i\m. Aulard, \IV, ODt
COLLIOCRK ET BELI.KHARDE
armée de quatre pièces, fut construite siir une butte en avant du front de Landiére et une route à canons pratiquée pour relier Cantallops à La Jonquère oii était le parc.
La ligne d'investissement était donc impénétrable du cMé de l'est. A l'ouest, on prit des mesures semblables. Deux redoutes en pierres sèches furent élevées au cul de Portell et confiées k la brigade Cliabert; l'une, à l'entrée du col, battait le chemin de La Jonquère; l'autre, sur le pnig Calmell, Manquait la première mais elle n'avait pas d'artillerie ' .
Le 2 juillet, Dugommier envoyait à Vallesantoro une seconde sommation, emphatique, violente, qui décèle son impatience et son irritation, et lui-même avouait plus tard avec franchise que le dépit l'avait dictée : -< .le t'annonce la mort, je l'annonce à ton conseil, k tes ofSciers. Dans deux jours tu m'auras restitué le fort que tu occupes, ou toi iet tes offlciers vous serez fusillés ! » Vallesantoro répliqua simplement qu'il n'avait rien à ajouter ou à retrancher à sa .première réponse, qu'aucune menace ne le ferait manquer à :son honneur et k son devoir de soldat. « Voilà de la fierté, s'écria Dugommier, mais gare la fusillade ! Ce ne sera pas en vain que je lui ai juré au nom de la HépubUque de l'exterminer, lui et son état-major, s'il résiste davantage'! »
Il sentait toutefois que Hellegarde tiendrait quelque iemps encore, et le lendemain de cette sommation, le 3 juillet, il quittait son quartier général pour parcourir la côte et prendre du repos à Venteuac d'Aude, près de Narbonne. 11 L trois semaines à Ventenac. « Je suis, écrivait-il, eu ibon air, chez d'excellents citoyens oti je n'ai rien à désirer mur les attentions et les procédés. » Mais il ne cessait de eiller les opérations, et le sen'ice ne souffrait pas de Bon éloignemcnt.
DUOOMUTBR
Pt-rignoii VDiiliit. [leiidant l'absence Je niigoiimiier, s'emJ paivr (le Bellogarde |):ir un stratagème. La loiir dile tour dM Paiiissiis ou du (-iiiictiëve, eu avant de la place, était gardéd pal- un piquet qui chaque nuit recevait du renfort. I>e capiJ taine d'artillerie Bondi eut ordre de la faire sauter et dfl péni'lrer dans Bellegarde ii la suite de l'explosion aven trois compagnies de grenadiers délacliées de la brigadM C'habert. Dans la nuit du 1 1 au 12 juillet, Bondi rint niettrH des bombes h l'un ilcà angles do la tour. Mais l'explosion nefl fit pas, comme on croyait, l'efTet d'une mine. La maçonnerie J très épaisse, ne fut pas atteinte et les défenseurs de la touiw eurent le temps de voir les Français el do les cribler de mi'M Iraillo. Un cadet du régiment de Séville qui commandait c^| petit poste et qui, pour sa belle conduite, eut l'homieur de laÊ commander jusqu'à la fin du blocus, indiquait h haute void aux canonniers le point qu'ils devaient viser. Bondi effl ses hommes se retirèrent sur le col de Portell ' . I
Les semaines s'écoulaient. Le drapeau espagnol flottaitfl encore sur les remparts et l'artillerie envoyait par înter^ valles des coups de canon aux tirailleurs français qui sQn cachaient dans les bois voisins et aux volontaires qui veuaienM cueillir des raisins aux abords du fort. Jusqu'aux dernienv jours, soit par des tentatives de ravitaillement, soit par deM lettres énergiques, La Union soutint lo courage de Yalle^ santuro. Mais dès le l" août la garnison était réduite atifl quart de ration et désolée par le scorbut. Au mois do septembre, la famine se mil dans Bellegarde, cl chaque nuit des fusées parties de la place s'élevaient dans les airs pour annoncera La Union qu'elle avait Ijesoin d'un prompt secours " PérigDon m'apprend, écrivait Dugomuiior, que BellegarpU tire beaucoup de canon et qu'il est fort illuminé. " Le i un déserteur du régiment do Séville rapportail qim la pli
■.i de Dmiilarii cl île DesilariJes ^\. G.).
COLUOUHE ET BRI.LSOARDB 30$
gi'aniJe mist-re y régnait, que les malades n'avaifril jilus di> Tîande depuis quinze jours, que 1« pain et le biscuit étaient enliérenient fonsommés, que ht troupe ne recevait plus que (lu riz et quelques restes de salaisons. Dugommier ordonna de resserrer le blocus, et ileux bataillons allèrent camper à La Bajols'.
Enfin, le i7 septembre, un tambour, suivi de deux officiers, Beprésentait an poste des Écluses. Les parlcoieutaires espagnols furent conduits à Maureillas et do là au quartier général de Dugommier à Agullana. Ils remirent au général en clief une lettre de Vallesantoi-o. Le gouverneur disait qu'il croyait avoir rempli tout ce que son devoir lui dictait et qu'il céderait Bellegarde s'il obtenait une capitulation honorable. Dugommier répondit qu'il ne pouvait accepter aucune proi)osition, que la garnison devait se rendre h discrétion et attendre son sort de la générosité française, Vailesantoro répliqua qu'il était d'accord avec Dugommier,
Le 18 septembre, après quatre mois et douze jours do blocus, les Espagnols, au nombre de l.CHX) dont 400 scorbutiques, sortirent de Bellegarde; les uns furent menés à Perpignan; les autres, à l'ambulance de C<5ret. On se hâta de hisser sur le fort l'étendard français; mais on ne put trouver d'antre drapeau tricolore que Técharpe de Delbrel, nouveau représentant du peuple. Il fallait pourtant apprendre à La Union et à son armée par des signes éclatants que Bellegarde n'était plus espagnol. Le commandant de Perpignan eut ordre d'envoyer sur-le-champ un drapeau très large, très apparent, et ce précieux panllon républicain, comme disait Dugommier, fut arboré sur la partie do la place qui regardait l'Espagne'-.
La France n'avait plus d'ennemis sur son sul et, le 2 1 sep-
I. Happoris des 10-11 août, et Dugommier au Couité, 3 noùt et 11) ivp[. (A, G.}; — P. Delbrel, arl. cilf, se|>l., p. 63 ; — Mon., 14 noût. S. Dugommier à Motte. iO leiit, [A. G.),
30t UirGOMMIER
teiiibro, la Coiivontitiri Jécrotait que Trirméù des Pvrénê Orientales ne cessait pas de bien mériter de la patrie, ( Bellegarde prendrait désormais le nom do Sud-Libre, dm même que Condé-sur-Escaul avait pris le nom de Nord-LibraJ que l'évacuation du territoire serait wlébrée par une fétœ publique. 1' Celte nouvelle, dérivait le Comité à Delbrel, produit et produira sans doute une sensation d'autant [ agréable et d'autant plus vive que Bellegarde était le seul point du continent qui restAt encore au pouvoir de l'ei Nous nous attendons à de nouveaux succès éclatants de l part de cette armée. >j
Cotte armée, cnnime toutes les armées alors victDneusea,ij re^ut de la Convention un inimenHe drapeau tricolore, ga, do la gratitude nationale. Ce drapeau par excellence, palladium de la République — Dugommier le nommait ainsi fut présenté solennelle ment le 12 octobre, dans le camp defl Bellegarde, aux députés de chaque bataillon. Dolbrel le saluai par une harangue enflammée. 11 exposa pourquoi la Conven*]" tion donnait un drapeau à chaque année, et lorsqu'il eut dit t'a <• Voilà le drapeau des Pyrénées-Orientales, voilà le vôtre! il fut inlerrompli par des cris d'enthousiasme. Il remit las drapeau au général en chef. " Camarades, conclut-il, si Isfl victoire est douce, la reconnaissance l'est bien davantage.| Vous l'éprouvez en ce moment, nous l'éprouvons tous ejB voyant ce t^jmoignage glorieux et sacré de la Convention,! C'est lo fruit de votre courage, de votre confiance, d les travaux que vous avez si généreusement fournis pendant! cette campagne ! »
L'armée sut remercier la Convention. Le 3 novembreJ Despinoy, accompagné de plusieurs de ses frères d'armes*^ paraissait devant l'Assemblée et lui offrait vingt-cinq drapeaux et deux guidons enlevés à l'ennemi. >• Ordonnez,
u Gomits, 12 octobre (A. G.) ; — Pincnu, ;.
COLMOURE KT BELI.EUARDU
■écrit DugfjTiiniicr à la Convention, ordonnez qu'on laisse de l'espace dans le lieu oii vous les ferez déposer ; nous le remplirons le plus vite possible. " Sonbrany et Milhaud étaient ■daiia la salle. Dugomniier avait différé do quelques jours Je départ de Despinoy pour donner le temps aux deux députas Je gagner Paris et d'assister à la séance : " Après avoir partagé nos peines et nos travaux, disait Dugommier, il est hien juste que les représentants partagent le plaisir de nous voir applau lir. » Dcspinoy tint un langage digne de son géairal. Il ra|)poia les événements de la campagne, le Boulon, Collioure, Bellegarde, le territoire entièrement délivré, les Espagnols battus et dispersés, les fonderies et manufactures d'armes dévastées; il jura que l'armée des Pyrénées- Orientales achèverait d'écraser les tyrans, et il conclut en reproduisant les paroles de Dugommier : " Ce n'est point assez pour nos frères d'armes d'avoir précipité du haut des Pyrénées Tinsoleut ennemi qui osa les franchir, ordonnez qu'aux voCites triomphales du Temple de la Liberté une place soit destinée pour leurs nouveaux trophées, et bienlôt ils rempliront' ! "
On n'avail pas trouvé de drapeaux espagnols dans la place conquise. <' Bellegarde, disait Dugommier, n'a pas fourni une enseigne îi notre collection. >■ Toutefois le fort renfermait 68 bouches à feu, 40 milliers de poudre, plusieurs milliers de fusils, et, co qui valait mieux, ses fortifications -étaient intactes. " Dans cet état d'intégrité, marquait Dugommier, notre frontière se trouve toute protégée aux frais des Espagnols. »
Que deviendrait la garnison qui s'était rendue à dis-
Darfort, grenadier du 2S' • Soudey. chasseur du 0* balaillon; RoudiUr, lleutsaant de greondierj au 1 "' bataillon du Cantal ; Augereau jeune, aide ' camp: Duinail, adjoint â l'étui- major.