COLLIOURE ET BELLEGARDE
Il essayait cependant d'intimider le commandant do Saint- Elme. Le 18 mai, il le somma de nouveau. « Commandant, lui disait-il, il est des bornes à tout, et quiconque veut aller au delà est toujours dans le cas de s'en repentir. Regarde les débris de ton fort. Tu connais les lois de la guerre et tu dois prévoir le sort de tes frères d'armes, s'ils subissent un assaut avant d*obéir à l'ardeur des miens. Je te somme, au nom de l'humanité, de réprimer une opinion désormais inutile à l'avantage de ceux pour qui tu combats. Veux-tu continuer à te défendre ou céder à la force victorieuse? Répondsmoi en un mot otti ou non. » L'Espagnol répliqua qu'il ferait connaître ses intentions quand le temps serait venu. Aussi, le 19 mai, lorsqu'un parlementaire vint en son nom demander une suspension d'hostilités, Dugommier répondit à son tour qu'il ferait connaître ses intentions quand le temp^ serait venu. Le lendemain, l'Espagnol envoyait un autre parlementaire « argumenter » sur la sommation; Dugommier lui fit tirer des coups de canon.
Il fallait eu finir. Le 19 mai, dans un Conseil de guerre qu'il tenait au puig de Las Daynas avec les représentants et les généraux, Dugommier avait exprimé sa résolution de tenter un suprême eff'ort. Il proposa d'assaillir le puig Oriol; il attendait, disait-il, de cette attaque les eff'ets les plus heureux, et il jugeait que de cette redoute dépendait le sort de Collioure et dos trois forts qui défendaient la place du côté d'Argelès; maîtres de cette position, les républicains n'avaient-ils pas une ligne de communications plus facile et plus sûre? Mais les généraux chargés de l'entreprise remontrèrent les difficultés du terrain. Dugommier dut renoncer à son projet. Et pourtant, remarquait-il, tout commandait de se hâter, la mer se couvrait de frégates, il étaitessentiel
1 mai; — au Comité, 10 et 14 mai, 28 juin; — à Caslagnier, 14 mai; — à Augereau, 16 mai (A. G.).
(lo frapper un grand coup, île <- dtHruirc Tennemi » ; les sol- 1 dais iléployaient une énergie, une ardeur qui s'userait dans ] des lenteurs et des atormoieraents. Le Conseil décida d'e lever les camps que TEspagnol avait établis sur le rêvera I de la montagne entre Port-Vendres et Saint^Elme. II y aurait ] de fausses attaques. Victor tiendrait en respect le pnig j Oriol et le camp de la Justice; Guillot, CoUiourc; Sauret, ] Port-Vendres; durant ce temps Micas culbuterait les camps 1 entre Collioure et Port-Venilres ; les forces de l'adversaira 1 ainsi divisées et occupées, on s'approcherait de Saint-Elmo qu'on tacherait de prendre d'assaut, et Dugommîer donna ordre de préparer des échelles ; toutefois il ajouta qu'on j devait être prudent et n'ahordcr le fort que si <■ quelque cir- 1 constance heureuse ■> se produisait. Soubrany assurait que la ] valeur française ne connaît pas d'obstacles, que Saint-Elma j serait emporté d'emblée. Dugommier objecta l'élévation des I escarpes, et il obtint qu'on ne s'approcherait de Saînt-EImô 1 que si le feu de la terrasse était complètement éteint et sa , plate-forme évacuée.
Le 22, k neuf heures du soir, pendant que Victor, Causs( Pinon assaillaient les dehors de la Justice et le puîg Oriol, | Micas se jetait entre Collioure et Port-Vendres, Tous les I postes à droite et a gauche de Saint-Elme, toutes grand'gardes qui reliaient la Justice au puig Oriol furent ] rapidement enlevés. Mais Soubrany, cédant à son ardeur,, n'attendit pas que les assiégés eussent quitté la plate-fornia 1 de Saint-Elme; il entraîna vers le fort la colonne qui ] s'était massée derrière la batterie de lirécho. Ijîs échelles J d'assaut se trouvèrent trop courtes. Par deux fois les gre- 1 nadiers descendirent dans le fossé; par deux fois ils durent I reculer sous un feu terrible de mousqueterie et sous la gréis.l des obus. Selon le mot d'un témoin, .Saint-Elme ressemblait'! à un volcan qui ne cesse de vomir des llammes. L'imprudent. I Soubrany reçut une blessure dangereuse. <i L'escalade, écri- \
COLUOURE KT BELLEGAJIDE
vait Diigoraniier, a manqué, comme l'avaient annoncé ceux qui connaissaient ce genre d'attaque qui ne réussit jamais que par surprise; an lien de fatiguer les assiégés et de ne s'approcher de Saint-Elme que lorsque le feu de la terrasse aurait cessé, on s'est jeté avec précipitation dans les fossés, on a essuyé tout le feu du fort ; tout a manqué, et le jour nous a commandé la retraite. Cet incident a bien prouvé h cens qui ne voulaient pas le croire que les canons seuls peuvent réduire ce fort ; il nous a déjà usé six pièces de 24 que je ferai changer aujourd'hui. Nous avons un morceau bien difficile à digérer, un morceau dur et plus dur que nos boulets. "
Le lendemain do l'assaut, le commandant du fort, ébranlé par l'audace française, offrit de capituler. Les conditions do Dugomniier lui parurent inacceptables et le feu continua. Mais La Martillière avait, sur l'ordre du général en chef, envoyé ce qu'il avait de meilleur en canonuicrs, bombardiers et officiers. La batterie de brèche, qui n'avait encore fait que découvrir une des voûtes et qu'écorcher l'antique maçonnerie, comptait désormais quinze pièces. Elle fit de Saint-Elmeun monceau de ruines, Dans la nuit du 25 mai, les Espagnols, voyant une des faces du redan d'attaque éventrée, les voûtes de la plate-forme effondrées, les parapets rasés, la terrasse h peu près écroulée, l'escalier presque bouché par les décombres, quittèrent le fort : il avait en seize jours reçu 10.800 projectiles, et trois mois auparavant, Dagoboit assurait qu'il suffirait de jeter tout an plus quelques centaines de bombes pour déloger l'ennemi ' '.
Port-Vondres devenait intenable, et Navarro évacua la place dans la nuit même.
l. Fcrvpl, 11, "fl-gn;— Rec. Aulard, Xlir. 687; — Dugoinmiur à Grnnil- Toinet, a La Martillière, ii La nnire, à AiiKMe^u, i Dopiicl, 21 mai : — Mtmoire ile Pontet; — plan de Dngobert du 9 TÉvrier {A. G.); — selon Dugoramier, les Frani;»^ avaient eu, à l'asaaut de Siiial-Eline, suiiiinto lileiafis el fort peu du murta.
2Bi nUflOMMIEH
Tous les Espagnols, au nomlire de 7.000, i^'laient dés lors renfermés dans Collioure, et ils se seraient emliarfinés sur la llotte de l'amiral Graviua sans un gros temps qui força les vaisseaux à tenir le large.
Navarro capitula le 26 mai, et il avouait plus tard à La Union qu'il voulait percer les lignes françaises, que ses officiers l'avaient olilig^' de capituler en ameutant les soldats. Avant de se rendre, il avait fait échapper sur des bateaux les émigrés de la It^gion de la Reine. Dugommier connaissait leur présence dans' Clollioure ; les désorteure lui avaient rapporté que sans ces trois à quatre cents Français qu' « il renfermait dans le sac et qui n'avaient de ressource que leur désespoir », les Espagnols auraient capitulé plus 16t. II exigea qu'ils lui fussent livrés, et Navarre put lui répondre : on ne croit pas r/u'ii y en ait.
Le général espagnol obtint les honneurs de la guerre. Ses troupes défilèrent tambour battant, mèches allumées, drapeaux déployés, et. après avoir déposé les armes, rentrèrent en Espagne par le col de Banyuls, sous condition de ne plu» servir de toute la guerre contre la République. Un nombre égal de prisonniers français qui prêteraient le même serment seraient désignés par ancienneté de détention et incessamment renvoyés. Les citoyens des Pyrénées, arrachés de leurs foyers et menés en pays ennemi, seraient rendus à leurs familles.
Le 27 mai, les Espagnols sortirent de Collioure, Plusieurs habitants de Perpignan étaient venus assister au défilé. Ces républicains français, qui se piquaient de lumières et s'enorgueillissaient de la victoire, n'eurent pour leur adversaire que mépris et risée. Us se moquent de l'aumônier qu'ils nomment le rapucin de la garnison. Ils trouvent que les généraux n'ont pas l'air imposant et que NavaiTo, monté «ur un mulet à longues oreilles, coiffé d'un chapeau pointu, arnui d'une petite épée de quinze pouces, chaussé de souliers
COLIJOURE ET BELLEGABDR 2BS
hiancs et do giif'tres île peau, ressemble à un (.■iiré de village. Ils traitent les Espagnols J'esi^laves, de soldats du pape : •< Des figures grotesques, des liomnies sales et remplis de vermine, vêtus à peine et cliaussfis eu partie avec, des lisières de drap qui s'attachent avec une ficelle autour de la jambe; quelques-ans avaient des scapulaires qu'ils baisaient avec respect; fort peu sont beaux, et le roste a l'air si bête, si ab&tardi iju'on voit bion qu'ils portent le pcclié de tous leurs préjuges. »
Les Espagnols devaient déposer leura armes à Banyuls-sur- Mor. Ce village avait été choisi non pas seulement parce qu'il était le dernier du territoire français, mais à cause de sa vaillante conduite. Les habitants s'étaient, le 15 décembre précédent, battus conti-e les soldats de Hicardos; assistés de leurs femmes et de leurs enfants qui chargeaient les fusils, ils avaient refusé de se rendre, et tous s'étaient éloignés lie leurs foyers souillés par l'étranger. Les hommes avaient servi d'éclaireurs et de guides à l'armée française. Les femmes étaient venues eu aide aux assiégeants do Collioiire; chaque jour elles avaient, sous le fende l'Espagnol, gravi les revers escarpés de Las Daynas pour panser les blessures des Français et leur porter dans leurs tabliers ou leurs bonnets des médicaments, des cartouches et du pain. Dugonimior saisit l'occasion de récompenser le dévouement des Bagnolènes. La plu part étaient rentrés dansleurs demeures k la suite île la brigade Chabert. Ce fut sur la place de Banyuls que les Espagnols mirent bas les armes et jurèrent de ne plus servir de toute la campagne contre la France. Peu de jours après, le 3 juin, la Convention décrétait qu'ils avaient, ainsi que l'armée des Pyrénées-Orientales, bien mérité de la patrie et qu'un obélisque de gi-anit serait élevé surla place (le Banyulsavec cette inscription : ici'î .(X)0 Espagnols déposèrent les armes devant les républicains et rendirent ù la valeur ce qu'ils lenuienl de la trahison. Par le
DUGOUIIUSR
même décret, elle changeait le nom Je Port-Venrii'OS en i-elui de Port-ile-la-Vicloire et le nom de Saint-Elme en celui de fort du Rocher.
Ce fut Victor qui, en sa qualité de commandant de Collioure, transmit le décret aux municipaux et habitants de Banyuls : « Que jeté félicite, disait-il, heureuse contrée de Bauyula! Tu as bien mérité de la patrie ; aussi la Convention nationale, en reconnaissant ton mérite, consacre h jamais tes vertus. Le citoyen, en voyant cet obélisque, souvenir glorieux do la valeur républicaine, se rappellera aussi que c'est à cet endroit que les bras do tes enfants, nouvellement armes, ont repoussé les ennemis de la liberté et de l'égalité. " Les représentants Milhaud et Soubrany joignirem au décret delà Convention un arrêté qui exemptait les liagnolénes de la réquisition maritime et les invitait au nom de la patrie à garder les passages des Pyrénées qu'ils avaient si courageusement défendus. Dugommier applaudit àcetterésolutJon des représentants: les lîanyulenchs, disait-il, nereudraicnt jamais sur mer autant de s.-rvices que sur terre, puisqu'ils couuaissaient tous les itentiors de la montagne, et il comptail sur eux pour exëculer un projet d'attaque contre Roses, Quelques mots plus tard, le commissaire tfe Narbonno demandait l'état des marins de Banyuls ; le général écrivit au nuire «lu village, le rassura, lui promit que les habitants ne scniout pas employés sur les vaisseaux : " Je me charge trugixirs de déffudre vos intérêts'. »
Bnrcro avait pixqiosé le décret du 3 juin et il fit à cette necaà(m aa^ ilo ses plus brillantes carmagnoles. Les histo- -tieti^àf U KM'otutiou américaine, disait-il, avaient célébré |& cqjdaiitRM du Stu-atoga, mais la capitulation de Cul-
r «t (les repréienCantfl et dianours de Darère, ntkr au Comilé, lU nini (A. (i.). — Fen-el, II, 87 ; , AulHrd, XIII, 811; — l'oU'Iisquc rlêcrÉté e *le« <)ue le 12 iioùl fSU* (Cf. Piiieim, *M3).
COLLIOURB ET BKI.I^SARDB ^S~
jiouro était bien plus re marquai ilo parce qu'elle coavraît de honte <i le Wme élevé dans Madrid par la superstition des moines et le despotiame des Bourbons », parce qu'elle rendait à leurs familles et ii l'armée 7.000 prisonnière français en échange d'une » tourbe do serfs à uniforme ". Il louait lo courage des canonniers qui, devant Saint-Elme, avaient frayé parmi les précipices une route à des pièces de 24; ces canonniers, c'était l'image du bataillon sacré des anciens, et la Convention confirmerait par un décret le nom de fort du Rocher qu'ils avaient donné de leur propre mouvement au fort Saint-EIme. L'orateur du Comité n'oubliait pas Dugommier ; " Il est dû un nouveau tribut d'éloges au général. Quoiqu'il ne soit pas permis de parler d'un homme dans les événements nationaux, nous ne pouvons nous empêcher de dire qu'il a épargné par ses belles <iispositious militaires le sang des républicains. Honneur soit toujours rendu aux généraux qui, au milieu dos malheurs de la guerre. stipulent pour l'humanité! Je vais lire la lettre de Dugommier ;tous y verrez la modestie d'un bon citoyen qui fait son devoir sans en tirer vanité'- >■
Quelques jours après, Barère proposait de graver aux portes etbarrières de Paris — qui serait désormais la ville aux cent portes — les noms des batailles gagnées ; chaque porte signalerait un triomphe, et on lirait sur la porte d'Enfer, " qui ne rappelait qu'une ineptie fanatique n, les paroles suivantes: H Le 7 prairialan II 7.000 Espagnols posèrent les armes devant les républicains. Lo mémo jour, Collioure et Port-Vendres, vendus par la trahison, furent repris par le courage. »
Dugommier donna sans doute à la capitulation do Collioure des formes un peu vives qui blessèrent l'orgueil espagnol. Le prejuier article portait que Navarro rendait
aux Fraaçai^ uno parlio ilii lerritoire '< cjHe la trahison avaitO livrée ", et le ciiuimèmo artkle, que les émîgn^s i!>taient d» ■conspirateurs, des rebelles, îles traîtres à la [mlrie. L'Enpa-l gnol, disait Lamer, reconnaît donc qu'il a eu los places pai trahison; il reconnaît donc, ajoutaient les représentant^, ( que valent les émigrés, et il avoue leurs forfaits'!
Néanmoins le général n'avait pas usé de rigueur envers «ne garnison qu'il tenait à merci : c'est qu'il craignait que^ si le vent tombait. Gratina ne vint embarquer les assiégés^ Le club de Cahors lui reprocha sa générosité, ic Au moment cil la garnison défilait, répondit Dugommier, les bâ ments espagnols faisaient voile vers Collioure pour faire l'évacuation. Si je n'avais pas saisi l'à-propos, no aurions de plus à combattre les 7.000 hommes qui ont t ■envoyés sur les côtes d'Afrique et dans les lies de I Méditerranée; nous aurions perdu des munitions de toutal espèce que nous avons trouvées dans les magasins, et t cela n'a tenu qu'il un jour ! - «
Enfiii Dugommier comptait obtenir, en échange 7.0<J0 Espagnols ipû repassaient librement les montagnet le retourde 7.000 Français détenus en Espagne. Maisleterapl s'écoulait. La capitulation ne s'exécutait pas. Le 3 juillet^ Dugommier écrivit à La Union qu'aucun article de la cow vention signée trente-trois jours auparavant n'était encoM rempli, que Navarro n'avait même pas renvoyé les muletB^ qu'on lui avait prêtés, que nul Français, soldat ou citoyoi Aa département dos Pyrénées, n'avait paru : l'armée réptt-^ Wicaine murmurait, demandait si le traité était illusoire, c Dugommier invitait par conséquent La Union à prouved promptement que les Espagnols respectent la bonne foi.
I. Lnmer à Doppat, -23 mai (A. C.)i — Rec. AuUrd, Xlir, K08 ; — D pcl [Mfm., 215) croit que * ce» mots, «ignés par le gi^niîral eapa^ol et a ■doD* utiB capitulilion. engagâreni l'Espagne i. ne pas vouloir remplir II «ngageDienU contracl^» •.
li club Je Cuhors, I" uclobre (A. G.).
COT.LIOCRE ET BELLEO-U
La Union ne répondit pas ou plutôt sa r(']ntnsG n'arriva que tardivement. Le 20 juillet, Dugommier lui t'crivit de nouveau, non sans violence ; il venait d'apprendre que les prisonniers français avaient été- dirigés sur la pniWnce la plus reculée d'Espagne et (lu'ils faisaient en cv moment dans une saison meurtrière une marche longue et (lénible. N'était-ce pas de la barbarie? N'était-ce pas se conduire au mépris de toute probité et au contraire des Français qui traitaient les prisonniers espagnols avec le respect qu'on doit à des hommes? •• Rt^ponds. disait Dugommier en terminant, réponds enfin à la capitulation de CoUioure ou je l'annonce tous les maux qui peuvent résulter de la foi trahie et de la vengeance d'une armée qui ne voudra plus faire de prisonniers. "
La Union refusa de ralilier la capitulation. Il ta qualifia d'absurde, Navarro, disait-il, était à ses onlres. et, selon l'usage en un semblable cas, aurait dft consulter le général en chef, obtenir sa confirmalion et sa sanction. Or, lui, La Union, n'aurait pas donné son approbation à ce traité. Recevoir 7.000 homnjes qu'il ne pourrait employer et qui lui consommeraient des vi\TCs ! Rendre k l'adversaire un pareil nombre d'hommes qui serviraient non contre l'Espagne sans doute, mais contre les alliés de l'Espagne, et les rendre sans avoir été dédommagé des frais que leur entretien avait coûtés au royaume I Renvoyer les Français du KoussîIIon qu'il retenait de force et qui n'étaient que des contrebandiers, des voleurs, des assassins, des espions! La Union ne pouvait souscrire il de telles conditions. La garnitsun avait cédé ses armes, ses munitions et ses vivres, ses équipages, sa liberté même ; elle avait cédé CoUioure, et puisque les Français étaient maîtres (le la place, ils n'avaient pas autre chose à exi>rer.
Dugommier fut indigné. La perfidie castillane éclatait donc! La Union ne roniiiaît le silence que pour annoncer la
2Sa DrdOMMtKR
viula(ii"in manifeste dfi la capiltilatioii et pour inuragcr l&j Kiiimiilique! IhV'iiliqua que rien no pouvait ijallii^r la " si léralesse >> de La Union et de son » infinie ■. gouvcniemei que la capitulation était utile à la garnison uspagnole aut; qu'honorable pour les républicains ; qu'il n'y avait d'aba dite que dans les tètes auxquelles elle déplaisait. Cette capitulation n'était pas un traité de paix où la sanctioit du gouvernement est de n6cessit4 absolue; elle n'avait nd besoin de l'approbation de La Union; c'était une conventioBi partielle de quelques hommes, et ces hommes s'él préser^'és d'immenses dangers par des conditions pt-opresii et spéciales, par des conditions qui " n'enchaînaient per8onaa° hors du cercle périlleux ou ils se trouvaient resseirés >; par dos conditions n modelées sur mille capitulations sera blables dont l'exécution avait toujours été respeclée ». Un général qui capitule ne connaltr^il pas sa situation i que qui que ce soit, et cette situation ne lui donne-t-ellflj pas tout pouvoir de stipuler pour sa délivrance ? Si L 7.000 Espagnols renvoyés par Dugommier consommaienU les vivres de La Union, le gouvernement de Madriil n'auJ rait-il pas une « compensation », un « soulagement » en ro»» tituaut les 7.000 prisonniers français? Si ces prisonnier^ avaient causé des dépenses ii l'Espagne, les prisonniera espagnols ne causaient-ils pas des dépenses à la Républîqad frani;aîse? Évidemnjont, ajoutait Dugommier, La Union n'a pas fait une excellente logique. Il ne vent pas nous rendri des voleurs ot des assassins, qu'il les garde! Ils sont biei eu Kspagne. Mais qu'il rende les vertueux Français ( ont souffert pour la liberté. La Union ajoutait que 1 menaces et " rodomontades •< do son adversaire ne l'e frayaient pus : Dugommier laissait les rodomontades k I Union parce que « la rodomontade est indigène à l'Espagne » et. s'il faisait des menaces, il saurait les réaliser, i insisterons, concUiait-il, jiiwqu'ii la mort sur roxéciitinii d'uatf
COLUOURE ET BELLES AHÛK
convention sacrée; si on I;i refuse à la justice, nous l'ob- UeD<irons de la force. Point (l'accord avec les traîtres ; point de pourparlers avec un homme qui se joue des traités, et plus de prisonniers ! •>
li publia sa correspondance avec La Union et dans une aorte d'avertissement il exprimait l'espoir que ses frères d*armâs et ses concitoyens partageraient sa colère, et son désir de représailles. « Périsse, a'écriaîl-îl, l'affreux gouvernement ennemi de l'hurnanité et violatear des draits les plus sacrés! Périssent La Union et ses fauteurs' I .)
Les, représentants Milhaud et Soubrany louèrent la dignité de son attitude et la Sorte de son langage. Mais, bien que Dugommier leur dit (|u' " un général peut, sans compromettre sa nation, Ijattre son ennemi pur la raison comme par lu force », ils trouvaient que ses menaces n'étaient pas assez positives el qu'il avait ti-op l'air de justifier sa conduite. Ils auraient voulu répondre sur-le-champ à La Union par des actes, et telle était leur rage, leur exaltation furibonlo que, dans le premier instant, ils proposèrent à Dugonimier de conduire sur le chemin do Figuières les six otages livrés parla capitulation de Cullioureet de les fusiller en vue du camp espagnol.
Dugommier combattit cette résolutionextrt^me. 11 admirait, disait-il, lo patriotisme des représentants el li'- feu de leurs expressions; mais, remarquait-il, on devait- considérer les effets. Une telle mesure ne rompait-elle pas toute négocialion? N 'exposait-elle pas la rie des Français prisonniers on Espagne? Ne fallait-il pas, avant de l'exécuter, consulter la Convention? Lui-même pourrait-il exercer la vengeance qu'il annonçait d'une manière bien claire et assez énergique au général espagnol, sans avoir d'abord l'autorisation de l'Assemblée ?
■. 1. Mon. des 1 1 ol n uuût ; - l'meiiu, 521-^31 et SH-sW.
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Milhaud et Sotibranj s'apaisèrent lia convinrent av Dupommier f]ue c'était à la Convention et au Comité de prononcer sur la satisfaction éclatante que la République avait à tirer du parjure espagnol. " Nous avons pensé, écrivaientr-ils au Comité, que cet acte de vengeance ilevait: être compris dans un décret bien plus terrible, qu'il appai tenait à la Convention nationale de prononcer, et que voi pèserez dans votre sagesse, •>
En attendant la décision dn gouvernement, Diigomraiei prit des mesures vigoureuses. Les six otages garants de la capitulation, trois colonels et trois Iteul^nants-coIonelS: étaient à Montpellier ; ils furent, ainsi que tous les Espagnols et Portugais à qui la ville servait de prison, enfermés à citadelle. Tous les Espagnols encore libres dans les communes du territoire français furent « resserrés », c'est-i dire incarcérés. Le payeurespagnol, Manuel de Cîa, parlagi le sort de ses compatriotes : il fut mis au cachot par commandant de Perpignan, puis, sur ses protestations, envoyé à la citadelle. Un officier espagnol se présenta le 3 août aux avant-postes avec une lettre de La Union, Les représentants s'écrièrent que cet esclave devait retourner sui le-champ vers son maître, que toute communication s désormais coupée et tout parlementaire repoussé, qu'il indigne d'un généra! de la République française d'eni dans le moindre pourparier avec un pareil ennei méprisable et le plus traître des ennemis, qu'il fallail! ordonner aux sentinelles de tirer sur tout trompette d' nation sans honneur et sans foi. Sur l'ordre des convci tionnels, Dugommier fit dire au messager de La Union pi un de ses officiers qu'il serait reçu s'il apportait la messe solennelle d'exécuter la capitulation de Collioure, que c'était la seule proposition à laquelle les Français puss entendre. L'Espagnol répondit qu'il ignorait la teneur de lettre qu'il apportait. Là-dessus, et selon les instnictions d9i
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la Is, ula
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Dtigomniier, l'officier républicain déclara tout haut, eu yvùaence du ilétaciiement dont il était accompagné, que son général ne correspondrait plus avec La Union qu a coups de canons et de baïonnettes, que les parlementaires ne seraient admis que s'ils veuaieut avec les soldats français et les citoyens paisibles de la frontière actuellement détenus en Espagne. Pourtant, sur ses vives et pressantes instances, l'émissairo fut conduit à Dugommier; la nif-mc scène se renouvela. Dugommier refusadelirela dépêche. « Que votre général La Union, dit-il, satisfasse auparavant à la capitulation de CiclHoure », et séance tenante, devant l'Espagnol, il dicta l'ordre hlous les commandants d' avant-postes de ne plus recevoir les parlementaires : " On ne les a^lmettra plus sous quelque prétexte qu'ils se présentent, à moins qu'ils ne nous apportent un gage certain de leur repentir et de leur retour à la bonne foi en amenant avec eux nos frères d'armes etios républicains des Pyrénées arrachés à leurs foyers'. »
Vint le décret terrible que les représentants avaient prié la Convention de prononcer. Héjà, le 26 mai, sur un rapport de Barëre, l'Assemblée avait décrété que les armées ne feraient plus aucun prisonnier anglais ou hanovrien, et dans une adresse aux soldats de la République, elle leur avait dénoncé 1' » atroce •> politique de l'Angleterre, les avait exhonés a frapper les Anglais sans pitié : n II ne doit en revenir aucun; que les esclaves anglais périssent, et la France sera libre ! » L'armée des Pyrénées-Orientales connaissait ce décret, et dans son irritation contre les excès des paysans et la violation des articles de Collioure.elleilésiraît qu'il fCit appliqui' k l'Espagne. Le représentant Chaudron- Houssau informait le Comité que la division de Puycerda souhaitait que le décret rendu contre les Anglais et Hano-
I. Dugommier aux représenlnnla, 23 et 33 juillet; au tonimnndant de Montpellier, !•■ aoùl; au Coiuitc et à Irt GoinmUsioa (tes armCes, à Pérignon, au [>nyeur espugrml, a rtoftt (A. Cl.); — Mon. Uu 11 août.
vriena ffit étendu aux Espagnols; elle était, ajoutait Cliau-^ (iron-Roussau, pénétrée d'horreur contre de pareils ennemisJ et elle se conduisait envers eux comme si Je décret existaitJ « Demandez, disait Augereau h Milliaud et à SoiihraiiyJ demandez à la Convention le décret de guerre à mort; meifl frères d'armes de la division de droite l'attendent avpc im-^J patience : leur devise est baïonnette en avant, et leur mot* de ralliement, guerre à mort. » Milhaud et Souliranyfirenta cette demande. L'honneur du nom français, écrîvaîent-ilaj à Paris, ne pouvait plus " admettre aucune correspondanw avec un gouvernement qui, par l'accumulation des forfaits,! méritait de figurer avec le gouvernement anglais dans laJ coalition des brigandacouromiés», et la Convention dcvaiiJ sans entrer dans une explication qui la dégraderait, décIa-B rer aux Espagnols une guerre à mort',
A l'avance, Dugommier qualifiait ce décret de 8ublime.a Toutefois il priait le Comité de ne rien précipiter, d«kl n'exécuter la mesure établie par la Convention que si le^l Espagnols « persistaient dans leur perversité <> : il fallait,! pensait-il, fixer aux ennemis un délai, leur laisser le tenipal de réllécliir et de venir à résipiscence; appliquer le décréta sur-le-champ, c'était vouer les prisonniers français représailles ^.
Mais de leur côté Milhaud et Soiibrariy avaient écrit AâM Comité. '< Vengeance, disaient-ils, vengeance au nom de la? République méconnue et du peuple français outragé! n eti ils flétrissaient La Union, ce fourbe, ce fuyard, et le gou-J vernemcnt de Madrid, ce gouvernement « saturé de crimeu et couvert d'opprobres ", le plus lâche, le (dus stupide des! gouvernements. Ils n'avaient désormais, ainsi que leurs frères! d'armes, que de l'horreur pour l'Espagnol, ce vil satellite d'm
I. Chaudron -RouiBau nu Comité, 3 août; ~- Auger , tanti, i aoAt (A. G.); — Uon.. du It aobl.