‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 104 sur 128 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

piller sa maison, saisir meubles, papiers et argent; puis s'était emparé des revenus comme s'ils appartenaient à laCompagnie. Dans les premiers jours de son incarcération à Pondichéry, Papiapoulé fut renferme à dessein dans une maison louée tout exprès sur l'ordre du commissaire royal, sous les fenêtres de Dupleix !

Ces procédés laissant Dupleix sans ressource et incapable de satisfaire ses créanciers dans l'Inde, c'est-à-dire, les personnes qui avaient prêté de l'argent pour le service de la Compagnie et ne voulaient pas l'avoir pour débitrice, il pria Godeheu défaire au moins payer un billet de 500,000 roupies dû par la Compagnie à un marchand indien nommé Cassida Boucougi. Godeheu refusa net et défendit au Conseil de payer ce billet à Dupleix avant son départ. Les dettes de Dupleix pour le compte de la Compagnie s'élevaient à 4,000,000 de livres, il dut quitter l'Inde sans pouvoir faire honneur à ses engagements.

Godeheu ouvrit enfin un paquet de lettres adressées par Dupleix au Père Lavaur, et se glorifia de cette ignominie auprès de Machault comme d'une véritable victoire diplomatique.

La mesure était comble. Il reprit son ton mielleux et écrivit à Joanna Béguin !

« La saison qui s'avance, Madame, et la crainte des révolutions ordinaires (il s'agit ici des moussons), m'obligent de presser le départ des vaisseaux, le Duc d' Orléans, le Duc de Bourbon et le Cefiiaure. Je compte que les deux premiers seront prêts à appareiller du 8 au ic, et j'ai chargé monsieur Lobrydevous en parler, ainsi qu'à monsieur Dupleix. Si j'en juge par moi, je crois allier votre inclination au bien du service, car il est bien doux d'aller en France et de n'être point exposé aux accidents qui, retardant un départ, empêcheroient de rendre une traversée aussi agréable que j'ai envie de vous la procurer, par des relâches commodes qui rendent le voyage moins pénible.

« Je vous demande donc. Madame, d'être de mohié dans mes bonnes intentions et je vous prie de faire vos efforts et d'engager monsieur Dupleix à faire les siens pour que rien ne puisse retarder le départ des vaisseaux au jour indiqué. Je voudrais bien que le

poids des affaires que j'ai ici ne fût pas augmenté par celles que me donneroit un accident imprévu et irréparable. J'en ai même assez de mon inquiétude à ce sujet. »

Le 14 octobre 1754, Dupleix et sa femme, mademoiselle Vincent, Saint-Paul, beau-frère de madame Dupleix, et Kerjean, son neveu, trouvé trop riche pour rester aux Indes, mais bon pour être aussi dépouillé par la Compagnie, s'embarquèrent sur le Duc d'Orléans.

« Il emporta avec lui les regrets des principales puissances de rinde, des officiers et employés de la Compagnie et de tout le peuple de Pondichéry, qui, malgré tout ce qu'on pût faire, le suivit jusqu'au bord de la mer avec des démonstrations de douleur qui lui arrachèrent des larmes à luimême.

« Tout ce que la colonie avait d'hommes honorables manifesta hautement ses regrets, dit M. Cartwright. Il partit soutenu par la conviction qu'il ne pouvait être que la victime momentanée d'une intrigue, et sûr d'obtenir justice des mains de son souverain ! C'était hélas ! à une planche pourrie et vermoulue, que le malheureux se rattachait pour ne pas couler au fond. »

Godeheu restait enfin maître de toutes ses actions. Il débuta par faire lever le siège de Trichinapaly pour donner aux Anglais un témoignage de sa modération. Maissin revint à Pondichéry avec ses troupes. Saunders consentit à une trêve de deux mois ! Quels succès pour le commissaire royal ! Le gouverneur de Madras demandait la réunion d'une conférence à Sadras ! Pourquoi ? Godeheu voulut traiter directement et par écrit avec lui ! Saunders accepta et lui envoya un projet de traité ! Godeheu allait y apposer orgueilleusement son paraphe quand la Fièr'e mouilla à Pondichéry, le 2 1 décembre 1754. Elle avait remplacé à l'Ile de France la frégate XUtile^ mauvaise marcheuse. Parmi les dépêches se trouvait un dossier très circonstancié, officiel et relatif aux questions indiennes. Dupleix était chargé de s'en occuper. Cette pièce fait partie

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