CHAPITRE ONZIÈME
généraux, commandans de chaque nation; et toutes personnes actuellement sous la protection de l'un ou l'autre pavillon, pourront également aller et revenir où bon leur semblera sans être inquiettés ni en leurs biens ni en leurs personnes.
« Article VIII, — Le commerce sera libre dans tout le Carnate et dans tous les pays du nord de la côte de Coromandel pour les deux nations contractantes. Elles pourront tirer des marchandises de tous les endroits dépendans de l'une ou de l'autre, les faire transporter librement, sans rétribution quelconque au travers des Jaquirs et terres respectives.
«Article IX. — Tous les ennemis communs ou les ennemis particuliers de l'une ou de l'autre nation qui viendront attaquer les Anglois et les François dans leurs possessions actuelles, et troubler la tranquillité qui doit régner dans le pays de l'Inde, seront repoussées par la force des deux nations angloise et françoise.
« Article X. — Aussitôt après la trêve proclamée, on travaillera à l'échange mutuel des prisonniers, à nombre égal, et l'on se déterminera sur les moyens de soulager ceux qui ne seront point échangés.
« Article XL — Il sera nommé de part et d'autre des commissaires, pour examiner les contraventions de part et d'autre, commises par les troupes auxiliaires et alliées, et faire rendre toutes les places prises pendant la trêve, contre la teneur de la suspension d'armes, comme aussi tout ce qui pourroit leur avoir été enlevé par les dites troupes auxiliaires, en marchandises, denrées, ou argent, etc. mais encore pour convenir d'une manière stable pour tout le tems de la trêve, des noms et de l'étendue de tous les pays, paragandes et aidées qui sont au pouvoir et en la possession de chacune des deux nations angloise et françoise.
« Article XII. — Il a été convenu que dès qu'il aura été formé, pendant le cours de la trêve, quelque plainte par l'une des dites nations contre la teneur de l'article IX, lesdits commissaires nommés de part et d'autre, vérifieront et examineront le fait, pour y être ensuite fait droit envers la nation lésée, soit par la restitution, soit par dédommagement, suivant la nature du tort qu'elle aura souffert.
Articles ajoutés ;
€ Article L — Si quelque nation entreprenoit de former un établissement dans l'étendue des présentes possessions de l'une ou de l'autre Compagnie angloise et françoise, les Anglois et les François se joindront pour s'y opposer et empêcher toute entreprise semblabie. »
Ainsi dans le cas où Salabetzingue, indigné contre nous et contre les Anglais, aurait accordé aux Hollandais, aux Portugais ou aux Danois, les terres et les places concédées à notre Nation,ou celles usurpées par les Anglais ouMamet-Aly-Kan, nous aurions été forcés de prendre les armes avec les troupes britanniques et celles du rebelle contre les souverains légitimes du pays, Salabetzingue et l'empereur de Delhy ! L'article IX du traité conditionnel inspire la même réflexion.
« Article IL — Les douanes et les Joukans (péages) demeureront sur le même pied qu'ils étoient avant la guerre. Il ne sera pas fait d'innovation dans les droits payés sur l'importation ou l'exportation des marchandises de fabrique, ou du crû du pays. »
Nous ne pouvons ici analyser et comparer les différents articles de ces deux traités, nous livrer aux observations critiques, et signaler les bévues et les contradictions renfermées dans ces traités. Toutes ces conditions sont autant d'armes contre la France et la Compagnie. Godeheu seul était capable d'y souscrire et de consommer ainsi la ruine de nos établissements et le déshonneur de notre patrie !
Les difficultés semblaient naître sous les pas de Godeheu. Saunders s'était embarqué pour l'Europe afin d'aller recevoir en Angleterre le prix de ses éclatants sei-vices. Godeheu tint à le suivre le plus tôt possible, pour se disculper auprès du gouvernement et de la Compagnie. Il avait entassé fautes sur fautes !
Dans sa lettre au ministre datée du 7 janvier 175 5, il s'excuse lie ne pas s'être conformé aux instructions données.
Monseigneur,
« Je profite du départ d'un vaisseau anglois pour l'Europe, sur lequel monsieur Saunders doit s'embarquer, pour avoir l'honneur de vous remettre une expédition du Traité conditionnel que j'ai fait avec lui, et une autre expédition d'un traité de trêve, conclu en conséquence jusqu'à la réception de ces traités en Europe. J'ai trop peu de tems, Monseigneur, pour vous détailler les raisons qui m'ont détermine à prendre ce parti. >