‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 112 sur 128 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

seize sols, représentant suivant le solde de ses comptes, les avances faites pour le service de la Compagnie avec les intérêts à sept pour cent, selon le cours alors établi dans l'Inde.

Six mois s'écoulèrent! La Compagnie ne répondit rien.

Des ordres de Boullogne, contrôleur-général, l'obligèrent à sortir de son mutisme. Elle donna, en janvier 1758, une requête tendant à réduire sa défense dans une fin de nonrccevoir. Les comptes n'avaient pas été arrêtés en bonne et due forme à Pondichéry : Dupleix devait être sans action contre elle, et elle demandait de le déclarer non rccevable dans sa revendication. Godeheu était à la tête de la Compagnie ; il parachevait ainsi son œuvre !

Dès le 15 mars, Dupleix répondit par un long Mémoire; il étala ouvertement la mauvaise foi de la chicane faite sous le couvert de la Compagnie. Jamais, remarquons-le ici, Dupleix. n'accusa dans ses écrits ou ses paroles, le roi ni les ministres

Il consulta les cinq plus célèbres avocats de Paris, Lherminier, Lambon, Rousseau, Cellier et Duhamel ; ils furent d'accord pour déclarer le bien fondé de sa demande. Enfin il donna une nouvelle requête relative à la nature des avances faites. Elles consistaient en quatre millions de livres environ, avancés de ses propres deniers pour la Compagnie ; il réclamait le paiement de cette somme par provision avec intérêt de sept pour cent depuis la date des prêts jusqu'au remboursement complet. A l'égard de trois autres millions il demandait acte de son consentement à les laisser pendant trois ans dans les caisses de la Compagnie, moyennant par elle le service des intérêts à commencer du jour des avances à celui du paiement ; sauf à la Compagnie, pendant ces trois années, à faire, ou requérir, si bon lui semblait, une nouvelle vérification ou révision de ses comptes; ce laps de temps écoulé, ces comptes demeureraient définitivement arrêtés.

La Compagnie fit la sourde oreille pendant six mois.

Durant cette période, Dupleix, incapable de rester dans l'isolement et désireux de se créer un nouvel intérieur, cher-

cha une seconde compagne. Le i8 novembre 1758, il épousait,: à l'église de Saint-Sulpice, Mademoiselle Marie-Thérèse de Chastenay-Lanty! Elle était d'une excellente famille, mais, sans fortune. Dupleix vivait sur le produit de la vente des propriétés achetées en Normandie, lors de son élévation au marquisat. On l'accusa de dépenses insensées et on tourna en ridicule son indigence prétendue !

« On ne se contente pas, écrivait-il à cette époque, de me jeter dans les plus cruels embarras, en différant Fexamen de mon compte et en retenant ce qui m'est dû ; on a la dureté de me les imputer à moi-même en exagérant les dépenses d'une maison nombreuse ! Qu'il est triste d'avoir à se justifier des maux mêmes qu'on nous cause ! Les personnes logées ou nourries dans ma maison sont ou des parens ou des alliés, ou des amis revenus avec moi de l'Inde, et qui, en me confiant toute leur fortune, m'ont aidé à faire une partie des avances dont je demande aujourd'hui le remboursement. L'impossibilité où je suis de payer ces personnes, qui n'ont d'autie bien que celui qu'elles m'ont confié et qui partagent mes malheurs sans me reprocher ce qu'elles souffrent à mon occasion, me met dans la nécessité de les loger et de les nourrir. Pourrois-je, sans l'ingratitude la plus noire, me séparer d'elles (') ? »

Le 10 décembre 1758, Louis XV, par un arrêt de son Conseil d'État, signifié à Dupleix à la requête de la Compagnie le 20 du même mois, évoqua l'affaire pour être jugée au Conseil des Dépêches. Voici les termes du dispositif de cet inique arrêt :

« Ouy, le rapport du sieur de Boulongne, conseiller ordinaire au Conseil royal, controlleur-général des finances. Le Roi étant en son Conseil, a évoqué et évoque à sa personne les demandes, contestations, différends et prétentions nés et à naître, circonstances et dépendances entre la Compagnie des Indes d'une part, et ledit sieur Dupleix, d'autre part, pendantes devant les sieurs commissaires députés par Sa Majesté par l'arrêt de son Conseil d'État du 30 avril 1757, et autres rendus en conséquence. Ce faisant. Sa Majesté a ordonné et ordonne que dans un mois pour tout délai, à compter du jour de la signification du présent arrêt, les parties remettront leurs mémoires et pièces entre les mains du sieur Dufour de Villeneuve, que Sa Majesté a commis et commet à cet effet, pour, après

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