‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 20 sur 128 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

d'autres avantages plus considérables à en tirer. » Ces avantages étaient divers selon qu'on se déciderait à la conservation ou à la destruction de Madras ; leur importance pour le commerce en temps de paix, ou, en temps de guerre, pour la sûreté de nos établissements et particulièrement de Pondichéry, était indéniable. Dans tous les cas il n'était nullement question de rendre la place aux Anglais.

La Bourdonnais hésitait toujours lorsque Dupleix insista une dernière fois pour l'exécution du plan primitif. Le capitaine mit enfin à la voile dans la direction de Madras ; il partit de Pondichéry pendant la nuit du 12 au 13 septembre 1746 avec neuf vaisseaux et deux galiotes à bombes.

Le 14, il se trouva à quatre lieues de Madras et fit descendre à terre cinq à six cents hommes appuyés par deux petites pièces de campagne.

Le 15, il longea la côte réglant la marche de ses vaisseaux sur celle des troupes de débarquement. A midi, il était arrivé à une grande portée de canon de la ville. Il quitta alors la flotte avec onze cents Européens, quatre cents Cipayes, quatre cents Caffres des Iles. Dix-huit cents hommes restèrent à bord.

Les troupes de siège campèrent auprès d'une pagode sur une place environnée de maisons. Une batterie de mortiers fut immédiatement établie de manière à battre Madras tout en protégeant au besoin les navires.

Dans la soirée Barnaval, marié à Mademoiselle Marie- Vincent, fille de Madame Dupleix, vint de la part de Morse, gouverneur de Madras, prier La Bourdonnais de laisser sortir les femmes de la place avant d'ouvrir le feu. Cette permission lui fut accordée pour Mesdames Barnaval et Morse, mais refusée pour toute autre personne. Elles restèrent, ne voulant pas être seules à profiter de cette faveur.

Le 16, on approcha de la ville ; le camp fut transféré dans un village éloigné d'une demi-portée de canon de Madras. Cette journée fut employée à amener l'artillerie et à former les batteries.

Le 17, les soldats indigènes, à la solde des Anglais, échangèrent quelques coups de feu avec les postes avancés ; ils furent facilement repoussés et s'enfuirent dans les terres au lieu de rentrer en ville. Le même jour on s'empara d'un faubourg et de la maison de campagne de Morse, à demi-portée de carabine des murs de Madras. On s'y fortifia.

Le 18, la place fut battue du côté de la terre par douze mortiers et canonnée à la nuit par les trois plus gros vaisseaux.

Pendant cette nuit, La Bourdonnais fut avisé par Dupleix de l'apparition de vaisseaux suspects. Il prit donc ses dispositionb pour donner l'assaut au plus tôt.

Le feu continua le 19 avec intensité. Les assiégés jugèrent à propos d'entrer en composition ; à huit heures du soir, La Bourdonnais reçut la lettre suivante :

Monsieur,

« M. notre gouverneur a reçu une lettre au soir de Senor Francisco Pereiro, dans laquelle il fait mention de quelque discours qui s'est passé entre vous et lui, et que vous avez paru être incliné à un accommodement, et que ledit Sieur viendroità Madraz. La réponse qu'on lui a faite, étoit qu'il pouvoit venir ; mais M. le gouverneur, ne recevant point de lettres depuis, s'imagine que sa lettre ne lui est point parvenue; ainsi M. le gouverneur vous prie de lui faire sçavoir vos sentimens, et si ledit sieur Pereiro a été autorisé par vous à traiter cette affaire.

<i J'ai l'honneur, etc. •

« Marie-Vincent Barnaval ('). »

La Bourdonnais répondit à Madame Barnaval n'avoir chargé ce Pereiro d'aucune mission, mais être disposé à recevoir des députés. A cet effet le feu devait cesser le lendemain de six heures à huit heures du matin.

On lui apporta bientôt une autre lettre :

Monsieur,

« Notre gouverneur vous envoyera une personne de son conseil, avec un autre Monsieur, pour l'aider à interpréter la langue Française ; il aura l'honneur de vous saluer à l'endroit où vous aurez la

I. Mémoire pour La Bourdonnais, pièces justificatives, n° XLi. p. 75.

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