CHAPITRE XVI LA MONTAGNE NOIHE
Projet J'invaiiLon eu Es|)agnii. — Impatiente lir. l'année. — Uugoiiimier a Saint-Laurent de Cerdnna. — Plan cle Bonniinrle et d« Robespierre jeune pour dégarnir l'iirniêE des Pyrénées- (tri en Inles. — Lettre U'Aiiilte et plaintes de Dugoiiiniier. — Ordre de l^rnot d'attaquer Roses. — Dénûment des troupes. — Pénurie de rounage» el détresse de la cavalerie.
— Les représentants Delbrel et Vidal, — Energie el activité de Delbrel.
— Infruclueuï efforts du ciinventionneL — L'ûtfeûïiïe. unique reslouri'e. — Les forliGcations de La Union. — L*Bruiée fram^aise reccmslituée. — Le» bataillons de chasseurs. — Plan de Dugoiumicr. — Balnille du 11 novembre. — Augereau. — âa jonction avec Dnvin. — Déroute complète de la gauche espagnole. — Echec de Sauret. — Duguutmier tué par un obus. ^ Le commanda ment conilé par Deilirel & Pérignon. — La bataille interrompue, reprise le 20 novembre. — Mort de La Union.
— Dugommier enseveli 6 Bellegarde et plus lard â Perpignan. — Hommages rendu* à sa mémoire. — Sa Tamille.
A deux reprises, poDclant qu'il investissait les places du Houssillon, Dugoiumier avait projeté d'entrer en Catalogne, Au milieu de mai, il demandait à La Martillière si l'arméEavaitassez de canons et de munitions pour assiéger Figuières et il priait le général d'artillerie de disposer tous les moyens nécessaires au succès d'une invasion en territoire ennemi. En juillet, il pensait à porter à trente lieues eu Espagne uit corps de 20.000 hommes de toutes armes, et Laraer s'eiiquérait auprès de La Martillièro pour savoir combien il faudrait de chevaux et de mulets itour traîner l'artillerie de siège et de campagne'.
1. Dugommier et Lanier k La Martillière el aux représentants, 16 mai, 11 et 33 juillet (A. G.), On constata que, si 20.000 humtnes pénélrnîent a trente lieues en Espagne el y séjournaient un mois, il fallait SI.S66 bêles
Les représentants semblaient caresser la même iilée.l Dans une circulaire qu'ils envoyaient, le 24 juillet, aux dis^ tricts, MilhancI ol Soubrany annonçaient que la Tatalognei verrait prochainement flotter de toutes parts le drapeai|l tricolore. Ils mandaient au Comité que. cette province étaja^ « mfire iK>ur iiuo révolution », f|u' elle accueillerait bien lesj républicains, et dans une lettre que Barère lut le 11 aoâtj à la Convention, ils exprimaient l'espoir qu'une^ action déci<4 sive, semblable à celle du Boulon, donnerait dans le moisi de septembre la Catalogne aux Fran<;ai3'.
L'armée attendait avec impatience le signal de marcher e avant et, selon lo mot des représentants, de frapper Is9 tyrannie jusque dans ses rojiaires. Lanier n' écrivait-il pas aaa commencement rie juin qu'un ferait dans peu de jours imefl « attaque générale ■ <> ?
Mais tes jours, les semaines s'écoulaient, et Diigommier,! tout en reconnaissant qu'il avait franchi les Pyi-énées, ■< ceiT fameuses montagnes », marquait au Comité qu'il no ponvalH aller plus loin parce qu'il était •: arrêté par les besoins en tould genre d'une armée qui s'éloigne do ses ressources natu'l relies ", qu'il " se bornait Ji faire sévèrement le blocus < lîellegarde ", et son chef d'état-major priait AugereauJ Pérignon et Sauret de calmer l'ardour fies troupes, rie leuri démontrer n pour que leur courage bouillant ne souffrit paaj trop de ne pas encore combattre ", que des motifs împérieu» commandaient un retard dans les opérations^,
Dugommier paraissait ne plus songer à la guerre. A la flii d'octobre et dans les premiers jours de novembre, il inspecta les camps et positions de l'aile droite. Il visita durant cett^ tournée le fort de Prats-de-Mollo, Coustouges, Saint-l^urent^
I. Circulaire du H juillet [A. G.]: — Rer. Aulard, Xtll, t^S; — Mon. AtM li août. ■
a. Iji Mi^l. françam. 14 janvier IBOn, p. fig. 3. Diiginiiinier nu Coiiiil*, IjuiUel; — et Laitier aux jiénêraux, 2 juillet
ijl montagne noire
■<le-Cerilaiis. Les redoutes qu'il avait prescrit de construire dans cette partie de la frontière étaient entièrement achevées. Il donna surtout son attention à Saint-Laiirent^de-Cer- (lans. Pour protéger cette importante commune, son lieutenant Davin avait fait tracer une redoute à double enceinte dans une situation favorable, et Dugommier proposait d'établir en cet eTidroît, le seul oii l'ennemi pouvait avec quelque succès tourner l'arméo française, un second Bellegarde. un fort pourvu de tous les moyens de résistance et imprenable. Il enjoignit d't^largir de dix à douze pieds le chemin qui menait ■d'Arles à Saint-Laiirent-de-Cerdans et à Prats-de-Mollo : c'était faciliter les transports de toute espèce, et si l'on -objectait que cette route servirait un jour contre nous, Dugommier ré|)ondait qu'elle était dans toute aa longueur bordée de positions et de précipices qui la rendaient extrêmement aiséfi à défendre et qu'elle offrait aux ludntants une nouvelle voie de communication qui « étendrait le commerce et vivificraiL tout le pays* ».
Il ne prenait donc que des mesures de défense et l'idée <Je l'offensive semblait bannie de son esprit. LeC^jmité n'envoyait aucune instruction, aucun plan. Carnot s'était fait remettre le 5 mai par le garde du déprtt des émigrés un manuscrit de la Campagne du maréchal de Noailles en 1689. Mais la Belgique, la grande opération du passage do la Sarabre, la marche des armées du Nord et de la Moselle qui, selon son expression, alimentaient les journaux affamés de victoires, avaient, pendant l'été del794, absorbé son attention. Si le Comité jeta ses regarda vers les Pyrénées-Orientales, ce fut pour déclarer la guerre Ji mort et pour recommander aux représentants de détruire la fonderie de
1. Dugommier au Comité. 3 duv. ^A. ti., et Pinenu, ëOGI ; le chemin qu'il lit (élargir en 179t a 6té depuis Ironiform^ ca ctiemin vicinal de grnnrie -communication, dit de ^aint-Lnurent h Datera; quant aiictiemin d'Arles a Prata de MoUo, c'est aujourd'hui une grande route (Vidal, III, îï*, note).
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Saînt-Laurcnt-tie-la-Mouga, tle prodanicr la Uépultlîqui catalane etd'expédier dans les (iépartcmeiitsde l'intéricurls bêtes à conieH et surtout les béliers à laine fliie qui seraiei pris sur le territoire espagnol'.
Lo Comité voulait même, au fort de l'été, dégaruïi l'armée des Pyrénées-Orientales ainsi que l'année précédenfl au mois de décembre, lorsqu'il projetait d'écraser Toulon. '. représentants aux armées des Alpes et d'Italie, de la Porte, Saliceti, Ricord, Augustin Robespierre, entrq nés par le fougueux génie de Bonaparte, méditaient aie de saisir l'offensive et de lancer en Piémont une ( armée dont les succès rapides — c'était leur mot — étoni raient l'Europe. Occuper la vallée do la Stura, pousser s Turin et abattre, comme ils disaient, le trône sard( hjr la l>ombardie et, par les débouchés du Tvrol, attaqoi l'Autriche de concert avec l'armée du Rliiii, tel était 1 plan.
Carnot regimbait. Il désirait garder la défensive c Midi, et un arrêté du Comité qu'il obtint le 3 juillet, port que l'armée d'Italie et celle des Alpes se borneraient J prendre Coni, Demont et Ceva. Encore devaient-elles assurt avec soin les communications entre Nice et Oneille t laisser du monde dans les places de la cAte et principal meut à Toulon.
Mais Augustin Robespierre vint à Paris. Il avait en mai un prajet do Itonaparte, une « note >• sur la position pol tique et militaire des armées françaises de Piémont d'Espagne. Comme Bonaparte,' il opina qu'il fallait a\ tout frapper l'Autriche et la frapper non eu Espagne, B eu Piémont. Faire la guerre en Espagne, c'était faire i guerre séparée, tme guerre absolument isolée, » qui n'éta point dans l'esprit général « de la lutte entreprise ]
■, Aiilara. Xdl. -Jal, ilC, .yii, 1*3, 1
l.A MnNTAiiXB N'UIHE 403
RévoUitiiin. A quoi Ijon s'emparer de MaiJciJ 7 La nation espagQuIe patiente, fière, supers lilieiise, ne serait-elle pas redoutable si elle était « pressée chez elle .i ? Et avec Bonaparte, Augustin Robeapien-e conseillait de tenir la défenaiva sur lafrontière d'Espagne , d'adopter l'offensive sur la frontière du Piémont, et, par suite, de donner aux armées des Alpes ef d'Italie tout ce qui deviendrait inutile à l'armée des Pyrénées, chariots et canons, cavalerie et infanterie ',
Aidé du crédit de sou frère aîné, Augustin Robespierre l'emporta, et Carnot avouait plus tard que les deux Kobespien-e élaient arrivés à leur but, que les instances de l'un et la " tyrannie » de l'autre lui avaient arraché son consentement. Le Comité résolut l'invasion de l'Italie; on tâcherait de révolutionner Gênes ou d'en tiier uno grosse somme 'd'argent; on entrerait non seulement en Piémont, mais en Toscane oii on lèverait une contribution de vingt millions ; x>n prendrait quelques milliers d'hommes à l'armée des Pyréii^>es-Oricntaies comme à celle des Pyi-énées-Oecidentales; Dngommier conimanderaiL les tnmpes, h moins que Milhaud et Soubrany ne crussent nécessaire de le conserver sur la frontière d'Espajïne-.
Dugommit;r Ignora sans iloute qu'Augustin Robespierre lui destinait le commandement d'une armée chargée de conquérir le nord de l'Italie. Mais il sut qu'Albittc avait '.prié Milhaud et Soubrany d'envoyer sur les conSus du 'Piémont 6.000 hommes de l'armée des Pyrénées-Orientales, Il s'écria aur-le-cliamp que les représentants rievaient
ajourner la motion d'Albitto •>, qu'on ne pouvait » faire droit à cette demande, sans compromettre l'intérêt, de la République ", que son armée était hors d'état de fournir ces
1. Cetre Tnmeuse noie eat évldaiiimeat 'lo Bonaparte; toot le prouve, le ■tyie, le raison Di?nient Tort et ilense. l'écriture {celle de Junot) et le papier
{ixlui lie l'état- m H) or de l'artillerie de l'armAe d'ilnliej.
2. Raiiporl ■l'un nifeni hollandais A l'aris, 13 juillet {tlerur /lUIi/rii/iie, «epl.-oi't. ISTi, p. lllj.
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La journée du 9 thermidor ou 27 juillet le rassura. Caniot repHt son ascendant dans le Comité et de nouveau dicta plans de campagne. Exécuter les desseins ries Robespiei diaait^il le 13 aoCit, c'était exposer los frontières de Frai abandonner la Corse, livrer Toulon et les demères de méo d'Italie à l'invasion; c'était paraij'scr les armées Pyrénées -.
Le vainqueur du Boulon ne craignait donc plus qu'une décision du Comité vint bmsquement diminuer le nombre de ses bataillons, et après la reddition de Uellegarde, Carnot lui commanda l'utTcnsive. Dans une lettre du 25 scptem) au représentant Delbrel, l'-iorganisateurde la victoire " en| geait Dugommierà se concerter avec Moncey, gémirai en chefde l'armée des Pyrénées-Occidentales, poum faire trembler le tyran de Madrid et l'obliger à prendre des mesures qui pussent indisposer le peuple contre lui. " Carnot croyj qu'il serait téméraire d'attaquer la forteresse de Figuibi avant d'avoir dispersé totalement l'armée espagnole; nii il pensititquc Dugommier pourrait enlever le petit port Roses, consolider ainsi la gauche de la frontière françaï: et jeter la terreur jusque dans Barcelone^,
En réalité, ie ilém'iment de l'arriée an-ètait Dugommû Abantlonnée à elle-nicmc, et, comme disait le général, laisi eu souffrance, condamnée à la nullité, cette armée sembli oubliée du Comité. « La situation, écrivait Dugommier Moncey, n'est pas brillante; noua sommes très afTaiblis, je ne vois pas jour â rien entreprendre de saillant et d'h» reux '■ Il