‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 22 sur 128 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

consentirent à rendre Madras aux conditions énoncées la veille; ils allèrent soumettre au gouverneur les termes de la capitulation. En rapportant cette pièce, ils demandèrent encore à La Bourdonnais sa parole, pour surcroît de la promesse du rachat.

— « Oui, Messieurs, leur répondit-il, je vous renouvelle la promesse que je vous ai faite hier de vous rendre votre ville, moyennant une rançon dont on conviendra à l'amiable, et d'être raisonnable sur les conditions.

— « Vous nous en donnez donc votre parole d'honneur!

— « Oui, je vous la donne, et vous pouvez compter qu'elle est inviolable.

— « Eh bien, voici la capitulation signée de M. le gouverneur. Vous êtes le maître d'entrer dans la ville, quand il vous plaira!

— « Tout à l'heure, dit La Bourdonnais (j). » Sur-le-champ, il ordonna de battre la générale. Les troupes

étant assemblées, il fit battre un ban, pour défendre, sous peine

de la vie, de rien piller dans la place et il marcha pour en

prendre possession. Lorsqu'il fut arrivé à dix pas du pont-

ievis, le gouverneur avança à l'extrémité et lui présenta son

épée. La Bourdonnais la lui rendit aussitôt et entra dans

Madras.

Le pavillon anglais fut amené, celui de France arboré et

salué par vingt et un coupsde canon. La Bourdonnais s'occupa

ensuite de la sûreté générale de la place, et reçut les clefs des

différents magasins. Après quoi il écrivit à Dupleix:

« A Madraz, ce 21 sept. 1746, à 2 heures après-midi.

<: Je viens d'entrer dans Madraz à la tête de 500 François qui m'y ont accompagné. Le pavillon blanc y est viré : vous pouvez en toute sûreté établir une correspondance entre le gouvernement de Pondichéry et le mien. Je ne me trouve pas mal du titre de commandant de terre et de mer qu'on me donne dans le Nord de cette côte. Je me flatte que vous joindrez votre satisfaction à celle de toute la nation. Je suis comme vous charmé d'avoir mené à sa

I. Mémoire pour La Bourdonnais, avec pièces justificatives, p. 75.

fin cette expédition si intéressante pour notre Compagnie. Cela n'empêche pas que vous ne m'envoyez nos vaisseaux, s'ils arrivent parce que je vous en envoyerai d'autres dans le même tems. »

Pas un mot touchant la capitulation, mais toujours des puérilités ridicules : « le gouvernement de Pondichéry et le mien;... je ne me trouve pas mal du titre de commandant de terre et de mer, etc. » Cette singulière missive se croisa avec une lettre de Dupleix lui recommandant madame Barnaval et son mari, et le priant de ne point trop s'exposer, de songer à sa conservation.

Dupleix écrit au vainqueur pour le féliciter :

Ce 23 sept. 1746, à 10 heures du matin.

« Aussitôt que j'ai annoncé à la ville par une décharge de canons la conquête que vous venez de faire, l'affluence fut si grande chez moi, de tous les États qui composent cette colonie, que je ne pus trouver le moment de vous marquer la sincère joye que cette nouvelle m'a causée, et de vous remercier au nom de la nation, des peines, des soins, des travaux, des fatigues que vous vous êtes donnés pour la réussite d'une conquête qui vous comble de gloire et indemnise la nation, la Compagnie des pertes considérables que nos ennemis leur avoient occasionnées. Le ministre informé de cet heureux succès, récompensera dignement la gloire que vous acquérez dans l'Inde, aux armes de Sa Majesté et de la nation.

« J'ai l'honneur d'être avec autant de reconnoissance que de considération, etc.

Sig7ié : ({ Dupleix. y>

Cette lettre fut remise le 24 à La Bourdonnais : Ce même jour Dupleix lui écrit encore :

« Le Conseil supérieur a jugé convenable de vous députer MM. Dulaurens et Barthélémy, pour vous marquer sa reconnoissance ; ils vous serviront d'ailleurs à accélérer l'ouvrage et les écritures dont ils sont fort au fait. Vous sentez bien que vous et moi nous ne pouvons prendre trop de précautions, pour que les médisans et calomniateurs ayent la bouche close. Tout se faisant dans les formes prescrites et usitées, ils se tairont malgré eux. Ces messieurs sont porteurs de quelques notes que le Conseil leur a données, qu'ils auront l'honneur de vous communiquer. J'espère que vous leur accorderez un des pavillons qui servoient à la ville de Madraz, pour

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