‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 100 sur 128 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

« La conduite de Duplcix, ajoute M. Cartwright, fut en vérité des plus nobles. La mortification qu'il était au-dessus de la nature humaine de ne pas ressentir, il la dévora complètement et, dédaignant avec le sentiment du vrai patriotisme le manque d'égards étudié et quotidien de Godeheu, il s'empressa de mettre à sa disposition tous les renseignements qu'il possédait et de lui prêter tout le concours possible. »

Dans ses Mémoires ('), Dupleix parle ainsi de Godeheu au sujet de la lettre remise sur le quai de Pondichéry :

« Tout ce qu'on peut dire sur cet article affligeant, c'est qu'il ne cherchoit qu'à adoucir l'amertume de la situation de son ancien ami, et que l'envie extrême de le servir ne lui permettoit pas de faire toutes les réflexions qui dévoient naturellement se présenter à son esprit. >

Le 3 août, Godeheu fut reconnu par les troupes comme gouverneur-général, le même soir on lui remit les clefs de la citadelle et il donna le mot d'ordre. Il eut pu choisir Judas et pour mot de ralliement prendre son nom !

Le dernier acte de pouvoir de Dupleix consista à faire savoir au marquis de Bussy sa disgrâce et la nomination de Godeheu. Il lui écrivit dignement, courageusement, l'adjura de fouler aux pieds tout ressentiment personnel, de commander même à son amour pour sa fiancée et de rester aux Indes, où il pouvait encore être utile et rendre de grands services à la France ! Une seule chose devait désormais le préoccuper et régler ses actions, le devoir!

Voici un extrait de la lettre de Bussy :

De l'armée françoise à Rajehmandrie, le 23 août 1754- Monsieur, « Je réponds à la lettre que vous m'avez fait la grâce de n'.'écrire le 4 août : votre départ pour l'Europe est un coup de foudre qui m'a atterré et consterné. Vous m'exhortez en partant de continuer à servir la nation, et à soutenir un ouvrage qui est sur le penchant de sa ruine. Croyez-vous sincèrement que je ne serai pas enveloppé dans la même disgrâce que vous; le coup n'est peut-être différé ou

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