CHAPITRE Xll LA FONDEEŒ ET LIS LLOBREaAT
iBntiini de DugoLiiminT. — Efforts de Lb Union, — Lf HOU mettants, — L'ingënieur Gritndvoincl. — Auperenu à Saint-LBurant de la Mougn [6 inni). — Echec des soumntens (15 mai). — Imprestion produite par la prise de Sainl-Laurenl et de sa fonderie. — Meconlenttinenl de Diigonimier. — liolement d'Augereau, — Attaque de La Loion sur Saint-Laurent el la ronderte (19 mai}, — Désespoir de I^a ttnîoD, — Bravoure den Pram^ara et n'itamment île la brignde Mirabei. — RelrauchËRients de La Union en avant de Fif^iËres. — Cambat du Llubregat. (1 juin).
Pendant lo siège des places fortes, les lieutenants de Dugommier se battaient contre les Espagnols sans remporter de succès décisifs. Telles étaient les cnnséfiuenoes de la faute commise par le général en chef après le Boiilou. Il 'avait pas poursuivi les Espagnols alors dépourvus de canons et de matériel, et les Espagnols revenaient à la charge, non seulement pourdébloiiner Bellcgarde, mais pour bloquer les Français victorieux. Plutôt que d'employer tant de monde à l'investissement de Bellegarde, Dugommier ne pouvait-il ressaisir l'offensive? Sans doute il avait beaucoup souffert du coup de biscaïen (lui le frappa devant Saint-Elme ; la tnmcur causée par cette contusion et aggravée par d'excessives fatigues fut un instant affectée de gangrène, et il dut garderie lit durant plusieurs jours'. Sans
. Cf. Pineau, 501-.106. bulletin de la maladie, 9 juin, et lettre ilo Dugom-
n BU Comité, S juin (A. C), On peut, d'après la correspondance de
Laiaer, savoir exaclciiient son état de santé. Le 8 Juin, Jl eit opûré et
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iloute il la suite îles gramies clialoiirs, des flèvros malignes^ ^■étaient mises dans l'armée et les deux divisions droite et du centre avaient quotidiennement cent cinquante malades'. Sans duute les vivres manquaient parfois et ii (ifflcier écrivait dans une sorte de parabole en stj'Ie bi-l blique que les guerriers enduraient la faim " parce que Ifr grand chef était malade » , qu'ils n'avaient pas assex de mannsi; et qu'ils demandaient un sekel de plus par décade-. Mais^j d'après les rapports des déserteurs, la maladie sévissaitJ pareillement dans raniiéc espagnole et une nouveUe victoire aurait tiré les Français de leur détresse. Evidemm Dugommier n'était pas fait pour la guerre J'invasiou i large es-sor et aux vastes opMitiuns ; évidemment il c qu'il aurait rempli sa tâche et tîni sa mission s'il boutai l'étranger hors de France. Par instants l'idée d'envahir la ' Catalogne se présentait à son esprit. 11 mande le 8 juin que le blocus de Bellcgarde ne peut l'arrêter ni le retarder^ qu'dest en mesure d'agir, qu'il fera prochainement un mouvement général. Et ce mouvement, il ne le fait pas ! Il n'agit pas ! Il se contente de bloquer Bellegarde ! Il s'éloigne raèm& du 3 au 29 juillet pour visiter quelques points de la c6te^ Narbonne, Leucale, Agde, et se reposer trois semaines i Ventenac d'Aude!
saulagé. t.e 9, au malin, il aembte plui mal, d Lamer fcrit aux npTiaetttaiiti que sa maladie a prend des couleurs graves s, qu'on espère et tour t tour; mais le aoir, Dugommier est - ÎDllnimeut mieux •>. Le 10, llM eat encore a beaucoup mieux « que la veille. Leit, le mal a « cessé entiè-fl remenl ses progrès >. Le 11. le général se rétablit et sa guérison prochaiD»fl est assurée. En somme, comme l'a dit Desdorides, il ne ce»»e de donner^ (les ordres, et le service ne souffre pas de son absence.
1. Pervel, 11, l'ja. Dés le 27 juin. Dugommier avait prescrit d 'excellente» V mesures : balayer le camp tous les malins el l'arroser deux fois par décade,^ changer les lentes de place, étendre la paille au soleil et la remettie.j lorsque ]*air qui lourOnit après le coucher du soleil l'aurail tj rafralcbie, changer les lalrines de place deux fois por décade el recouTrïr les fosse», enterrer les chevaux morts à dix pieds de profondeur, mêler ilu vinaigre A l'eau que buvaient les troupes.
2, Hequéle aignée par le cbcf (te brigade Ueaupoil de Sainl-Aulairo. <Fervel, II. I37J.
I,A FONDEKIB ET LR L
Pourtaul, et comme l'a dit un soldat do cetic armée, pendant Tinvestissement de Bellegarde, les vainqueurs du Boulou inquiétaient l'ennemi, le troublaient, le hurrelaient, lu fatiguaient, le tenaient en échec '.
La Union avaif, après la journée du Boulou, offert sa démission. II assurait qu'il n'était responsable de rien, que LasAmarilla!) et le prince Montforte avaient fait tout le mal par leurs retarda et leur sottise, mais que le public lui attribuait le désastre ; i! voulait donc soit se retirer au coin de son feu, soit servir sous son successeur qui le surpasserait en talents militaires, et il écrivait au duc do Castel-Franco qu'il était presque sans armée, presque sans artillerie, et qu'il serait volontiers son lieutenant.
Du moins, s'il restait à l'armée, désirait-ii en cire le maître. Il déclarait que Las Amarillas avait causé le revers du 1" mai ]tour se venger de n'avoir pas en le commandement, que quelques cbefs le trahissaient, et Godoy lui conseillait de veiller, de se défier de certaines gens, de craindre la contagion des principes jacobins. " Tu as, lui disait le crédule ministre, plus de quatorze officiers des grades supérieurs qui ont dos intelligences avec les Français ; on me les a dénoncés; mais, obligé au secret, je ne puis to révéler le nom descoupables. Ji
Le comte sollicitait donc l'autorisation de punir ses subordonnés, quels qu'ils fussent, sans être astreint aux forme* judiciaires. Sur ses instances. Godoy réunit le Conseil d'Étal et, dans deux séances, il exposa la déplorable situation destroupes, la conduite suspecte de plusieurs généraux, la fataUf jalousie qui les dévorait et la nécessité de châtier Las Amarillas, d'investir La Union des plus grands pouvoirs. Mais, le roi, toujours débonnaire, répugnait à tant de sévérité. Godoy avait convaincu tous les membres du Conseil, et ils
i. Mol d'Albert su Direrloire. Ï3 mai 1738; —cf. Pineou, «M.
DDOOUUIE»
votèrent contre lui. " Personne, ècrivait-il à La Union, no i dit : mettons-nous à l'teuvre et faisons îles réformes. "
Derechef La Union voulut quitter l'armée. Maïs par qui le, remplacer? Quel militaire inspirait la confiance? Le ministre, j du la guerre, le comte de Campo-Alange, son intime î refusa sa démission. « Je soufi're, répondit-il le 12 mai à La Union, de te voir engagé dans un labyrinthe de circonstances défavorables, et pourtant je ne trouve que toi qui puisses rendre nos armes glorieusns, et le roi ne veut que 1 toi. 1. La Union garda le commandement, II n'y avait pas, ' disait-il, un bomme capable de résister à de tels coups ; mais il imntolait son honneur à son souverain, à l'État et à la religion ; il voyait sa réputation compromise et sa famille , abreuvée de continuelles amertumes; n'importe; il faisait \ son devoir, faisait ce qu'il pouvait, et même un peu davantage : « Seule la dignité des sentiments qui nous animent, marquait-il à Godoy, poun'ait suffire à nous conserver le 1 courage en présence de tous les obstacles où vient se heurter notre dévouement; occupons-nous de bien servir nos maîtres et laissons le reste. "
Actif, ardent, inlassable, il s'était hAté de reconstituer I sou armée, de renforcer les bataillons, de réorganiser le j matériel et l'artillerie, de rassembler des approvisionnements de toute sorte, de ranimer les troupes et de relever leur moral défaillant. 11 rappela les officiers qui s'étaienb' éloignés sous divers prétextes pour s'amuser à Barcelone. II obtint de la cour im ordre qui les obligeait de renvoyer i leur femme à vingt lieues au moins du quartier général. Il fit il deux reprises chasser du camp les filles de joie. Il I tjicha d'exciter dans les &mes le sentiinent de Tlionneur. Solano, son lieutenant, le même qui fut, on i8i)Q, massarré , par la populace de Cadix, désirait uu jour abandonner une i position périlleuse. La Union lui répondit qu'il fallait la défendre glorieusement; Sohiiio olijiTla qn'il perdrait son
tA rONDEniE ET LE l.LOBREQAT
artillerie, n Eh, perdez-la, répliqua La Union, mais perdezla avec honneur et que votre troupe la protège jusqu'au dernier moment et en tirant à Itrùle-pourptiint! »
Mais, malgré les efforts de La Union, le soldat était plus que jamais déconcerté, rebuté. Les officiera demeuraient insouriants, inertes. Comme auparavant, les généraux, salisfaits de l'avancement qu'ils avaient obtenu après la campagne de 1793, n'aspiraient plus qu'au repos, et la plupart, jaloux de La Union, qui était le plus jeune d'entre eus, ne le secondaient qu'avec mollesse'.
Il sut toutefois enllammer le patriotisme dos paysans de la Catalogne et provoquer un redoutable soulèvement des soumalens, ou, comme disaient les Français, des « soumettants». Dès les premiers jours de mai, on écrivait de Figuiëres que les soumatens arrivaient de tous cAtés en grand nombre, qu'ils étaient déjà dix-huit à vingt mille et que, sit<H organisés, ils seraient très utiles. Quelques-uns avaient à leur tête un franciscain, le P. Amhroise Bosc, et (les capucins. Ils tiraient bien, et ils étaient alertes, robustes, tout à fait propres à la guerre de montagne, mais fanatiques, souvent féroces, et dans sa lettre du 20 juillet à La Union, Dugomniier protestait contre la barbarie de ces Espagnols, qui mulilaîent les prisonniers français et tes brûlaient à petit feu -.
Augereau fut le premier qui livra combat aux souniatens. Bien qu'il eût onlre de ne pas passer la frontière, l'audacieux général qui joue dès lors le rôle principal et semble faire la guerre pour son compte, avait pris sur lui d'entrer en Espagne et d'occuper la vallée de la haute Mouga. Conit-il le mémoire que Dagobert avait remis, le 9 février,
), Boampnnen,:i:!3-.12i;— P. Delbpcl, lac. cil.. ai.ùl,6S5, 661,3 2. Doppet, Méi't., SÀÎ-iT-li. u Les aDumBlcu», c'est la leTiJe en m mnlen et lofsin sont synonymes. ■ (Furvi'l, 1, ',16).
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au Comité de saliH puMic? Pourquoi, disait Dat,'obert, ne pas 11 profiter, quand la chose paraîtrait faisable, clu jour que i reiitipnii pourrait laisser sur sa gauclio, pour passer un corpa ] de trois à quatre mille hommes, qui irait détruire la fameuse- 1 fomlene de Saint-Laurent de la Mugue et en même temps ] faire des visites domiciliaires â quelques villages de cett& j partie qui sont bien plus riches que beaucoup de villes ] d'Espagne?" Il est plus probable qu'Augereau suivit le»] conseils de Grandvoinot. Ce Grandvoinet, iugénieur-géo- ] graphe, nommé récemment capitaine du génie par les rom- 1 missaires de la Convention, désirait se mettre en évidence, j Dugommier le jugeait avec raison plein de zèle et d'actî- I vite, mais encore peu expérimenté dans la science de la. J fortification et propre à servir en sous-ordre. Il était né k ] Peq)ignan, il connaissait très bien la région, il avait fait la j campagne de 1793 contre les Espagnols, il avait dirigé le» I travaux d'Oms et de Taillet qui précédèrent la bataille du Boulon et pris part aux combats qui s'engagèrent sur lea J hauteurs d'Oms dans les derniers jours d'avril, il avait pré- ] cédé les colonnes de l'avant-garde le 1" mai à Céret. ii I Arles-sur-Tech, à Saint-Luurent-de-Cerdans. Ce fut lui qui détermina Augereau à se saisir de Saint- La urent-dc-la ] Mouga en lui représentant l'importance de la fonJene cL en offrant de le conduire sûrement k travers ce pays très difficile qu'il avait jadis exploré. Angereau, dît Dugommier, a marche » d'après la proposition de Grandvoinet dont il a reçu tous les renseignements'. »
Et Augereau triompha sans péril. Le 6 mai, au matin, ses 1 deux brigades, la brigade Mirabel et la brigade Guieu, accompagnées de :^1>J dragons, quittaient Saint- Laurent-de- j Cerdans et au bout de dix heures démarche, par des route» ] détestables, aiTivaient sur les montagnes qui dominent 1& j