‹ Dugommier, 1738-1794Chapitre 67 sur 102 · I.A FONDEFIE ET LE LLOBREO \T · texte numérisé non relu

I.A FONDEFIE ET LE LLOBREO \T

village lie Saiiit-LTiirent-iJe-Ia-Mouga. Uii Je ses aides de camp Tint aussitôt sommer les troiipo-s et la population civile <ie se rendre aux républicains. Mais les soumatens étaient là. Us tenaient les hauteurs et inlerceptaient les passages. L'aide de camp fut accueilli à coups de fusil et obligé de rebrousser chemin. Augercau détacha dos tirailleurs sur tous les points. Guieu, ii la tête des chasseurs, entra dans le villafie et, après une légère résistance, les soumatens «t tous les habitants déguerpirent- Mirabel, avec sa brigade *t le bataillon des chasseurs allobroges, se dirigea sur la fonderie. Elle était gardée par un bataillon de Malaga et un bataillon du Vallespir. Ils ne se défendirent même pas; ils «nclouèrent trois canons sur quatre qu'ils avaient; ils tentèrent d'incendier les forges et brûlèrent une partie des bâtiments; sur quoi ils se sauvèrent.

Cette débandade irrita profondément La Union. Il prononça la peine de mort contre quiconque fuirait en poussant des cris qui répandaient la panique. Le 10 mai, dans un violent ordre du jour, il rappelait à ses compatriotes la gloire de leurs ancêtres. Quoi! les Espagnols n'avaient pas su mépriser ces ennemis qui ne l'étaient que par force, qui détestaient leur propre cause t^iut en la servant, qui ne pratiquaient aucune des vertus morales et chrétiennes! Quoi ! il y avait dans une si valeureuse armée des misérables et des lâches qui, pour entraîner leurs camarades à une fuite honteuse, jetaient des cris comme ceux-ci : Nous sommes coupés! Que de monde ! La mitraille ! La cavalerie ! Fuyons !

Vaines menaces ! Les Espagnols se débandèrent encore ; ils crièrent encore " sauve qui peut », et aucune de ces défaillances ne fut punie de mort. A la fin de septembre, La Union fit fusiller deux hommes; il n'ordonna pas d'autre exécution dans tout le cours de la campagne. Il savait que les généraux et les officiers étaient les plus coupables et.

DUfiOMMIEK

dans sa 'Irniturf, il hi^'sitail. k n'user de ngueur qu' les simples soIJiits'.

Maître iIb Saint-LaureiiUde-la-Moiiga et de la Fonderie, Augereau prit ses dispositions pour s'y maintenir. De» bivouacs garnirent les haiitenrs. La cavalerie se posta dans 1 les gorges pour charger plus facilement l'ennemi qui viendrait l'attaquer. Les pièces espagnoles désenclouèea et de* pièces françaises furent de même placées dans les gorges. Il rappela les habitants fugitifs, non pour leur imposer des taxes, car la commune était très pauvre, mais pour le* prendre, disait-U, par la douceur; il leur promit aide et assistance; il déclara que, si aucun d'eux ne revenait dansles vingt-quatre heures, il les forait fusiller comme rebelles. Sa conquête le remplissait d'orgueil et de joie. L'établissement était superbe; il y avait trouvé GO.'XKI boulets de plusieurs caUbres. tous les outils nocessairea et quantité de lingots de fer. A l'en croire, la perte des Espagnols était J incalculable, car la Fonderie avait cofllé des sommes énorme» | et elle fournissait do projectiles Figuières, Barcelone et le* | places de la frontière. Il priait Dugommier de lui dire s'il devait rester ou rêtnigrader et, en ce dernier cas, démolir tout ; mais il croyait essentiel de conserver des forges qui seraient d'une si grande utilité à la République'.

Les soumatens vinrent, le 15 mai au matin, attaquer ses avantrpostes sur les hauteurs de Saiul-Laurent. Mais les patriotes faisaient le guet. Ils résistèrent avec vigueur et Augereau envoya sur-le-champ à leur secours quelques compagnies de chasseurs dont l'approche suffit pour mettre le» , pa vsaus en déroute. Guieu poiu-suivit les fuyards avec deux

Rnpporl d'Auftercnu 'A, G,;; — P. Delbrel, loc. cil., sept., 6T,1 ; — lai, III. !iD{Leltrc de MirBlieli.

!. Cr. ie rup[)urt d'Augereau sur les journôcs des 11 et IK nureul {K. G.J.

LA FONUEHIK KT LE LLOBREOAT

Tialaillons de chasseurs et la légion allobroge jusqu'à une demi-lieue do Figuièrea. Il trouva sur sou chemin des marques odieuses de la barbarie des soumatens. Un volontaire prisonnier avait été rflti dans une chapelle; un autre saigné au cou, mutilé par tout le corps, avait eu le foie arraché et ou lui avait mis dans la bouche les parties génitales. Augereau fut, k celte nouvelle, transporté de colère. Quelle f»^rocit6 révoltante, s' écriait-il, quels raffinements de cruauté! Ces forcenés, ces cannibules, étaient liien les vrais descendants des conquérants duMe^tique et du Pérou! " Le» principes philanthropiques, ajoutait-il. devaient pour un instant être mis à l'écart. Les créatures de l'Inquisition, les bourreaux des Incas ne connurent jamai!< l'humanité. De» monstres qui égorgent leurs frères par devoir, qui les brûlent par religion, qui les assassinent pour l'amour do Dieu, doivent disparaître de fa surface do la terre Une guerre révolutionnaire, une guerre à mort, sont les seuls moyen* d'y réussir. » Et il jurait de chasser les soumatens du château où ils se retiraient chaque soir ou de les brûler dans leur repaire ' !

Il n'avait pas manqué d'annoncer avec fracas la prise de la Fonderie, et la nouvelle provoqua l'enthousiasme. « Une division des Pyrénées-Orientales, (lisait Barèrc à la Convention, s'est adjointe par son courage k votre commission pour la fabrication des aniies. » La pointe d'Augereau était toutefois aventureuse, et il avait pris une position excentrique qui le mettait en grand danger. Il aurait dû, de concert avec Pérignon, couvrir le blocus de Bellegarde, et peut-être s 'éloignait-il volontiers do son collègue : les deux généraux, l'un, fougueux, emporté, tout plein de l'audace révolutionnaire, violent et populaire dans le langage et les allures, l'autre, modéré, calme, froid, gardant l'air et les façons-

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