Id., p
Gljapttre DouBtème.
Dupleixà Lorient, .\ Paris. — Il réclame à la Compagnie le règle- I ment de ses comçtes. — Moras. — Lettre de Madame Dupleix;
sa mort. — Décès de Mademoiselle Vincent. — Dupleix seul.
— Lettre de M. de Kerjean. — Requête de Dupleix contre la Compagnie ; fin de non recevoir de celle-ci. — Mémoire de Dupleix. — Il épouse Mademoiselle de Chastenay-Lanty. — Lettre du Marquis contre ses détracteurs. — Arrêt de Louis XV. — Nouveau Mémoire de Dupleix. — Dupleix et le Digeste.
— Il a une fllle. — Lettre de Dupleix. — Lettre de Kerjean.
— Pb rases recueillies dans le dernier Mémoire de Dupleix.
— Mort de Dupleix, le 11 novembre 1763. — Les descendants de Dupleix.
;^UPLEIX arriva à Lorient le 21 juin 1755, à la grande surprise de la Compagnie et du gouvernement. Les préposés de la Compagnie, par excès de zèle, s'emparèrent de ses effets. Tout fut séquestré dans les magasins de la Compagnie, coffres, malles, cassettes, habits, linge ; rien ne fut excepté. Sans attendre ou demander la remise des clefs, on brisa les serrures et on procéda à une recherche curieuse. Après une visite exacte, Dupleix obtint avec la plus grande difficulté une petite malle où était son linge. Il sollicita ensuite longtemps,et sans jamais pouvoir l'obtenir, la délivrance de ses autres effets et papiers. Il prit le chemin de Paris et raconte ainsi son voyage dans une lettre communiquée par M. P. Margry à M. Cartwright : \
« Croiriez-vous que sur la route de l'Orient à Paris, j'étois obligé de fermer les stores de ma chaise de poste pour pouvoir m'échapper de la foule ! Dans tous les endroits où nous changions de chevaux, j'entendois des propos qui auroient pu flatter le plus présomptueux, mais dont, grâce à Dieu, je me suis garanti autant qu'il a dépendu de moi. Ma femme a été dans le même cas. Elle et moi, n'osions paroitre dans l'Orient par l'affluence du peuple qui vouloit nous voir et nous bénir. Dieu soit loué, ce sont de vrayes satisfactions pour ceux qui sçavent tout reporter à Dieu.
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« Partout oh. nous avons passé, on venoit nous voir comme des animaux bien singuliers ! »
L'enthousiasme populaire, né du récit de ses exploits, faisait
à Dupieix une juste ovation ; pourquoi la Compagnie, le ministère et le roi agirent-ils autrement !
Pendant les premiers jours de son arrivée à Paris, il conserva encore intactes ses illusions.
« Je n'ai lieu, disait-il dans la lettre déjà reproduite en partie, que de me louer du contrôleur-général ('). Il nous accable d'attentions toutes les fois que ma femme et moi nous nous y présentons... Je laisse à d'autres le soin de vous dire sur (juel pied nous sommes ici (à la Cour) et combien les seigneurs et le public veulent bien nous être favorables. Je suis en vérité pénétré. )?
Un vaisseau apporta les lettres de Godeheu, le gouvernement approuva le traité conclu avec Saunders, le remplacement de Dupieix fut regardé comme un événement fort heureux, comme une habileté du ministre ! Dupieix fut considéré comme un personnage gênant, brouillon ; sa présence devint importune. 11 le comprit et resta dans la retraite.
Dupieix réclama à la Compagnie le règlement de ses comptes, car il lui fallait vivre, et il était sans ressources.
Au mois de mars 1756, Moras, contrôleur-général, l'assura, dans une audience, à haute voix et de manière à être entendu de plusieurs personnes, s'être occupé de son affaire et avoir choisi Claessen, Michel de Roth et un directeur de la Compagnie pour. étudier sa demande de restitution de treize millions environ de notre monnaie actuelle. Il voulait en être le seul juge, Montaran et Silhouette ne pouvant entrer, d'après le contrôleur-général, dans cet examen.
La Compagnie intrigua et demanda pour juger la question, susceptible, à son dire, des plus grandes difficultés, la nomination de commissaires pris au Conseil d'Etat du roi. La résolution d'engager ainsi l'affaire fut arrêtée durant le voyage de la Cour à Fontainebleau.
I. Seychelles, remplacé, malheureusemcr.t pour Dupieix, par Moras.
Joanna Begum rentre une dernière fois en scène. Dans les archives de la famille Dupleix se trouvent deux lettres écrites à Moras par cette femme héroïque quelques jours avant sa mort : A Mo7isieur de Moras^ co7itrôleur-ghihal. Monsieur,
« Vous m'avez fait l'honneur de venir me voir, et l'on m'a dit que vous avez été sensible de l'état où vous m'avez trouvée, ce qui me flatte beaucoup. Permettez que je prenne la liberté de vous souvenir de la promesse que vous avez bien voulu me faire pour la lettre de change que M. Dupleix vous a demandée pour l'Inde, et souffrez aussi, Monsieur, que je vous rappelle la promesse que vous m'avez aussi faite de nous rendre tous les services qui dépendront de vous ; nous ne vous demandons pour toute grâce que de nous rendre justice. Les chagrins dont je suis dévorée m'ont conduit au
bord du tombeau, je suis à la veille d'y descendre la cause de
ma maladie n'est point mortelle, quoi qu'on en dise, puisque je ne meurs que de chagrin; je suis réduite dans un état digne de compassion et d'autant plus cruel que je me vois à la veille de me séparer, pour jamais, d'un mari estimable, qui n'est malheureux que parce qu'il est trop zélé sujet du roi et trop bon citoyen, et d'une fille qui mérite la tendresse que j'ai pour elle, et qui est l'innocente victime de la haine ou plutôt de l'envie qu'on nous porte, pour avoir agi dans tout ce qui a eu rapport à la gloire de notre auguste souverain, et aux intérêts de la Compagnie, avec un zèle et un désintéressement peu connus. J'aurais bien des choses à vous dire à ce sujet, mais je les passe sous silence, d'autant plus que je n'ai pas la force de prendre la plume et que j'ai été obligée de me servir de la main de ma fille pour vous écrire. Je ne puis cependant finir cette lettre, qui est la dernière que je vous écrirai, Monsieur, selon les apparences, sans vous supplier de me donner au moins la consolation, avant de mourir, de faire cesser la persécution manifeste que les ennemis de M, Dupleix lui font, et de m'épargner le cruel déboire de le voir conduire en prison par ses créanciers, et surtout par }sl. de Bussy (') qui l'a fait assigner deux fois.
<< Votre très humble et très obéissante servante, « Albert Dupleix. »
3 novembre, 1756.