‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 103 sur 128 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

étoit. C'étoit le moyen de découvrir tout et de me mettre en état d'agir avec fruit. »

Malgré tous ses efforts et ses regrets, Godeheu ne pouvait trouver un coupable où il n'y en avait pas !

Godeheu retira à Mainville le commandement de l'armée devant Trichinapaly et le donna à Maissin. Ce dernier pour ses débuts laissa entrer un fort convoi de ravitaillement dans la place.

Le changement de gouverneur produisit une impression désastreuse sur les princes hindous : Naud-Rajah, Mararao, Salabetzingue. Ce dernier, d'après une lettre du 12 septembre 1754 jointe à celle de Bussy à Dupleix, accueillait forcément les ouvertures des Anglais et de Mamet-Aly-Kan.De son côté, Moracin, le 22 septembre 1754, annonçait de grands embarras à Mazulipatam.

Continuons la lecture du journal de Godeheu :

<< Je n'ai point d'ordre de le (Dupleix) punir de son imprudence, et je ne puis, après qu'il ma assuré de son impuissance, attribuer l'état dans lequel je me trouve à sa mauvaise volonté...

« Je tirerai peut-être meilleur parti de Papiapoulé, dont je suis le maître. »

Godeheu fit arrêter le receveur du Carnate, malgré l'intervention de Dupleix. Ses comptes justifièrent son administration et l'ex-gouverneur ! Néanmoins ce malheureux fut jeté dans un cachot ; il y resta jusqu'à l'arrivée de Lally-Tollendal, en 1758. Ce lieutenant-général ordonna sa mise en liberté.

Incapable de relever un fait délictueux contre Dupleix, Godeheu entreprit de le ruiner et il y réussit.

Dupleix présenta ses comptes, avec pièces justificatives, à Godeheu, chef et président de tous les Conseils ; ils furent reçus, et suivant l'usage, deux conseillers du Conseil supérieur de Pondichéry, Guillard et Bourquenoud, furent nommés commissaires pour les vérifier : ils joignaient à leur qualité de membres du Conseil, l'un celle de caissier, l'autre celle de teneur de livres de la Compagnie. Ils opérèrent en présence des conseillers au Conseil supérieur, Larche et du Beausset,

mandataires de Dupleix. Vérification faite, la Compagnie devait des millions à son ancien commandant-général. Cette nouvelle mit Godeheu au désespoir! Commettant une iniquité sans exemple et un déni de justice caractérisé, il fit venir devant lui Guillard et Bourquenou'd, et leur défendit expressément d'arrêter définitivement le compte. Ceux-ci eurent le courage de protester et de déclarer ne vouloir ni ne pouvoir se dispenser de constater la vérification. Godeheu leur dicta alors le certificat suivant, avec ordre de le copier et de signer au pied du compte au lieu et place de l'arrêté :

« Nous soussignés Noël-Michel Guillard, et Claude-Joseph Eourquenoud, conseillers des Indes, nommés d'office par Monsieur Godeheu, commissaire-général, pour assister à la vérification, tant en françois que dans les langues du pays qui ont rapport aux comptes au nombre de trois, que Monsieur le Marquis Dupleix a produits à Monsieur le commissaire-génécal (Godeheu) qui sont les doubles des trois sur lesquels nous avons écrit la présente, par laquelle nous certifions que toutes les pièces cotées et paraphées depuis le n° I, jusques et compris celui de 443, ont toutes rapport auxdits comptes dont il est fait ci-dessus mention,

<i A Pondichéry, le 28 septembre 1754.

Signé: « Guillard et Bourquenoud. »

Dupleix se contenta, faute de mieux, de demander le dépôt des originaux de ses comptes, avec toutes les pièces justificatives au secrétariat du Conseil. Godeheu autorisa ce dépôt le 2 octobre 1754, et fit insérer dans l'acte « que les sieurs Guillard et Bourquenoud n'avoient été par lui nommés commissaires que pour compter et coter lesdites pièces (justificatives des comptes de Dupleix), et certifier seulement que toutes ont rapport auxdits comptes ».

Nous avons vu plus haut Chanda-Saeb et Salabetzingue, débiteurs envers Dupleix des sommes avancées par ce dernier sur sa fortune personnelle ou celle de ses amis, établir dans le Carnate Papiapoulé, pour recevoir certains revenus et les remettre en à-compte à Dupleix. Papiapoulé avait été appréhendé au corps par ordre de Godeheu,' et celui-ci avait fait

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