Histoire des révolutions des Indes, par Désormeaux
2. Mémoire pour le Sieur de la Bourdonnais, avec les pièces justificatives, Paris, MDCCL, p. 28 à 31.
Les provisions de Dupleix comme gouverneur des ville et forts de Pondichéry, octroyées en 1740, sont augmentées en 1742, sur les instances de laCompagnie des Indes. — Dupleix à Ougly, à Pondichéry. — Il fortifie cette ville de ses propres deniers. — Guerre franco-anglaise. — Dupleix reçoit la croix de Saint- Michel et des lettres de Noblesse. — Dupleix et La Bourdonnais.
■EL était l'état de THindoustan quand arrivèrent à Dupleix des lettres patentes qui, en étendant son pouvoir, allaient lui permettre de faire face à ^^^^^^S toutes les difficultés.
Voici le texte de ces lettres :
« Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, Salut.
<( Nous avions par nos lettres de provisions du premier janvier 1740, sur la nomination de la Compagnie des Indes, établi le sieur Dupleix, gouverneur des ville et forts de Pondichéry et autres postes qui en dépendent, et président du Conseil supérieur. Les directeurs de ladite Compagnie, nous ayant représenté qu'il convenoit au bien et à l'avantage du commerce de la Compagnie d'accorder de plus grands pouvoirs au dit sieur Dupleix, en le nommant commandant des forts et établissemens françois dans les Indes, et le faisant président tant aux conseils supérieurs et provinciaux établis, qu'à ceux qui pourront y être établis par la suite (').
« A ces causes, Nous, sur la nomination de ladite Compagnie, ci-attachée sous le contre-scel des présentes, avons commis, ordonné et établi, commettons, ordonnons et établissons ledit Sieur Dupleix, commandant des forts et établissemens françois dans les Indes Orientales, pour en ladite qualité y commander tant aux habitans, commis de ladite Compagnie et autres employés qui y sont ou seront établis, qu'à tous François et étrangers qui s'y établiront à l'avenir, de quelque qualité et condition qu'ils puissent être ; ensemble aux commandans, gouverneurs, officiers et gens de guerre,
I. Ces Conseils furent régis et définis par les règlements royaux des 27 octobre 1664 ; 31 janvier 1685 et 9 février 1718.
qui y sont ou pourront être en garnison ; leur faire prêter serment de fidélité qu'ils nous doivent, faire vivre le? habitans en union et concorde les uns avec les autres ; contenir les gens de guerre en bon ordre et police suivant nos reglemens , maintenir le commerce et trafic dans les comptoirs de ladite Compagnie aux Indes, et faire généralement tout ce qu'il jugera à propos pour la conservation des dits forts, établissemens et comptoirs, et pour le commerce et la gloire de notre nom.
« Mandons à tous nos sujets de quelque qualité et condition qu'ils soient, gouverneurs, commandans, otîficiers, soldats, habitans, commis de ladite Compagnie et autres employés de reconnoître et faire reconnoîire ledit Sieur Dupleix en ladite qualité de commandant des forts et établissemens françois dans l'Inde, et lui obéir, sans y contrevenir en quelque sorte et manière (jue ce soit, à peine de désobéissance : car tel est notre bon plaisir, en témoin de quoi nous avons fait mettre notre scel à ces présentes.
« Donné à Versailles le vingt-troisième jour d'octobre, Tan de grâce mil sept-cent-quarante-deux, et de notre règne le vingt-huitième.
Signé, Louis,
et sur le repli est écrit : Par le Roi.
Sig?ic, Phelypeaux,
et scellé du grand sceau de cire jaune.
Ces provisions revêtaient Dupleix d'une autorité suprême et lui conféraient une véritable vice-roy^auté. Avec quel légitime orgueil il pouvait déjà embrasser du regard la carrière parcourue !
Il avait sous ses ordres directs, immédiats, Pondichéry, résidence du conseil supérieur et trois comptoirs particuliers, Mahé, Karikal et Chandernagor. Cette situation lui avait été faite pour réunir en ses seules mains toute l'administration coloniale des Indes Orientales.
Connaissant à merveille le caractère hindou, et d'après les sages conseils de Joanna Begum, Dupleix, afin d'avoir plus de prestige sur les princes, ses futurs voisins, voulut se présenter devant eux non comme un riche marchand, lieutenant il est vrai du roi de France, mais comme l'égal des grands vassaux de l'empereur mogol.
Avant de quitter Chandernagor, il prit, au milieu d'une superbe pompe asiatique, le titre de masoubdar conféré à