‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 2 sur 128 · I. Pourquoi l'ordre des prénoms a-t-il été interverti · texte numérisé non relu

I. Pourquoi l'ordre des prénoms a-t-il été interverti

Voici, en effet, copie de l'acte de baptême déposé aux archives municipales de cette cité :

« Le premier de janvier mil six- cens quatre-vingt-dix-sept a esté baptisé un fils du légitime mariage de M'' François Dupleix et dam^^® Anne-Louise de Massac, lequel a été nommé Joseph-François. Le parrain M"" François Joseph Salmihen pour et au nom de M' Joseph le Gindre, escuyer seigneur d'Armini, intéressé dans les fermes générales de Sa Majesté et général des poudres et salpestres. — La marraine dam^^* Claude-Jeanne de Massac. »

<L Signé: Salmien, de ]\L\ssac. >

INTRODUCTION

Dans sa séance du 9 mai 1879, le Conseil municipal de Landrecies s'associa à l'œuvre entreprise, en 1869, par le N'ouvelliste de l'arrondissement d'Avesnes-sur- Helpe, et continuée par MM. Margry, Dehaisnes et Gosselet, pour arriver à l'érection d'une quatrième statue au lieu de la naissance de Dupleix.

M. Fagel, en nous adressant avec une extrême obligeance, la photographie du monument destinée à être reproduite dans cet ouvrage, nous donnait les renseignements suivants :

« En 1884, un concours a été ouvert entre tous les artistes du département du Nord, pour l'érection d'une statue de Dupleix, à Landrecies, sa ville natale.

« Une somme de 28,000 francs recueillie par souscription départementale, était allouée pour l'exécution du piédestal de la statue.

« La statue devait être coulée en bronze et posée sur un piédestal en granit, orné de bas-reliefs et attributs indiens.

« Le concours a donné les résultats suivants :

« i^"^ prix et exécution, Fagel, de Valenciennes ;

« 2"^* prix, i\[. Haussin, de Douai ;

« 3"^^ prix, M. Cordonnier, de Lille.

« La statue représente Dupleix plantant le drapeau français dans le sol indien. La tête a été exécutée d'après des miniatures authentiques prêtées par la famille d'Infreville.

« Deux bas-reliefs font partie de la décoration du piédestal :

« Dans le premier,on voit Dupleix recevant de Mouzaferzingue la dignité de nabab ; le second montre Madame Dupleix, au siège de Pondichéry, donnant ses soins aux blessés.

« Des appliques en bronze, de style indien, complètent l'ensemble du monument, dont l'inauguration aura lieu au mois de septembre

« La statue a été coulée par M. IMoltz, fondeur, rue de Rennes, à Paris. »

Les biographes français de Dupleix sont: MM. Tibulle Hamon, Henri Bionne et A. Deloffre. Celui-ci a publié, en 1883, une petite brochure, mise en vente

INTRODUCTION

au profit de l'œuvre de la statue. Les ouvrages de MM. Hamon et Bionne remontent à 1881.

Nous inspirant de la méthode rationelle suivie par Dupleix pour fractionner son fameux Mémoii-e de 1759 contre la Compagnie des Indes, nous avons divisé notre travail en douze chapitres généraux, afin de mettre plus d'ordre dans la multitude des faits destinés à passer rapidement sous les yeux du lecteur.

Terminons en faisant, pour notre héros, ces emprunts au Livre de Job \ Justifie ationem meam, qttain cœpi tenerCy non deseram : neque e7iim rep7'ehendit cor

meiim in omni vita mea (^) Spoliavit me gloria mea

et abstulit coronam de capite v?eo / (-)

A. Clarin de la Rive, Membre et Lauréat de la Société des Études historiques de France.

Librecy, 30 août 1888.

\.Job.^ xxvn, 6. — 2. Id.^ XIX, 2.

Cljapttre premier»

Famille et enfance de Joseph Dupleix. — Il s'embarque à dix-huit ans ; entre au service de la Compagnie des Indes ; est nommé gouverneur de Ghandernagor. — Ses heureuses innovations commerciales ; il établit un comptoir à Patna. — La Compagnie des Indes le choisit pour chef de la hiérarchie coloniale aux Indes Orientales. — Joanna Begum entre en scène.

A famille Dupleix, originaire de Châtellerault, en ^ Poitou, eut l'honneur de fournir d'éminents serviteurs de la France, dans les finances et la magistrature. Nommé contrôleur du Hainaut et résidant à Landrecies, René-François Dupleix, seigneur de Bacquencourt et de Mercith, sieur des Gardes, Sarrevieilles, La Bruyarave, etc., épousa, le 25 mars 1695, Anne-Louise de Massac, fille de Claude de Massac, receveur des domaines et trésorier à l'extraordinaire des Guerres, en cette ville (^).

Joseph-François Dupleix, le futur gouverneur général des établissements français aux Indes Orientales, naquit de cette union, le i^^ janvier 1697 ; nous avons reproduit, dans l'introduction, son acte de baptême. Deux maisons sont désignées à Landrecies, comme ayant été, à ce moment, habitées par ses parents ; adimc subjtLdice lis est !

Dès son enfance, Joseph fut tourné du côté des affaires ou du commerce. La volonté de son père étant formelle, tous les travaux intellectuels étrangers à ces branches furent systé-

I. Dans son opuscule, M. A. Deloffre fait de Claude de Massac un gouverneur de Landrecies ; nous nous conformons aux renseignements personnels de AI. le Marqr.is de Vendeuil, arrière-petit-fils de Dupleix, habitant le château de Montpezat (Gard) ; ces renseignements nous furent adressés, fort obligeamment, le 12 novembre 1887,

matiqucment écartés ; aucun moyen ne fut négligé pour favoriser les études de notre héros dans le but indiqué.

Le soin de son instruction fut confié à des maîtres distingués ; celui de mathématiques se concilia bientôt les plus chères affections de l'élève. Joseph se livra passionnément à l'étude de la géométrie, de la trigonométrie, du génie et de la fortification. Les traités scientifiques ou techniques de Pascal et du maréchal de Vauban (ï) n'eurent bientôt plus de secrets pour lui. Il obéissait ainsi évidemment à une inspiration providentielle !

Sa prédilection pour les sciences exactes lui inspira un profond mépris pour d'autres arts, cependant plus aimables, et lui fit dédaigner les délassements habituels des jeunes gens de cet âge.

M.Tibulle Hamon semble accuser le père deDupleix,d'avoir mis tout en œuvre pour : « étouffer, chez Joseph, les élans d'enthousiasme, de passion, de générosité ; pour lui représenter toutes les choses de la vie sous un jour positif ». Nous ne pouvons accorder crédit à de pareilles allégations. Dans ses Mémoii'es, Joseph Dupleix s'exprime ainsi en parlant de son père : « C'étoit un homme conséquent » ; c'est-à-dire doué, selon nous, d'un esprit juste et raisonnant bien.

Joseph se délassait par la méditation, la poésie et la musique. Ses récréations consistaient dans la lecture d'ouvrages sérieux, dans le commerce des Muses ; il aimait enfin à rendre ses émotions les plus intimes, avec un talent déjà remarquable, sur le violon ou la harpe ! Plus tard, aux heures de gloire sans égale ou de péril imminent, le gouverneur de Pondichéry,sous les galeries luxueuses d'un magnifique palais, fera encore retentir ses deux instruments favoris et composera ces admirables symphonies qu'il envoyait ensuite à ses parents et à ses amis. Elles traduiront sa pensée, les sentiments

I. Le plus grand ingénieur militaire des temps modernes ; dirigea les sièges les plus célèbres de Louis XIV et fortifia la plupart des villes-frontières de France (1633-1707). Son système a prévalu jusqu'à l'invention et l'emploi des canons à longue portée (1859),

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