‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 21 sur 128 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

bonté de nommer et vous prie de leur faire donner un sauf-conduit, et à leur suite.

«J'ai l'honneur d'être, etc.

Signé: « Marie Vincent Barxaval (^). »

Le 20, au matin, Monson et Hally-Burton, députés par Morse, se rendirent au camp français. Ils cherchèrent d'abord à intimider La Bourdonnais, Madras devait, disaient-ils, être en sûreté comme se trouvant sur les terres du Mogol. Le capitaine leur rappela la prise du Favori, dans une rade neutre, celle d'Achem, et l'incendie du PondicJiéry, sous la forteresse de Trinquebar appartenant aux Danois.

Les députés rejetèrent ces fautes sur les vaisseaux de Sa Majesté Britannique.

La Bourdonnais répondit :

« Ces vaisseaux m'ayant échappé. Madras me répondra de tout. Vous rendrez votre ville, et tout ce qu'elle renferme, et je vous promets sur mon honneur de vous la rendre mo}-ennant une rançon (2): fiez-vous à ma parole. Quant à ce qui concerne l'intérêt vous me trouverez toujours raisonnable.

— « Mais qu'appelez-vous raisonnable ? »

La Bourdonnais prit le chapeau de l'un d'eux et dit : « Je suppose que ce chapeau vaut six roupies; vous m'en donnerez trois ou quatre et ainsi du reste. »

Comme les députés n'entendaient pas assez le français, pour comprendre cette comparaison qui allait décider du sort de leur ville, La Bourdonnais fit appeler M. de Schenamille, autre gendre de Madame Dupleix, pour servir d'interprète. Puis il signifia aux délégués de rendre la ville ou de se résoudre aux plus affreuses extrémités. Il leur remit pour Morse une lettre contenant une vive peinture des horreurs dont était menacé Madras, faisant ressortir la férocité de ses Caffres et l'amour des Cipayes pour le pillage. Les députés se retirèrent.

1. Mémoire pour La Bourdonnais, pièces jiistificaiives, no XLII, p. 76. Francisco Pereiro était médecin d'Anaverdi-Kan, nabab de Carnate.

2. La Bourdonnais outrepassait ses pouvoirs pour empêcher Dupleix de tirer parti de cette conquête !

A peine ont-ils quitté le camp, La Bourdonnais écrit à Dupleix :

Monsieur,

« J'ai reçu une lettre de Madame Barnaval demandant permission de parler pour deux conseillers de Madraz que devoit m'envoyer ]\I. le gouverneur. Je lui ai donné pour eux les sûretés ordinaires. Ils sont venus. Ces Messieurs m'ayant demandé quelle étoit ma résolution, j'ai répondu que je voulois me rendre maître de la place ; qu'à cette résolution, rien ne pouvoit s'opposer que la mort ; que la raison seroit mon guide dans les affaires d'intérêts, mais que l'honneur avoit des lois que je ne sçavois point transgresser. Ils ont paru désirer du tems pour assembler leur conseil

« Au camp devant Madras, le 20 Sept. 1746.

Signé : « Mahé de la Bourdonnais ('). »

On voit avec quelle habileté la Bourdonnais évite de faire allusion aux paroles échangées entre lui et les députés au sujet de la remise ultérieure de Madras aux Anglais ! Ces paroles sont indéniables et rapportées dans son Mémoire page 72, paragraphe 3 ! Après les avoir prononcées seulement, il eut recours à M. de Schenamille, gendre de Madame Dupleix !

Il écrit aussi à Morse :

Au camp devant Madraz, le 20 sept. 1746. Monsieur,

« Le sieur Pereiro vous a mal à propos assuré que je ne tirerois point cette nuit. Ce n'est ni mon dessein, ni mon métier ; et j'aurois déjà commencé sans la crainte que ce mal entendu ne fût funeste à quelques Dames, je cesserai demain matin depuis 6 heures jusqu'à huit, pour donner le tems à vos députés de venir me trouver ; mais je vous avertis que s'ils n'apportent pas une parole décisive, je n'écouterai plus aucun pour parler. Votre fortune et la mienne décideront du sort de Madraz. J'ai l'honneur, etc.

Signé: « Mahé de la Bourdonnais. »

A huit heures du soir le feu recommença avec une violence plus grande et dura toute la nuit sur les vaisseaux et dans les batteries de terre. Le lendemain 21, les députés revinrent et

I. Mémoire pour La Bourdonnais, pièces justificatives, n» XLIV, p. ^^.

Page 1