‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 16 sur 128 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

I assurer en deux mots, c'est qu'il a été impossible de faire

! mieux, eu égard aux circonstances des tems et aux événemens

l fâcheux arrivés dans le courant de cette année. Nous sommes con-

j vaincus de votre zèle et de votre expérience, et persuadés que nous

I en recevrons de nouvelles preuves dans des circonstances aussi

s critiques, etc. >)

I Dupleix fit de son mieux pour suppléer à l'impuissance momentanée de la Compagnie et pourvoir aux besoins de ses f établissements. Il approvisionna Pondichéry de munitions de \ guerre et de vivres ramassés de tous côtés. Il envoya à l'île ! de France, à la Bourdonnais, tous les vaisseaux naviguant d'Inde en Inde et avisa la Compagnie de sa disposition et I de ses besoins.

; Elle répondit, le 25 novembre suivant, approuvant tout

I et attendant tout du zèle et de l'intelligence du gouverneur. : Elle remit au ministre des copies de la lettre de Dupleix et I y joignit un mémoire pour supplier le roi de faire passer i aux Indes le nombre de vaisseaux nécessaire pour résister à ; l'ennemi, soutenir les établissements et le commerce de la \ nation dans les Indes.

Dupleix réitérait ses appels à Paris. « Nous ne pouvons

nous empêcher, écrivait-il, le 11 janvier 1746, de vous laisser

voir notre douleur et notre étonnement de la conduite de la

Compagnie à l'égard de ses colonies de l'Inde. Si le cri de

. notre conscience ne nous rassurait, nous pourrions croire que

; nous sommes des proscrits. Se peut-il que, depuis deux ans

i que la guerre est déclarée, la Compagnie n'ait même pas

'' songé à envoyer un navire ? »

\ Puis un peu plus tard : « Si nous ne recevons dans le cours

de cette année aucun secours sérieux, la Compagnie peut

\ compter les établissements de l'Inde comme perdus. Est-il

possible qu'une seule année fasse perdre le fruit de vingt-

1 cinq ? »

! En présence de l'isolement où on le laissait, Dupleix entrel vit une chance suprême de salut. Il évoqua auprès d'Anaverdikan, nabab du Carnate, les services rendus par les Français

lors de l'invasion des Mahrattes, insistant sur ses dispositions pacifiques et citant comme preuve sa démarche auprès du gouverneur de Madras, Morse. Les Anglais avaient repoussé les ouvertures de paix de l'ami des nababs, de l'officier et vassal de l'empereur de Dclhy. C'était une insulte faite à tous les princes mogols. Anaverdikan notifia à Morse : « Qu'il ne permettrait aucune attaque des Anglais contre les établissements français de la côte de Coromandel ; qu'au reste il userait de la même autorité pour empêcher toute agression des Français contre Madras. » Morse se soumit ; Pondichéry fut sauvée, mais notre prestige bien amoindri auprès des Hindous.

Afin de donner une idée des sentiments professés alors par la Compagnie pour les mérites de Dupleix, nous croyons devoir rapporter ici le Mémoire présenté par elle à M. de Machault, contrôleur général des finances et la lettre écrite par les directeurs au gouverneur général, pour lui annoncer les grâces accordées par Sa Majesté. Ces sentiments et les témoignages rendus n'avaient été inspirés à la Compagnie par aucun des amis ou parents de Dupleix ; son frère aîné^ M. de Bacquencourt, n'en avait eu aucune connaissance :

Mémoire présenté par la Compagnie à M. le contrôleur

général.

« La Compagnie des Indes ayant lieu d'être extrêmement satisfaite des services que M. Dupleix, actuellement gouverneur de Pondichéry, et commandant-général dans les Indes, lui a rendus depuis trente-deux ans qu'il est à son service, pendant lequel espace de tems il a toujouts rempli les premiers postes d'une façon honoj rable et distinguée, en y augmentant considérablement le commerce I de la nation et celui de la Compagnie des Indes, qu'il soutient 1 même à présent par son crédit, et les ressources qu'il a trouvées dans j sa bourse et celle de ses amis ; la Compagnie voit avec plaisir par I les lettres qu'elle vient de recevoir des conseils des Indes, que ' malgré les fonds modiques qu'elle y a remis, M. Dupleix, après avoir acquitté presque toutes les dettes contractées à Bengale, a trouvé de nouveaux emprunts pour faire fabriquer des marchandises pour le chargement des vaisseaux qui dévoient lui parvenir dans le

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