‹ Dugommier, 1738-1794Chapitre 86 sur 102 · Carnot h Delbrel. 23 ie|it. (A. G · texte numérisé non relu

Carnot h Delbrel. 23 ie|it. (A. G

(. Dugommier A .Moncey. ^ eel.. et au Comité, 8 rici. (A. G.).

LA MOKTAOKE KOIBB

WS

Avait-on Jos moyens de transport qui poiirruîcnt suivn? et seconder tous les mouvements de l'armée lorsqu'elle s'enfoncerait en Catalogne? Avait-on asseE de magasins dans le RouBsUlon pour nourrir le soldat pendant un mois ou deux?

Avait-on assez de poudi-e pour assiéger Roses et Figuières, qui n'étaient pas « dos morceaux à baïonnettes "?

Avait-on assez de troupes à cheval et qu'étnienl-ce que trois régiments, intrépides et aguerris, il est vrai, mais incomplets : 1" hussards, 15° dragons, 23" chasseurs? Cette poignée de cavaliers oserait-elle déhoucher dans les plaines de l'Anipurdan et braver les escadrons espagnols? Ses clieTaiii vivraient-ils encore lorsque Dugommier voudrait ae porter en avant? Dans la seconde quinzaine d'octobre et dans la première quinzaine de novembre, les fourrages firent à peu près défaut. A certains jours et trois jours de suite, les bètes n'eurent pas de foin. Quelques-unes moururent. Beaucoup maigrissaient à vue d'œil. « FauUil donc, demandait Mamet, chef du 22' régiment de chasseurs, qu'elles s'accoutument à ne plus manger? Et aurons-nous la douleur de les voir périr? » Dugua lui répondait quêtons les chevaux, chevaux de la cavalerie, chevaux de l'artillerie, chevaux des charrois, étaient dans une situation pareille, qu'il fallait les nourrir en ramassant de l'herbe et de la paille. Mamet répliqua qu'il n'y avait d'herbe ni de paille dans aucun endroit, que le son même manquait, qu'il serait bientôt environné de chevaux morts, qu'il aimait mieux bivouaquer à lavant-garde une carabine au poing que d'avoir devant les yeux ce misérable spectacle qui le faisait frémir. Le 29 octobre, Dugommier ne pouvait se rendre du lîoulou à Saint- Laurent-de-Ia-Salanque pour passer une revue, parce que fies chevaux et ceux de ses officiers n'avaient reçu que la demi-ration : il ordonna de fournir la ration complète; les agents du Boulou la refusi?rent! Dans cette extrême pénurie lie subsistances, le général, qui maudissait vainement la

<i nonclialance impardonnable •' de l'adminislration, dut ployer sur le front de l'armée une seule compagnie d'artillerie volante et laisser sur les derrières les deux autreS' compagnies ainsi qne la cavalerie'.

Les honjmes même étaient mal nourris. Dugommier finit par craindre que l'armée ne moiiriH de faim. Le pays oîi ellft rivait était épuisé. Les petites voitures à deux roues qui transportaient les mimitions de bouche s'acheminaient lentement sur des routes défoncées. Des li.OOO quintaux de farine. quotidiennement indispensables les troupes n'en recevaientque 10.000.

Les représentants Vidal et Delbrel usèrent de vigoureux moyens pour remédier h tant de maux, Vidal, malade, ne; fit que paraître k l'armée, et, s'il se rendit «n jour à Lyonpour obtenii' du foin et de l'avoine, s'il convoqua à Nlmes! les agents nationaux dos districts pour délibérer avec eu; sur la disette des fourrages^, il passa le reste de son temps à Montpellier, oii il rétablissait sa santé. Delhrel eut donc lerfile essentiel. C'était un pelit homme très énergique etrésohi. Avocat à Moissac et procureur de la commune, il' s'était démis de ses fonctions et engagé comme volontaire. Élu par lo département du Lot à la Convention, il avait voté la mort de Louis XVI, à la condition expresse de surseoir, jusqu'à ce que l'Assemblée eCit statué sur le sort de tous les^ Bourbons. Envoyé à l'armée du Nord, il avait dans lajournée de Hondschooie animé Houchard de son ardeur et forcé la victoire ; durant deux heures, monté sur un cheyal blanc, il avait servi de point de mire au canon ennemi et.

t. DugnnimJer au Couiilé. S7 noCtl; — Dugua à Dugomniicr. 29 oct; — Unmcti Lliigiin, 13 et 31 oi-l.. 3. 8, nov.; — Merlin h Dugua et Dugua k Mamet, 3 nnv. (A. C), Ln. sUuation ÉlaU pire qu'en lliJS puisqu'alora Turrcau dlsnit simpleiucDl (Turreau au Comité, Mém. île Dappet, 213) qu'il wtaiX pfiil'firf obligé île rrpnrtir sur le* deiriireï le peu de cavKlfr^ lie qui lui rt-itail.

a. Vlilal aux Hjtciil3 naliuiiaux, lu od. (A, G.).

U UOHTAGNB NOIRE

contenu par son exemple les troupes qu'il voyait prêtes à fuir. Pendant le siège de Roses, en grand costume, il était partout au fort du danger et, lorqu'il visitait les batteries, il traversait k son pas ordinaire les endroits oii la terre fumait sous les balles et la mitraille,

Delbrel ne voulait pas recourir, comme Milhaud et Soubrany, k la terreur, k d'impérieux arrêtés, h de violentes réquisitions. Il .nimait mieux employer ce qu'il nommait les moyens paternels de douceur et de persuasion. Dés son arrivée k Perpignan, le 13 septembre, il annonça dans une proclamation qu'il ne négligerait rien pour alléger le fardeau qui pesait sur les habitants : il gémissait du grever encore l'agriculture, mais l'intérêt et la gloire du peuple exigeaient d'indispensables sacrifices ; il fallait « fournil" aux armées les moyens de vaincre •-, et bientôt " elles iraient dans les pays ennemis inoissoiiner pour elles et pour nous ».

Il commença par dédarer que tout ce qui était dc-'iliné à l'armée des Pyrénées-Orientales devait lui être exclusivement réservé, que rien n'en serait distrait pour d'autres armées, et il défendit aux autorités constituées d'obéir k des ordres contraires, même donnés par des représentants'.

Le Comité aviiit permis aux militaires blessés, malades ou convalescents de se rendre dans leur famille pour se faire traiter, sileur domicile n'était qu'à vingt lieues de l'hûpîtal; mais officiers et soldats abusèrent de cette faveur, et Dugommier écrivait au Comité que la mesure était funeste à une armée dont les bataillons appartenaient presque tous aux dépitrtomeuts voisins, que >< c'était k qui serait malade pour être évacué », que les officiers de santé donnaient trop légèrement des billets d'hôpital, qu'il ne savait « comment arrêter ce torrent ", qu'il y avait i< beaucoup de maladies réelles, mais infiniTiient plus de feintes par la mauvaise vo-

riHé du 3 veniieiiiiaii

li sert.).

408 mmOMMIKB

loiité et la mollesse* .1, que " tous voulaient rentrer chez eiixj les uns y trouvant quelque ressource qui les acoquinait, ] autres n'v trouvant que la misère », que la plupart, loiu de^ liâter leur convalcarencc, ne revenaieut dans leur fumill^ que pour perdre entièrement le peu de santé qui I( restait. Dcllirel invila les municipalités et les comités de s vcillance à renvoyer au camp sans nul d(^Iai tout militai sitAt rétalili'.

Pour avoir «le la poudre, il taxa cliaqui.' district de la^ " division » à un million de salpôtre, et il obligea la [ tion entière ii maniptder le « sel vengeur ».

Pour avoir des souliers — l'armée, sur le terrain moula pneux où elle ("tait, en faisait une grande consommation, il envoya une proclamation aux administrations : la chaussure était un des besoins les plus impérieux des troupes saison où elles entraient ; il fallait doue imprimer aux ateliers de cordonnerie uue nouvelle activité; les Français quideraou^ raient dans leurs foyers, laisseraient-ils leurs frères d'armei marcher pieds nus k la ^-ictoire? 11 enjoignit de verser ai ateliers établis dans les cliefs-lieux des districts toutes 1 matières premières propres à la confection dos souliers, et il! permit d'employer le veau tourné, k défaut d'autres cuirs. J Tous les cordonniers durent pendant uue décade ne travailler'-! que pour l'armée, et chaque ouvrier — non pas chaque! cordonnier — eut ordre de livrer au bout de dix jours deux 1 paires de souliers. Les souliers mêmes des citoyens furent f mis en réquisition, et quiconque avait deux paires de souliers^ J dut donner la meilleure, qui lui fut payée après expertise*.;!

Pour avoir les chevaux nécessaires au serrice de l'artilleri* J et k celui de l'ambulance, il demanda, le 31 octobre, aux dis-i

1. An-eté Ju 2S fructidor, — 1* sept. ; — Dugommier aux S9 août, BU Comité et aux gËiiéraux, liictil- (A. G ).

2. ProclamalioD du îa sept. ; — arrêtes des 21 vendémia i" brumaire — ï2 oti., Î6 brumaire — Ki noT.

U. MQNTAGKE NOIRB M9

tricts dt- la - ilivision .. 5<X) charrettes et 3,215 choraux on mulets; r.haqiie charretlc serait attelée de trois colliers; les bêtes n'auraient pas nioijis do quatre ans; leur propriétaire toucherait pour le loj'er quotidien 4 livres lù aoua.

Mais ce qui manquait et ce qu'il fallait avoir cofite que coftte, c'étaient les grains et surtoul les fourrages. Le 26 octobre, Delbrel convoquait à Narboiine les agents nationaux de cinquante districts. Il leur fit le tableau exact et navrant de la situation. Après lui, trois fonctionnaires, les agents en chef des vivres, des foun-ages et des transporta, expliquèrent les besoins du sernce dont ils étaient chargés. Delbrel conclut que la dctresse de rarniéo était extrême et que la patrie attendait des dcpai'tementa de nouveaux sacrifices : " Loin de vous les commander, je vous laisse le soin de vous les imposer vous-mêmes; voua connaissez mieux que moi ce que produisent et co que peuvent vos districts ; réglez entre vous ce que chacun peut fournir. » Les agents nationaux fixèrent la contribution de chaque district. Mais ces moyens, avoue Delbrel, furent déjoués par les circonstances, par la loi du maximum, par le défaut de numéraire, par le discrédit toujours croissant des assignats.

Le représentant eut beau prendre coup sur coup, le 29 octobre, le 31 octobre et le l" novembre, de rigoureuses mesures. 11 ordonnait que les administrateurs et les agents nationaux des districts qui n'avaient pas versé dans les magasins militaires tous les grains requis, devaient livrer le reste avant le 21 novembre, sous peine d'être poursuivis devant les tribunaux ; que 23 districts fourniraient 200.000 quintaux de grains, moitié avant le 21 décembre, moitié au 20 janvier au plus tard ; que 32 autres donneraient 226.000 quintaux de foin et 50.000 quintaux d'avoine moitié avant le 10 décembre, moitié au 30 décembre. 11 nommait une commission spéciale qui fixerait sans délai le recensement de tous les moyens de transport et de tous les grains

DUOOMMIBR

et fourragea. Dès qu'il savait que le fuin avait été, dans plusieurs districts de la Hauto-Garonne, sablé par les iiionda-J tions, il prescrivait de le faire incontinent manipuler a soin pour le rendre propre à la nourriture des chevaux. 111 fixait pour 27 districts le contingent dos charrettes, mules,, mulets, chevaux, harnais de devant et du limon destinés au-,| service des transports entre Narbonne et le quartier génôral, 1 <"(, pour que ce service fCit exact, il établissait des relais. J Jusqu'alors, et bien qu'ils eussent h diPTérentes époque»! fourni, sur ia réquisition des représentants, nombre de clia- 1 riots et de chevaux, les agriculteurs de 1' « arrondissement « n'avaient pu réunir assez d'attelages pour assurer les appro-J viaionnenienls ; Delbrel décida que le service des transportsa serait fait de Narbonne au Boulon en cinq relais; les chevauxj auraient de la sorte infiniment moins de peine et ils seJ reposeraient trente-six Iieures sur quai'anle-bnit. Enfin, le-l 12 novembre, pour secouer la lenteur et l'inertie des agents J nationaux, qui préféraient l'intérêt particulier à l'intérêt national et qui se regardaient, non comme les agents du gou-l vernement, mais comme les agents dos districts et des mu- ] nicipalités, il arrêtait qu'ils agiraient et ordonneraient seuls, directement, sans l'intervention des autorités civiles, qu'ils seraient responsables de tout retard et de tonte négligence, jugés parles tribunaux militaires, punis selmi la rif;ueur des lois révolutionnaires ',

Tout fut inutile, llelbrel ne put obtenir que le quart tle ce qu'il désirait et n'eut jamais un approvisionnement pour deux jours d'avance. Les réquisitions qu'il fit, les achats qu'il ordonna, écliouèi-ent parce qu'il ne payait qu'en papier. ■Vainement lo Comité enjoignit de mettre à sa disposition des quantités considérables de grains qui seraient tirées

LA MONTAâNB MOIRE

des ports de la Méditerram^e ; les magasins presque vides ne pouvaient même suffire à la consommation locale.

Delbrel perdit patience. Il eut un long et sérieux entretien avec Dugonimier. Pourquoi le gëni^Tal reatait-il immobile autour de Bellegarde? Pourquoi n'avait-il pas poussé plus avant sur le territoire espagnol? Il n'avait pas d'approvisionnements, pas de transports ! Mais faut-il toujours suivre les règles de l'art et de la prudence? La nécessité a ses lois, et en certaines circonstances, la prudence, c'est l'audace; les plus sages sont quelquefois ceux qui, dans d'autres conjonctures, paraîtraient téméraires. Dugomraier savait tout ce que Delbrel avait fait pour lui donner vivres, fourrages, charrois; h force de soin et d'activité Delhrel avait pu fournir jusqu'alors aux Itesoins quotidiens du soldat; niais aujourd'hui ses démarches étaient impuissantes, les ressources de l'armée diminuaient au lieu d'augmenter, les versements des districts ne cessaient de décroître, " Il faut, conclut Delbrel, ou rentrer dans l'intérieur pour disputer le pain it nos concitoyens ou nous battre pour trouver dans la victoire les moyens de subsister', »

Entraîné par lo représentant, Dugommier convint que l'offensive s'imposait prompte, immédiate. Il avait réduit le soldat d'abord aux deux tiers, puis à la moitié de la ration; il avait épuisé les magasins, et les places fortes. Bellegartle. CoUioure qui devaient être approvisionnées pour six uioù. Il 'avaient plus de rivres que pour trois jours. Quelle délreasy désespérante! Oui, Delbrel avait raison. L'armée ne r»sl#' rait plus tapie dans les montagnes! 11 fallait s'arraclici' à cotte misère par un coup do vigueur! Il fallait aller de i'avmi. emporter les postes de l'ennemi, le poursuivre duHt -4es plaines de l'Ampurdan! Les Frani^ais n'avaient |Huta*le

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miigasùis derrière eux ; ils jjroiHlraicnt, ceux qne l'Espagiiul i avail formt^s devant eux. Une bataille leur livrerait ce que les efforts du repi'ébtmtaiit n'avaient pu leur donner! Us ue pouvaient mieux dévier l'adversaire qu en l'attaquant eiixniènies !

Le 11 novembre, l'ugoniinier prescrivait à son chef d'état- ] major Lamer d'obtenir à tout prix des magasins de Port- Tendres assez de foin et d'avoine pour nourrir pendant I trois ou quatre jours, du 15 au 19, les ciievaux de la cavalerie et de l'artillerie volante, elle 15, le fourrage arrivait ' au camp. Davin proposait alors de petites opérations; ■< pas d'incursions particulières, réiiondit Dugornmier, elles iloivcnt tomber devant un mouvement majeur ijui offre plus d'avantage' .1.

La grande route do Figuières à Bellegarde dirise la con- I Irée en deux parties qui contrastent l'une avec l'autre : à l'ouest, des gorges profondes et des montagnes hautes, énormes, terminées par de larges plateaux; à l'est, des col- . Unes peu saillantes et des vallées aux pentes douces.

La Union aurait dft concentrer ses forces dans la région montagneuse tout en les appuyant k Figuières, et c'est ce qu'il fit d'abord quand il s'établit après le désastre du i" mai sous les murs de la ville et s'étendit sur les plateaux de l'ouest en construisant des ouvrages qui battaient, les uns, la route de Figuières, les autres, les rivea de la Mouga. Mais, lorsque la gauche française ou division Sauret vint à la fin de juin camper autour de Cantallops. La Union, qui jusqu'alors s'était contenté d'occuper EapoUa, crut utile de consolider sa draite. Il mit la moitié de son armée ii l'est du grand chemin. Puis, enhardi par l'heureux combat du

1. Nulei) de Delbrel et naWc.e sur Dut^omiDier (Pineau, 731)} ; — Uelbrel au Comité. It oct.: — Dugummler & Lamer, 1t nuv. et i Davin, \'3 nov.; — CuBson i Diigu» et l.eliliin.- i Câblé, Il nov. (A. G.].

Liobregat, par la résistance prolongée de Bellegarde et par les secours qu'il reçut, il passa insensiblement de la défensive à l'offensive, à une offensive singulière, qui consistait à opposer aux Français non pas des poitrines, non pas la force active et vivante d'une armée qui tient la campagne et combat résolument, mais la force passive et inerte d'une armée qui se terre, mais une barrière de pierres et de canons. Et sans doute, il voulait par là encourager, ranimer ses bataillons hésitants et timides, en leur donnant une protection et comme un refuge derrière des retranchements ; il voulait les mettre à Tabri de la panique, les raffermir par l'aspect d'un vaste déploiement de fortifications, et s'il édifia ce front menaçant, ce spacieux assemblage de redans et de batteries qui reçut le nom de lignes de Figuières, ce fut peut-être moins pour lutter contre l'ennemi que pour rassurer ses propres troupes.

« C'est à coups de canon, répétait-il, que je chasserai les Français», et il avançait vers l'armée française comme l'assiégeant vers une ville, élevant des redoutes et plaçant des pièces d'artillerie sur tous les points saillants, dressant de hauteur en hauteur des ouvrages pourvus d'escarpes en murs de pierres sèches, de fossés^ de palissades, d'abatis, déchaussetrappes, de trous de loup, de mines. Il comptait, par ce système de travaux d'attaque, resserrer peu à peu les Français, les refouler, les rejeter au-delà des monts.

Ce fut au lendemain de l'affaire du Liobregat qu'il conçut ce plan. Il avait alors entrepris nombre d'ouvrages, de Figuières à Pont-des-Moulins et de Vilarnadal à EspoUa. Convaincu qu'ils avaient arrêté l'adversaire, il résolut de cheminer ainsi jusqu'au pied des Pyrénées.

Une enceinte retranchée près du village de Vinyonnet, au confluent du Manol et de la gorge de Terradas, le camp de Llers et une série d'autres ouvrages qui prenaient la routo on écharpe, formaient déjà sa communication en arrière.

414 Dl'OOMMIKR ^

11 se mit à construire sa promièro juiralli-le. Li,' centre J était à Pont-des-Moulins, et de là, il ilroito et à gauche, 1 rayonnaient deux lignes d'ouvrapes : à droite, Vilartiadal, I Massarach, Mollet, Reboa et EspoUa; à gauche, Roure, J Escaulaa et Boadeila. Mais le petit village de Pont-des-J Moulins, dominé à l'ouest, ne peut faire une longue défense; 1 La Union prit pour réduit le plateau de Roure qui commande J tous les environs jusqu'aux rives de la Mouga, et il le forli-1 fia très soigneusement : ses soldats nommaient la redoute del Roure une citadelle et disaient que ilans cette citadelle ila I n'avaii-nt d'autre crainte que celle do Dieu, I

Vint la deuxième parallèle. Elle devait avoir pour contre J la Montagne Noire, en face do Roure, et appuyer sa gauche J à Darnius, sa droite à Vîlaortoli et à EHpolla.MaisLaUnîon,,! qui n'avançait que pied à pied, ne voulait pas encore se sai- J sir do la Montagne N'oire, et il ne pouvait l'aborder par lo 1 revers méridional, le seul inaccessible. Il remonta le longj de la route jusqu'au village de Oapmanyet fit des redoute»! de Capmanyà Espolla par A'ilaortoli; il avait de la sorte! établi la branche di'tnte de la deuxième parallèle. Pour tra-l cer la branche gaucho, il essaya de chasser Augereau dej Saint- Laurent-de-Ia-Mouga; il échoua, et si complètementl que son échec détermina le général français h s'inslaller solidement à Darnius. sur la ligne m6iue que le général espagnol projetait d'occuper. Toutefois, afin de tenir Darnius, Augereau avait lAché Saint-Laurent. Sur quoi. La Union e posta à Saint- Laurent, et sa première parallèle se prolon-^l gea rlésonnais jusqu'à la haute Mouga et au massif de Ift^ Magdclaine.

La Montagne Nuire lui manquait, cette Montagne N'oirefl qu'il avait dépassée, qu'il pouvait prendre depuis long-^ temps, et qui entrait comme un coin dans la ligne espagnole. Il renonça on sembla renoncera la Montague Noire,» et lorsqu'eut lieu le choc suprême, il ne pensait plus qu'i 1

renforcer sa droitPiile Capmany à Espolla, ([ii'à pousser eii avant (i'EspuUa oii ses deux parallèles devaient se rencontrer, une siiitt; iiuuveUe d'ouvrages ; au retour d'une reconnaissance, Sauret rapportait au quartier |j(;néralque La Union construisait quatre redoutes en avant de Saint-Clément.

Quoi qu'il en soit, si vicieux, si étrange, si ridicule que fût cet amas de fortifications — il y eu avait, dit-on, 97 — il offrait de sérieux oljstatiles ; il était garni de 250 canons et défendu par 46.000 hommes, dont 36.000 en première ligne : D>urten, de Saint-Laurent à Esraulas avec 10-000 lioninies; Las Amarillas, de Capniany à Vilarnadal avec 23.000 hommes ; Sanlii-CIara, de VilaortoH à la mer avec 13.0<J3 hoiniucs'.

Dugommîer, qui laissait i2.&Xt hommes en seconde li^rne, avait sous la main 24.20(J combattants:

y.0<30 à la division de droite, commandée par Atigereau et composée des trois hrifiades [);ivin, Dupliot et Beaufort ï ;

4.200 à la division de gauche commandée par Sauret et composée des trois hrigades Ouillot, Causse et Motte;

2.3<X) conduits pour Victor qui devait, du col de Banyids, appuyer la gauche de Sauret ;

8.700 sous les ordres de Pérignon dont la division s'était rangée autour de la Montagne Noire, la lirigade Bunel sur la croupe orientale, la brigade Martin en potence sur Banel le long de la route, la brigade Rongé en arrière dans le vallon de l'invincilde avec l'artillerie volante et la cavalerie.

Le général en chef avait usé de tous les moyens pour augmenter son armée. Il avait appelé à lui dès la fin do mai 6.000 hommes ou dix bataillons de sa seconde ligue.

Il avait affailili la divisiuii lic ( 'ordafriio ; Tiiiver, disait-il, protégeait siifflsamnient Piiycerda, et durant cotte saison i ducun mouvement n'était à craindre ; il avait donc pris i Charlet 3.000 hommes en lui recommandant d'organiser les I (gardes nationales et de leur confier comme l'ann<5o précédente la défense des postes lorsque les bataillons aguerris ] se porteraient en avant '. Il avait comblé les vides des bataillons en incorporant pendant les mois de juin, de juillet, d'aoftt, de septembre, les recrues dos camps d'instruction ". Comme naguère, i! avait divisé son armée en deux quantités : l'une, sûre, solide, éprouvée, composée des bonimes ; -d'élite, des hommes les plus robustes et les mieux exercés, {{ni devaient aller de l'avant ; l'autre qui resterait en arriéra I pour II faire respecter et favoriser une retraite ", Suri toutes les troupes qu'ils r^mmandaient et qu'il» passêrenti «Il revue, ses lieutenants avaient eu ordre de prélever.J le " disponible >', la " force active la plus iiombrcusol possible qu'ils fn jniUTTaieiit extraire pour b* succès d'unel

t. Uii^cimmier à Doppi'l, G el II iepl -.— A Cbarlrt, 11 sopl.; iYi>ri>«™uinU. U sept.: —s nelhrel, r.ocl. (A. (i.).

ï, Cc^l slnii que le 1" lintnillon de lu RévolutiOD (280 honiirips) fut ] lnci>rpi>ri> ilnns le T' rfgimcnt, le imtailloii des Amîi du peuple dnDi le 7* I de TAudi- et le 11- reginienl, le 9* liatuillon du l.ot liaiu le 2* du Gard, dit 1 (renadieri du Gard. On nfferla (tutnnt que poasible les citoyens de I»! nouvelle levAe nux batiilllons <le leur departemenl, et Ici hommes ditT |S< lialilllon de lit DrÛme Turent incorporés daus tes balflUloo! de leur! TVfiIoo; bugoinmier ^crivnil nui administrateurs de Valence que leurs! touipalHdtea l'âtuiuiit si bien comportés qu'il voulait les garder et lei tnellre «nicmble. Le cnmp de Lnunnc servit surtout à remplir les vides;. Il donna tOO homiDcs au 3' balaillan de la Haute-Vienne et autant aULi r bnlsitlun des Cdtcs Maritimes, qui ne comptait plus que 73 volontairetJ Jit* la An de iiinî, 210 liummcs parinient de i:o cnmp pour compléter * bataillon de sapeurs et, disait l.ainer. t-e doTaîent £tre do» hommes vî Kux, cnpables de manier la liacbe el la pioche : a on a trop cru, JUE , pn^aat, que le sapeur devait être le rebut des troupes •>. Dès le commen crmcDl 'le laiUel, 1 00 hommes venaient du même camp pour être a''-'^' Ain chsiii'if- et '3'^ P""'' '""'['sr le bois. L'adjudant-giinùral Des .u>i r'-tijiïi»o*»il '« eaiop de Lournie. eut ordre de se rendre nu Bouloit, h i'l Isa t1iu)iil.av^ loules les 1 Tempes, qui comprenaient 3.16:> hommes^ ri UDEoniDÛBr tt LMn«- 1 Desro.'bes. îl mai. 30 juin. Ili cl 17 ttoOtîj ^ "* . .__^....~ .|e lu UrÙme, )0 nov. (A. (i,)-

!.A MONTAOSE NOIRE 4)7

expédition, d'une marche aventureuse, d'un coup do main ■>. Dès le 26 août, il avait prescrit la réorganisation des bataillons de chasseurs, qui seraient désormais au nombre de douze. Chacune des trois divisions de l'armée aurait quatre de ces bataillons. Chaque bataillon comprendrait 500 hommes. On choisirait les g;ens les plus propres h ce genre d'opérations, tous ceux qui ne craif^naient pas la cavalerie et qui savaient l'attendre la baïonnette au poinfï, et cette fois on les prendrait, non plus par proportion égale dans les compagnies, roais comme on voudrait, et les généraux auraient la facidté de tirer des bataillons soit dos parties de compagnies, soit des compagnies entières. Ces 6.000 chasseurs devaient principalement soutenir l'artillerie volante et ser\*ir d'avantgarde. Ils n'emporteraient rien qui pfit les embarrasser, pas même de tentes, et n'auraient que des gibernes bien approvisionnées, leurs bidons, leurs marmites et leurs sacs. Ils seraient attachés à la division et suivraient toujours sa destinée : Dugommier avait craint, en les faisant agir à part, d'éveiller l'inquiétude de ses divisionnaires, qui se seraient plaints de cette diminution de forces; mais il eut soin de les avertir que dans une ciiv,onstanoe extraordinaire toute la masse dos chasseurs pourrait être réunie sous rautorité unique d'un général de division. Ceux qui fermaient l' avantgarde d'Augcrean étaient appuyés par nn détachement du 50 sapeurs et commandés par le général tluilJaume, le m'jme qui, l'année précédente, conduisait l'avanl^ganle de l'arinéo de la Moselle; arrêté après l'échec de Pirmasens, il venait d'être réintégré et envoyé aux F vréuées-Orieiitales. uii Pérignon et Dugua louèrent ses talents et son activité ; il joint, disait Augereau. à une longue expérience la bravoure et le zèle <.

1. Dufcoinniier aux K^nérnux. !6 el 2S aoiît, 1". t i>t 13 nov. ; 6. Lamer, It oct. et n nQv. (A. G.}. Uordre de rci goici ils cbtisseurï de» baUillons date du il noitl, et. à la

sept.. 10 •!'■

L'armée ëlait Jonc, au commencement di? nuvemljre, eiitièremeat njooustitnée, de même qu'au début de la campagne ' . Les troupes de troisième ligne s'inatruisaient dans les dépAts. Celles de deuxième ligneconiposaient une petite armée d'observation très propre à protéger les convois, à fermer les passages des cols, à défendra les postes essentiels sur les deiTÎères. Celles de première ligne, infauterie et infanterie légère, pouvaient passer pour l'élite de l'armée. L'infanterie comptait Ifi.OOÛ lionmics. L'infanterie légère, c'étaient les 6.<>i>3 chasseurs, dispos, résolus, toujours prêta à défier le danger et à frayer le chemin aux camarades. 11 y avidt, comme on sait, peu de cavalerie, et Diigommier avait même écrit, le 4 septembre, au Comité ces lignes navrantes : Il Plus nous allons, moins j'ai d'espoir de réunir notre cavalerie k nos autres annes. » La quantité des recrues

L&Dicr envoie au I" balaillon de t'rcnndier?. le ?eul qui fût itans l'ariuiïe. et au S' bataillon de chasseurs. \vi (ircnadiers et les cliaiieurs du i" bntaillon de» Haules-Aljies. Dès le 311 mni, il avnil ordonne au 1-* bslailloD du Tarn de dftncher sa compagnie de diasseurs au 'i' bab^l- Un de chttiseurs.

1 Voici la composition de l'armée au 20 novembre : Division Ai'Oirïau. Hrigailt Btaafort : 3U* denil-brigada, ï' Haute-daronne, 1" grenadiers Uoncheï-du-RhOne, *' Aude, 5- Lot, 1" Hautes-Alpes, I" Vengeurt : Rii- Mdf Habert : W régiraenl. 5" Haute-Garonne, 3- Haute- Vienne, I" Ariège. y Loi 1" Gers, 3" La Montagne. 1" cliasseur» île Vautluae, i" Alpes- Muritiniei ; Urigode Bon : 3" et fi" chasseurs. 8- Bac d'Ambex, 9- Drôme ; fnaade pôwn : Ugîon de la Montayiio, 3* el *• CÙtes klaritinies, 4- Tarn, (i^ur* Éclaireuw. *• infanterie K'-séie. 3- Pyreoées-Orîantales. 1" et B- VMt3la>>c. t" Wiiers, T AriÈge. 3- La Monlagne, T Aude ; huit com- __^j-^illarie- —Division Pémiu-wn, Brif/ade '>(»'»( .147* demi-brigade, ^g^f^ 6" et V Mtes Maritimes ; Brigade Martin : 4" Pyrénées- ^ *■ Dordoime, 1" Cnntnl, 3- Ardèche, 3- chasseurs des mon- ^ BMl»-l«ire. I" de la Munlagne : tlnyaiie Banel : 53- rÉgiment, L^M*. diasMU" do la Moselle, 2' tiers, 1" Hérault ; Brigade Cha- "m^^^g^tn moutagoards, S' Anléi'lie, 3* CAtes Itlaritiniea, ^ Ande, ^^^^^rt^jf» ; Brigade Guillaume : 1" lïard, 3" Haute-Garonne, Ï^^^hhW*. 8" -Vode. — Division Sii'Rïi. Brigndr Camie : V at ^^^^ r |f^.J»u;iimnne. S' Ardi-clie, U* Aude, I" Cftle» Marltimei; *^^ . g> («gimenl. 5" et 6- Bec d'Ambez, 3- DrOme, T Haute- ^^^^VjCTIf ; Brigade Gaillot : 28" régiment, 1" el 8* intan- ^ ~ mfs. — Compagnies d« cbasaeuri éclnireur» & U

AMBcnU du 1" hussards et du 22' chasseurs k la.

*f wpw

LA MONTAONE >OrRE 419

et leur inexpérience, le petit nombre des (.'hevaiix et leur qualité mi^dioci-e, la difficulté de transporter au loin la , subsistance, tontcelaavaitdéterrainéDugommierân'enimener (jue 1 .800 Rîivaliers. C'étaient toutefois les meilleurs ; Uugua, sur l'ordre de Dugommier, les avait choisis avec soin, et ils avaient un excellent soutien dans les cliasscurs et les trois compagnies d'arlilloric volante. Le général en chef était très content do cette artillerie: il la trouvait parfaitement tenue, et il louait la régularité de ses manœuvres ainsi que le zèle et l'habileté de ses officiers : « elle est remplie de braves, disait Pérignon quelques jours plus lard, qui ont fait merveille' >•.

Que ferait Dugommier? Altait-il tourner la ligne espagnoleou l'attaquer de front?

Mais pouvait-il tourner la droite des ennemis appuyée à la mer et défendue par le massif du cap Creu, par les forts de Roses, par les marécages de l'Ampurdan? Pouvait-il, pour tourner leur gauche, s'engager dans la lointaine vallée du Ter, s'enfoncer dans les montagnes où le Manol prend sa source et oU l'adversaire occupait d'inexpugnables positions?

Pouvait-il, d'autre part, attaquer soit le centre où les redoutes et batteries de Koure, de Llers et de Pont-des- Moulins présentaient les plus grandes difficultés, soit les retranchements de la droite presque aussi formidables et dont ta prise n'aurait pas uu résultat décisif, puisqu'il faudrait quand même se porter, par un changement de front, contre le centre? Et dans ces efforts contre la droite et le centre, que de temps serait dépensé, que de sang répandu!

Après mûre réflexion, Dugommier décida d'assaillir la gauche des Espagnols à la Magdelaine. Il savait que La Union l'ayait dégarnie k cause des aspérités du terrain.

1 . Dugommier au Comité, t sept., PÉrIgnou au CoiniU, 3ti nov. (A. G.).

jcl., 3 n

., et k Dugun, 10 «epl. ;

Sur cette paiioiic affaiblie il lancerait sa droite qu'il venait iJe renforcer; elle connaissait parfaitement les lieux; elU était brave, ardente, tenace, et Augereau la commandait. Dès le 1 1 novembre, l'impétueux général aasnrait à Dugommier qu'il serait prêt, qu'il avait 25 brancards, que 80 mulets marcheraient à la suite de ses colonnes et que l'ambulance do Daniius pourrait donner les premiers soins î 150 blessés. SdremontAupereau enlèverait la Magdùlaine, et, la Magdelaîne tomltant, tout l'ensemble des fortitîcationtf tombait avec elle; ai les Espagnols perdaient leurs positions de gaucbe, ils devaient Ucher celles du centre et da la droite'.

Dugommier ne se contenta pas de cette attaque essentielle; il voulut on même temps percer ou du moins enta" mer la droite de l'adversaire. Sauret eut ordre de se porw ter contre elle avec les trois brigades qui formaient la division do gauche; il serait, au besoin, secondé par P6rignon, qui demeurait en réserve à la Montagne Noire, par Is cavalerie de Dugua, par l'artillerio volante. Le centre, toutefois, resterait stationnaire jusqu'à ce que les succès de la droite et de la gauche lui ouvrissent le passage, et, attendant, il détacherait des tirailleurs qui harcèleraient l'ennemi et soulageraient d'autant les deux ailes.

La bataille se livra le 17 novembre.

Augereau, résolu, fier du rôle qu'il jouait, convaincu qu'il déciderait le gain delà journée et qu'il enlèverait, comme il disait, les camps espagnols, sfir que ses soldats le sui^Taient partout jusque dans les chemins les plus périlleux, au milieu des rochers et des précipices, Augereau allaiiuait Courtei comme Cuurten l'avait attaqué le 13 août, et il allait rentrer

ÏD [(tic. eil.); Augereau i

chez lui, ressaisir les positions qu'il avait alors ik'feiidues avec mie si belle obstination, la Fonderie, Saint- Laurent, la Ma^ilelaine, les hauteurs de Terradas.

Mais si, le 13 août, Augereau faisait face à l'est, Courten, le 17 novembre, faisait face au nord. Son avant-garde, établie sur la rive gauche du ruisseau de la Fonderie, observait le chemin de Daniius. Une grande redoute, la redoute de la Fita, élevée sur ta rive droite de la Mouga, servait ii la Fonderie de soutien et d'appui ; elle avait une garnison de 1.500 hommes, dont les 300 êuiigrês de la légion du Valleapir. 800 miquelets tenaient le village de Saint-Lanront. Une suite de retranchements, de redoutes, de batteriew couvrait tout le revers septentrional de la Magdelaine, le col de la Salud et les hauteurs de Terradas, ou le Roc-Blanc entre Escaulas et la Onardia.

Augereau emmenait avec lui, dans son expédition, 6.000 hommes de sa propre division. 1.200 de celle du centre devaient le rejoindre. Mais ils s'attardèrent. Il les attendit quelque temps; puis, saisi d'impatience, il partit. « Je fais filer ma division, écrivait-il à Dugomniier, et, malgré ce retard, ça ira! »

Il avait divisé sou monde en quatre colonnes. I>a première, composée de 2,000 chasseurs et conduite par Bon, formait l'avant-garde. Elle était suivie de trois autres, commandées par Beaufort, Duphot et Guîeu. La brigade Davin, qui comptait 2.2(Xl hommes campés ii Saint-Laurent-de-Cerdans et h Coustouges, avait en ordre de descendre à quatre heures du soir vers Saint-Laurent-de-la-Mouga et, après avoir tourné le village, de déltouchpr dans les gorges de Terradas ji sept heures du matin.

A minuit, Augereau se met en marche. Pour éviter l'avantgarde espagnole qui surveille le chemin de Darnius, il fait nngrand détour adroite comme s'il se dirigeait sur Massanet ; il s'engage dans des sentiers uffroux et presque i

122 ncnoMMiER

sibles ; il remonte le Hicarcloll ; il passe ce torrent au puiifl de Saii-EsteTan ; il cliemine jusqu'à la hauteur de la Foit derie ; puis, brusquement, il se rabatà gauche vers la MoiigaB Le pont de Saint-Sébastieu était gardé pai' un faible dèt* chement; les éclaireurs français approchent à la sourdine) ils répondent en espagnol h la sentinelle, ils l'égorgent 9 tout le piquet avec elle. Les colonnes fraueliissont la Moiig; et pendant que Guien s'arrête devant la redoute de la Fitaj Bon, Duphot et Beaufort atteignent :i cinq heures du matiii la pente méridionale do lii Magdelaine. Ils ont tourné Iq revers septentrional cnuronnii de postes et de canon sont sur les derrières de l'ennemi, et aussitôt, malgré la fatigue, sans reprendre haleine, et dans le même silencdJ ils gravissent l'escarpement, T'XI mètres environ. L*aub( parait. On les voit, on tire sur eux à boulets et à ballesS mais ils grimpent toujours, arrivent k la chapelle de id Magdelaine î escalader la position et remporter n'a faiq qu'un pour eux.

Il est sept heures <lu matin, el h cet instant, comme pan miracle, avec une exactitnik- et une pn'-risiou qui se ren-j contrent très rarement à la guerre, Daviu débouche dans lâc gorge de Terradas. Il a marché durant quatorze heures; il a forcAfl le poste de Notre-Dame-del-Fan, le petit camp de Carbonils^ll la redoute de la chapelle Saînt-Georges ; il a pria 4 pièces de canon; il a passe, selon son instruction, k gauche dfti Saint-Laurent-de-la-Mouga, et il est k l'heure couvcniiô auj rendez-vous, u Ses braves soldats, disait Aiigereau, ont mon-'J tré autant d'intrépidité que de constance et de dévoua, ment. »

Incontinent Augereau commande à l'aviii de s'établij dans la gorge de Terradas pour couper aux Espagnols Iftl chemin de Figuières et de s'étendre par sa gauche sur la J revers méridional du Roc-Blanc pour menacer leur flanc et | leurs derrières. Pendant ce temps, lui. .Vugereau les atta- |

■qiiera rie front avec: les trois colonnes qui se sont saisies i!u plateau de I» MagdelLiine .

Cette fois encore, le mouvement combiné réussit. Courten, qui ne pouvait {ilus tenir au col de la Salud après la prise de la Magdelaine, avait reculé sur le Roc-Blanc au-dessus ■de Boadella. Poussé en tête par les chasseurs de Bon, •déliordé à ganclie par Davin, il se replia sur Escaiilaa.

Restait la redoute de la Fita, jiisfju'alors observée par ■Guieu. Ce général, tpii n'avait d'autre mission que de partager l'attention de l'ennemi, s'était acquitté de cette tfiche avec intelligence; il avait très bien utilisé le peu de monde dont il disposait, envoyé des tirailleurs en avant, ménagé le feu de son artillerie. Mais lorsque Augereau n'eut plus rien à craindre, il dépêcha la brigade Beaufort el 200 ohusseurs au secours de Ciuieu. Après une lutte opiniâtre, les Espagnols et les émigrés de la légion du Vallospir, attaqués de tous côtés, en avant par une partie des troupes de Beaufort, sur les flancs par la brigade Guieu. sur les derrières par les 200 chasseurs, durent céder. Les uns périrent sous les baïonnettes des républicains qui se jetaient au pas de charge dans la redoute ; les autres furent faits priïsonniers.

Courten recula sur Liera. II abandonnait 2 drapeaux portugais, 28 bouches à feu, l.riOÛ fusils, 200 caisses de cartouches, des tentes et des bag.igos pour 10.000 hommes, el il laissait entre les mains des Français près de 1.200 des «iens. Augereau, qui n'avait pas 100 hommes hors de combat, le fit poursuivre par ses chasseurs, qui s'avancèrent jusqu'à portée de mitraille de Nolre-Dame-do-Roure. Allait-il, dans l'élan du succès, enlever le fameux plateau, la citadelle où les Espagnols se vantaient de ne craindre que Dîeu'î II y comptait bien. Dans un dernier billot à Dugomniier, il écrivait qu'après avoir enlevé le Roc-Blanc, oii il trouverait sûrement quelque résistance, il tomberait sur Notre-Dame- <le-Roure, Mais les troupes qui s'étaient saisies de la redoute»

(it* laFita, ne i'avaieiii pas suivi. Il établit son avanl-garde hm la gauche du Uoo-Bhiiu- et, remarquant que le mouvomentT général était inten'ompii, il réunit sa division et fit halte.

Peu importait. A dix heures du matin, la gauche des onnerais était en une déroute complète, et Delbre! déclarait qn'on ne pouvait diriger une expédition avoc plus d'in-l telligence et plus d'audace, qu'Aiigereaii avail exécuté touïl ce qu'il avait promis et toul fe que Dujiomtnier lui ordonné.

Sauret n'avait pas en le mènje succès. Selon les instructions de Dugummier, pendant que 800 chasseurs auï ordres du chef de bataillon Lanusse masquaient les redoutes don Capmany. ses trois brigades, Gtiillot à droite. Causse i centre, et Motte îi gauche, marchaient sur VilaiirtoIi.J L'entreprise était hardie, puisqu'il abonlait de front avoi 4.200 hommes une première ligne de redoutes gardée | 10.000 combattants. Il n'avait pas assez de monde pt vaincre tant d'obstacles ni ponr parcourir une telle étenduA de terrain. Au moins rlevait-il attJiquer plus tôt et profit de l'obscurilé pour s'emparer des ouvrages avant le jourj Ses chasseurs s'amusèrent à tirailler poudant deux heuresa contre les avant-postes espagnols. La mauvaise chance sel joignit aux maladresses. La brigade Guillut s'égara dans les j ravins et les défilés qui sillonnent le pays. Sauret l'alt^mlib 1 vainement. Enfin, lorsque l'aube parut, après avoir donné ij le temps aux ennemis de préparer une vigourense résistance, J il lança les colomies Gausse et Motte contre la grand© ■ redoutu de Capmany. Les Français s'avancèrent intrépide* j ment jusqu'au.\ palissades. Mais un feu très violent d'arti[- ' lerie et de mousquctorie, et, comme dit un témoin, un feo ' d'enfer qui parlait de tous cftlés, enleva dos files ontitres. L'adjudant-général Gazabonne, qui s'était mis au premiep 1 rang des tir.iilleurs, fut blessé à l'épaule. Il fallut reculer.

[.A MONTAONK NOIHB (35

La ciivalerio csinitrnolB, aux cris de Vitforîa, se jeta sur la queue des colonnes pour les charger. Elte fut rui.!ement reçue. Les républicains coiiriireiit à elle et, après l'avoir refoulée jusque, sous la mifraiUe des reduules, reprirent leur mouvement de retraite avec plus d'ordre et d'enserable qu'auparavant, PiTignou leur envoya des renforts, d'aijord la brigade Rauel — dont les grenadiers enirêrent dans un retraudieuient et eticlouèrenl un ranim qu'ils ne purent emmener — puis les tirailleurs des lirigades Martin et Rongé. L'affaire parut se renonveler, tant le fêu des Français ilevint vif et puissant. Mais le vicomte de ("îaud, qui tenait les redoutes au nonl de Capmauv, s'était dirigé sur Cyntallops, et tout près de Cantallops était le camp de Sainte- Lucie oU ne restaient que 90) hommes. Craignant d'être conpé, tourné Bur ses derrières, Saiiret précipita sa marche rétrograde et dépêcha lieux bataillons chargés do défendre son propre camp. Il allait être devanc<S, et déjà le vicomte de (Iaud entamait Cantallops, quand le bruit du canon et de la fusillade retentit du côté d'Espolla sur la gauche. C'était Victor qui venait du col de Hanjuls et emportait deux redoutes en avant d'Espolla. Le vic(milc de Gand, déconrcrié par cette diversion et apprenant au même instant par im billet de La Union que la (.'aiiche espagnole était perdue, se replia sur Vilaorloli'.

Dugoniraier, parti de son quartier d'Agullana, le 16 no- Tcirihro après le souper, avait, ainsi que Delhrel, passé la nuit sous un roc non loin de Darnius, dans une grotte très profonde où logeait In génériil Guillaume. A quatre heures du matin, il se rendait à la Montagne Nnîre et ae plaçait avec

r turtoul, outre Pervel, tl. 1S7-192, U nntice cic Delbrel. tes Xotea Ira au Comiti', ili nnv. ; In lettre d'Augcrenu El le» il>fux tiillfts A uier, n w:\'.. In k-llrc .lp Pi-rijjnon, ÏB nuv. (A. G.): Mmcillsc.

IVIIirol it l'ostri'iiiité orientale du sommet, sur la bauleur ht plus iMovée, pour mieux suivre Hu regard les mouvements do son aile gauche et diriger la divisiou Pérignon, sa division rie réserve, qu'il avait sotis la main. Tout-efois, si ce point culminant litait un excellent obscn-atoire, il offrait de f'rauds dangers. Ou venait d'armer dans la nuit m^me le poste de Mont-Roigetdeux épaulenicnts dressés sur la crête : Monl-Uoîg avait reçu deux oliiisiers de 8 pouces, et chaque «•pmilement. iiiiatre pièces de canon. Sitôt qu'ils virent ces préparatifs, les Espagnols tirèrent sur lu Montagne Noire. Lenr artillerie tétait bien postée, bien servie, et faisait un feu tri^s violent. Mais c.eWe de leurs batteries qui molestait le plus les travailleurs français, c'était une batterie construite depuis quatre jours avec des sacs à terre en avant de la redoute dite de Passamilliaus. Augercau la craignait, et il avait fait remarquer à Dufjommier qu'elle pouvait battre Moiit-Ruig tle bas eu haut. Cette batterie couvrit la crête de la Montagne Noire de boulets et d'obus. Plus de 200 projectiles tombèrent autour de Diigommier et de Uelbrel, et 5 ou <t ilclatèrent â leurs pieds.

Depuis le commencement de la journée, près d'une dâft'j i^ax liaiteries qui répondaient tant bieu que mal aux'ï = Ascmis, Dugommier cherchait à deviner au milieu des nuages J ;.r niiiMM- le sort de son aile gauche, et il venait d'ordonner | 1 tVncB"" d'envoyer une brigade au secours de la division J <Micv(. A sept heures et demie, il se retira pour déjeuner -mr ïip revers intérieur du piton dans un petit enclos den'ière g

Il tiiir J« pierres sèches. Il avait à côté de lui le chef de J

.imiHi'o ilu génie Villemoutés, [dusieurs officiers de soDij

, .,,, ,.r 5e^ deux fils Dangemont et ClieiTigny, Boyer, t

;:.i:n. secrétaire de Delbrcl, et le nègre Patoche, .

.,;'ikHtr et cx)mpagnon de tous ses dangers.J

. >,. . ■ <. J la batterie, à cent pas en avant, s'occupait à]

^^^«1 « poiuter une pièce de canon.

l MONTAGNE JIOIRE

Soudain, au bout d'un quart d'heure, im obus, parli de Passamiliaus, vint, après avoir ricoché sur la crêle par dessus la batterie, tuer Villemoutës et Dugommier, Lo p^-néral, atteint en pleine poitrine, tomba mort, sans proférer une parole. De môme que plusieurs de nos généraux en cliof, de luèmc que Gaston de I''oix, que Turenne et Berwirk, de mèm^j que deux de ses lieutenants, La Barre et Mirabel, il mourait sur le champ de hutailleet, conmie on dit, au champ d'honneur. La cLmsternatîon de ceux qui rcntouraient fut extrême. Patoche s'était évanoui de douleur sur le corps de son mai Ire. Dauffemont et Chevrigny pleuraient leur père. Les officiers se lamentaient, se dein;uidîdcnt ce que l'amiée allait devenir'.

Feuillant avait annoncé la nouvelle à Delltrel. Le représentant arriva. Il dit aux officiers que l'anuée, que la Uépublique faisait une grande perte; que les troupes après l'action rendraient au général les houneurs qui lui étaient <lu9; qu'elles pourraient alors laisser un libre cours à l'expression de leurs regrets; mais qu'en ce moment où la bataille n'était pas encore gagnée, elles ne devaien l penser qu'à la patrie, et que servir la patrie, c'était venger Dugommier. Tous les témoins de cette scène crièrent : Vive lu Hépubli^ue.

L'instant semblait critique. Delbrel n'ignorait pas que la droite avait triomphé et que la gauche était refoulée, pourauivio : il fallait donc conserver à l'une ses avantages et pur-

I. On rrtpporle quelquerois. d'apréa les Mémoires du princs de la Paix, que le g6nérn1 La Torre, voyant reTOu^nce du monde â la poiole urienlals de la Montagne Nuire, aurait Tnlt lancer par un habile cancanier l'obuB qui tua Dugoramier; inaii Ferrel (11, 194} a cooslnté que Dugooimler. uu moment et à l'endroit où it Tut Trappe, ne pouvait être apen;» de l'ennecni. La mort de Villemontf^s, ofUcier d'une arme spéciale, tué prèi de Dugommier, suscita plu^ lard une légende. On se souvenait «ans doute que Saint-Hilaire, lieutenant général de l'artillerie, avait eu le hras emporte par te niStne boulet qui tua Turenne, et l'on crut que La Martillière. chef de l'artillerie de l'armée, avait été atteint aux cAtéa île Dugommier. Berlbier diinit A Napoléon que La MarUlliére avait été v blessO du même coup qui enlevait Dufiommier a la vie •.

ter il l'iuilrt' une prompte assistance; il fallait iluiiner à ] l'armée un gi^niîral qui siU, lanilia qu'Aiigereau poussait sa 1 pointe, rétablir le rombat à l'endroit oii Sauret fléchissait. I

Quel serait ce générât? Le nomd'Auftereau vint d'abord à, 1 l'esprit du conventionnel. Augereau était intrépide, super- j bernent audacieux, bien fait pour commander en chef, li!s soldats de ea division, les plus braves de la République, , avaient en lui une confiance entière. Il connaissait les pro- 1 jets de Dugorauiier, son intime ami, et il saurait évidemment les développer, les mener a bonne fin. N'avait-il pas, le malin même, enlevé tous les postes espagnols? Dans Urt I élan d'admiration et de gratitude, Delbrel résolut de déférer le commandement à Augereau.

Mais il jeta ses regards sur la gauche fran(.'aisc si grave- 1 ment compromise, et d'autres idées se présentèrent à lui. j Augei-eau était loin, à plu» d'une lieue sur la droite, et iLl faudrait plus d'une heure pour qu'il fût averti, plus do 1 doux heures pour que les ordres qu'il cnveirait fussent exé- 1 culéa, plus de trois heures pour que la gauclio reçût le inoindro 1 secours. Que les Espagnols, songeait DcIbrcI, profitent d leui-s succès; qu'ils pourchassent vigoureusement les brî- ] gades de Sauret, ot en moins il'uuo heure ils peuvent fondra j suï- La Jonquêre, tourner l'armée, lui couper son uuique voie | du retraite, la mettre flans une position aussi périlleuse que 4 celle où ils étaient oux-méuies, le 30 avril et lu 1" mai, au ( Boulou !

Cetle réilexion fut pour Delbrel un trait de lumière. EllaJ fixa son choix. Nmi, Augereau n'aurait pas le commande--! mont. Le général en chef, ce serait l'èrignon. Sans doute, 1 il no vivait pas avec Dugommier en très bonne intelligence, | et il ne savait de ses plans que l'indispensable'. Mais, s'ilj

1. Eni^uni Delbrel se trumpoil: carie 13 novembre, è quatre heures ils | l'iipr^s-iiiLdi. DuRiininier communlquail son projet lout enlirr i P«ri(.'"c auqiii^] il avait donné rendeï-vous près ite U batterie l'hivincitilt,

n'avait pas l'arJcnlc initiative d'Augoreau et sa brillante téiTK^ritè, il avait, selon le bruit public, plus d'expérience et plus d'instruction. Surtout il était au centre avec des troupes fraîches et pouvait, mieux qu'Augereau, diriger les opérations de l'armée entière, mouvoir l'ensemble, aider la gauche et la dégager.

A la vérité, si Delbrel avait pu, il n'aurait choisi ni l'éripnon ni Augereau, car les doux hommes n'étaient pas d'accord; il les eftt laissés chacun dans leur grade et à la tète de leur division en faisant venir d'une autre armée le généralissime. Toutefois, se disaît-il, cette désunion ne nuirait peut-être pas au succès; Augereau chercherait à compléter sa victoire, et Pérignor. ferait tout son possible pour réussir dans une entreprise dont il était responsable. Et ce fut ce qui advint.

Delbrel demanda du papier, une plume et, assis à côté du corps de Dugommîer, il écrivît sur ses genoux les lignes suivantes, tout en les lisant k son entourage :

Il Nous, représentant du peuple près l'armée des Pyrénées- Orientides, donnons provisoirement au général Pérignon le commandement en chef de l'armée à la place do Dugommier. Dugommierest mort. Courage, républicains! Noua avons le généra] à venger, la République à servir. Le général est mort; vive la République ! »

L'adjudant-général Boyer porta ce billot en toute h&toà Pérignon, et il ajouta de vive voix qu'il fallait soutenir la division Sauret. Un moment après, Delbrel quittait la Montagne Noire pour se rendre à la gauche de l'armée. 11 n'attendit pas ses chevaux, qu'il avait laissés au bas du revers septentrional; il descendit à pied par le revers oriental et marcha vers Capniany, longtemps et non sans fatigue. Lorsqu'il arriva, Pérignon avait secouru Sauret pour faciliter la retraite de la gauche et h par ro.'^pect pour l'ordre de Dugommier, si digne de sos regrets». Néanmoins Pérignon

430 DUGOMMtER

n'était pas d'avis do réitérer l'attaque et de s*achamer contre des redoutes dont le feu convergent était très meurtrier et dont la prise ne décidait rien. Il fit rentrer le centre et la gauche dans leurs lignes. Quant à Augereau, il était trop loin du reste de Tarmée pour que Pérignon pût concerter avec lui de nouveaux efforts. Il eut ordre de s'arrêter, et il sentait la nécessité de s'arrêter. Toutefois, lorsque Pérignon le pria d'envoyer des troupes à Mont-Roig, il répondit que Mont-Roig était, en effet, un point impoi'tant oii il fallait laisser une force respectable, mais qu'il n'avait pas trop de monde, qu'il occupait d'ailleurs la Fonderie, la Magdolaine, le Roc-Blanc, et que ces positions, formant potence, couvraient Mont-Roig ^

La bataille du 17 novembre, où succomba Dugommier, était donc, malgré l'échec de Sauret, favorable aux Français. Augereau avait fait pencher la balance; il avait enfoncé la gauche des Esj)agnols et, par là, pris à revers le gigantesque ensemble de leurs fortifications.

Trois jours plus tard, le 20 novembre, sous le commandement supérieur do Péri<j:non, il emportait les positions du centre ta Notro-Dame-de-Roure et à Pont-des-MouIins, pcMidant que Sauret et Victor enlevaient celles de gauche à A'ilaortoli et à Espulla, et le 28, Figuières, que Dugommier reirardait comme la plus forte place de l'Espagne, tombait aux mains des républicains.

La Union était mort dans la bataille du 20 novembre, non pas désespéré de sa défaite, comme on l'a dit, mais valeureux jusqu'au bout et encore animé du désir de résister. Il S(* trouvait dans la redoute do Roure lorsqu'elle fut prise: il sortit le dernier en ordonnant à ses soldats d'aller avec

1. Augereau à Pt'rignon. 17 nov., et Pérignon au Comité, 26 nov. (A. <;. ; — cr. les notes de DeUnel, loc. cit., 51-33, sa Solice sur Dugommier (Pineau, liiy-iaO; et sa lettre au Comité, 18 nov. (A. G., et Pineau, 030}.

lui au secours de Pont-des-Moulins. A Tentrée du sentier qui descend de Roure vers Pont-des-Moulins, il mit pied à terre. Ce fut là qu'il périt, frappé de deux balles. Les républicains arrivèrent quelques instants après : il gisait sur le sol et serrait dans une de ses mains un crucifix. On a prétendu qu'un des vaincus de Mont-Roig, auxquels il avait infligé deux mois auparavant une punition dégradante, profita du désarroi de la retraite pour lui tirer un coup de fusil. La preuve manque. Quoi qu'il en soit, le général avait été délaissé par son escorte, et son armée ignorait ce qu'il était devenu. Las Amarillas, obligé de se charger du commandement, écrivit le soir à Pérignon, qui répondit que La Union était mort, percé de deux balles, près de la redoute de Roure : « Il a, ajoutait Pérignon, non sans cruauté, il a succombé en remplissant, comme toujours, les devoirs d'un bon général, tandis que vous et vos troupes preniez la fuite ainsi que vous faites en toute occasion. » Un parlementaire vint réclamer le corps du général. Mais Pérignoti, Augereau, Delbrel se rappelaient que les Espagnols avaient profané le tombeau de Mirabel et mutilé son cadavre. Pérignon refusa de rendre la dépouille de La Union. « Qu'avez-vous fait, disait Delbrel, des restes de Mirabel? » Pourtant, au bout de plusieurs, jours, le corps de La Union fut remis à son père, le duc de San Carlos L

Ainsi, dans cette bataille de la Montagne-Noire ou, comme on la nomme, des lignes de Figuières, les deux généraux en chef avaient péri. Pareillement, le 13 septembre 1759, Montcalm et Wolfe tombaient en même temps devant Québec. « Dugommier, s'écriait en 1798 un ancien officier de larmée des Pyrénées-Orientales, rendit son dernier soupir dans les

1. Il fut d'abord enseveli sur le sommet de la montagne du Roure, au lieu môme où il était mort et où se voit encore aujourd'hui la pierre funéraire ; le 12 décembre 1193, ses restes furent transportés à Barcelone dans le caveau du monastère Saint-François; ils disparurent vers 1835 lorsque le couvent fut détruit.

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bras de la victoire, tandis qu'à très peu d'inten^alle son fier rival expirait dans le sein de la défaite, emportant avec lui la certitude de l'entière destruction et de la honte de son armée* ! »

Delbrcl avait ordonné que Dugommier serait enseveli à Bellegarde. Le 10 novembre, à onze heures du matin, en présence de plusieurs officiers, le glorieux mort fut enterré au pied de Tarbre de la Liberté dans un bastion de cette forteresse qu'il avait rendue intacte à son pays. Quelques jours plus tard, le 28 novembre, le général Despinoy paraissait à la barre de la Convention et priait TAssemblée d'élever un monument dans le fort de Bellegarde à celui qu'il nommait un héros et un sage. « Quel Panthéon, disait-il, est plus fait pour sa cendre que cette enceinte? Avec quel saint respect s'approcheront ses frères d'armes de la tombe qui renfermera leur chef et leur ami? Avec quel sentiment ils iront jurer sur son urne de l'imiter, de le venger! » Milhaud appuya la proposition de Despmoy : « L'ombre de Dugommier planera sur la montagne voisine de Bellegarde ; elle excitera nos soldats à no jamais rétrograder; ils se souviendront que son dessein était de porter son camp, cet hiver, sous les murs de Barcelone, qu'une seule bombe jetée dans les immenses magasins de retto place l'eût fait rendre aussitôt et (jue rien n'aurait plus arrêté sa marche sur Madrid ! ►> La demande fut renvoyée au Comité de Tinstrnction pnbH(iue et oubliée.

En 18iX), lorsque le premier Consul eut décidé qu'un monument serait élevé dans chaque clief-lieu à la mémoii'e des braves du département morts pour la patrie et la liberté, le Conseil général des Pyrénées-Orientales obtint que les cendres dos généraux Dugommior et Dagobert, déposées à Bellogar«lo et à Montlouis, seraioiit transférées à Perpignan.

1. Discours du capitaine Albert au Directoire. 23 mai 1798: — Cf. Pineau, t»5l.

La cérémonie se fit le 2 août avec la plus grande pompe. Les deux bières furent placées sous les fondements d'une colonne qui devait se dresser sur la place de la Liberté et porter cette inscription : « Aux mânes des généraux Dugommier et Dagobert adotpés par la reconnaissance du département des Pyrénées-Orientales. » En 1821, les restes des deux généraux furent exhumés et portés au cimetière de Perpignan ; ils y sont encore, au centre de la grande allée transversale, sous une pyramide de pierre oii leur nom a été gravé ^ .

Napoléon se souvint que Dugommier avait fait sa fortune. Dugommier avait demandé et obtenu pour lui le grade do général de brigade en disant que «ce jeune homme s'avancerait tout seul, si Ton était ingrat envers lui ». Il voulait remmener à Tarmée des Pyrénées-Orientales, et il parlait si souvent du Corse qui commandait Tartillerie devant Toulon que les officiers généraux envoyés delà frontière d^Espagne à celle d'Italie avaient la plus haute idée des mérites de Bonaparte.

Aussi Napoléon aimait-il Dugommier, Testimait, l'appelait «on ami. 11 ne prononçait le nom de Dugommier qu'avec gratitude. Frédéric et Dugommier fut le premier mot -d'ordre du consul. Il éleva dans la grande galerie des Tuileries la statue de Dugommier, et il nomma « redoute Dugommier » une des batteries du Helder. Il légua 100.000 francs aux enfants du général, et il assurait qu'il payait ainsi les marques d'aff'cction et d'amitié que lui avait données, en 1793, le chef de l'armée révolutionnaire. Même avant Sainte-Hélène, il fit aux Dugommier tout le bien qu'il put.

1. Cf. Pineau, 640-638. Ajoutons que la Convention avait décrété le 23 novembre 1794, k la nouvelle de la mort de Dugommier, que le nom du général serait inscrit 8ur la colonne élevée au Panthéon à la mémoire des défenseurs de la patrie.

434 nuGnMïnEU

Le planerai avait laissi'' sa femme à la Guadelinipo el fuifl venir 3ur le continent ses quatre fils et ses deux filles, ed le 25 août 1795, sur le rapport d'Aiibry', la Cnnvenï tion décrétait de secourir la famille de Dugommier : Id veuve recevrait une pension annuelle de 3.000 livres ; Id fils aîné, prisonnier en Angleterre, serait échangé, et ï Comité de salut public pourvoirait à son avancement raili; taire, ainsi qu'à celui des deux autres fils qui servaient daiiffl l'armée ; une pension annuelle de I.5Û0 ll\Te8 serait accord dêe au quatrième fils et aux deux filles. Mais ce décraj resta lettre morte. Le premier Consul l'exécuta. Par i arrêté de l'an IX, la veuve de Dugommier re(;ut à comptei de la mort de son mari une pension de 3.000 francs, t lorsque Leclerc partît pour Saint-Domingue, il eut ordi de faire rendre aux héritiers de l'héroïque créole leutij « fermes d'habitation, manoirs et magasins ».

Le malheur, à vrai dire, s'abattit sur cette familleJ Quand les Anglais prirent la Guadeloupe, ils emprisonnbrenM M"' Dugommier et séquestrèrent les biens qui lui restaient; J elle tomba dans une misère affreuse. Le premier Consul! la tira de la détresse ; mais dans les nouveaux troubles île la I colonie, elle perdit sa fortune; affaiblie parla souffranco-J

t. Le rapport d'Aubry ne ta.ii que reproduire la lettre écrite d'\|^< J laon, le iS novembre llHi, au préiidenl de la Coarention par l'adjudant- -I );énéral Boyer Hls; Bojer décrit «la triste situnlion de la Tamille deV Du^mmier > et nature qu'il a. été honoré de In conHnnce du gi'néral, qull 4 a connu a set ressources et ses fnciitté* t, qu'il peut a donner dei renseU 1 piemeots exacts n. Ce Boyer ne devint pas K^n^ral, el voici ce que noua J avons, non sans peine, trouvé sur lui. Antoine- Alexandre Boyer, nO la J S novembre 1763. capitaine au S- bataillon de la (iironde en 179t, aide d i-anip des généraux Antoine Hossi et Domac, nommé adjudsat-gén^ chef de bataillon par les représentants iJevnnt Toulon (20 décembre lin)! ul breveté dans ce grade jinr le Comité (2» noflt 1791], resta chef d~ jiataillon sous le Directoire et l'Empire et commanda lucceaiivement 1 \" bataillon allemand en l'an IX, la t" légion de gendarmerie à SaiBt*J Domingae et le 1" bataillon colonial: accusé de malversalioni, il dn^V quitter l'armée, mais rentra comme chef de bataillon ou senice de Naplaa, fl et BOUS la Restauration on le voit lieutenant du roi a Gravelines et colonel] (t 'état-major.

et, dit-elle, tracassée par les extravagances de son gendre, elle mourut en 1810.

Elle avait donné au général trois fils et une fille. Cette fille, Claire-Antoinette dite Justine, née en 1766, était Taînée de la famille. Durant la Révolution elle vécut à Marseille 011 un citoyen Garnier, ami de son père, prenait soin d'elle, et le 25 septembre 1800, Bonaparte priait le ministre de Tintérieur de procurer au généreux Garnier un emploi à Marseille même. Justine venait d'épouser dans cette ville un compatriote, nommé Dumontier, capitaine d'une compagnie de vétérans. Dumontier obtint le grade de colonel et en cette qualité commanda la place de Lille. Mais Napoléon, qui le savait infirme et incapable, refusa toujours de le nommer général, et peut-être Dumoutier avait-il, comme disait sa belle-mère, une tète aff'ectée. Envové en 1801 à la Guadeloupe pour y être commandant d'armes, il regagna la France deux ans })lus tard et fut mis en réforme, puis, par exception et en considération des sacrifices qu'il avait faits à la famille Dugommier, pourvu (fune solde de retraite. Il mourut en 1819, à Saint-Pierre de la Martinique, Sa femme, rentrée dans sa ville natale, à la Basse-Terre, épousa en secondes noces, à la fin de 1820, un capitaine d'artillerie du nom de Collet et mourut en 1833 sans laisser de postérité.

Les trois fils de Dugommier et de Marie-Dieudonnée Coudroy-Bottée se prénommaient, le premier, Jacques-Germain- François; le deuxième, Jacques-Franrois-Germain, dit Dangemont; le troisième, Jacques-François, dit Chevrigny.

L'aîné, Jacques-Germain-François, sous-lieutenant au 4* régiment d'infanterie, puis commis d'administration de 3* classe à la Guadeloupe, fut pris par les Anglais h la fin d'octobre 1793 siu* le cutter qui le portait aux iles du Vent et mourut en captivité.

Le deuxième fils, Dangemont, sous-lieutenant au 14* régi-

iiiL'iit iTiiifiimerio, |uiis adjoint h I'L'tat.-iiiaji..r. puis adjudai général chef de bataillon, revint îiux Antilles on 179) après avoir fait les canijiagnes des Pyrénéos. De retoiu en 1798 sur le continent, il fut employé comme adjudiu général chef de brigsile h Belle-Isle-en-Mer. Frappé d "ali^ nation mentale et traite à Charenton, il obtint à la l do 1801, lorsqu'il fut rétabli, sa numinatioQ d'adjudantcomniandant à lu Gnadelfiiipe. Sur lavis de Decrès, qui remarqua qu'il était malade et incapable de résister aux fatigues de la traversée, l'arrêté fut rapporté. DangemodU^ écrivit alors à Bonaparte, supplia le consid de le re dans ses foyers, de no pan le laisser plus longtemps â Parîw cette <( ville immense etpernicieuse », et Bonaparte ordottund qu'il irait à la Guadeloupe. Mais le mallieureux DangemoaH eut un nouvel accès de folie. Il mourut h l'hApital dii Val-î de-r.râce, entre 1810 et 1814.

Le troisième flls, Chevrigny, volontaire au 2' bataillon dô Paris, puis sous-liontenant au 14' régiment d'infanterie, aide de camp de son pfere, adjudant-général chef de bataillon h l'armée des Pyrénées-Orientales, avait, disait Lamer, une grande bravoure, mais n il était de toute nullité pour ce (|iii concernait les détails d'un bureau de division territoriale ». Sur la recommandation do Cbâteanneuf-Randon, qui sollicitait pour lui une place de cliof d'escadron, Chovrigny fut envoyé eu 1700 comme adjudant-général chef do brigarle à l'armée d'Italie, et mis â la tête de l'état-major de la 1" division de cavalerie. Par malheur, dans son grand rapport du 20 dé-cembre, ClarUe le jugea dépourvu de talent, ivrogne et peu probe. Il n'eut plus d'avancement. Blessé au passage de la Bereziiia, il mourut prisonnier k Saint-Pétersbourg. Sa veuve eut par exception une pension de 600 francs,

Dugommier avait, en outre, de deux femmes de couleur, une fille naturelle, Augustine, cl un fils naturel, Désiré.

Augustine, qui vivait auprès de sa sœur Justine àMarseiile, mourut prématurément.

Désiré, nommé parla suite Adonis, élevé dans une maison d'éducation h Belleville, puis au prytanée de Compiègne, entra dans la marine en 1801. Dépité de n'avoir pas obtenu le grade d'enseigne de vaisseau, il donna sa démission pour servir dans l'infanterie . Lieutenant en 1819, capitaine en 1825, il prit sa retraite en 1838, après avoir fait les campagnes de Belgique et d'Algérie. Avec lui s'éteignit le nom de Dugommier*.

1. Voir sur la famille de Diigommier notre troisième volume de la Jeunesse de Napoléon, et surtout le livre de Pineau, 668-711, ainsi que son article de la Nouvelle Revue rélrospeclive^ 10 nov. 1902.

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