‹ Dugommier, 1738-1794Chapitre 73 sur 102 · Hec. Aulnrd, XIV, GU*; — Dopptt, -M^ni · texte numérisé non relu

Hec. Aulnrd, XIV, GU*; — Dopptt, -M^ni

348 DUOOMMIER

Porte à Dugommier, n'en imposa pab aux soldats ; tous me promirent obéissance et jurèrent de vaincre ou de mourir avec moi. » Au soir, quelques Suisses désertaient et venaient au camp de Montarros, comme dit Dugommier, se jeter entre les bras des républicains.

Une action plus sérieuse eut lieu trois semaines plus tard. Les incendies, les pillages, les profanations avaient inspiré dans la Cerdagne entière l'horreur du nom français, et les paysans, animés d'une haine implacable, se soulevaient partout à la voix de leur clergé. Le 26 juin, 10.000 Espagnols, dont 7.000 soumatens, débouchaient des gorges de la Sègre en vue de Bellver, les uns par la rive droite, les autres par la rive gauche. Le général La Cuesta était à la tète de ce rassemblement; il avait avec lui 400 cavaliers et 3.500 fantassins qui venaient de la Seu d'Urgel : régiments de la Reine, de la Princesse, de Girone, de Saint-Gall, détachements de divers corps et 400 dragons du régiment de Numance.

Porte, averti par un Andorran, « homme de confiance », se tint sur ses gardes et se défendit avec la même fermeté qu'au 8 juin. 11 avait conservé les deux villages de Pi et de Talltendre. Le futur général Dessaix, chef de la légion des Allobroges, était à Pi. Un ancien sergent du 70% capitaine à la légion des Pyrénées, puis au 29* régiment de chasseurs, l'intrépide Belichon, occupait ïalltendre avec 200 hommes du l'"" bataillon de la Montagne ^

Belichon fut assailli dès trois heures du matin, et il dut abandonner Talltendre à quatre heures. Mais, s'il lâchait le village, il ne lâchait pas le terrain. Il s'établit à six cents mètres de là sur un rocher qui devait, en cas d'échec, servir de réduit à sou détachement, et les Espagnols, passant outre, se dirigèrent sur Puycerda.

1. Belichon était de Carcassonne ; il donna sa démission en Tan V^ puis reprit du service et, après avoir été grenadier prés la représentation nationale, obtint sa retraite comme capitaine du 93*.

Pendant ce temps, Uessaix était attaqué sur la rive gauche lio la Ségre dans le village de Pi. Ses hommes résistèrent avec la plus grande opinifttroté. " Je voudrais, dit Porte, exprimer la manière don t les braves AUobroges reçurent l'Espagnol : infanterie, cavalerie, tout ce qui se présentait était dispersé par leur feu. " Lorqu'il eut épuisé ses munitions, Dessaix se replia sur Montarros. Les ennemis le suivirent de loin, prudemment, non sans hésitation, et ils finirent par se concentrer à Taillo, on face du camp.

A cet instant Porte sort de ses retranchements. Il met sa troupe en bataille derrière le pli de terrain qui protège son front de bandière, et il envoie vis-k-vis de Taille STtO Allobroges commandés par Dessaix, avec les deux compagnies d'éhte du 6' bataillon de l'Ariège et une pièce de 2. Les Espagnols se divisent alors en deux colonnes. L'une se jette sur le camp; l'autre, surles AUobroges, La première, trompée par le rideau qui couvre la ligne française, vient, à dix pas, essuyer un feu terrible de mousqueterie que dirigent contre elle les grenadiers et chasseurs des Hautes-Alpes, les grenadiers du 2' bataillon de la Montagne et le bataillon des Vengeurs. La seconde, forte de sa supériorité numérique, aborde résolument les AUobroges et les Ariégeois, les cerne, les accable malgré leurs efforts désespérés ; mais trois compagnies du bataillon des Vengeurs, criant en avant, en avant, arrivent au pas de charge à l'aide de leurs camarades et, après les avoir dégagés, tombent sur le liane do la colonne qui reculait en désordre. De toutes parts, les Français s'élancent baïonnette croisée. De toutes parts les Espagnols s'enfuient, Chavardès, chef du bataillon des Vengeurs, — un blessé de Jemappes qui fut adjudant-commandant sous l'Empire, — leur donna la chasse jusqu'il Montella.

Cependant la colonne de i.OUO hommes, quis'étaitemparée de Talltendre, se répandait avec confiance jusque dans la plaine de Puycerda. Elle faillit se trouver entre deux feux.

Par un singulier concours de circonstances, dans cette matinée, la troupQ do Doppet, écliapjM>e de Cainprodou, entrait, à. Montlouis, et Doppet, qui venait de conférer au Boulou avec Dugommier, regagnait au même moment son quartier général. Les soldats étaient exténués par trois semaines de marches forcées dans la montagne ; mais bien qu'ils eussent fait une étape ce jour-là, bien qu'ils prissent alors le logement, ils se remirent gaiement en route pour aller à Puycerda au secours de leurs camarades. Un bataillon était nupieds, et Doppet hésitait à l'emmener; les hommes coupèrent ta peau de leur havresac et en firent des semelles qu'il» attachèrent sucis leurs pieds en disant à leur général qu'il» iraient changer de chaussures avec les Espagnols.

Doppet ne sut arriver à temps, et son mouvement n'eut d'autre résultat que de rassurer les habitants de Puycerda qui se hâtaient déjà d'envoyer leurs bestiaux à Montlouis. Les Espagnols, coupés de la Seu d'Urgel, purent, en jouant dos jambes et parce qu'ils connaissaient la région, se sau%'er dans les montagnes. Ce fut Porto, ft non Doppet, qui leur tira les derniers coups de fusil. Sur l'ordre de Cbarhrt venu exprès de Puycerda à lîellver, Porte s'embusqua avec 20(1 hommes dans le petit bois do la lîaatidc, et lorsque les Espagnols passèrent, il les assaillit par une décliarge à bout portant, les poursuivit jusque dans les neiges. Co ne fut qu'à iliï heures du soir qu'il s'arrêta. Ses .soldats étaient hai'assés. Il ordonna pourtant â quatre Allobroges qui l'escortaient de prendre quelques Espagnols qu'il apercevait à peu de distance et qui ne pouvaient plus marcher. Un de ces Allobroges, épuisé de fatigue, lui dit avec impatience : i< Quand il est question de marche, on fait toujours aller les Allobroges ; mais, quand il est question d'eau-devie, c'est autre chose; je n'irai pas.» Porte, irrité, le saisit au collet, le désarma, et menaça de le traduire devant la commission militaire. L'Altobroge demanda grico; ses cama-

RIPOI.L KT BELLVER 331

radiîs iiitercéiièrent en sa faveur, et Porte lui acrorda son pardon s'il amenait ilans quatre minutes quatre iirisoiiniers. L'Allobroge amena quatre prisonniers quatre minutes plus tard. Les Espagnols capturés durent porter le butin des Français : huit mille cartouches el quatre caisses de gargousnes. Chaque soldat avait deux ou trois fusils. Le lendemain matin, une cdloone, partie de lîellver, s*avan(;a!t plus loin encore dans les gorges de la Llosa, et elle trouvait sur la neige des caisses de cartouches, des armes, des ustensiles de toute sorte.

L'ennemi, accueilli partout avec vigueur, selon le mot de Dugommier, et « partout renversé », avait 600 blessés, 300 tués et 200 prisonniers. La journée dn 26 juin était donc très honorable pour la division. Elle fut peu connue. Les contemporains crurent même que les Français avaient pris cette ville de Bellver qu'Us défendaient et que Dagobei-t avait conquise dés le 20 août 1793; on Ht dans le Tableau des campagnes, imprimé par ordre de la Convention : «prise de Bel/ver te 8 mesiidor ». Mai» la leçon que les Espagnrds avaient reçue était si rude qu'ils ne firent plus aucune tentative sur la Cerdagne. Dugommier désira que Doppet se tint Bur une simple défensive et il appela bientôt dans son camp une grande partie des troupes de la division. L'adversaire, qui se souvenait du 26 juin, ne bougea pas'.

Quelques semaines après, Doppet retomba malade et dut s'aliler. Il voulait se retirer à Pradea pour se guérir. Dugommier répondit qu'il n'avait ni ordre ni permission â donner à Doppet qu'il regardait comme un général en chef, que le Comité ou les représentants pouvaient seuls l'autoriser à s'éloigner, et ce fut sur un arrôté du représentant Delbrel que Doppet so rendit à Prades-.

1. Rapport lie Porte i CtiarletfA. G.); — ChnMien ù Bouinrel. il juin (A. G.): — lloppet, Méin., JOi — Fiirvci, II, liii-131. a. DugoLumier nu Comité-, SU Juin, et à Dulliret, 33 oct. [A. ù.).

nunoMMiER

Le 15 se]itembre, Diigomriiior le remplaçait par Charlet.j

Cliarlet fit parfois des reconnaissances sur sa gauche pom sonder les forces de l'ennemi et, comme il dit, pour excite la désertion par la vue de l'uniforme français les Suisseï qui servaient dans l'armée espagnole.

Le 2y octobre, il quittait Puycorda à la tète des grenadiers «t des chasseurs de «a division. Il se portait par le pla d la Anella sur le camp deTusas; h sa gauche, l'adjudant* général dilly marchait par le col de Mayens sur le villagi de Tnsas ; à sa droite, l'adjudant-général Devaux se dingeai de Bellver sur les passages de Jou et do Pendix.

Charlet comptait surprendre le oamp de Tosas; il ne p que déloger 200 miquelets d'un rocher voisin. Lei Espagnols avaient eu vent de son approche, et une lettre qu'il trouva dans l'habit du Commandant lui prouva qu'un confitlenU un adroit espion, avait donné la veille à l'adversaire dei nouvelles, des noticias qui, « presque toutes, étaient vraies» Pas un mouvement dont les Espagnols ne fussent informés dans ces parages : les habitants suivaient les colonnes républicaines, et dès qu'ils avaient vu quel chemin elles prenaient, ils couraient par des sentiers plus courts ave leurs compatriotes.

Do concert avec Gilly, qui s'était emparé de Dorria, Charlefl gagna Castellar de Nue. L'attaque do ce bourg, a difl Dugommier, fut remarquable. Les habitants étaient de cou-j ragoux contrebandiers qui bravaient jusqu'alors les effort des Français et récemment dans l'expédition de Camprodoi l'adjudant- général Pellenc leur avait inutilement envoyé d bombes pendant quelques heures. Ils avaient sept retranche) ments formés les uns derrière les autres par des lignes t rochers dont la nature semblait avoir fait des parapets, un bois très touffu assurait leur retraite. Leur bourg, entoura d'une muraille, comprenait trois parties séparées par uiU assez grosse rivière, et les maisons, celles du moins qia

RIPOLL ET BELLVER 353

regardaient la campagne, étaient crénelées. Pour récompenser la résistance opiniâtre qu'ils avaient de tout temps opposée aux Français, le roi venait de leur donner un drapeau blanc aux armes d'Espagne et une garnison de cent hommes qui protégeait tous les villages voisins. Charlet défendit à ses soldats de tirailler contre des gens qui visaient mieux qu'eux et à couvert. Les tambours battiççijj; la charge, et les grenadiers et chasseurs s'élancèrent à l'assaut. Ils ne purent se saisir de ce fameux drapeau que les paysans, dit Charlet, arboraient avec tant d'emphase et qui fut plusieurs * fois en danger; mais, en moins d'une heure, ils enlevèrent les retranchements l'un après l'autre. Ils livrèrent auxflatnmes les maisons crénelées et tout ce qu'il était impossible d'emporter, caisses de munitions et dépôts de blé. « Tout^ écrivait Dugommier, a été détruit, renversé, et le décret de guerre à mort exécuté sur les Espagnols que l'on a pu atteindre ». Charlet eut un mort et neuf blessés, au nombre desquels un capitaine de miquelets et le brave adjudantgénéral Porte. Comme toujours, le héros de Bellver payait de sa personne; il eut son cheval tué sous lui et reçut un coup de baïonnette à la jambe et une balle à la cuisse droite*.

1. Charlet aux représentants, 24 oct. et 2 nov. ; — Dugommier au Comité, 2 nov. (A. G.) ; — Fervel, il, 316-317.

Page 1