‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 31 sur 128 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

Le 2T octobre 1746, La Bourdonnais signe avec Morse et les délégués anglais une nouvelle capitulation fixant la reddition de Madras au 15 janvier 1747, moyennant le paiement de onze cent mille pagodes de Madras à l'étoile. Cette capitulation comprenait primitivement dix-sept articles, cinq autres furent ajoutés et le traité définitif fut envoyé au Conseil Supérieur de Pondichéry.

Le 23, par dépêche, le Conseil sanctionna tous les autres articles mais refusa nettement de ratifier aucun traité limitant notre droit d'occupation.

La Bourdonnais, ayant en sa possession le rejet officiel de sa convention, eut l'audace de la confirmer et d'ajouter un préambule certifiant la pseudo-ratification !

« Alors emportant dans son âme, dit M.Cartwright, tous les démons de la colère et complètement indifi'érent à ce qui pourrait s'en suivre, il fit voile pour l'île deFrance,d'où il s'embarqua bientôt pour l'Europe. A Paris il fut enfermé à la Bastille (i) pour mauvaise gestion et péculat (2) ; mais grâce aux lenteurs cruelles des tribunaux français, qui le maintinrent en prison sans le juger, ses habiles justifications, basées sur des faits dénaturés, lui conquirent dans l'opinion populaire le rôle intéressant de victime. »

En quittant Madras, il laissait Dupleix en face de difficultés terribles et sans grands moyens de défense !

1. Mahé de la Villebague, son frère et son second à Madras, fut arrêté par ordre du Roi à l'Ile de France et conduit en prison à Pondichéry-, où il fut longtemps détenu. Gâtinais, oft'icier de La Bourdonnais, fut également incarcéré comme Desjardins, commissaire des magasins de Madras.

2. Le II aoi'it 1747, un otage anglais, Savage, sur le point de quitter Pondichéry pour aller à Gondelour, accusa, devant Dupleix et Friel, La Bourdonnais, d'avoir accepté cent mille pagodes pour ne pas piller Madras. Sur cette somme quatre-vingtcinq à quatre-vingt-dix mille pagodes lui auraient été versées. D'Esprémesnil et Kerjean appuyèrent les dires de Savage.

On reprocha aussi à La Bourdonnais de s'être approprié l'argent de la Compagnie anglaise, d'avoir pris des meubles et objets précieux, et de les avoir fait embarquer pendant la nuit.

Après être sorti de la Bastille, La Bourdonnais garda un silence prudent et la mort ne tarda pas à le conduire devant le tribunal suprême de Dieu (1753) •

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Cljapttre ttnqmème.

Situation de Dupleix, après le départ de La Bourdonnais. — Anaverdikan assiège Madras ; il est culbuté à San-Thomé; — Dupleix déclare Madras possession française par droit de conquête. — Mafouskan à Pondichéry. — Paradis à Saint- David. — Bouvet renforce la garnison de Madras. — Échec de Gondelour. — Arrivée de l'amiral Boscawen. — Siège de Pondichéry. — Joanna Begum. — Dupleix reçoit le cordon de l'Ordre de Saint-Louis.

i^^^<gI7 départ de la Bourdonnais laissait Dupleix dans

L^ une situation critique.

g Le gouverneur de Pondichéry prit aussitôt ses â^^^^S mesures pour conserver Madras, anéantir les projets des Anglais et défendre cette place contre Anaverdikan, qui voulait, à tout prix, s'en emparer.

L'armée du nabab, forte de plus de dix mille hommes (0, investit Madras ; la flotte anglaise, intacte, était à l'ancre à l'embouchure de l'Hougly et le fort Saint-David, au sud de Pondichéry, restait seul comme base d'opération des troupes britanniques sur la côte de Coromandel. Parmi les officiers du fort Saint-David, se trouvait l'enseigne Clive, échappé de Madras. Ce Clive jouera bientôt un rôle considérable, mais n'anticipons point.

Pour lutter contre ces alliés, Dupleix possédait à Pondichéry, cinq cents Européens, quinze cents Cipayes; à Madras, cinq cents blancs et six cents soldats indigènes.

Déjà des murmures se faisaient entendre dans son entourage. On l'accusait tout bas,d'imprudence téméraire.Vaincu,on l'aurait accablé, vainqueur ses pusillanimes adversaires allaient se courber devant lui avec une prodigieuse flexibilité d'échiné.

I. M. Cartwright estime à cent mille hommes l'armée d 'Anaverdikan ; Dupleix, dans ses Mémoires, p. 28, fixe ce chiffie à dix mille : nous avons cru devoir l'adopter.

- Impassible devant l'imminence du danger, et confiant dans la Providence, Duplcix voulut tenter un coup décisif avant l'arrivée sur la côte de Coromandel des renforts anglais préparés à Bombay et à Calcutta. Grâce à la mousson, il avait deux mois de répit !

Il donna à Paradis le commandement des troupes disponibles à Pondichéry, et recommanda à d'Esprémesnil, gouverneur de Madras, de se garder d'abord de tout mouvement offensif.

D'Esprémesnil fit bonne garde, et les généraux hindous n'osèrent pas s'approcher trop près de la place. Paradis achevait ses préparatifs.

Mafouskan, fils d'Anaverdikan, construisit habilement une digue pour remettre la rivière de Montaron dans son lit primitif et priver ainsi d'eau les assiégés.

A ce moment, d'Esprémesnil reçut de Dupleix l'ordre de faire sortir quatre cents hommes avec deux canons et de marcher à l'ennemi. La petite troupe s'avança donc au milieu des cocotiers, des banyams et arriva en rase campagne. Déjà la cavalerie du nabab chargeait contre cette poignée de héros et croyait l'anéantir; mais les canons, démasqués subitement, se mirent à vomir la mitraille et la mort dans les escadrons ! Après la quatrième décharge les troupes assiégeantes s'enfuirent en désordre et les Français rentrèrent triomphalement à Madras, sans avoir même un seul blessé !

A la fin de cette journée, Mafouskan apprit l'arrivée du corps de Paradis et résolut de l'attaquer le premier afin d'empêcher sa jonction avec la garnison de Madras.

Laissant quelques troupes devant la ville pour dissim.uler

son mouvement, Mafouskan alla s'établir sur les bords de

l'Adyar, vers Saint-Thomé ou Méliapour {').

\ Ce plan vraiment adroit aurait pu réussir sans les espions

de Dupleix. D'heure en heure le commandant-général était

I. A deux lieues sud de Madras dans une petite baie. Le tombeau de saint Thomas se trouve sur une montagne voisine, à quelque distance du Sud-Sud-Ouest On y a élevé une église.

renseigné sur les évolutions des forces du nabab. D'Esprémesnil et Paradis en furent avisés.

Le 4 novembre, au matin, Paradis atteignait l'Adyar. Il n'avait point d'artillerie, mais formant sa petite armée en colonne d'attaque et faisant mettre baïonnette au canon, il s'élança le premier en avant, l'épée à la main, et parvint sur la rive opposée, malgré l'intensité du feu de l'ennemi.

Les Hindous, culbutés, s'enfuirent en désordre vers Saînt- Thomé. Paradis les poursuivit, entra aussi dans la ville et les força à en sortir par ia porte opposée. Ils se heurtèrent alors aux troupes de Madras et furent pris entre deux feux. La garnison de Madras, prévenue soixante heures d'avance par Dupleix, intervenait avec une remarquable exactitude et achevait la déroute d'Anaverdikan. Le nabab et ses gens prirent pêle-mêle la direction d'Arcate.

De tels succès donnèrent à nos armes un prestige immense. Les Hindous restèrent atterrés et leur arrogance fut abattue ! L'entourage de Dupleix n'osa plus murmurer. Les Français apprirent par ces deux victoires le secret de leur vigueur et de leur supériorité !

Une proclamation répudia toute convention conclue sans autorisation par La Bourdonnais, et déclara Madras possession française par droit de conquête.

« Il n'est pas vrai, dit l'historien anglais Cartwrîght, et ce témoignage a une valeur indiscutable, — que les habitants eurent à subir de mauvais traitements. La fameuse histoire des prisonniers de Madras promenés en procession par les rues de Pondichéry, est une des mille méprisables faussetés que La Bourdonnais répandit à profusion dans ses libelles. »

Délivré de toute inquiétude au sujet de Madras, Dupleix organisa pour assiéger le fort Saint-David, un corps expéditionnaire de neuf cents Européens, six cents Cipayes, cent Cafres, six canons et six mortiers. Les officiers ayant déclaré ne pas vouloir obéir à Paradis, d'origine étrangère (il était Suisse), Dupleix fut réduit à en confier le commandement à

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