CHAPITRE TROISIEME
courant de Tannée 1745 ; de sorte qu'elle a lieu d'attendre des Indes deux cargaisons de marchandises blanches, par les vaisseaux qui viendront en 1747. Ce gouverneur a encore envoyé à l'Isle de France 730 milliers de café Moka, qui y sont bien arrivés, valant plus de deux millions de livres, achetés et payés avec ses propres fonds et ceux de ses amis.
La Compagnie vient aussi d'apprendre avec beaucoup de satisfaction que M. Dupieix, en conséquence des ordres qu'elle lui a envoyés, a fait pour tous les comptoirs des Indes les arrangemens les plus sages, pour y réduire toutes les dépenses à l'indispensable point essentiel qui lui avoit été particulièrement recommandé, et pour l'exécution duquel la Compagnie lui a promis de lui donner les plus fortes marques de sa reconnoissance.
« Toutes ces considérations ont déterminé la Compagnie des Indes réunie à supplier S. M. d'accorder au dit sieur Dupieix des Lettres de noblesse et la croix de l'Ordre de Saint-Michel ('), jamais sujet ne pouvant mieux mériter cette grâce que lui....
« Fait et délibéré à Paris, en l'hôtel de la Compagnie des Indes, le 22 février 1746.
Signé: « Lafkaye, Fontpertuis, Colabau, Dumas, Cavalier, David, Godeheu, d'Espremesnil et Saintard. »
Lettre de la Compagnie des Indes au sieur Dupieix.
Du 12 mars 1746.
< Quoique la Compagnie, Monsieur, ait vivement ressenti dans le
courant de l'année dernière les funestes effets de la guerre, ces
i contretems fâcheux ne l'empêchent pas de vous témoigner sa satis-
' faction sur les justes mesures qu'elle a vu par vos lettres, et celles
I du Conseil supérieur de Pondichéry qui lui sont parvenues par le
vaisseau la Favorite, que vous avez prises pour soutenir son crédit
i dans l'Inde, pourvoir aux cargaisons des vaisseaux qui vous avoient
^ été expédiés de 1743 à 1744, et effectuer ses intentions sur la
réduction de toutes les déi)enses en général, et pour vous en donner
; des marques, elle s'est portée à solliciter en votre faveur auprès de
\ Sa Majesté des lettres de noblesse et la croix de l'ordre de Saint-
■' Michel. Elle vous annonce avec plaisir qu'elle vient d'apprendre par
une lettre de monseigneur le contrôleur général que le roi avoit
bien voulu vous accorder l'un et l'autre. Elle sera charmée que
l'expédition en soit faite entièrement avant le départ du vaisseau le
Fenthievre, par lequel vous parviendra la présente. Nous n'avons
pas besoin d'exciter votre zèle. L'expérience nous a fait connoitre ce
I I. M. Tibulle Hamon, p. 27, fait à tort accorder, à cette époque, à Dupieix, la croix
' de Saint-Louis. Il s'agit de celle de Saint-Michel. Dupieix reçut seulement après la jevée du siège de Pondichéry, en 1749, le cordon de Saint-Louis.
que nous en devons attendre dans un tems où il convient plus que jamais de redoubler d'attention pour ne pas perdre le fruit de tous les travaux passés. Nous sentons toute la délicatesse des opérations dont vous êtes chargé ; mais la confiance que nous avons en vous, nous tranquillise beaucoup, etc. »
Les démarches des approbateurs de Dupleix se bornèrent donc à l'obtention d'honneurs stériles. Un ruban, des phrases flatteuses, furent toute l'aide qu'il reçut dans une œuvre formidable, et qui se compliquait déjà d'une manière écrasante.
A tout moment, l'apparition au large de la flotte britannique jetait l'eAroi dans Pondichéry. L'appel à l'assistance mogole avait révélé aux Hindous la faiblesse des Français ; et les petits faussedars des environs, naguères encore inclinés devant le fastueux masoubdar de Pondichéry, le croyaient maintenant vassal comme eux de l'empereur de Delhy.
A la veille de succomber sous le poids du travail et des angoisses de toute nature, qui avaient altéré gravement sa santé, Dupleix, sur le conseil de sa femme et de ses amis alarmés, demanda sa retraite. La Compagnie ne voulut pas y consentir et le pria de lui continuer ses services en lui écrivant :
«... Quant à l'article délicat de vous procurer quelqu'officier distingué qui fût capable de vous seconder, si le cas de la guerre arrivoit, comme nous supposons que ce fâcheux événement ser?, Dieu aidant, fort éloigné, et comme monsieur votre frère a demandé pour vous un congé à la Compagnie pour venir en France, soit pour vous y reposer tout à fait, soit pour un séjour passager et convenable à l'arrangement de vos affaires, nous attendrons ce tems pour délibérer avec vous sur une chose de cette conséquence, et nous souhaitons d'avance que l'état de votre santé vous permette de retourner aux Indes reprendre le timon des affaires de la Compagnie qui ne peuvent être en de meilleures mains qu'entre les vôtres... les talcns et le zèle que nous vous connoissons nous tranquillisent beaucoup dans les circonstances critiques où nous sommes. De votre côté, soyez parfaitement assuré que no.is ne vous perdrons point de vue, et que nous vous ferons passer des secours de toute espèce, et le plus qu'il nous sera possible. »