I. tJ., rapport d'Augereau sur les jou
'9 drs 2G el SI Horénl.
«l'un officier de l'ancit'ii rt'giiiie, nV^laient pas toujui d'accord'.
Augereau n'avait à dessein informé Diigommior de f expédition que très tardivement et, lorsque sa lettre parvint] au général en chef, lo Fonderie litait en son pouvoir. Aussi,] dans le premier instant, Dugoniinier ne dissimulait pas soi^ nièconlentemeiit. " Nous voilà donc en Esp:igne, s'écriait-il, I par un incident imprévu ! ■! Il écrivit à son lieutenant que ] l'entreprise lui semlilait utile, mais qu'il ne fallait pas ti-op* s'écarter, que l'armée était déjà très éparpillée, qu'elle n'avait pas encore Colliouro et Bellegarde, ces •< ileux points capitaux qui devaient fixer l'attention ", et il recommandait à Augereau de ne pas aller plus avant, de ne pas dépasser* Saint-Laurent-de-la-Mouga et de ne « se permettre aucuiia mouvement â l'extérieur" qu'après avoir reçu les instnioB tiens du Comité de salut public. II l'engageait même, si lai chose était possible, k établir k Saint-Laurent-de-la-Moug»J une garnison suffisante et à revenir avec le reste de s troupes à Prats-de-Mollo et à Saint-Laurent-de-Cerdans. U'J blAmail donc la témérité d'Augereau, et, en revanche, ilJ louait la sagesse de Pérignon ; v Je te remercie, mar-l quail-il le m6me jour à Pérignon, de ne pas vouloir entrer! en Espagne et de ne voir en ce moment que Bellegarde ; il | faut nous rassembler pour ne pas perdre par une disséra nation imprudente les fruits de la déroute de l'ennemi. "Ht regrettait que la marche lémérmrc d'Augereau " dégarnit I sensiblement la chaîne nécessaire au blocus de Bellegarde cette fonderie de Saint-Laurent-de-la-Mouga, disait-il, occupa pait près de 5.000 hommes qu'il aurait emplovés à par-f faire l'investissement et îi compléter les mesures qu'il! prenait contre la place. Son chef d'état-raajor Lamer par-1 tagcait SCS sentiments. Quelle difficulté de joindre mainte- 1
. Fervel. II, 102 el 108.
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nant Augereau et que d'embarras il causait! Comment fournir à temps aux besoins de cette division ? Les moyens de transport n'allaient-ils pas s'user au commencement même de la campagne? Et lorsque, sur un faux bruit, Lamer crut que Dugommier commandait à Augereau de se replier sur Céret, il jetait un cri de joie.
Mais Dugommier n'osa pas envoyer à Augereau un ordre de retraite. Il accepta les faits accomplis. Après tout, concluait-il, la fonderie était importante ; elle appartenait aux Français, et « Futilité dont elle pouvait être à la République ordonnait de se gêner pour la conserver » . Il félicita Augereau : « Ton expédition est belle et bonne*. »
Ens'établissantàlaFonderiedeSaint-Laurent-de-la-Mouga, Augereau s'éloignait de la ligne française, qui n'était plus jirotégée sur sa gauche, et il donnait à la guerre une face nouvelle. On se battit dorénavant, non pas, comme d'ordinaire, aux abords de la grande route, mais loin des voies de communication, sur des montagnes reculées, en des solitudes sauvages. Nulle part le terrain de la Catalogne n'est plus bouleversé, plus sévère que dans cette vallée de la haute Mouga : un torrent qui roule dans une gorge étroite entre des rocs escarpés, presque nus, parfois couverts d'arbres et de buissons ; un pauvre village ; une fonderie ; çà et là des cabanes de bergers; des sentiers au bord de Tabîme et au fond des ravins.
L'impétueuse Mouga, qui sert un instant de limite aux doux pays, pénètre sur le territoire espagnol non loin de Saint- Laurent, contourne les rochers qu'on appelle rochers d'Albanya, puis la croupe de la Magdelaine, et, arrivée devant la Fonderie, se dirige vers le sud-est pour déboucher dans
1. Dugommier au Comité, 11 mai, à Augereau, à Martin, à Péri^^non, "7, 9, 11, 12, 16 mai; —Lamer à Dugommier, 11 mai (A. G.}.
lie-
PUGOMMIBR
la plaine il Pollt-(lL's-^[olliins et. se p en Ire dans les marais di la i:ôte. C'est sur sa rivo gauche f|U otaient situés Saint- Laurent et à trois kilomètres au non! de ce village, la fonderie du même nom. Sur la rive droite, entre la Mouga et 1» torrent do Terradas qui se jetle dans le Manol, se louoniie massif de la Magdelaine,
Aiigereau n'avait pas as^ez de monde pour occuper la Magdelaine, et il no put garder avec ses deux brigades qu& les bords de la Mouga. 11 pla^a la brigade Guieu sur la. rive droite en avant et à l'est de Saint-Laurent, la brigade' Miratiel à la Fonderie, et plus haut, à gauche, au hameau da Daruius, en face do la trouée qui st'parait la Fonderie du bourg d'Agullana, le 3' bataillon de la 39° demi-brigade conmiandé par le brave Pouraill^-'. Ce bataillon reliait ainsi la division Augereau aux premiers postes do la division Pérignon. Mais, pour aller de la Fonderie à Agiillana, il fallait marcher durant toute une journée par deux crêtes élevée» et paj" trois gorges profondes. La division Augereau étaitr donc isolée, et les Espagnols pouvaient d'un moment it l'autre s'établir au-dessus d'elle sur la moniagne de la. Magdelaine.
Aussi La Union coui;nt-il h* plan d'écraser Augereau, Son infanterie comptait 15.Û(K) hommes : 5.000 entre EspoUa et Vilarnadal, et 10.')00 en avant de Figuiéros. Sa cavale--, rie toute fraîche, et (pd n'assistait jias h la bataille du Boulou. se composait de 4.1300 chevaux. Ce n'était pas assez pour débloquer Collioure ou Bellegarde ; c'élait-assez pour vaincra notre division do droite et reconquérir [a.fâbrica de Saint-
1, Etienne Pourailly, né le H tvplembrc tï63 W Dayonoe, nnguéi cnpitnine des greiudjeri au \" bolnUlun îles Baises-PyriSnée». Il arrach le 23 novembre 1195, h Loano, deux druppuux aux ennemii et Fui chargi lie purter au DirecLuire lea Ëtondard» |iris bu\ Austro-Sanlee. Notiiiiié ch«l lie lu i' dooii- brigade, il périt au combnt de Sole le 3 août 17aU. On nt iloit |ias le confondre avec son frère cadet Rersard. nspilaine au :>' bataillon lie la légion des Montagonrd), qui devint général de brigade et baroo de l'Empire.
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Laurent. M;iis il éi)ar|Jilla son année au lieu de la former en masse et de la pousser droit sur la M-igdelaine.
Elle était répartie e» sept colonnes qui chacune avaient leur mission : la première prendrait Saint-Laurent; la deuxième et la troisième attaqueraient la Fonderie, l'une de front, l'autre à dos ; la quatrième emporterait Darnius et, après ce succès, rejoindrait la deuxième; la cinquième, paasanl entre la Mouga et la Fonderie, irait vers Couslouges couper aux Frant^ais leur ligne de retraite ; la sixième et la septième inqméteraiejit Pérignon et l'empêcheraient de secourir les Français qui gardaient Durnius.
Le 19 mai, h la pointe du jour, s'engageait le combat.
La première colonne eut aisément l'avantage. La brigade Guîeu n'avait pas de retranchements : elle fut délogée dn plateau qu'elle occupait et rejetée au-delà de la Mouga, jusque dans le village de Saint-Laurent.
La deuxième colonne échoua. Elle ne devait agir que lorsque ta quatrième colonne, maltresse de Darnius, aurait débouché. Après une assez longue attente, elle s'ébranla seule, et ses gardes wallonnes se déployèrent en tirailleurs à mt-c(Ste do la Magdelaine contre la brigade Mirabol, qui tenait en avant de la Fonderie et du pont dit de Saint- Sébastien plusieurs redoutes élevées sur des mamelons. A cet instant Mirabel sut le péril de Guieu. Sans balancer et avec la certitude que le canon de ses redoutes mettrait les Espagnols en échec, il courut h Saint-Laurent avec son artillerie légère ; il arrêta la première colonne qui pénétrait dans le village, il la refoula, et laissant Ouieu ressaisir l'offensive, il regagna son poste. Là encore il arrivait à temps : la troisième colonne avait exécuté sa manoeuvre, elle tournait la Fonderie, prenait ii dos la brigade fraut,'aise. Déjà Mirabel voyait, comme il dit, sous le choc des Espagnols qui se produisait avec une vigueur peu ordinaire, sa droite mise en déroule et poursuivie. Mais il avait prié
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Aiigercaii <\e lui envojer un bataillon. Aii^ercaii vint en per-l sonne, et, selon le mot do Mii'ahel. comme à point nommé^ Il avait avec lui le 6° l>ataillon de chasseurs comluit pal Bon. A la voix de Mirabel. quatre compagnies s'avanceaU rers lo centre de l'adversaire pour le rompre; elles gra->j vissent la pente extrêmement rapide de la montagne; puisai après une halte dont elles profitent pour se reposer et sej reformer, elles Tondent sur les Espagnols et les eulbutent.1 Sur-le-champ Augereau commande de battre la charge et dftl marcher baïonnette baissée. La brigade Mirabel se rallie renforce de trois compagnies, se précipite sur la droite des^ ennemis que Bon attaque de front ; ils plient et fuient e désordre.
Dans le même instant, la brigade Guieu chassait de Saint- 1 Laurent la première colonne et la rejetait sur l'antre revers'^ de la montagne dans la gorge de Terradas,
Ramenés do tous cJ'jtés, craignant d'àtre enveloppés, leal Espagnols se sauvèrent en poussant le cri que La UnioQj leur reprochait quelques jours auparavant : « Ils nous coupent ! Nos cortatï! » Mais ils furent vivement poursuivis. Lesl gardes wallonnes ne reçurent pas de quartier. Des volon-1 taires du 2' bataillon de la Haute-Garonne étouffèrent daiUil leurs bras les fuyards qui s'enlaçaient à eux pour éviter leur J baïonnette. " Tous les rochers, écrit Augereau, sont teintai de sang ; toutes les hauteurs, jonchées de cadavres. »
Sur les autres points, les Espagnols avaient également leJ dessous et n'opéraient que des marches et contre-marches§
La quatrième colonne ne put de toute la journée ei Damius, que le bataillon de la 39' derai-hrigade, animé pai son commandant Pourailly et secouru par le bataillon dw grenadiers des Bouches-du-RhOne, défendit avec achar^l nement,
La cinquième colonne s'acquitta do ^a tilche. Elit! dt mêmel
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davantage. Sous les ordres du neveu de La Union, le comte del Puerto, les 000 miquelets dont elle se t-omposait se glissèrent entre la Mouga et la frontière ; ils cheminèrent toute la nuit; ils attaquèrent le village de Coustouges et obligèrent le détachement qui le gardait à reculer sur Saint- Laurent-de-Cerdans ; si Augereau avait subi un échec, ils lui barraient l'accès du Vallespir; «ils étaieut prêts, reconnaît le général, à nous couper en cas de retraite ". Mais à quoi servait ce mouvement, puisque les colonnes qui faisaient le principal effort s'étaient dispersées?
La sixième et la septième colonne remplirent aussi leur mission, et en pure perte. C'était toute la cavalerie qui, soutenue pai' une brigade d'infanlorie, vint sur la grande route aux aborda de La Jonquêre, et un corps assez nombreux qui sortit d'EspoUa pour se déployer sur les hauteurs au Qord de Vilaortoli et jusqu'à Cantallops. Ces démonstrationa trompèrent Pérignon, qui n'osa dégarnir sa ligne tant qu'il ignora les événements. Mais, lorsqu'il apprit le succès de la Fonderie, au lieu de courir il Darnius et de dégager le bataillon de la 39° demi-brigade, il suivit lentement par la route, jusqu'aux abords de Pont-des-Moulins, les deux colonnes qui se retiraient'.
La Union était vaincu. Son armée n'avait [las montré la bravoure sur laquelle il comptait. Derechef et avec amertume il se plaignait de l'affaissement des âmes. Partout, des grades les plus élevés jusqu'aux derniers rangs, il remarquait l'indolence, le laisser-aller, l'apathie et même la peur. Il ne reconnaissait jilus les généraux qui. l'année précédente, avaient encore quelque entrain. « On ne songe qu'à la paix.
1. Rapport d'.Vugereau cl Itltre de Mirnbel à Augereau, ÎU mai (A. G,) ; — Gazelle de Madrid, n* « {telU-e de Lii Union) ; — Fervel, ir, 100-106. Augereau n'avait, dit-il, que SSO homme* tue* et blessfs.
<;mvait-il,pt (juc l'erai-je seul, tout scuJ, ijui' kari-, m/o, xo/t-1 simo ! »
Sa tristesse était d'autant plus profonde qu'il avouait sin-fl cèrement la vaillance et ^acti^^té de ses advereaires.J Hélas! ceux qui servaient la « bonne cause ", la cause dftl la religion et de la royauté légitime, étaient " paresseux* «t mous »! Ils ne combattaient qu'avec répugnance ettfl eommo malgré eux pour les i.iées belles et généreuses! Stg les Fran(;ai9, ces révoltés, ces impies, luttaient à outrancSV pour la fausse philosophie! •< Les Espagnols sont froids, disait La Union, et les Français s'éleclrisent ! Oui. rendons-] leur cette justice; parmi les plus grands dangers, nos enni mis se conduisent en héros. Ah! si nos gens s'enthousias-J maient à ce point' ! «
Il avait raison. Augereau parlait de ses soldats dans les 1 ménies ternies que La Union. Tous, litron dans son rapport» ' avaient montré le sang-froid et l'intrépidité qui caractérisent | les républicains. Pas un qui n'efit, dans cette journée mémo^l rallie, brûlé soixante cartouclies. Les canoimiers, ayant épuisé J leurs mêclies, mettaient le feu aux pièces avec des tisonsl embrasés, et Augereau avouait qu'ils avaient déployé toutes l'énergie possible. Désormais cette division, qui venait dffi faire un si vigoureux effort, se regarda comme une di^isionJ d'élite. Elle n'eut que niéprin pour ceux qu'elle nommait leS-I automates de rimbécile tyran de Madrid. Elle répéta ce mot I dn représentant Milhand que les frani,-ais. qui n'étaient que I 5.000, avaient, quoiqu'ils fussent cernés, battu 15.000 Espa-* gnols. Avec quel accent superbe Mirabel glorifiait sa brigade II n La République, écrivait-il, peut mettre cette jotiniée f nombre de celles qui font sa gloire. Pour la seconde foi» ((De D<\n Quichotte La Union attaque la division, il a le beci jaune. Qu'il y revienne encore, il sera toujours châtié. .\vc<vfl
'. Dcllirel, loc. c