‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 19 sur 128 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

Dupleix, au contraire, est modeste et simple. Affable dans la vie publique, appréciant les joies du foyer domestique ; il aura une prédilection pour le silence dont il a contracté l'habitude dans les méditations de sa jeunesse. Sa conversation variée revêtira cependant un charme particulier. Les idées jailliront en abondance, sa parole sera concise, entraînante. On sera séduit par les effluves magiques de son regard, par l'ensemble de ses traits d'une noblesse incomparable. On ne pouvait imaginer une tête plus belle, un front plus large, plus élevé, une physionomie plus ouverte....

La Bourdonnais rêvait l'extension de son pouvoir personnel en ruinant les flottes anglaises sur toutes les mers ; Dupleix cherchait à assurer l'empire des Indes à la France.L'un obéissait à une ambition toute personnelle ; l'autre envisageait, avant tout, le bien et l'avenir de la patrie !

Dupleix voulait chasser l'Anglais de l'Hindoustan. Pour cela il fallait d'abord détruire l'escadre de Barnet, puis prendre Madras, occuper le fort Saint-David ; de la côte de Coromandel, on irait ruiner Calcutta et enfin faire flotter le drapeau national sur Bombay.

Siège de Madras et prise de cette ville. — Intervention de madame Barnaval, belle-fille de Dupleix. — Conflit de juridiction.

— Dupleix persiste à garder Madras, naalgré La Bourdonnais.

— Départ de ce dernier de l'Inde.

^y^QitO^gA Bourdonnais avait déjà, en 174:, de concert avec

L^ Dumas, formé le dessein de s'emparer de Ma- 1^ dras ; il fut bientôt d'accord avec Dupleix sur ce ^^^i5 point. Ce projet fut arrêté dans la rade même de Pondichéry.

Alors commencent des tergiversations singulières inspirées à La Bourdonnais par le désir d'être le chef suprême, de ne pas obéir à Dupleix sur terre et de fouler ainsi aux pieds les instructions si formelles contenues dans la lettre de M. Orry,

du 29 janvier 1745 : « Vous donnerez avisa M. Dupleix

du parti auquel vous vous arrêterez. Je lui donne les ordres les plus précis de vous seconder en tout ce qui pourra dépendre de lui. Je vous recommande aussi très particulièrement d'en user avec lui avec les égards qu'il convient d'avoir pour un homme qui commande dans toute l'Inde (^)... »

La Bourdonnais rompt en visière avec Dupleix et essaie de le fatiguer, comme il le fera jusqu'au jour de son départ définitif pour l'Ile de France et... la Bastille, par une quantité de lettres auxquelles le commandant général répond toujours avec calme et sagesse.

Il parcourt la mer des Indes sous prétexte de chercher la flotte anglaise en ayant soin de l'éviter. Enfin, le 17 juillet, il écrit à Dupleix pour lui faire part de ses vues; demande à emprunter soixante canons (Dupleix s'empressa de les lui fournir en dégarnissant même Pondichéry) ; manifeste l'intention, si le

I. Mémoire pour la Bourdonnais, pièces justificatives, n° VIII, p. lo,

Gljapttrc quatrième.

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succès le favorise, de tirer de Madras toutes les marchandises trouvées, de les embarquer sur ses vaisseaux et de rançonner la population. Il se refuse à détruire la ville dans la crainte de la voir d'ici à un an entièrement relevée et plus forte.

Toujours en quête de l'escadre britannique, La Bourdonnais la poursuit, dit-il, vers Négapatam et, le 26 août, il écrit de nouveau à Dupleix pour demander au conseil supérieur l'autorisation de faire le siège de Madras.

Le conseil, convoqué immédiatement, partage l'avis de Dupleix son président, et adresse au capitaine d'Espremesnil, Barthélémy et Bruyère, procureur général, pour le sommer au nom du roi de choisir entre les deux partis indiqués par la lettre de ce même conseil en date de la veille : prendre Madras ; ou joindre enfin l'ennemi et détruire ses vaisseaux mouillés à Ceylan, dans la baie de Trinquemalé.

Pour réponse, La Bourdonnais écrit :

« J'ai reçu la sommation et son contenu. Je n'ai consulté le conseil que sur l'affaire de Madras. Il dépendoit de lui, d'opiner décisivement pour ou contre. Quant à la destination de mon escadre, ce n'est pas à lui d'en prendre connoissance. Je sçais ce que je dois en faire ; et mes ordres sont donnés pour qu'elle parte ce soir.

« A Pondichéry, ce 27 août 1746.

Signé : « MaHÉ 13E LA BOURDONNAIS. »

Où conduisait-il ses vaisseaux? Lui seul le savait et tenait à perpétuer ce regrettable conflit de juridiction!

Dupleix avait cependant formulé nettement ses volontés à la réception de la lettre de La Bourdonnais du 17 juillet: « Si Madras veut éviter les fâcheuses suites d'une attaque et d'un bombardement, vous devez en tirer le meilleur parti que vous pourrez. (Nous ne ferons pas ici l'énumération des articles exigibles, leur totalité montait à treize ou quatorze cent mille pagodes, c'est-à-dire, la pagode valant 1 1 livres tournois, à 153 ou 154,000,000); mais si Madras souffre un siège, et qu'on soit assez heureux pour s'en rendre maître, il y a bien

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