CHAPITRE QUATRIEME
A Pondichéry, ce 5 octobre 1746.
Monsieur,
« J'apprends, par quelques lettres de Madraz, que vous avez menacé M. Barnaval et son épouse, de se tenir prêts pour marcher aux Iles ('). Cette démarche que vous faites sans doute dans le dessein de m'intimider et ma femme, ne nous touche point. Nous sçavons l'un et l'autre sacrifier notre tendresse à notre devoir. Entièrement dévoué au bien de l'État, à l'honneur de la Nation, aux intérêts de la Compagnie, en un mot, au service du Roi, cette menace ne m'ébranlera pas, et vous pouvez. Monsieur, à leur sujet donner toute l'étendue que vous jugerez à propos à votre façon d'agir et de penser. Non, Monsieur, je ne puis rien changer aux ordres que le Conseil supérieur adonnés avec connoissance de cause. Les troupes de Pondichéry qui pourrcient suivre vos ordres, si vous le vouliez pendant votre séjour à Madraz, ne les suivront pas lorsqu'il faudra évacuer Madraz, et vous répondrez devant Dieu et les hommes, du sang françois que vous voulez répandre à Madraz, pour soutenir un traité faux dans tous les points, qui n'est pas encore signé, et dont la rétractation vous eût fait un honneur infini, si vous vouliez moins donner à votre sens, et écouter le parti de la raison.
Si^né : « Dupleix. »
Le 4, La Bourdonnais fit embarquer les troupes de Pondichéry et les fractionna sur chacun de ses vaisseaux, puis ajoutant folie sur folie, le même jour et sur ses ordres Bury, Paradis, la Tour, Dargy et Changea étaient arrêtés. Le lendemain ce fut le tour de Desmarets. d'Esprémesnil, Dulaurens et Barthélémy purent quitter Madras à temps.
Le Conseil Provincial n'existait plus, et La Bourdonnais commandait enfin seul à Madras !
Ne pouvant faire appel au Roi ou au Ministre, il eût fallu un an pour cela, Dupleix et le Conseil Supérieur protestèrent une dernière fois et cessèrent toute relation avec ce rebelle (2).
Enfin, arrivèrent de France, le 10 octobre, à Pondichéry, les vaisseaux de la Compagnie : le Ceiifmire, le Ma^'S et le Brillafit. Parmi leurs dépêches se trouvait une lettre de la Compagnie, du 6 octobre 1745, revêtue de l'autorité du Roi, par le visa et par la signature du Contrôleur général des finances. Cette lettre expliquait comment on devait traiter les
1. Mémoù-e pour La Bourdonnais, pièces justificatives , n» cxix, p. 174.