‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 102 sur 128 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

Compagnie payait les troupes de Gingy, Villenour, Valclaour, Chalembron, etc.

Dupleix lui répondit, également par lettre, le même jour :

« La caisse de la Compagnie n'a que peu servi aux opérations de la guerre, et surtout depuis le mois de juillet de l'année dernière, qu'elle n'a fourni que neuf à dix mille roupies par mois, pour un certain nombre de Cipayes, qui se trouvent répandus soit à Gingy, soit ailleurs; et comme je fournissois en général toutes les dépenses, j'ai porté en recette tout ce que j'ai reçu pour cet article. Tout sera détaillé dans les comptes auxquels je fais travailler. Celte modique somme (fournie par la Compagnie) n'étoit pas suffisante pour les garnisons de Gingy, Chalembron et autres lieux, comme il vous est

COLONNLS Db, GR \NIT SCULPIL, offertes par le rajah de Gingi a Dup'ei\,

ayant servi d'abord à rembellissement du palais de ce gouverneur et ornant

maintenant l'entrée de Pondichéry, par mer.

aisé de le voir par les états que je vous ai envoyés de ces deux places, qui seules emportent (par mois) plus de vingt-deux mille roupies, les revenus des terres dont nous pouvions jouir, c'est-à-dire, le produit des revenus de la province du Carnate, régie pour les princes Maures par Papiapoulé, et que ce receveur avoit ordre de remettre au sieur Dupleix à compte de ses avances, ma bourse et mon crédit ont servi, non seulement pour ces articles de dépense, mais encore pour l'armée et pour les divers détachemens répandus à droite et à gauche. Les comptes que je produirai démontreront l'étendue de ces dépenses, etc. ('). »

ju Mémoires de Dupleix, p. 103 et 104.

Le 8 août, Dupleix envoya à Godeheu le tableau de l'état des affaires ; rappela lui avoir remis auparavant les cartes du pays, les lettres et mémoires concernant les troupes et leurs chefs. Les soldats se mutinaient faute de solde, Dupleix insistait pour leur paiement et ajoutait :

« Le roi de Mayssour qui s'étoit chargé de cette dépense ralentit ses paiemens et l'armée en souffre beaucoup. C'est moi qui, jusqu'ici, quand les ressources du Mayssourien ont manqué, ai soutenu l'armée ; mais mon rappel m'ôtant tout crédit, et altérant la confiance de nos alliés, et généralement de tous ceux qui pouvoient m'aider, c'est à vous de pourvoir aux besoins pressans. Je ne peux plus rien par moi-même, puisque le bruit de mon rappel, qui ne sçauroit manquer de causer une révolution, me met dans une impuissance absolue de rien faire

« Telle étoit, Monsieur, la situation des affaires dans cette partie (le Carnate) à votre arrivée. J'ai eu l'honneur de vous marquer hier les ressources que l'arrivée des vaisseaux et des troupes, m'auroient fournies, mais dont il ne m'est plus possible de faire usage. Mon départ pour la France a décidé de la perte de mon crédit et de mon pouvoir dans l'Inde. Il ne me reste qu'à vous indiquer les voies qui peuvent empêcher la ruine totale des affaires. J'ai eu l'honneur de vous les présenter. C'est à vous de décider ; mais le tems presse (^).»

Godeheu était joué ! Il lui était impossible de prendre contre sa victime des mesures de rigueur ; rien dans la conduite de Dupleix ne les aurait justifiées et elles auraient pu faire naître au contraire des incidents incalculables.

« La confiance, disait-il, dans son journal, du lo août, a peine à se rétablir à Pondichéry, par le bruit que le sieur Dupleix fait courir qu'il reviendra dans dix-huit mois. Tout le monde se tait, personne n'ose se livrer, et je sens mieux que jamais qu'un coup d'autorité auroit remédié à tout ; mais j'ai les mains liées, parce qu'il ne paroit se refuser à rien ouvertement, que je ne peux exiger de lui que ce qu'il veut faire paroître, et qu'enfin, s'il a des menées sourdes contre mes opérations, je ne puis l'en convaincre. Si le ministre avoit été convaincu de l'embarras dans lequel l'ordre mitigé devoit me jeter, je suis persuadé qu'il l'auroit laissé subsister tel qu'il

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