fi
uvaieiit 'Joiiné Ic-ur ilémission el regagné la Fraiito, qu'Ua déaunçaienl la conduite du géiiôral, qu'Us avaient v» par eux-mêmes la ligue aristorratique, lalipue des goiivernean et des adminiatralours h poursuivre avec fureur les amis de l'égalité ' n.U fallait donc, demandait Ougomniicr à la Hndâ sa harangue, venir au secours des bons citoyens, les protéger contre les ennemis avérés de la Révolution, leur donner pour chefs dos hommes régénérés.
Peut-être croj-ait-il être un de ces chefs. Mais ses adversaires étaient encore puissants. Il ne fut pas un des comtnissaires civils envoyés dans les colonies par le décret du 4 avril 1792, et il ne put, malgré ses sollicitations, appartenir à l'expéilition qui fit voile à cette époque pour les .\ntilles.
Il eut alors de terribles déboires. Il s'était efforcé d'obtenir un emprunt et toutes ses démurclics avaient été vaines. Il craignit de tomber dans la détresse et, durant l'année 17î>2, il eut, assure un contemporain, dos accès de profonde mélancolie ; son visage s'altérait sensiblement ; un tastant ses amis le crurent brisé par le chagrin^.
Pourtant il sut réagir, et son courage, son espoir dans ravenir se ranima. A la fin de février 1793, il apprit qu"i! était nommé député à la Convention nationale. Les patriotes de la Martinique et de la Guadeloupe persécutés par Béhagiie avaient cherché un refuge dans Tile anglaise île la Donii- QÎque. Le 28 octobre 1792, ils se réunirent aux Roseaux pour délibérer sur leur situation et sur les mesures qu'ils dovaieut prendre. Le président, Degalliez, déclara que les assistants étaient les seuls Martiniquais et Guadeloupéons qui pussent se dire Français, qu'ils formaient par suite une assemblée électorale, que les premiers représentants de la
1. On Ht en elT*l Jftnï une letlre de Lncosle el'Msgnjlut que les «orage» qgl »e »ont *le*é5 4 la i.]u!ideloupe eonl les fruils Je l*m[rij;ue de Clugnj et de qudiiucq iiiemlirea de l'Assemblée coloniale dont il dispose k tou pi*.
t. Vaachclet. 301-305; — Piaenu, lOS-IlS et 131.
France s'étiaiit issmil kt uu lU pmivaieiit et que les ilélibératiuns du Jeu de Piiiine ^^ aient été légitimes et approuvées par la nUion Sur (luoi les colons présents décidèrent à l'unaninuté que puisque les Iles de la Martinique et <lc la Guaiieloupo se mettaient en etit de rébellion, ils étaient !es seuls fidelfs a la mdiop le les seuls dont la France dût entendre la voix, les seuls qui eussent droit d'élire des députés H la Convention. Et ils élurent quatre députés de la Martinique et quatre députés de la Guadeloupe.
Les députés lie la Martinique étaient Dugommier, Crassous, Arnaud de (.'orio et Janvier Liltée ; ceux de la Martinique, Dupuch, Guillermin, Sabathier et Pautrizel'.
Dugommier avait été nommé par la Martinique et non par la Guadeloupe, non parrileoii il était né et où il avait ses propriétés. Les patriotes de Saiut-I'ierre voulurent évidemment qu'il fût leur représentant. Ne leur disait-il pas en mars 171)1, lorsqu'il leur ât ses adieux, qu'il avait pris l'habitude de vivre avec eux, do lier sou existence à leur existence?
Il comptait siéger aufsitM ti la Convention et toucher son indemnité de représentant. Dés le 25 février 1793, lorsqu'il
i. Jeitn- Augustin CraHOU» (le Méilcuil, pourvu le IS décembre 1779 d'une charge de prnriircur poKtuInnt au burcsudi^s Unances etdes domaineBdeta Rouhe11«, pikFse en nst fl la Martinique poury exercer coniine avocat, sccrétture-greriier de lamumd|mlite de Saint-Pierre dont ilavait «Tait «a patrie», établi i ta Rochelle (connue homme de loi à la lin de 1791, siéfiea A la Convention, et le Comité de salut publii' lui conQ a plusieurs misaioni: Arnaud de Corio ne vint paav Janvier Litige était un cituyen de couleur, habitant de Saint-Pierre, qui aiégende mAmcque Crassoua, dis le lluptembre 1793, le surlendemain du déuret de Tolidalion ; des trois sup|d6auts de la Marlini'|iii\ l'iiumiols, Dusleet Maurice, le premier, Micliol Fourniols, remplaça liii|ji'iiiiiii<.'r; le deuxième, Buste, ne parut pas; le troisième, Jean-Pierre- Nh l'I.K Maurice, notaire à Saint-Pierre, vint siéger le ^8 Tévrier 1195, sans .l.'iiLi' .L 1.1 place d'Arnaud de Corio. Des quatre députas de la Guadeloupe, Elii^ 1...ILUS 11 11 pucb, domicilié h la Basée-Terre, siëgc-i te 11 septembre 11193; >tiii'i|.:riian et Snbslhier Saint-André moururent en roule; Louia-Jciin- K»îiUitr l'autriiel. maire de la BasHe-Terre. se présenta le 31 août n!<4. W^ itiu suppltanls de la Guadeloupe, Lion et Curcier, l'un, Curcier, "«iVIe n'tvnir paiparu, l'autre, fierre-Joseph Lion, domicilié à In Point*- M-i»I», s» pt^s«nt« le 8 octobre pour remplacer Guillermin (Cf. Guiffrey, wCmMiijwwwib, r.3 et Arch. nal., C*. Il, 3).
niLETTK ET UTKM.K 1i'
siil le r^siillat <lcs élections faîlea k la Martinique, il vint un club des Jacobins, avec quel{|iies compatriotes, aimoncer que les lies du Vent avaient noninié leurs tlépiités. Le surllendemain, 27 fi^-rier. il se présentait aux archives de la Convention devant Camus. L'exact archiviste écrivit sur le registre d'inacriptioii que le citoyen Dugomniier s'était présenté. Mais Dugoramier ne fut réellement membre de l'Assemblée que six mois plus tard. C'est le 15 septembre, pendant qu'il était à l'armée d'Italie, que la Convention, sur le rapport |jde Bazocbe, décida l'admission des députés de la Guadeloupe ■«t de la Martinique. Il ne parut dans la salle du Manège que comme pétitionnaire. C'est ainsi que, le 15 mars, il venait à la barre appujer une adresse des Guadeloupéens et prier la métrupule de secourir ces braves gens, si dévoués à la République ■.
A force de visites et di' roipiMos il finit par placer ses trois fils ; l'alné, qui dé.sirait, entrer dans la garde il cheval du roi, fui nommé le 29 octobre 1792 sous-lientenant au 4" régiment d'infanterie ci-devant Provence et.I'année suivante, en iwAt 179.1, sur les instaficesde son père, commis d'administration de 3' ck.sse àlu tiuadeloupn. Les deux autres fils de Dugi>mmier, Dangemont etChovrigny.reçiu-entunbrevetde sous-lieulenanl le 6 mars 1793. et,d(;sle mois de mars 1792, CliexTignv s'était enrùlé dans le 2* bataillon de Paris.
ILut-tuênie sollicita longtemps du ministre de la guerre àes " fonctions actives ". Il rappelait qu'il comptait trenteneuf ans de service, qu'il avait c-té pendant huit mois à la tète de près de dix mille hommes, ndlilairos et fédérés, Iroupes de ligne et volontaires, qu'il avait préiiervé Saint- Pierre de la ruine, que tous les patriotes des îles du Vent attestaient son civisme, et il dcman<lait le grade de maréchal jle camp ou de général de brigade. S'il n'avait servi que